Jean, Constant Legendre

1906 - 1994

Informations générales
  • Né le 7 mai 1906 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 21 septembre 1994 à Compiègne (Oise - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Oise
Groupe
Parti républicain de la liberté
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Oise
Groupe
Parti républicain de la liberté
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Oise
Groupe
Parti républicain de la liberté
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Oise
Groupe
Rassemblement du peuple français - ARS
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Oise
Groupe
Indépendants et paysans d'action sociale
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Oise
Groupe
Indépendants et paysans d'action sociale

Biographies



Né le 7 mai 1906 à Paris
Décédé le 21 septembre 1994 à Compiègne (Oise)

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Oise)

Député de l'Oise de 1946 à 1958


Jean Legendre est né le 7 mai 1906 à Paris. Après de courtes études qu'il interrompt au brevet élémentaire, il s'oriente vers le journalisme et l'action politique. Il entre à vingt-quatre ans à L'Echo de Paris, comme rédacteur au service politique ; deux ans plus tard, il devient, aux côtés de Henri de Kerillis, directeur du Centre de Propagande des Républicains nationaux. En 1936, il rejoint, toujours en tant que rédacteur politique, le journal L'Epogue, et devient le délégué départemental du Parti Social Français du colonel de la Rocque.

Très jeune, Jean Legendre affiche donc des convictions de « patriote », partisan d'une « droite nationale » fondée sur des valeurs catholiques et conservatrices ; cet engagement politique s'accompagne toutefois, tout comme chez Henri de Kerillis, d'une grande lucidité quant aux implications des accords de Munich, et d'une hostilité intraitable vis-à-vis de l'Allemagne et du nazisme. De fait, libéré après une captivité de plus de trois ans outre-Rhin, Jean Legendre rejoint aussitôt les rangs de la Résistance, pour devenir l'agent 38-4 du réseau Libération dans le département de la Seine-et-Oise (groupe « Denais »).

Jean Legendre retrouve en 1944 le service politique de L'Epoque. C'est par le biais du journalisme qu'il tente de s'implanter dans le paysage électoral de l'Oise, où, dès avant la guerre, il avait signé des articles dans plusieurs publications (Le Courrier de l'Oise, Les Nouvelles du Valois, Le Progrès de l'Oise): il créé le bi-hebdomadaire L'Oise républicaine, qu'il fusionne en 1947 avec Le Progrès de l'Oise.

L'action politique de Jean Legendre s'inscrit volontairement en dehors du cadre traditionnel des partis politiques : c'est à la tête d'une hétéroclite « liste républicaine d'union patriotique » qu'il se présente aux élections du 21 octobre 1945 pour la première Assemblée Constituante. Il y obtient un incontestable succès - la liste emporte l'un des cinq sièges à pourvoir, avec 38 699 voix sur 187 474 suffrages exprimés - qui marque la naissance du « legendrisme ». Phénomène électoral circonscrit au département de l'Oise, le « legendrisme » occupe un espace politique aux contours imprécis mais clairement situé à droite, ce qui marque sa singularité dans une circonscription dominée par le PCF (deux élus), la SFIO (un élu), et dans une moindre mesure par le MRP (un élu).

Jean Legendre est nommé membre de la Commission des territoires d'outre-mer et de la Commission de la reconstruction et des dommages de guerre. Il manifeste très vite un redoutable talent d'orateur, à l'aide dans le registre de la persuasion comme dans celui de la polémique ou du badinage. Son activité parlementaire, très intense, témoigne de la diversité de ses centres d'intérêt, depuis la politique du ravitaillement jusqu'à la nationalisation du crédit, en passant par la législation sur les libertés publiques. Il s'implique toutefois plus particulièrement dans deux grands dossiers : celui de la réforme fiscale et celui du statut des prisonniers de guerre.

Jean Legendre fait partie de cette petite cinquantaine de députés qui s'opposent au programme de nationalisations du GPRF ; il vote aussi contre le premier projet de Constitution de la IVe République adopté par l'Assemblée le 19 avril 1946. Le texte est de toute façon rejeté par le référendum du 5 mai, ce qui rend nécessaire la convocation d'une seconde Assemblée constituante.

