Joseph Comiti
1920 - 2000
COMITI (Joseph)
Né le 4 juin 1920 à Sotta (Corse)
Décédé le 10 novembre 2000 à Bastia (Haute-Corse)
Député des Bouches-du-Rhône en 1968, en 1973 et de 1978 à 1981
Secrétaire d’Etat, auprès du Premier ministre, chargé de la Jeunesse et des sports, du 12 juillet 1968 au 20 juin 1969
Secrétaire d’Etat, auprès du Premier ministre, du 22 juin 1969 au 5 juillet 1972
Secrétaire d’Etat, auprès du Premier ministre, chargé de la Jeunesse, des sports et des loisirs, du 6 juillet 1972 au 28 mars 1973
Secrétaire d’Etat des Relations avec le Parlement, du 5 avril 1973 au 27 février 1974
Secrétaire d’Etat, auprès du Premier ministre, chargé des Départements et territoires d’outre-mer, du 1er mars au 27 mai 1974
Joseph Comiti nait à Sotta, petite commune au sud de la Corse, à l’ouest de Porto-Vecchio. Son père est juge d’instance et sa mère institutrice. Après des études secondaires au lycée de Bastia, il s’engage dans des études de médecine à Marseille, interrompues par la guerre (Joseph Comiti est engagé volontaire en septembre 1944 et sert au service de santé de la Première Armée Française). Ayant repris ses études à la Libération, il les termine comme agrégé de médecine. Devenu chirurgien gastro-entérologue, il officie aux hôpitaux de Marseille à partir de 1949 et assure, dès 1956, le secrétariat général de la Société de chirurgie de Marseille (il en sera le président en 1975). Nommé professeur à la Faculté de médecine de Marseille en 1958, il prend en 1964 la présidence de l’ordre des médecins des Bouches-du-Rhône. Il se marie avec Marie-Françoise Lucchetti. Une fille naît de cette union.
Gaulliste depuis 1940, Joseph Comiti a appartenu au début de la IVe République au Rassemblement du peuple français (RPF), le parti du général de Gaulle lancé en 1947. Il se réjouit du retour au pouvoir du Général au printemps 1958 et adhère au nouveau parti gaulliste, l’Union pour la nouvelle République (UNR), dès l’automne 1958. C’est sous cette étiquette que ce notable se présente aux élections municipales à Marseille au printemps 1965, face au maire socialiste sortant Gaston Defferre. Il se maintient au deuxième tour contre l’avis de l’UNR mais est battu. Président fondateur la même année du Cercle de prospective économique et social (un comité patronal local hostile à la mairie), organisateur de meetings marseillais en faveur du général de Gaulle lors de la présidentielle de décembre 1965, Joseph Comiti est récompensé de son engagement politique en intégrant, en janvier 1966, le Conseil économique et social. Les législatives du printemps 1967 lui apportent une nouvelle déconvenue. Candidat gaulliste dans la 1ère circonscription des Bouches-du-Rhône (qui comprend les 1er et 8e arrondissement de Marseille ainsi que quelques bureaux de vote du 6e arrondissement), il arrive en tête du premier tour avec 31,2 % des voix, devant le communiste Georges Lazzarino (19,31 %) et le socialiste Charles-Emile Loo (19,27 %). Mais, alors qu’il a devancé son rival de gauche de 19 voix, le communiste choisit de se retirer, estimant que le socialiste est mieux à même de rassembler toute l’opposition. Ce pari est réussi puisque Charles-Emile Loo s’impose au second tour avec 53,8 % des suffrages exprimés. En novembre 1967, Joseph Comiti entre au comité central et au conseil exécutif de l’Union des démocrates pour la Ve République (UD.Ve), le nouveau parti gaulliste qui a succédé à l’UNR.
