Jean, Noël de Lipkowski

1920 - 1997

Informations générales
  • Né le 25 décembre 1920 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 20 septembre 1997 à Paris (Paris - )

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 19 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Seine-et-Oise
Groupe
Républicain radical et radical-socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 6 décembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Charente-Maritime
Groupe
Union pour la nouvelle République-UDT
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 3 avril 1967 au 30 mai 1968
Département
Charente-Maritime
Groupe
Union démocratique pour la V° République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 11 juillet 1968 au 12 août 1968
Département
Charente-Maritime
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 13 décembre 1971 au 12 janvier 1972
Département
Charente-Maritime
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 2 avril 1973 au 12 mai 1973
Département
Charente-Maritime
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 3 avril 1978 au 22 mai 1981
Département
Charente-Maritime
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 2 juillet 1981 au 1er avril 1986
Département
Charente-Maritime
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 2 avril 1986 au 14 mai 1988
Département
Charente-Maritime
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IXe législature
Mandat
Du 13 juin 1988 au 1er avril 1993
Département
Charente-Maritime
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Xe législature
Mandat
Du 2 avril 1993 au 21 avril 1997
Département
Charente-Maritime
Groupe
Rassemblement pour la République

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)



Né le 25 décembre 1920 à Paris
Décédé le 20 septembre 1997 à Paris

Député de Seine-et-Oise de 1956 à 1958

Gaulliste de gauche de sensibilité radicale, résistant de la première heure parti à Londres à vingt ans, diplomate et fin connaisseur des affaires internationales, député et ministre, Jean de Lipkowski a connu une carrière brillante qui a débuté sous la Quatrième République puis s'est épanouie sous la Cinquième.

Son contexte familial, il est vrai, le prédisposait à ces différentes orientations. Né le jour de Noël 1920 à Paris, Jean de Lipkowski descend, du côté paternel, d'une famille d'aristocrates polonais ; son oncle était primat de Pologne, et il conserve tout au long de sa vie la fierté de ses origines et le souvenir d'un autre de ses aïeux qui, à la tête de la cavalerie polonaise, ouvrit la route de Madrid à l'armée napoléonienne. Son père, Henri de Lipkowski, centralien et industriel, est un héros de la Première Guerre mondiale, dans les salons duquel le jeune Jean voit défiler tout le personnel politique de la Troisième République. Sa mère, Irène, figure de la Quatrième République, sera la seule femme élue du RPF.

Après des études secondaires à Henri IV, il entre à la Faculté de droit et à l'École libre des sciences politiques ; mais la guerre le surprend au milieu de ses études. Tandis que son père, s'engageant à nouveau, part pour le front, Jean de Lipkowski quitte Paris. A Royan, il entend le message de Pétain puis l'appel du général de Gaulle (il est l'un des rares Français à l'avoir entendu) qu'il décide de rejoindre à Londres sans y parvenir : il est arrêté à plusieurs reprises dans des conditions rocambolesques, retourne à Paris où il manifeste le 11 novembre 1940 en compagnie des étudiants, puis finit par réussir à gagner Londres par l'Espagne grâce au réseau de résistance monté par son père. Engagé dans les troupes parachutistes des Forces françaises libres, il devient caporal sous le pseudonyme de Jean de Ligny ; après plusieurs mois de combat, il est le premier officier français à entrer dans Lyon libéré. Son père, résistant, et son jeune frère, combattant, disparaissent pendant la guerre, tandis que sa mère, résistante elle aussi, est déportée. Comme le dira Jean de Lipkowski en mai 1958, pour se défendre des accusations de césarisme qui sont portées contre lui alors qu'il défend le retour du général de Gaulle « Ma famille et moi-même avons beaucoup donné pour ces deux notions inséparables que sont la France et la démocratie. »

De retour à Paris, Jean de Lipkowski est admis, le 15 novembre 1945, au concours spécial pour l'emploi d'attaché de consulat. Après un an passé auprès de l'administration centrale (Asie-Océanie) à Paris, il part en Chine, à Nankin, en tant que troisième secrétaire d'Extrême-Orient, puis devient en 1947 attaché d'ambassade au même endroit. Il conserve son poste jusqu'en 1949 ; cette expérience fait de lui l'un des meilleurs connaisseurs de la question chinoise.