Ces élections se tiennent le 2 juin. Jean Legendre, qui s'est rapproché des gaullistes, présente sa liste sous l'étiquette du Parti républicain de la liberté ; il enregistre une légère progression, avec 44 709 voix sur 193 293 suffrages exprimés, et se voit facilement réélu.

Retrouvant la Commission de la reconstruction et des dommages de guerre, Jean Legendre intervient à plusieurs reprises au cours des discussions sur l'élaboration du texte constitutionnel. Le 28 septembre, il intervient pour manifester son désaccord avec la procédure retenue par l'Assemblée pour la révision constitutionnelle, et suggère de renforcer, à côté de la voie parlementaire, le rôle de la voie référendaire.

Jean Legendre s'oppose de nouveau au projet de Constitution adopté par l'Assemblée le soir même du 28 septembre ; le texte est ratifié par référendum le 13 octobre, et des élections législatives sont convoquées pour le 10 novembre. Jean Legendre s'y présente, à la tête d'une « liste des républicains de l'Oise » ; il est de nouveau en léger progrès, avec 47 834 voix sur 187 310 suffrages exprimés.

Jean Legendre siège à la Commission de la reconstruction et des dommages de guerre (1946), à la Commission de l'agriculture (1948, 1949, 1950, 1951), à la Commission des immunités parlementaires (1949, 1950), à la Commission de la famille, de la population et de la santé publique (1950) et à la Commission du suffrage universel, du règlement et des pétitions (1951) ; il est en outre appelé à figurer sur la liste des jurés de la Haute Cour de justice.

Jean Legendre est parmi les parlementaires les plus actifs de la législature. Attentif aux intérêts des électeurs de sa circonscription, il dénonce à plusieurs reprises la pression fiscale que le gouvernement fait peser sur les activités agricoles en général, et betteravières en particulier. Jean Legendre est en outre l'un des députés les plus engagés dans la lutte contre le communisme. Il appelle ainsi l'attention de ses collègues, le 16 novembre 1948, sur la nécessité de prendre des mesures pour mettre fin au « sabotage de l'économie française » orchestré par le PCF à travers les grèves qui perturbent la production dans plusieurs secteurs de l'activité ; le 25 avril 1950, c'est à Frédéric Joliot-Curie qu'il s'en prend, en déposant une demande d'interpellation dans laquelle il s'interroge sur la compatibilité entre ses fonctions de haut-commissaire à l'énergie atomique et ses récentes déclarations en faveur du mouvement communiste international. Jean Legendre se montre enfin partisan d'une réconciliation franco-espagnole : il dépose, le 17 novembre 1950, une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à « renouer immédiatement des relations diplomatiques normales » avec l'Espagne franquiste.

Jean Legendre consolide son implantation électorale au début de la législature, remportant en 1947 les élections municipales à Compiègne ; il perd la mairie en 1954 mais la reprend dès 1959, pour ne plus la lâcher pendant trois décennies.

C'est sous l'étiquette du RPF, dont il s'est rapproché peu de temps après sa formation, qu'il sollicite le renouvellement de son mandat aux élections législatives du 17 juin 1951. Avec 65 670 voix sur 190 842 suffrages exprimés, sa liste emporte trois des cinq sièges, les deux autres échéant à la liste communiste. Ce succès sans précédent du « legendrisme » lamine les positions du MRP et de la SFIO dans l'Oise.

Au cours de la législature, Jean Legendre siège au sein de la Commission de l'agriculture (1951, 1952), de la Commission du suffrage universel, du règlement et des pétitions (1951), de la Commission de la défense nationale (1953) et de la Commission de la presse (1953, 1955). Les tensions avec le groupe gaulliste se font jour dès les premiers mois : partisan d'Antoine Pinay, Jean Legendre prend congé des Républicains Sociaux en juillet 1952, pour aller siéger parmi les Indépendants. Dans le même temps, il quitte le RPF pour le CNI, dont il rejoint le Comité directeur et dont il devient le délégué à la propagande ; il exercera ces responsabilités pendant près d'un quart de siècle.