Lors des législatives anticipées de juin 1968 consécutives à la dissolution de l’Assemblée nationale, Joseph Comiti, qui a organisé le 31 mai une grande manifestation de soutien au général de Gaulle sur la Canebière (réplique locale du défilé parisien sur les Champs-Elysées du 30 mai), est candidat de l’Union pour la défense de la République (UDR, le nouveau nom du parti gaulliste) dans la 1ère circonscription des Bouches-du-Rhône. Celle-ci regroupe alors le 1er arrondissement de Marseille et une partie du 6e arrondissement. Il s’agit de reprendre cette circonscription (tenue par le gaulliste Pierre Marquand-Gairard de 1962 à 1967) au socialiste Bastien Leccia, élu au printemps 1967. Avec l’aide de son suppléant, l’agent maritime et ancien président du Secours catholique Henri Arnaud, Joseph Comiti, qui bénéficie d’un contexte politique désormais favorable après les bourrasques de mai, frôle l’élection dès le premier tour avec 47,6 % des suffrages exprimés, loin devant son premier rival, le député sortant Bastien Leccia. Le second tour confirme son avance, le professeur de médecine est élu facilement avec 61,3 %. Joseph Comiti rejoint le groupe UDR et s’inscrit à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Mais le nouvel élu ne siège pas au Palais-Bourbon car il entre au gouvernement le 10 juillet 1968, comme secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre Maurice Couve de Murville, chargé de la Jeunesse et des sports. Henri Arnaud le remplace à l’Assemblée.
Joseph Comiti, cousin de Paul Comiti, le célèbre garde du corps du Général et responsable du Service d’action Civique (SAC) de 1960 à 1968, est très proche du service d’ordre gaulliste qui protège ses campagnes électorales dans le contexte de violence extrême de la vie politique locale (en juin 1968, le secrétaire fédéral UDR opère d’ailleurs en pleine nuit un militant du SAC blessé par balle). C’est cette proximité qui explique que Jacques Foccart, le puissant conseiller du général de Gaulle, soit intervenu auprès de ce dernier pour lui recommander l’entrée au gouvernement de Joseph Comiti (ainsi qu’Henri Duvillard aux Anciens combattants).
Compte tenu de la crise de mai 68 où la jeunesse étudiante s’est durement opposée au pouvoir, le poste occupé par le chirurgien gaulliste est politiquement sensible. Il s’agit de faire oublier les échecs de François Missoffe en matière de politique de la jeunesse et d’apaiser la colère des nouvelles générations, en répondant mieux à leurs attentes. Il s’agit également de combattre ce que certains, à droite, perçoivent comme des bastions de gauche dans l’univers associatif jeune. C’est dans cette logique que Joseph Comiti démantèle en 1969 la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture (MJC), réputée aux yeux des « gaullistes d’ordre » comme noyautée par les communistes. Il bataille également contre le syndicat des professeurs d’éducation physique qu’il accuse régulièrement d’être « sectaire ». Après le départ du général de Gaulle, consécutif à l’échec du référendum d’avril 1969, puis l’élection à l’Elysée de Georges Pompidou en juin 1969, Joseph Comiti est maintenu à son poste dans le nouveau gouvernement dirigé par Jacques Chaban-Delmas. Il ajoute simplement les « loisirs » à ses attributions ministérielles. En mars 1971, le secrétaire d’Etat est candidat aux élections municipales dans le premier secteur de Marseille mais il doit de nouveau s’incliner à l’issue du second tour. Après le départ de Jacques Chaban-Delmas de Matignon à l’été 1972, Joseph Comiti est confirmé dans ses fonctions ministérielles dans le nouveau gouvernement conduit par Pierre Messmer. Un an plus tard, le bilan du secrétaire d’Etat est cependant mitigé. Il est vrai que les objectifs initiaux étaient très ambitieux et en partie contradictoires : développer le sport pour tous et dans le même temps améliorer le niveau de l’élite. Alors que ses moyens budgétaires restaient limités (0,7 % du budget de l’Etat), Joseph Comiti a financé la construction de nombreuses installations sportives (gymnases et piscines), ouvert l’école vers le sport et amélioré la formation des animateurs socio-éducatifs. C’est sous son secrétariat d’Etat qu’est lancée l’opération « Mille piscines » et que débute la construction du Parc des Princes à Paris (inauguré le 8 juillet 1972 en présence du président Pompidou pour la finale de la coupe de France). Il crée en 1970 le Haut comité de la jeunesse, des sports et des loisirs, qui prend la suite du Haut comité de la jeunesse de 1958 et du Haut comité des sports de 1961, organisme tombé en désuétude.
