Edouard Balladur
1929 - 2026
Le fonds Edouard Balladur, conservé aux Archives nationales, couvre la période 1953-1995 et représente 48 mètres linéaires. Les documents sont cotés en 543 AP et sont décrits dans un répertoire numérique détaillé. Ils ont fait l’objet d’un dépôt en 1992 et leur consultation est soumise à l’autorisation de l’ayant droit.
Le fonds regroupe les documents relatifs à la carrière politique d’Edouard Balladur.
De plus amples renseignements sur ce fonds sont disponibles sur le site Internet des Archives nationales.
BALLADUR (Edouard)
Né le 2 mai 1929 à Smyrne (Turquie)
Décédé le 31 août 2026 à Paris
Député de Paris en 1986, de 1988 à 1993, et de 1995 à 2007
Ministre d’Etat, ministre de l’Economie, des finances et de la privatisation du 20 mars 1986 au 10 mai 1988
Premier ministre du 29 mars 1993 au 11 mai 1995
Edouard Balladur est issu d’une famille de négociants chrétienne de l’Empire ottoman, d’origine arménienne, installée à Smyrne (aujourd’hui Izmir) à la fin du XVIIIe siècle. Son père, Pierre Balladur, y dirige l’agence de la Banque ottomane. Naturalisés français, les Balladur quittent la Turquie d’Atatürk en 1934 pour s’installer en Provence. Élève au lycée Thiers de Marseille puis étudiant à la faculté de droit d’Aix-en-Provence, Edouard Balladur poursuit sa scolarité à Paris, à partir de 1946. Comme François Mauriac et François Mitterrand avant lui, il s’installe au 104 de la rue de Vaugirard dans un foyer d’étudiants tenu par des frères maristes. Diplômé de l’Institut d’études politiques, il intègre en 1955 l’Ecole nationale d’administration (promotion France-Afrique) avant d’entrer en 1957 au Conseil d’Etat. Il se marie la même année avec Marie-Josèphe Delacour. Le couple aura quatre enfants.
En décembre 1963, Edouard Balladur rejoint le cabinet du Premier ministre, Georges Pompidou, d’abord comme chargé de mission aux questions sociales et administratives, puis comme conseiller techniques aux affaires sociales. Avec Jacques Chirac, alors secrétaire d’Etat chargé des Problèmes de l’emploi, il participe activement aux négociations aboutissant aux « accords » de Grenelle. Dans L’Arbre de mai (1979), Edouard Balladur raconte son Mai 68, « un divertissement triste, fertile en déceptions », qui a « légitimé une idéologie libertaire ». Il se félicite toutefois : « Pour la première fois, le régime en place avait résisté sans réprimer. » L’année suivante, il est nommé président de la Société concessionnaire française pour la construction et l’exploitation du tunnel routier sous le Mont-Blanc. Après sa victoire à l’élection présidentielle de juin 1969, Georges Pompidou le nomme secrétaire général adjoint de la présidence de la République, puis secrétaire général à partir d’avril 1973, succédant à Michel Jobert, devenu ministre des Affaires étrangères. Désormais le plus proche collaborateur du chef de l’Etat, Edouard Balladur assiste au quotidien un homme tenaillé par la maladie. En 2013 dans La Tragédie du pouvoir, il revient sur cette période, en témoignant son admiration pour le courage et la ténacité de Georges Pompidou.
Après le décès du président de la République, le 2 avril 1974, il s’éloigne de la politique pour débuter une carrière de chef d’entreprise. Il exerce notamment la présidence de deux filiales de la Compagnie générale d’électricité : la Générale de services informatiques (1977-1986) et la Compagnie européenne d’accumulateurs (1980-1986). D’après son ami, le diplomate Jean-Bernard Raimond, « cette période n’a pas été la plus heureuse de sa vie, […] il est fait pour le service de l’Etat ».