Jean Legendre dépose le 13 novembre 1951 une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à passer, avec le gouvernement belge, une convention de réciprocité réglant le problème des dommages de guerre subis par les ressortissants français en Belgique et belges en France. Il intervient par ailleurs à de nombreuses reprises à la tribune de l'Assemblée, notamment pour dénoncer le laxisme de la politique coloniale poursuive par les gouvernement successifs ; il dénonce ainsi, le 27 août 1954, le caractère totalitaire du néo-Destour, et met en garde le gouvernements contre les tendances dictatoriales que manifeste déjà, selon lui, Habib Bourguiba.

Au cours de l'année 1954, Jean Legendre est en outre l'un des orateurs les plus en pointe dans l'« affaire des fuites », qui met en cause la préservation du secret des délibérations du Conseil supérieur de la Défense nationale ; au fil de nombreuses interventions souvent très emportées, il met en cause, pêle-mêle, le comportement de François Mitterrand, de Simon Nora, d'André Pélabon ou d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie.

Ardent partisan de l'idée européenne, Jean Legendre est cependant hostile à la formule intégratrice conçue par Jean Monnet et Robert Schumann, et se prononce contre la création de la CECA (13 décembre 1951); il est en revanche de ceux qui soutiennent jusqu'au bout le projet de la Communauté Européenne de Défense (30 août 1954). Jean Legendre est parmi les parlementaires les plus impliqués dans ces discussions : il représente l'Assemblée nationale au Conseil de l'Europe et à l'UEO de 1954 à 1958, puis au Parlement européen de 1958 à 1962.

Signe de l'éclectisme de ses amitiés politiques, c'est sous une étiquette unissant le CNI et le RGR que Jean Legendre se présente aux élections législatives du 2 janvier 1956. La liste recueille 33572 voix sur 213654 suffrages exprimés, et obtient un élu grâce à un apparentement conclu avec la liste du MRP et une autre liste d'Indépendants.

Jean Legendre est nommé membre de la Commission de la presse (1956, 1957) et membre suppléant de la Commission des finances (1957) ; il est en outre élu représentant titulaire de la France à l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe. Au cours de la législature, Jean Legendre dénonce vivement la politique algérienne du gouvernement Mollet (intervention du 8 mars 1956). Le 18 avril 1956, il est à l'origine de l'invalidation de l'élection de Robert Hersant, au cours d'une séance mémorable. Jean Legendre voit en Robert Hersant, élu dans sa circonscription sous l'étiquette radicale-socialiste, un concurrent à la fois sur le plan industriel (le Progrès de l'Oise subit la concurrence de L'Oise-matin lancé par le jeune maire de Ravenel) et sur le plan politique ; il s'attache donc à le disqualifier devant ses collègues, en rappelant à certains ou en apprenant aux autres le comportement peu glorieux qui fut le sien sous l'Occupation. En fait, par-delà la rivalité qui les oppose, les deux hommes se ressemblent par leur propension à faire de la presse régionale l'instrument de leur enracinement électoral, et par leur volonté de préserver leur indépendance vis-à-vis des appareils politiques nationaux.

Dans les dernières semaines de la législature, Jean Legendre est l'auteur d'une proposition de résolution destinée à impulser une révision des articles 3 et 6 de la Constitution de la IVe République afin de permettre au peuple français d'être consulté par voie de référendum sur le mode d'élection de ses députés à l'Assemblée nationale ; déposé le 27 février 1958, le texte trouve un écho dans l'article 11 de la Constitution de la Ve République.

Jean Legendre soutient, le 1er juin 1958, l'investiture du général de Gaulle à la présidence du Conseil, et vote le lendemain les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle.