Lors des législatives du printemps 1973, Joseph Comiti, investi par l’UDR, se présente à sa réélection dans la 1ère circonscription des Bouches-du-Rhône. Avec l’aide de son suppléant, l’industriel Marcel Pujol, il arrive en tête au premier tour avec 37,9 % des voix, devant le socialiste Bastien Leccia (24,9 %). Ce dernier, en dépit du désistement du candidat communiste Robert Allione, ne parvient pas à rattraper son retard et le gaulliste marseillais s’impose au second tour, le 11 mars 1973, avec 55,6 % des voix. Il demeure le seul député de la majorité des Bouches-du-Rhône, entouré de 6 députés PCF et 4 députés PS. Il reste fidèle au groupe UDR et à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Mais, comme lors de la législature précédente, Joseph Comiti ne siège pas longtemps au Palais-Bourbon puisqu’il est appelé, le 5 avril, dans le deuxième cabinet Messmer comme ministre chargé des Relations avec le Parlement. Il renonce à son mandat parlementaire et se voit remplacé à l’Assemblée par Marcel Pujol. Le 1er mars 1974, il change d’attribution ministérielle et siège dans le troisième cabinet Messmer comme secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé des Départements et territoires d’Outre-Mer. De 1968 à 1974, Joseph Comiti bénéficie du soutien politique constant de Jacques Foccart, d’abord auprès du général de Gaulle puis de Georges Pompidou. Il est vrai que le professeur de médecine fait partie des « amis du SAC », ces éléments du gouvernement et du parlement (Robert Galley, Michel Inchauspé, Henri Duvillard, Pierre Jalu…) membres ou simplement compagnons de route du SAC et que le conseiller présidentiel, persuadé de l’existence d’une « subversion marxiste », réunit régulièrement lors de dîners-débats (à la Maison de l’Amérique latine ou au Lutetia) pour tenter d’influencer l’action du pouvoir dans un sens répressif.
Lors de la campagne présidentielle qui s’ouvre début avril après la mort de Georges Pompidou, Joseph Comiti soutient la candidature de Jacques Chaban-Delmas. Il conserve toutefois de très bonnes relations avec Jacques Chirac, qui entre à Matignon après la victoire de Valéry Giscard d’Estaing et prend le contrôle de l’UDR à l’hiver 1974. Cela vaut à Joseph Comiti, qui a retrouvé l’Université après être sorti du gouvernement à la fin mai 1974, d’être nommé chargé de mission national de l’UDR pour le Sud-Est et la région Rhône-Alpes. En janvier 1975, il est confirmé au comité central de l’UDR et, en avril de la même année, prend la présidence du comité régional Provence-Côte d’Azur de l’UDR. Mais le professeur de médecine gaulliste peine à confirmer son implantation politique locale. En mars 1976, il échoue aux élections cantonales dans le 2e canton de Marseille, battu d’extrême justesse par le socialiste Charles Bonifay (le scrutin de septembre 1973 avait été invalidé). Il se console en étant promu délégué à l’enseignement au secrétariat général de l’UDR en septembre 1976. En décembre, il rejoint le parti néo-gaulliste, le Rassemblement pour la République (RPR), récemment lancé par Jacques Chirac qui, depuis son départ de Matignon à l’été, engage le rapport de force à droite avec le libéral Giscard d’Estaing dans la perspective des prochaines législatives de 1978, puis de la présidentielle de 1981. Joseph Comiti siège dès janvier 1977 dans le conseil politique de la nouvelle formation et dirige aussi son antenne régionale ainsi que son comité départemental à partir de juin 1977. Depuis cette même année, il exerce comme professeur de clinique chirurgicale et digestive à la faculté de médecine de Marseille.
