Georges Pompidou (1911-1974), la modernisation de la France
Né à Montboudif, au cœur du Massif central, en 1911, fils d’instituteurs, normalien (Ulm) et agrégé de lettres, Georges Pompidou a incarné la méritocratie républicaine.
Major de l’agrégation de lettres en 1934, cet esprit aussi vif que curieux obtient en parallèle le diplôme de Sciences po. Optant pour l’enseignement, il est nommé à Marseille avant de rejoindre, en 1938, le lycée Henri-IV à Paris. Mobilisé en 1939, il retrouve l’enseignement pendant la guerre.
La vie publique le saisit en 1944 : il entre au cabinet du général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire de la République française, qui a besoin d’un « normalien qui sache écrire ». Appréciant ses qualités, le général de Gaulle se l’attache. Après sa démission en janvier 1946, Georges Pompidou est nommé maître des requêtes au Conseil d'État. Bien que n’adhérant pas au RPF, il est le chef de cabinet du général, alors sans fonction officielle, de 1948 à 1953.
Après une brève carrière dans le secteur privé, à la banque Rothschild, qui lui donne une excellente compréhension des questions économiques, Georges Pompidou renoue avec la politique en juin 1958, appelé par le général de Gaulle. Ayant pris part à la rédaction de la Constitution de 1958, il est nommé en mars 1959 au Conseil constitutionnel. Il retourne travailler à la Banque Rothschild mais effectue par ailleurs, à la demande du président de la République, quelques missions préparatoires aux accords d’Évian de 1962 sur l’indépendance de l’Algérie.
Le 14 avril 1962, il est nommé Premier ministre par le général de Gaulle, en remplacement de Michel Debré. Ses qualités intellectuelles et politiques, et son efficacité, font très vite taire ceux qui craignaient ou raillaient l’inexpérience gouvernementale de celui qui n’avait pas non plus de mandat électif.
Il surmonte sans difficulté les crises politiques : la démission du Gouvernement des ministres MRP après le discours du général de Gaulle du 15 mai 1962 sur « l’Europe des États » ; le renversement de son Gouvernement, le 4 octobre suivant, avec le vote à l’Assemblée nationale d’une motion de censure soutenue par les opposants au référendum sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct.
Consolidé par le soutien que lui manifeste le général de Gaulle, la victoire au référendum et celle de l’UNR aux élections législatives anticipées, Georges Pompidou est le chef du Gouvernement du rétablissement de la France dans son rang et de sa modernisation : il veille à la mise en place de la dissuasion nucléaire souhaitée par le général de Gaulle ; il soutient la modernisation de l’agriculture dans le cadre de la nouvelle politique agricole commune ainsi que le développement de l’industrie française de pointe, notamment dans l’énergie, l’informatique (Plan calcul), la sidérurgie, l’aéronautique (programme Concorde) et l’espace. Il organise l’aménagement du territoire. Le très fin lettré appuie André Malraux dans sa politique culturelle de restauration du patrimoine, notamment urbain, et ne cache pas son goût pour l’art contemporain. L’amateur d’automobile comprend ce que le progrès technique apporte aux femmes et aux hommes.
En 1968, Georges Pompidou est l’homme de la sortie de crise : la « révolte étudiante » s’achève à moindre mal ; la crise sociale prend fin avec les accords de Grenelle ; les élections législatives anticipées, qu’il estime préférables à un référendum, donnent aux gaullistes une majorité massive à l’Assemblée nationale.
Resté en « réserve de la République », comme député du Cantal, en juillet 1968, Georges Pompidou est triomphalement élu président de la République le 15 juin 1969, après le départ du général de Gaulle, qui vient de subir un échec au référendum d’avril.
Avec auprès de lui Jacques Chaban-Delmas, qui promeut la « Nouvelle société » et innove avec le premier ministère de la Protection de la nature et de l’environnement, puis Pierre Messmer comme premiers ministres, il peut organiser la poursuite du développement du pays dans une période faste des « Trente glorieuses ».
Lorsqu’il meurt le 2 avril 1974, la France commence à subir les effets désastreux du choc pétrolier, mais continue d’être saluée pour ses récents succès économiques et sa très forte croissance.