Réélu aux élections législatives du 30 novembre 1958 dans la deuxième circonscription de l'Oise (Compiègne), il est pourtant de ces parlementaires Indépendants que leur attachement à la cause de l'Algérie française entraîne dans une opposition virulente au gaullisme. Cette radicalisation, qui n'est pas étrangère à sa défaite aux élections législatives de 1962 et de 1967, le conduit à soutenir la candidature de Jean-Louis Tixier-Vignancour aux élections présidentielles de 1965. Jean Legendre sait toutefois préserver son autorité à la mairie de Compiègne, à la tête de laquelle il se voit constamment réélu ; il demeure en outre l'un des responsables politiques les plus influents de la région picarde, dont il préside le Conseil exécutif de 1974 à 1976, au moment où celle-ci, d'établissement public, se transforme en collectivité locale. Le règne municipal de Jean Legendre s'achève en 1989 ; l'ancien député, âgé de quatre-vingt trois ans, cède alors la place à son dauphin désigné, Philippe Marini. Il demeure toutefois jusqu'à son décès, le 21 septembre 1994, un conseiller municipal actif et influent.



LEGENDRE (Jean, Constant)
Né le 7 mai 1906 à Paris (Seine)
Décédé le 21 septembre 1994 à Compiègne (Oise)

Membre des deux Assemblées nationales constituantes (Oise)

Député de l’Oise de 1946 à 1958 et de 1958 à 1962

Jean Legendre est né le 7 mai 1906 à Paris. Après de courtes études qu'il interrompt au brevet élémentaire, il s'oriente vers le journalisme et l'action politique. Il entre à vingt-quatre ans à L'Echo de Paris, comme rédacteur au service politique ; deux ans plus tard, il devient, aux côtés de Henri de Kerillis, directeur du Centre de Propagande des Républicains nationaux. En 1936, il rejoint, toujours en tant que rédacteur politique, le journal L'Epoque, et devient le délégué départemental du Parti Social Français du colonel de la Rocque.

Très jeune, Jean Legendre affiche donc des convictions de « patriote », partisan d'une « droite nationale » fondée sur des valeurs catholiques et conservatrices ; cet engagement politique s'accompagne toutefois, tout comme chez Henri de Kérillis, d'une grande lucidité quant aux implications des accords de Munich, et d'une hostilité intraitable vis-à-vis de l'Allemagne et du nazisme. De fait, libéré après une captivité de plus de trois ans outre-Rhin, Jean Legendre rejoint aussitôt les rangs de la Résistance, pour devenir l'agent 38-4 du réseau Libération dans le département de la Seine-et-Oise (groupe « Denais »).

Jean Legendre retrouve en 1944 le service politique de L'Epoque. C'est par le biais du journalisme qu'il tente de s'implanter dans le paysage électoral de l'Oise, où, dès avant la guerre, il avait signé des articles dans plusieurs publications (Le Courrier de l'Oise, Les Nouvelles du Valois, Le Progrès de l'Oise) : il créé le bi-hebdomadaire L'Oise républicaine, qu'il fusionne en 1947 avec Le Progrès de l'Oise.

L'action politique de Jean Legendre s'inscrit volontairement en dehors du cadre traditionnel des partis politiques : c'est à la tête d'une hétéroclite « liste républicaine d'union patriotique » qu'il se présente aux élections du 21 octobre 1945 pour la première Assemblée Constituante. Il y obtient un incontestable succès - la liste emporte l'un des cinq sièges à pourvoir, avec 38 699 voix sur 187 474 suffrages exprimés - qui marque la naissance du « legendrisme ». Phénomène électoral circonscrit au département de l'Oise, le « legendrisme » occupe un espace politique aux contours imprécis mais clairement situé à droite, ce qui marque sa singularité dans une circonscription dominée par le PCF (deux élus), la SFIO (un élu), et dans une moindre mesure par le MRP (un élu).

Jean Legendre est nommé membre de la Commission des territoires d'outre-mer et de la Commission de la reconstruction et des dommages de guerre. Il manifeste très vite un redoutable talent d'orateur, à l'aide dans le registre de la persuasion comme dans celui de la polémique ou du badinage. Son activité parlementaire, très intense, témoigne de la diversité de ses centres d'intérêt, depuis la politique du ravitaillement jusqu'à la nationalisation du crédit, en passant par la législation sur les libertés publiques. Il s'implique toutefois plus particulièrement dans deux grands dossiers : celui de la réforme fiscale et celui du statut des prisonniers de guerre.

