Albert, Jean-Baptiste Masson

1905 - 1992

Informations générales
  • Né le 7 mai 1905 à Le puy (Haute-Loire - France)
  • Décédé le 20 décembre 1992 à Roanne (Loire - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Loire
Groupe
Communiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)



Né le 7 mai 1905 au Puy (Haute Loire)
Décédé le 20 décembre 1992 à Roanne (Loire)

Député de la Loire de 1946 à 1951

Albert Masson, député sportif, et seul représentant de la Quatrième République à avoir été ancien champion de boxe, a notamment apporté à ses pairs, outre sa combativité et ses initiatives parlementaires lors de son mandat de 1946 à 1951, la création d'une salle de culture physique de l'Assemblée. Il fut aussi, au cours de sa carrière, un actif militant syndicaliste et un courageux résistant.

Né le 7 mai 1905 au Puy d'un père cheminot, Albert Masson, titulaire d'un simple certificat d'études, entre dès 1919 comme apprenti à l'arsenal de Roanne, où il travaille bientôt comme ajusteur de précision. Au contact de militants syndicalistes, il participe à la grande grève de 1920 et adhère à la CGT, puis en 1922 à la CGTU à laquelle il demeurera fidèle toute sa vie ; il entre aussi au parti communiste en 1923.

Il effectue ensuite son service militaire au cinquième dépôt des équipages de la flotte, puis au centre d'aviation maritime d'Hyères où il devient quartier-maître mécanicien de l'aéronautique. Très impliqué dans les activités sportives de l'armée, c'est en 1926 qu'il devient champion de France de boxe de la marine (poids moyen) ; il se bat notamment contre le champion du monde des poids moyens, Marcel Thil. Revenu à l'arsenal de Roanne, il se marie en 1927 et, père d'un enfant, devient, en-dehors de ses heures d'atelier, moniteur de gymnastique à l'Etoile roannaise et à l'Amicale laïque de Roanne à laquelle il consacre beaucoup d'énergie.

Il n'en oublie pas pour autant son engagement syndical : de 1934 à 1936, il succède à Marcel Thévenoux à la tête du syndicat unitaire de l'arsenal, puis redevient secrétaire du conseil syndical d'où sont éliminés les confédérés en août 1937. C'est comme délégué de l'arsenal qu'il participe au Congrès de Toulouse de 1936, et il anime le journal mensuel du syndicat Le Travailleur de l'Arsenal, très hostile au gouvernement Daladier. Albert Masson fait l'objet, dans les années 1930, de plusieurs sanctions pour retards et faits de grève (notamment en 1934 et 1936), mais cela ne l'empêche pas d'être le principal organisateur, à l'arsenal de Roanne, de la grève nationale du 30 novembre 1938, grève assez bien suivie malgré la pression des chefs militaires en uniforme. Suite à cette grève, il est licencié avec deux camarades communistes ; il retrouve du travail à la Manufacture d'armes de Saint-Etienne où il reprend ses activités syndicales, sans delaisser pour autant la culture physique.

En 1939, il est brièvement mobilisé comme mécanicien dans l'aviation maritime, puis renvoyé dans ses foyers. Quelques semaines après, en novembre 1939, il est arrêté pour reconstitution de ligue dissoute lors d'une réunion clandestine de la commission de l'UD-CGT à Saint-Jean-Bonnefonds, près de Saint-Etienne. Le Conseil de guerre de Clermont-Ferrand le condamne à trois ans d'emprisonnement, et Albert Masson purge sa peine à la centrale de Riom.

A sa sortie de prison, en octobre 1942, il revient à Roanne, puis rejoint successivement divers maquis FTP à partir d'avril 1943. D'abord adjoint du responsable du service des renseignements du Puy-de-Dôme, il prend lui-même la responsabilité de la région (Loire, Haute-Loire, Rhône), puis devient responsable inter-régional à Valence pour l'Ardèche, le Vaucluse, le Gard et la Lozère. Et c'est sous le pseudonyme du « Commandant Armand » qu'il participe à la Libération de Nîmes puis à celle d'Alès en août 1944. Bien qu'absent, il est désigné membre du comité de libération de Roanne le 29 août 1944. Pour sa conduite sous l'Occupation, Albert Masson recevra la médaille de la Résistance.

Pendant l'hiver 1944 -1945, il participe au service de remise en route économique du pays, notamment pour les mines du Gard. Il redevient brièvement secrétaire-adjoint de l'UD - CGT de la Loire, mais reste interdit de présence à l'arsenal de Roanne, et oriente ses efforts vers la Manufacture de Saint-Etienne où il travaille, et dont il réorganise le syndicat. Il est élu conseiller municipal de Roanne sur une liste d'union en 1945 ; en 1947, il est réélu sur une liste communiste conduite par Bonnefille.

Dès premières élections pour la première Assemblée nationale constituante, Albert Masson brigue également un mandat d'envergure national ; mais, ce 21 octobre 1945, il n'est qu'en troisième position sur la liste communiste qui, face au puissant MRP mené par Georges Bidault, obtient près de 30 % des suffrages exprimés : ce bon score ne lui confère que deux mandats, que Marius Patinaud et Denise Bastide, les deux têtes de liste, remplissent. Cette situation se reproduit à l'identique pour les élections à la seconde Assemblée nationale constituante, le 2 juin 1946. En revanche, le 10 novembre 1946, pour les premières élections législatives de la Quatrième République, la situation change : tous les sortants, notamment Eugène Claudius-Petit et Antoine Pinay, sont réélus avec des scores constants, mais cette fois la Loire s'est vu attribuer un siège supplémentaire - huit mandats et non plus sept. Et c'est le parti communiste qui, s'il ne progresse pas, possède le plus grand réservoir de voix.

