Alain Peyrefitte

1925 - 1999

Informations générales
  • Né le 26 août 1925 à Najac (Aveyron - France)
  • Décédé le 27 novembre 1999 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 9 décembre 1958 au 15 mai 1962
Département
Seine-et-Marne
Groupe
Union pour la nouvelle République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 6 décembre 1962 au 8 janvier 1963
Département
Seine-et-Marne
Groupe
Union pour la nouvelle République-UDT
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 3 avril 1967 au 7 mai 1967
Département
Seine-et-Marne
Groupe
Union démocratique pour la V° République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 11 juillet 1968 au 1 avril 1973
Département
Seine-et-Marne
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 2 avril 1973 au 5 mai 1973
Département
Seine-et-Marne
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 3 avril 1978 au 5 mai 1978
Département
Seine-et-Marne
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 18 janvier 1982 au 1 avril 1986
Département
Seine-et-Marne
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 2 avril 1986 au 14 mai 1988
Département
Seine-et-Marne
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IXe législature
Mandat
Du 13 juin 1988 au 1 avril 1993
Département
Seine-et-Marne
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Xe législature
Mandat
Du 2 avril 1993 au 24 septembre 1995
Département
Seine-et-Marne
Groupe
Rassemblement pour la République

Mandats au Sénat ou à la Chambre des pairs

Sénateur
du 2 octobre 1995 au 27 novembre 1999

Biographies

Biographie de la Ve République

PEYREFITTE (Alain)
Né le 26 août 1925 à Najac (Aveyron)
Décédé le 27 novembre 1999 à Paris

Député de la Seine-et-Marne de 1958 à 1962, en 1967, de 1968 à 1973, en 1978, de 1982 à 1995

Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de l’Information, du 15 avril 1962 au 10 septembre 1962
Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des Rapatriés, du 11 septembre 1962 au 28 novembre 1962
Ministre de l’Information, du 6 décembre 1962 au 8 janvier 1966
Ministre délégué chargé de la Recherche scientifique et des questions atomiques et spatiales, du 8 janvier 1966 au 1er avril 1967
Ministre de l’Education nationale, du 7 avril 1967 au 28 mai 1968
Ministre chargé des Réformes administratives, du 5 avril 1978 au 27 février 1974
Ministre des Affaires culturelles et de l’environnement, du 1er mars 1974 au 27 mai 1974
Garde des Sceaux, ministre de la Justice, du 30 mars 1977 au 31 mars 1978 et du 6 avril 1978 au 14 mai 1981

Alain Peyrefitte naît dans le petit village de Najac à l’ouest de l’Aveyron. Il est le fils des deux instituteurs de la commune. Accompagnant les affectations successives de ses parents à Aubin, à Rodez puis à Montpellier, il se montre un écolier brillant. Bachelier à seize ans, il s’inscrit en khâgne à Montpellier. Mais en mars 1944, il interrompt ses études pour entrer en clandestinité dans l’Aveyron afin d’échapper au STO. A la Libération, il gagne la capitale pour y passer le concours de l’Ecole normale supérieure (ENS). Après un premier échec, il est reçu l’année suivante, en 1945. Il publiera en 1946 le recueil Rue d’Ulm (cette chronique de la vie normalienne sera rééditée en 1963 chez Flammarion avec une préface de Georges Pompidou). Il aura entre-temps changé de prénom (il s’appelait initialement Roger Antoine) afin d’éviter toute confusion avec l’écrivain Roger Peyrefitte, un parent éloigné, auteur en 1943 du sulfureux roman Les Amitiés particulières.