C’est en 1980 que la collaboration entre Edouard Balladur et Jacques Chirac débute réellement. Celui qui est alors maire de Paris et président du RPR (Rassemblement pour le République) vient de rompre avec le tandem Pierre Juillet - Marie-France Garaud. Il lui propose de devenir son conseiller dans la perspective de l’élection présidentielle de 1981. Malgré la défaite, la relation entre les deux hommes, aux caractères si différents, se renforce. Dans une tribune intitulée « Les deux tentations », parue dans le Monde daté du 16 septembre 1983, Edouard Balladur théorise la cohabitation : « Changer la Constitution pour affaiblir le pouvoir en place ou pour abréger sa durée, changer la loi électorale pour éviter un éventuel renversement de majorité, sont deux tentations auxquelles il faut résister. Les grandes démocraties occidentales ont des mécanismes politiques séculaires ; leurs avantages et leurs inconvénients sont acceptés par tous. La France, qui a enfin trouvé la stabilité, devrait s’inspirer de leur exemple. »
Aux élections législatives de mars 1986, au scrutin proportionnel départemental à un seul tour, il se présente pour la première fois devant les électeurs, à Paris. En troisième position sur la liste du RPR (conduite par Jacques Toubon), victorieux à l’échelle nationale et dans la capitale (35 % des suffrages exprimés), il est élu député. C’est le début de la première cohabitation : Jacques Chirac est nommé à Matignon et Edouard Balladur ministre d’Etat, ministre de l’Économie, des finances et de la privatisation dès le 20 mars. Pendant deux ans, il pratique une politique libérale : vaste programme de privatisations (Saint-Gobain, Matra, Paribas, Suez, Société générale, TF1), accélération du mouvement de libération des prix avec l’ordonnance du 1er décembre 1986, baisse des impôts et des déficits. A la suite de la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République le 8 mai 1988, Pierre Bérégovoy lui succède au ministère de l’Économie et des finances. Lors des élections législatives de juin 1988, provoquées par la dissolution de l’Assemblée nationale, Edouard Balladur est élu dès le 1er tour dans la 12e circonscription de Paris (15e arrondissement) avec plus de 57 % des voix face au candidat socialiste, Claude Fleutiaux (29% des voix).
Inscrit au groupe RPR, Edouard Balladur siège à la commission des finances, de l’économie générale et du Plan. Ses interventions dans l’hémicycle portent principalement sur les questions budgétaires. À l’image des parlementaires de son groupe, il vote en faveur du projet de loi relatif au revenu minimum d’insertion (1er décembre 1988). Favorable au traité de Maastricht, il s’abstient lors du vote du projet de révision constitutionnelle au Congrès le 23 juin 1992 afin d’éviter l’éclatement du parti gaulliste entre adversaires et partisans du traité. Durant la IXe législature, Edouard Balladur s’implique davantage dans les débats internes à son parti. À partir de 1988, il devient d’ailleurs membre du comité d’orientation politique du RPR et est élu conseiller municipal de Paris (15e secteur). Avec Jacques Chirac, Philippe Séguin, Charles Pasqua, Alain Juppé ou encore Bernard Pons, il contribue à définir la stratégie politique pour les élections législatives de mars 1993 et, au-delà, l’élection présidentielle de 1995.
Réélu député dans la 12e circonscription de Paris, dès le 1er tour, avec près de 58 % des suffrages, en mars 1993, il contribue à la victoire écrasante de la coalition RPR-UDF (Union pour la démocratie française) à l’échelle nationale. Jacques Chirac ne souhaitant pas revivre l’expérience de la première cohabitation, c’est Edouard Balladur qui est nommé à l’hôtel de Matignon. Très rapidement, il forme un gouvernement resserré de 29 ministres, soutenu à l’Assemblée nationale par une coalition rassemblant 472 députés (85 % des sièges). Dans son discours de politique générale du 8 avril 1993, il considère que la situation économique et sociale de la France est « plus grave qu’aucune de celles qu’elle a connues depuis une quarantaine d’années ». Cette deuxième cohabitation se caractérise par l’état de santé très dégradé du président de la République et la volonté des deux têtes de l’exécutif de conserver des relations courtoises malgré leurs désaccords, par exemple sur la nécessité de pratiquer de nouveaux essais nucléaires. Beaucoup d’observateurs et d’analystes ont employé la formule de « cohabitation de velours » pour décrire la séquence.
Durant ses deux années à Matignon, Edouard Balladur poursuit en matière économique la politique conduite entre 1986 et 1988 : réforme des retraites avec un allongement de la durée de cotisation, nouvelles privatisations (Rhône-Poulenc, Banque nationale de Paris, Elf)… Sur le plan international, deux conflits majeurs se déroulent durant la période - la guerre de Bosnie-Herzégovine et la guerre civile au Rwanda - dans lesquels la France est impliquée. Le gouvernement Balladur se heurte à une partie de l’opinion publique sur deux initiatives relatives à la jeunesse : la tentative de révision de la loi Falloux et la mise en œuvre du contrat d’insertion professionnelle (CIP).
