1er juin 1958: Déclaration d'investiture du général de Gaulle

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  • Le général de Gaulle à la tribune de l'Assemblée nationale, le 1er juin 1958

    Le général de Gaulle à la tribune de l'Assemblée nationale, le 1er juin 1958

Onglet actif : De Gaulle entre deux républiques

Onglet actif : De Gaulle entre deux républiques

Le général de Gaulle, seul sur les bancs des ministres, le 1er juin 1958

Le général de Gaulle, seul sur les bancs des ministres, le 1er juin 1958

C’est dans un contexte dramatique que le général de Gaulle sollicite l’investiture de l’Assemblée nationale le 1er juin 1958.

La IVe République est alors en pleine décomposition. Minée par l’instabilité ministérielle, elle ne peut relever le défi posé par la crise algérienne.

 

La crise algérienne emporte le régime

Le bombardement le 8 février 1958 par l’armée française du village tunisien de Sakhiet-sidi-Youssef, à la frontière algérienne, causant la mort de 70 personnes dont 21 enfants, enclenche une spirale qui finit par emporter le régime.

Le président du Conseil Félix Gaillard, pour calmer l’émotion internationale, accepte la proposition d’une mission diplomatique anglo-américaine. Cette décision entraine la chute de son gouvernement, désavoué par l’Assemblée nationale après des débats houleux le 15 avril 1958.

La chute du gouvernement ouvre une longue vacance gouvernementale de quatre semaines qui voit l’échec de plusieurs présidents du Conseil pressentis. Le 8 mai, René Coty fait appel à Pierre Pflimlin qui se présente à l’Assemblée nationale le 13 mai pour obtenir son investiture.

Mais ses vues libérales sur la question algérienne, récemment exprimées dans la presse, soulèvent l’opposition et la colère de la population française d’Alger. Le même jour, cette dernière s’empare du gouvernement général et désigne un comité de salut public présidé par le général Massu qui réclame le maintien de l’Algérie française. Le 13 mai au soir, Pierre Pflimlin est finalement investi dans la nuit, en réaction, pour rétablir l’autorité républicaine.

Entre ces deux pouvoirs, l’un légal à Paris, l’autre insurrectionnel à Alger, le général de Gaulle, en retrait de la vie politique depuis l’échec du RPF, incarne un pouvoir moral et un recours possible. Ce d’autant que le soir du discours du général Salan du 14 mai à Alger qui se conclut par un « Vive de Gaulle », ce dernier se dit « prêt à assumer les pouvoirs de la République ».

Dans le même temps, la situation insurrectionnelle algérienne semble se propager jusqu’en métropole. Après la prise de contrôle, le 24 mai, de la Corse par le 1er bataillon du 11e choc favorable aux putschistes, des rumeurs circulent sur une possible opération aéroportée en région parisienne dans la nuit du 27 au 28 mai.

Le retour au pouvoir du général de Gaulle

Le 27 mai, de Gaulle, après avoir rencontré Pierre Pflimlin, déclare avoir entamé le processus régulier pour constituer un gouvernement, contraignant le président du Conseil, privé de soutien, à démissionner le 28 mai. Le lendemain, René Coty, annonce qu’il a fait appel « au plus illustre des Français » et précise qu’il démissionnera si le général de Gaulle n’est pas investi.

C’est dans ces conditions que de Gaulle se présente, en civil, dans un hémicycle bondé. Dans un silence absolu, il fait la plus brève déclaration d’investiture de toute l’histoire de la IVe République.

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Extrait des actualités française (INA)

À l’issue de son discours, le général de Gaulle se retire à l’hôtel Lapérouse et ne participe pas aux débats. Dix-sept parlementaires se succèdent à la tribune et parmi eux, neuf se prononcent contre l’investiture. François Mitterrand, député UDSR de la Nièvre, en fait partie. Il exprime son inquiétude et sa défiance face aux annonces du général de Gaulle et, notamment, les pleins pouvoirs accordés au nouveau gouvernement pour six mois ainsi que la réforme de l’article 90 de la Constitution, qui aboutira, in fine, à l’avènement de la Ve République.

Finalement, l’Assemblée nationale votera l’investiture par 329 voix pour et 224 voix contre.

La naissance de la Ve République

Le 3 juin 1958, conformément à l’exigence du général de Gaulle, l’Assemblée nationale se met en congé pour six mois. Le 4 septembre, de Gaulle présente le projet de nouvelle Constitution, place de la République à Paris. Elle est adoptée par référendum le 28 septembre avec près de 80% de oui, puis est promulguée le 4 octobre, donnant naissance ainsi à la Ve République.

De Gaulle restera président du Conseil, puis Premier ministre jusqu’au 8 janvier 1959. Il devient alors le premier Président de la nouvelle Ve République après avoir été élu par un collège de 80.000 électeurs le 21 décembre 1958.