Après la victoire de Mao, Jean de Lipkowski rentre à Paris et retrouve sa mère, Irène de Lipkowski, alors maire-adjointe d'Orly, en pleine préparation pour les élections législatives de 1951. Elle est élue député du RPF, au sein duquel, avec son fils, elle ne cessera de lutter contre un ancrage à droite - une lutte que Jean poursuivra quels que soient les partis successifs qui se réclament du général.

Il reste en poste auprès de l'administration centrale (Asie-Océanie) jusqu'en 1952, puis part deux années à Madrid en tant que consul adjoint. En janvier 1954, il est nommé directeur adjoint au cabinet du résident général à Tunis, le général Boyer de Latour. Il participe aux négociations sur l'autonomie de la Tunisie puis, Boyer de Latour ayant été nommé à Rabat, il le suit en septembre 1955 dans un pays au bord de l'insurrection. Le séjour de Jean de Lipkowski au Maroc se complique singulièrement avec la « dissidence » du général Boyer de Latour. En effet, ce dernier a été chargé par le Président du Conseil Edgar Faure de réinstaller dans ses fonctions le sultan Mohamed V, précédemment détrôné et exilé par la France à Madagascar au profit du sultan Ben Arafa. Or, le général Boyer de Latour ne veut plus exécuter cet ordre. Jean de Lipkowski est alors chargé par le Président du Conseil d'une mission officieuse auprès du général de Gaulle : lui demander d'intervenir auprès de Boyer de Latour pour le faire obéir. Jean-Nöel de Lipkowski s'exécute à contrecœur, mais se heurte à un refus sans appel du général. Aidé par François de Panafieu, ministre conseiller, Jean-Nöel de Lipkowski parvient finalement à arracher à Arafa sa démission en dépit des pressions de Boyer de Latour et, menacé, il est vite rapatrié avant d'être nommé par le ministre des Affaires étrangères Antoine Pinay deuxième conseiller à Moscou.

Jean de Lipkowski est donc sur le point de partir pour l'URSS quand il rencontre Pierre Mendès France, qui a pu apprécier ses qualités lors des négociations tunisiennes. L'Assemblée nationale vient d'être dissoute et, sur la suggestion de l'ancien président du Conseil, Jean de Lipkowski décide de se présenter en Seine-et-Oise ; il reçoit l'investiture de L'Express. Son adversaire le plus proche est le radical Hovnanian, et son programme, tel qu'il le présente, est simple : « Je suis d'accord pour l'essentiel avec Mendès, mais je suis gaulliste et ancien para, et j'en ai assez de représenter à l'étranger des gouvernements qui tombent les uns après les autres et sombrent le plus souvent dans le ridicule ». Le 2 janvier 1956, sa liste obtient 42 738 voix dans la 1re circonscription de Seine-et-Oise ; celle d'Hovnanian n'en obtient que 25 356. Jean de Lipkowski est le seul élu de sa liste du Front républicain pour le programme Mendès France.

Dès son élection validée, le 20 janvier 1956, Jean de Lipkowski s'apparente au groupe parlementaire radical avant de préférer celui de l'UDSR de Mitterrand : il est en effet déçu par les radicaux qui, de fait, ont permis à la SFIO d'évincer Mendès au profit de Guy Mollet. A l'Assemblée nationale, il est nommé membre de la Commission de l'Intérieur, de la Commission des pensions, de la Commission des affaires étrangères et de la Commission du suffrage universel, des lois constitutionnelles, du Règlement et des pétitions.

Durant ces deux années à l'Assemblée nationale, s'il dépose peu de propositions et de rapports, Jean de Lipkowski intervient en revanche à de très nombreuses reprises à la tribune, souvent sur les questions relatives aux colonies et territoires d'outre-mer (notamment sur la loi-cadre, la politique générale du gouvernement en Algérie, etc.), mais aussi sur les affaires internationales (événements de Hongrie, politique arabe de la France après l'affaire de Suez) et sur des sujets intérieurs. Ainsi, dès le mois d'avril 1956, il dépose une proposition de résolution tendant à décider la révision de l'article 8 de la Constitution afin de soustraire la vérification des opérations électorales au contrôle des deux chambres, contrôle qu'il juge trop politique et insuffisamment juridique, et de le confier au Comité constitutionnel institué par l'article 91 (ancêtre du Conseil constitutionnel). A l'automne de cette année 1956, il soutient avec éloquence, à la tribune, l'intervention de Pierre de Chevigny refusant l'emploi du titre de « déporté » pour les travailleurs du STO, et le réservant aux seules victimes du système concentrationnaire (9 octobre 1956).