Lors des législatives du printemps 1978, Joseph Comiti obtient l’investiture RPR dans la première circonscription des Bouches-du-Rhône. Epaulé par son nouveau suppléant, le conseiller référendaire à la Cour des Comptes et maire de Cassis, Gilbert Rastoin, il arrive en tête du premier tour avec 26,8 % des voix, devançant son rival de droite, le candidat de l’Union pour la démocratie française (UDF) Jean Roussel (25,3 %) et le socialiste Bastien Leccia (22,2 %). Le retrait de Jean Roussel évite à Joseph Comiti une triangulaire délicate et lui permet de s’imposer facilement au second tour avec 58 % des suffrages exprimés. Au Palais-Bourbon, il rejoint le groupe RPR et la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Il entre dans la foulée au conseil régional de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et en prend la vice-présidence. Durant cette législature, le député de Marseille s’intéresse prioritairement à deux thématiques : la jeunesse, les sports et les loisirs d’une part, la santé d’autre part. S’agissant du premier sujet, il participe chaque année à l’examen du projet de loi de finances lorsqu’il est question du budget dévolu à la jeunesse et aux sports, insistant notamment sur la nécessité d’augmenter le volume horaire de l’enseignement de l’éducation physique. A propos de la santé, il participe aux débats concernant plusieurs projets de loi relatifs au monde médical : études médicales (mai 1979), équipements sanitaires et réforme hospitalière (juin 1979), interruption volontaire de grossesse (novembre 1979), exercice de la profession d’infirmier ou d’infirmière (juin 1980). Joseph Comiti, qui siège à partir de décembre 1979 dans la commission d’enquête sur les incendies de forêts dans la région méditerranéenne, intervient à l’occasion sur d’autres sujets : justice, sécurité, enseignement supérieur. Il approuve le projet de loi renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes (la loi dite Peyrefitte du 2 février 1981).
Après la présidentielle de mai 1981, où le député sortant a animé la campagne marseillaise de Jacques Chirac, Joseph Comiti renonce à une carrière politique nationale. Lors des législatives anticipées de juin 1981, consécutives à la dissolution de l’Assemblée, c’est Hyacinthe Santoni qui est investi par le RPR dans la 1ère circonscription des Bouches-du-Rhône, tandis que le député sortant le seconde comme suppléant. Bien qu’arrivé au premier tour derrière le socialiste Michel Pezet, le désistement de l’UDF Jean Roussel en sa faveur lui permet de s’imposer au second tour avec 52,3 % des suffrages exprimés. Joseph Comiti se replie sur son mandat de conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il est réélu au sein de cet hémicycle lors des régionales de 1986 et 1992. Au sein de l’assemblée régionale, il est rapporteur général du budget (1986) avant d’assurer la présidence de la commission des finances et du Plan de 1992 à 1998. Lors de la campagne du référendum sur le traité de Maastricht, Joseph Comiti, gaulliste souverainiste farouchement opposé à ce texte, intervient en septembre 1992 dans un colloque organisé par les Comités d’Action Républicaine proches du Front national. Très chiraquien, il reste fidèle au Président après l’échec de la dissolution et la victoire de la gauche plurielle aux législatives de juin 1997, jusqu’à participer à un meeting de soutien au chef de l’Etat, le 25 juin, organisé par l’Association des amis de Jacques Chirac présidée par Bernard Pons. Joseph Comiti meurt sur son île natale, le 10 novembre 2000, à l’âge de 80 ans. Il était chevalier de la Légion d’honneur et des Palmes académiques.