Jean Legendre fait partie de cette petite cinquantaine de députés qui s'opposent au programme de nationalisations du GPRF ; il vote aussi contre le premier projet de Constitution de la IVème République adopté par l'Assemblée le 19 avril 1946. Le texte est de toute façon rejeté par le référendum du 5 mai, ce qui rend nécessaire la convocation d'une seconde Assemblée constituante.

Ces élections se tiennent le 2 juin. Jean Legendre, qui s'est rapproché des gaulllistes, présente sa liste sous l'étiquette du Parti républicain de la liberté ; il enregistre une légère progression, avec 44 709 voix sur 193 293 suffrages exprimés, et se voit facilement réélu.

Retrouvant la Commission de la reconstruction et des dommages de guerre, Jean Legendre intervient à plusieurs reprises au cours des discussions sur l'élaboration du texte constitutionnel. Le 28 septembre, il intervient pour manifester son désaccord avec la procédure retenue par l'Assemblée pour la révision constitutionnelle, et suggère de renforcer, à côté de la voie parlementaire, le rôle de la voie référendaire.

Jean Legendre s'oppose de nouveau au projet de Constitution adopté par l'Assemblée le soir même du 28 septembre ; le texte est ratifié par référendum le 13 octobre, et des élections législatives sont convoquées pour le 10 novembre. Jean Legendre s'y présente, à la tête d'une « liste des républicains de l'Oise" ; il est de nouveau en léger progrès, avec 47 834 voix sur 187 310 suffrages exprimés.

Jean Legendre siège à la Commission de la reconstruction et des dommages de guerre (1946), à la Commission de l'agriculture (1948, 1949, 1950, 1951), à la Commission des immunités parlementaires (1949, 1950), à la Commission de la famille, de la population et de la santé publique (1950) et à la Commission du suffrage universel, du règlement et des pétitions (1951) ; il est en outre appelé à figurer sur la liste des jurés de la Haute Cour de justice.

Jean Legendre est parmi les parlementaires les plus actifs de la législature. Attentif aux intérêts des électeurs de sa circonscription, il dénonce à plusieurs reprises la pression fiscale que le gouvernement fait peser sur les activités agricoles en général, et betteravières en particulier. Jean Legendre est en outre l'un des députés les plus engagés dans la lutte contre le communisme. Il appelle ainsi l'attention de ses collègues, le 16 novembre 1948, sur la nécessité de prendre des mesures pour mettre fin au « sabotage de l'économie française » orchestré par le PCF à travers les grèves qui perturbent la production dans plusieurs secteurs de l'activité ; le 25 avril 1950, c'est à Frédéric Joliot-Curie qu'il s'en prend, en déposant une demande d'interpellation dans laquelle il s'interroge sur la compatibilité entre ses fonctions de haut-commissaire à l'énergie atomique et ses récentes déclarations en faveur du mouvement communiste international. Jean Legendre se montre enfin partisan d'une réconciliation franco-espagnole : il dépose, le 17 novembre 1950, une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à "renouer immédiatement des relations diplomatiques normales" avec l'Espagne franquiste.

Jean Legendre consolide son implantation électorale au début de la législature, remportant en 1947 les élections municipales à Compiègne ; il perd la mairie en 1954 mais la reprend dès 1959, pour ne plus la lâcher pendant trois décennies.

C'est sous l'étiquette du RPF, dont il s'est rapproché peu de temps après sa formation, qu'il sollicite le renouvellement de son mandat aux élections législatives du 17 juin 1951. Avec 65 670 voix sur 190 842 suffrages exprimés, sa liste emporte trois des cinq sièges, les deux autres échéant à la liste communiste. Ce succès sans précédent du « legendrisme » lamine les positions du MRP et de la SFIO dans l'Oise.

Au cours de la législature, Jean Legendre siège au sein de la Commission de l'agriculture (1951, 1952), de la Commission du suffrage universel, du règlement et des pétitions (1951), de la Commission de la défense nationale (1953) et de la Commission de la presse (1953, 1955). Les tensions avec le groupe gaulliste se font jour dès les premiers mois : partisan d'Antoine Pinay, Jean Legendre prend congé des Républicains Sociaux en juillet 1952, pour aller siéger parmi les Indépendants. Dans le même temps, il quitte le RPF pour le CNI, dont il rejoint le Comité directeur et dont il devient le délégué à la propagande ; il exercera ces responsabilités pendant près d'un quart de siècle.