Alors que Jacques Chirac annonce officiellement, en novembre 1994, sa candidature à l’élection présidentielle de 1995, Edouard Balladur décide également de se porter candidat en janvier. Grand favori des sondages, le Premier ministre bénéficie alors du soutien de la plupart des dirigeants de l’UDF et du RPR. En avril, Edouard Balladur est cependant battu dès le 1er tour (18,6 %), devancé par Jacques Chirac (20,8 %) et Lionel Jospin (23,3 %). Alain Juppé lui succède à Matignon le 18 mai. La fracture entre chiraquiens et balladuriens est profonde. Des soupçons d’irrégularités pèsent sur le financement de sa campagne.
Réélu conseiller municipal en juin 1995, l’ancien Premier ministre parvient à la faveur d’une élection législative partielle, organisée en septembre de la même année, à retrouver son siège de député (70 % des suffrages au 1er tour). Il conserve ce mandat de parlementaire jusqu’en 2007, en étant toujours réélu au premier tour. Durant ces douze années, Edouard Balladur appartient au groupe RPR puis, à partir de 2002, au groupe UMP (Union pour un mouvement populaire). Il siège à la commission des affaires étrangères, qu’il préside durant la XIIe législature (2002-2007). Au début de celle-ci, il brigue la présidence de l’Assemblée nationale, également convoitée par Jean-Louis Debré. Devancé d’une cinquantaine de voix à l’issue du 1er tour, Edouard Balladur se retire en faveur de l’ancien président du groupe RPR de l’Assemblée nationale. Ses interventions dans l’hémicycle portent essentiellement sur la politique internationale. Ainsi le 3 octobre 2001, il prend la parole, à la suite du Premier ministre Lionel Jospin, pour évoquer les conséquences des attentats perpétrés aux Etats-Unis. En matière économique, il dépose plusieurs propositions de loi concernant l’épargne salariale et l’actionnariat salarié. Il décide de ne pas se représenter aux élections législatives de juin 2007.
A l’échelle locale, Edouard Balladur conduit la liste RPR-UDF-DL (Démocratie libérale) aux élections régionales de mars 1998 en Île-de-France. Battu par la Gauche plurielle, il démissionne de son mandat de conseiller régional dès le mois suivant. En 2000, il ne parvient pas à être désigné comme candidat à la mairie de Paris par le RPR, qui lui préfère Philippe Séguin. Il demeure néanmoins conseiller de Paris jusqu’en 2008.
Quelques semaines après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, ce dernier nomme Edouard Balladur à la tête du Comité de réflexion sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions. Certaines propositions du « Comité Balladur » sont reprises dans le projet de loi constitutionnelle adopté par le Congrès à Versailles le 21 juillet 2008. Le mois suivant, Edouard Balladur devient président du Comité pour la réforme des collectivités locales. Son rapport, qui propose notamment de diminuer le nombre de régions métropolitaines et la création d’un « Grand Paris », est en partie à l’origine de la réforme des collectivités territoriales et de la loi relative à la délimitation des régions (2015).
Retiré de la vie politique institutionnelle, Edouard Balladur conserve dans les années 2010 une certaine influence au sein de l’UMP puis des Républicains.
Il a rédigé de nombreux ouvrages dans lesquels il expose ses convictions politiques (Je crois plus en l’homme qu’en l’Etat, 1987 ; Dictionnaire de la réforme, 1992) ou raconte son expérience du pouvoir (Le Pouvoir ne se partage pas : Conversations avec François Mitterrand, 2009).
Il décline en 2010 la proposition du président de la République, Nicolas Sarkozy, de le nommer membre du Conseil constitutionnel.
Sur le plan partisan, il soutient Nicolas Sarkozy, puis François Fillon pour l’élection présidentielle de 2017 lors de la primaire des Républicains en 2016, puis Valérie Pécresse pour celle de 2022.
Restant attentif aux questions européennes internationales, il publie dans le cadre de la Fondation pour l’innovation politique une note intitulée L’Europe et notre souveraineté, dans laquelle il juge l’Union européenne nécessaire mais met en doute que la France puisse compter en l’état sur celle-ci pour contribuer à son redressement.
En décembre 2025, Edouard Balladur perd son épouse.
Il s’éteint à Paris, le 31 août 2026. Il est inhumé dans la plus stricte intimité familiale. Le magazine Le Point lui consacre un dossier.
De nombreux hommages soulignent les qualités de ce « grand serviteur de la République », fidèle à une certaine idée de la France ».
Edouard Balladur était Grand officier de la Légion d’honneur et Grand-croix de l’ordre national du Mérite.