Européen de conviction qui, sous la Cinquième République, prônera avec force la ratification du Traité de Maastricht, il vote en faveur de la ratification des traités instituant la Communauté économique européenne de l'énergie atomique (9 juillet 1957), mais il s'inquiète à la tribune de la question des « investissements non rentables » que la France consent pour le développement des territoires d'outre-mer, interpellant Valéry Giscard d'Estaing : « Il serait désastreux que la France s'engage dans le marché commun sans avoir obtenu de ses partenaires des engagements formels concernant l'Afrique » (17 janvier 1957). Quand survient, en février 1958, l'affaire du bombardement de Sakiet-Sidi-Youssef, Jean de Lipkowski s'inquiète de l'internationalisation du conflit algérien sous le manteau de la mission des « bons offices » et, plus tard, la dénonce (27 mars 1958), estimant que « l'affaire d'Algérie est un problème français qui ne regarde que nous seuls » ; il souhaite la reprise rapide du dialogue franco-tunisien hors de toute ingérence anglo-saxonne.

Jean de Lipkowski accorde sa confiance au gouvernement de Guy Mollet, le 31 janvier 1956, mais la refuse à Maurice Bourgès-Maunoury, le 12 juin 1957 ; lors du vote sur l'attribution des pouvoirs spéciaux en Algérie au gouvernement, il est excusé. Il vote pour l'investiture de Pierre Pflimlin (13 mai 1958), contre la révision de la Constitution (27 mai 1958) et soutient l'investiture du général de Gaulle (1er juin 1958), de même qu'il accorde, le 2 juin 1958, les pleins pouvoirs au gouvernement et la révision constitutionnelle.

En effet, Jean de Lipkowski est le premier parlementaire à intervenir, à trois reprises entre le 16 et le 27 mai 1958, afin de réclamer le retour du général de Gaulle, et ne ménage pas sa peine dans ce sens. Répondant à Edouard Depreux qui s'inquiète des intentions du général, il le rassure : « Je vous demande de croire avec moi que le général de Gaulle ne peut se renier lui-même et que nous saurons bientôt qu'il ne se met au service de la France que dans le cadre de la légalité républicaine » (16 mai). Sachant aussi attaquer, il reprend le mot de Tocqueville estimant que « personne n'a renversé le pouvoir car tout le monde l'avait laissé tomber par terre ».

Une fois le retour du général de Gaulle accepté, dès le début du mois de juin 1958, Jean-Nöel de Lipkowski fonde avec Frenay, Barberot, Geneviève de Gaulle et Philippe Dechartre, le Centre de la réforme républicaine, le CRR, groupe de gaullistes de gauche s'inquiétant de la naissance de l'UNR ; le général leur apporte son soutien. Ce qui n'empêche pas que Jean de Lipkowski, candidat du CRR, soit battu par Robert Ballanger (communiste) aux élections législatives du 30 novembre 1958 dans la 9e circonscription de Seine-et-Oise (Aulnay-sous-Bois) ; mais il sera ensuite continuellement député de Charente-Maritime de 1962 jusqu'en 1997 où il est distancé par le candidat RPR. Dans l'intervalle, il est notamment envoyé par le Quai d'Orsay à Beyrouth. Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères du gouvernement Couve de Murville en 1968, il le reste sous la présidence de Georges Pompidou, hormis une brève interruption ; il sera aussi ministre de la coopération de janvier à août 1976, dans le gouvernement Chirac. Il conserve, sous la Cinquième République, des amitiés et des contacts à gauche, adoptant souvent des positions contraires à celle du RPR. Longtemps conseiller général de Charente-Maritime, Maire de Royan de 1965 à 1977 puis de 1983 à 1989, Jean de Lipkowski donna généralement la priorité à son action parisienne et internationale.

Marié à Nadine Hecquet d'Orval dont il a eu deux enfants, officier de la Légion d'honneur, croix de guerre 1939 -1945, Jean de Lipkowski est mort à Paris le 20 septembre 1997.



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