Jean Legendre dépose le 13 novembre 1951 une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à passer, avec le gouvernement belge, une convention de réciprocité réglant le problème des dommages de guerre subis par les ressortissants français en Belgique et belges en France. Il intervient par ailleurs à de nombreuses reprises à la tribune de l'Assemblée, notamment pour dénoncer le laxisme de la politique coloniale poursuive par les gouvernement successifs ; il dénonce ainsi, le 27 août 1954, le caractère totalitaire du néo-Destour, et met en garde le gouvernements contre les tendances dictatoriales que manifeste déjà, selon lui, Habib Bourguiba.

Au cours de l'année 1954, Jean Legendre est en outre l'un des orateurs les plus en pointe dans l' « affaire des fuites », qui met en cause la préservation du secret des délibérations du Conseil supérieur de la défense nationale ; au fil de nombreuses interventions souvent très emportées, il met en cause, pêle-mêle, le comportement de François Mitterrand, de Simon Nora, d'André Pélabon ou d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie.

Ardent partisan de l'idée européenne, Jean Legendre est cependant hostile à la formule intégratrice conçue par Jean Monnet et Robert Schumann, et se prononce contre la création de la CECA (13 décembre 1951) ; il est en revanche de ceux qui soutiennent jusqu'au bout le projet de la Communauté Européenne de Défense (30 août 1954). Jean Legendre est parmi les parlementaires les plus impliqués dans ces discussions : il représente l'Assemblée nationale au Conseil de l'Europe et à l'UEO de 1954 à 1958, puis au Parlement européen de 1958 à 1962.

Signe de l'éclectisme de ses amitiés politiques, c'est sous une étiquette unissant le CNI et le RGR que Jean Legendre se présente aux élections législatives du 2 janvier 1956. La liste recueille 33 572 voix sur 213 654 suffrages exprimés, et obtient un élu grâce à un apparentement conclu avec la liste du MRP et une autre liste d'Indépendants.

Jean Legendre est nommé membre de la Commission de la presse (1956, 1957) et membre suppléant de la Commission des finances (1957) ; il est en outre élu représentant titulaire de la France à l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe. Au cours de la législature, Jean Legendre dénonce vivement la politique algérienne du gouvernement Mollet (intervention du 8 mars 1956). Le 18 avril 1956, il est à l'origine de l'invalidation de l'élection de Robert Hersant, au cours d'une séance mémorable. Jean Legendre voit en Robert Hersant, élu dans sa circonscription sous l'étiquette radicale-socialiste, un concurrent à la fois sur le plan industriel (le Progrès de l'Oise subit la concurrence de L'Oise-matin lancé par le jeune maire de Ravenel) et sur le plan politique ; il s'attache donc à le disqualifier devant ses collègues, en rappelant à certains ou en apprenant aux autres le comportement peu glorieux qui fut le sien sous l'Occupation. En fait, par-delà la rivalité qui les oppose, les deux hommes se ressemblent par leur propension à faire de la presse régionale l'instrument de leur enracinement électoral, et par leur volonté de préserver leur indépendance vis-à-vis des appareils politiques nationaux.

Dans les dernières semaines de la législature, Jean Legendre est l'auteur d'une proposition de résolution destinée à impulser une révision des articles 3 et 6 de la Constitution de la Quatrième République afin de permettre au peuple français d'être consulté par voie de référendum sur le mode d'élection de ses députés à l'Assemblée nationale ; déposé le 27 février 1958, le texte trouve un écho dans l'article 11 de la Constitution de la Vème République.

Jean Legendre soutient, le 1er juin 1958, l'investiture du général de Gaulle à la présidence du Conseil, et vote le lendemain les pleins pouvoirs.

Réélu aux élections législatives du 30 novembre 1958 dans la deuxième circonscription de l'Oise, il est pourtant de ces parlementaires Indépendants que leur attachement à la cause de l'Algérie française entraîne dans une opposition virulente au gaullisme.