Albert Masson devient donc le troisième député communiste de la Loire, son élection étant validée le 29 novembre 1946. Il est rapidement élu vice-président de l'Association sportive du personnel de l'Assemblée nationale, et promeut avec succès la cause de la salle de culture physique du Palais-Bourbon ; en 1948, il parvient même à décrocher, à quarante-trois ans, à Thonon, un titre de champion du Sud-Est de gymnastique. Il est, par ailleurs, responsable de la sécurité des membres du bureau politique communiste à l'Assemblée nationale. Il n'en prend pas moins son mandat de parlementaire avec beaucoup de sérieux.

En effet, Albert Masson est nommé membre de la Commission de l'agriculture, et devient vice-président de cette commission. Il est également nommé membre de la Commission du ravitaillement, et juré à la Haute Cour de justice. Mais l'essentiel de son activité de parlementaire est consacrée à la Commission de l'éducation nationale : le député de la Loire dépose de nombreuses propositions de loi et de résolution relatives à ces questions d'éducation, notamment aux centres d'apprentissage et à l'enseignement technique. Ainsi, le 21 février 1947, il dépose une proposition de loi tendant à déterminer un statut provisoire des centres d'apprentissage, et le 16 novembre 1950, une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à promulguer les statuts des personnels des centres d'apprentissage. Ses positions politiques apparaissent clairement dans la proposition de loi qu'il dépose le 25 août 1948, et qui tend à assurer la gratuité complète de l'enseignement supérieur, et à attribuer, sous certaines réserves, une rémunération aux élèves et étudiants de cet enseignement.

Albert Masson consacre également une partie de son activité de député aux questions sociales et politiques : ainsi, en septembre 1948, il invite le gouvernement à attribuer une prime aux travailleurs à domicile. Le 29 décembre 1950, il dépose une proposition de loi visant à amnistier les faits commis à l'occasion des grèves et des conflits sociaux - une situation que le député de la Loire connaît bien du fait de son histoire personnelle.

A la tribune, Albert Masson intervient presque exclusivement dans les discussions sur le budget de l'éducation nationale, défendant ses nombreux amendements à la loi de finances. Durant l'été 1947, il explique sa position en faveur du projet de loi décidant la mise en régie d'Etat des collèges techniques : « A la base de l'enseignement technique, [...] se trouvent les collectivités fondatrices, communes et départements, qui ont à leur charge l'entretien ou le fonctionnement de ces établissements. Leur matériel reste insuffisant et toujours très vieux. Il faut des crédits pour les équiper normalement. Comment penser qu'une commune de 800 habitants comme celle de Mouchard puisse entretenir une école à recrutement national quand une ville comme Nîmes voit son budget passer de 10 millions en 1946 à 20 millions en 1947 ? Déjà une dizaine de propositions de résolution demandant la prise en charge par l'Etat des collèges techniques ont été déposées sur le bureau de l'Assemblée. [...] Ces dépenses d'aménagement et d'entretien devraient donc passer à la charge de l'Etat. »

Albert Masson refuse bien entendu de voter la confiance à Paul Ramadier le 4 mai 1947, le jour où le président du Conseil se sépare de ses ministres communistes. Il s'abstient volontairement lors du vote du projet de loi sur le statut de l'Algérie (27 août 1947). En politique étrangère, il refuse de ratifier la convention de coopération économique organisant l'aide du plan Marshall à la France (7 juillet 1948), de même qu'il refuse, un an plus tard, de soutenir la constitution du Conseil de l'Europe (9 juillet 1949) et de ratifier le Pacte de l'Atlantique le 26 juillet 1949. A la fin de la législature, comme tous les communistes, il s'oppose fermement au système des apparentements qui, le 7 mai 1951, modifie la loi électorale en faveur des partis de la troisième force, au détriment des gaullistes et des communistes.

De fait, le paysage électoral dans la Loire est sensiblement modifié pour le scrutin du 17 juin 1951 : non seulement les candidats les plus connus, tous trois ministres en exercice du cabinet Queuille (Georges Bidault, Antoine Pinay, et Eugène Claudius-Petit) ont formé une liste commune d'Union nationale présentée par le MRP, l'UDSR et les Indépendants paysans, mais cette liste, qui, forte de 31,2 % des suffrages exprimés, emporte trois mandats, a conclu un apparentement avec les listes SFIO et de Rassemblement des groupes républicains et indépendants. C'est cette dernière liste qui, dépassant les socialistes de 63 voix seulement, est favorisée par l'apparentement : avec 8,8 % des voix, elle décroche un siège au détriment du parti communiste qui, avec plus du triple de ce score (27,9 %), n'en obtient que deux, tandis que les gaullistes en enlèvent également deux, avec 22,7 % des suffrages exprimés par les habitants de la Loire.

Albert Masson perd donc son siège de député ; candidat aux élections cantonales la même année, il est devancé au second tour par Pillet, un candidat de l'UDSR, futur maire et député de Roanne. Il se représente sans succès aux élections législatives partielles des 4 et 18 mai 1952, provoquées par le décès de Denise Bastide, mais il est battu au second tour par Michel Jacquet, candidat indépendant.

En 1954, Albert Masson est renvoyé de la Manufacture de Saint-Etienne, et revient s'installer à Roanne. Il devient alors administrateur de la sécurité sociale de Roanne, puis administrateur de l'hôpital jusqu'en 1983. Il meurt le 20 décembre 1992.



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