Cette radicalisation, qui n'est pas étrangère à sa défaite aux élections législatives de 1962 et de 1967, le conduit à soutenir la candidature de Jean-Louis Tixier-Vignancour aux élections présidentielles de 1965.

Jean Legendre sait toutefois préserver son autorité à la mairie de Compiègne, à la tête de laquelle il se voit constamment réélu ; il demeure en outre l'un des responsables politiques les plus influents de la région picarde, dont il préside le Conseil exécutif de 1974 à 1976, au moment où celle-ci, d'établissement public, se transforme en collectivité locale. Le règne municipal de Jean Legendre s'achève en 1989 ; l'ancien député, âgé de quatre-vingt trois ans, cède alors la place à son dauphin désigné, Philippe Marini. Il demeure toutefois jusqu'à son décès, le 21 septembre 1994, un conseiller municipal actif et influent.

Il soutient le retour au pouvoir du général de Gaulle et retrouve, après la naissance de la Cinquième République, l’Assemblée nationale, aux élections des 23 et 30 novembre 1958. Il est à nouveau candidat sous l’étiquette du Centre national des indépendants et paysans (CNIP) dans la deuxième circonscription de l’Oise, qui regroupe les cantons d’Attichy, Compiègne, Guischard, Lassigny, Noyon et Ribécourt. La campagne électorale s’engage sur le thème de la défense ou du rejet de la Cinquième République. Secondé par son suppléant Albert Defoulcy, Jean Legendre fonde sa candidature sur le bilan de ses années passées de législateur. S’il insiste sur sa volonté de voir le général de Gaulle à nouveau au pouvoir, il rappelle aussi qu’il a toujours défendu l’Algérie française et l’ « honneur de l’armée ». Au terme de l’année 1958, rien dans ce double soutien n’est encore incompatible. Au soir du premier tour, il arrive en tête des six candidats en lice, avec 14 520 des 41 181 suffrages exprimés. Il distance très largement – 6 000 voix - son principal concurrent, Henri Adnot, le maire de Compiègne, contre lequel il a perdu la mairie en 1954. La semaine d’après, sans surprise, et malgré le maintien d’Henri Bruyère, candidat d’un Parti communiste très puissant dans le département, Jean Legendre est élu député de l’Oise, en rassemblant 19 528 des 40 362 suffrages exprimés.

Il retrouve l’Assemblée nationale qui prend acte de son élection, le 9 décembre 1958. Il est nommé membre de la Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, et y siège durant toute la législature. Dès le 29 janvier 1959, il est élu représentant à l’Assemblée parlementaire européenne. Membre du groupe des Indépendants et paysans d’action sociale (I.P.A.S.), il ne dépose pas de texte de loi mais prend la parole, en séance publique, lors de quatre débats différents. Le 15 janvier 1959, alors que le Premier ministre Michel Debré présente le programme de son gouvernement, Jean Legendre exprime ses vives critiques à l’encontre de l’hôte de Matignon. Il regrette que le Premier ministre n’applique pas au pouvoir ce qu’il prônait comme membre de l’opposition, notamment sur la question du Marché commun. A ce titre, il condamne « certaines pratiques du passé ». Par ailleurs, il raille « le manque d’originalité des mesures financières » et critique la politique que le gouvernement déclare désormais vouloir installer en Algérie. C’est sa seule prise de parole de l’année 1959. En effet, le député de l’Oise ne fait entendre sa voix à nouveau, qu’à l’occasion de la discussion d’urgence du projet de loi relatif à l’institution d’un supplément à la prime de transport. Il s’exprime alors sur le « taux élevé de la rémunération des cadres supérieurs à la R.A.T.P., le 21 juillet 1960.

Le 15 décembre 1961, il prend part à la discussion de la motion de censure. Dans le domaine de l’Algérie, de l’Europe, de l’O.T.A.N., il considère que le gouvernement mène une « politique de désintégration ». Considérant que les « espoirs du 13 mai sont déçus », il condamne « les interdictions gouvernementales concernant les journaux et les réunions privées », « la violence en métropole », « le glissement vers la dictature » d’un régime dont il a soutenu les fondements, mais dont il regrette « les méthodes policières ». Il craint, de surcroît, « l’internement éventuel de certains parlementaires, après la clôture de la session » de l’hiver 1961-1962. Le 26 avril 1962, enfin, alors que Georges Pompidou, qui vient d’être nommé Premier ministre douze jours plus tôt, communique le programme de son gouvernement, Jean Legendre raille sa politique européenne, en regrettant qu’elle s’apparentât par trop d’aspects à « l’Europe de Briand ». Au fil de la législature, son attachement viscéral à la cause de l’Algérie française le conduit à s’opposer au gaullisme avec la dernière des énergies.

Aussi, les votes que Jean Legendre émet sont-ils à l’image de sa désaffection pour la politique conduite par le général de Gaulle. Le 16 janvier 1959, il vote certes pour le programme du gouvernement de Michel Debré mais cette approbation est de courte durée. En effet, dès le 15 octobre suivant, il figure parmi les opposants à un gouvernement dont il refuse d’accepter la déclaration de politique générale. Il vote pour le projet de loi sur les relations entre l’Etat et les établissements d’enseignement privé, dans la deuxième séance du 23 décembre 1959, mais se prononce contre la réforme des pouvoirs spéciaux, le 2 février suivant. Son opposition est tout aussi vive, le 11 mai 1960, alors que le Parlement réuni en Congrès à Versailles, adopte le projet de loi constitutionnelle relatif à la modification du titre XII de la Constitution sur l’indépendance des Etats de la Communauté. Le 27 avril 1962, il s’abstient volontairement sur le programme du gouvernement de Georges Pompidou. Le 5 juillet suivant, il s’oppose à la levée de l’immunité parlementaire de Georges Bidault, figure de la démocratie chrétienne et fervent soutien à l’Algérie française. Enfin, et logiquement, il vote la motion de censure déposée contre le gouvernement, le 4 octobre 1962.

Jean Legendre est candidat au renouvellement de son mandat, à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale par le général de Gaulle, à l’automne 1962. Investi par le Centre national des indépendants, réélu entre-temps maire de Compiègne, il est opposé à un candidat gaulliste, le directeur de presse Edmond Nessler, qui porte les couleurs de l’U.N.R.-U.D.T. Dès le premier tour, Jean Legendre et son suppléant, l’industriel Albert Defouloy, maire d’Appilly, sont distanciés par leur adversaire direct de 2 500 voix. Ils n’obtiennent que 10 321 des 38 077 suffrages exprimés. Pour éviter que la circonscription ne revienne au candidat de la S.F.I.O., l’ancien député Marcel Mérigonde, Jean Legendre renonce finalement à participer au second tour, qui voit la victoire du candidat gaulliste.

Edmond Nessler est réélu au scrutin législatif du mois de mars 1967. Jean Legendre, accompagné d’un nouveau suppléant en la personne de Claude de Roucy, exploitant agricole et maire de Pontoise-lès-Noyon, a reçu cette fois-ci l’investiture du Centre démocrate de Jean Lecanuet. Au premier tour, il est à nouveau devancé par le député sortant, de plus de 3 000 suffrages, mais reste dans la compétition la semaine suivante. Il n’arrive qu’en troisième position, derrière Edmond Nessler, qui est réélu, et Antoine Carvalho, le candidat communiste. Jean Legendre n’obtient que 12 461 des 47 296 suffrages exprimés.

Il ne se représente plus aux élections législatives, mais n’abandonne pas pour autant la vie politique. Fortement implanté à Compiègne, il est le premier président du Conseil régional de Picardie, de 1973 à 1976. Il reste maire de la ville jusqu’au scrutin de 1989, date à laquelle il cède son siège à son dauphin désigné, Philippe Marini, membre du Rassemblement pour la République (R.P.R.), et futur rapporteur général de la Commission des finances du Sénat. Après cette date, il est toujours un conseiller municipal influent.

Jean Legendre aura montré combien le métier de journaliste peut contribuer très efficacement à la consolidation d’une carrière politique. Cette forte personnalité, dont la singularité n’a jamais réduit l’influence dans le département de l’Oise, disparaît le 21 septembre 1994, à l’âge de 88 ans. Il était chevalier de la Légion d’honneur.


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