Peu portée à une carrière professorale, même si le monde des lettres et des idées le fascine, Alain Peyrefitte réussit en décembre 1945 le concours d’entrée à l’Ecole nationale d’administration (ENA), nouvellement créée par Michel Debré pour régénérer cette élite politico-administrative qui avait failli en 1940. Il appartient à la première promotion baptisée « France combattante » et sort troisième de l’école. Doué d’une solide capacité de travail, cet étudiant brillant mène ainsi deux cursus (ENS et ENA) en parallèle. Il rédige un mémoire pour son diplôme d’études supérieures sur le « sentiment de confiance » puis, en 1948, dépose une thèse de doctorat intitulée « Philosophie de la confiance », accompagnée d’une thèse complémentaire sur « Foi religieuse et confiance ». Il ne soutient son doctorat qu’en 1994 au terme de sa carrière politique. La notion de confiance constituera toute sa vie un pôle central d’action et de réflexion. A ses yeux, la confiance représente un « tiers facteur immatériel » qui, au-delà du capital et du travail, favorise le développement des sociétés. C’est ce « facteur de déclenchement » qui aurait permis à des pays comme la Hollande et l’Angleterre, puis à ceux d’Europe du Nord, et enfin d’Europe occidentale, d’entrer dans la modernité. Sur un plan personnel, Alain Peyrefitte, issu d’une famille plutôt anticléricale, se convertit au catholicisme à la fin de la guerre dans le climat d’élan spirituel qui touche alors tout un pan de la société française après les épreuves de l’Occupation.

Sorti de l’ENA en juillet 1947, Alain Peyrefitte est pendant quelques mois attaché de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) dans la section anthropologie. Après une retraite d’un an dans le couvent corse de Corbara (qui lui permet de rédiger un récit, Les Roseaux froissés, publié chez Gallimard en 1948), il s’oriente vers la diplomatie. Il entre le 1er septembre 1948 comme administrateur à la direction Amérique du ministère des Affaires étrangères. Il se marie, le 14 décembre 1948, avec Monique Luton, une jeune écrivaine dont le nom de plume est Claude Orcival et qu’il a rencontrée en 1947 lors d’un pèlerinage d’étudiants à Chartres. Il est nommé secrétaire d’ambassade à Bonn en 1949. Pendant plus de trois ans, il travaille, avec Jean-François Deniau, sous l’autorité d’André-François Poncet, haut-commissaire dans la Zone française d’occupation (ZFO). Il publie en 1949 chez Gallimard un nouvel essai, Le Mythe de Pénélope, couronné par l’Académie française. De juillet 1952 à mai 1954, il est chargé de liaison avec le Conseil de l’Europe au Quai d’Orsay. Il assure parallèlement quelques enseignements à l’ENA comme maître de conférences. En mai 1954, il est affecté à Cracovie comme consul de France et reste en Pologne jusqu’en juillet 1956. Durant ces deux ans, il observe la surveillance policière comme les difficiles conditions de vie de la population locale et en rend compte régulièrement dans les dépêches envoyées à Paris. Revenu en France pour prendre la sous-direction des organisations européennes à la direction politique du ministère des Affaires étrangères, il est nommé le 1er juillet 1958 conseiller des Affaires étrangères. Le 1er octobre, il retrouve le CNRS comme chargé de recherche en anthropologie mais la politique interrompt vite ses travaux.

Dès les élections cantonales d’avril 1958, Alain Peyrefitte s’engage en politique en se présentant dans le canton de Bray-sur-Seine contre le notaire Jacques Lebouc, maire de cette commune et conseiller général depuis 1945. Il est battu au second tour mais se fait connaître dans le département de Seine-et-Marne. Gaulliste de cœur depuis la guerre, il soutient le retour au pouvoir du général de Gaulle et obtient l’investiture de l’Union pour la nouvelle République (UNR) pour les législatives de novembre 1958 dans la 4e circonscription de la Seine-et-Marne (qui compte notamment les cantons de Bray-sur-Seine, de Provins, de La Ferté-Gaucher et de Villiers-Saint-Georges). Avec le soutien de son suppléant, Michel Vincent, rédacteur principal à la mairie de Provins, il est élu député au second tour après avoir obtenu 66,16 % des suffrages exprimés face à son rival communiste. Il reste député de cette circonscription jusqu’en 1995, à l’exception d’une courte parenthèse de quelques mois en 1981. Alain Peyrefitte rejoint le groupe UNR-Union démocratique du travail (UDT) et la commission des affaires étrangères. Au Palais-Bourbon, Alain Peyrefitte est représentant à l’Assemblée parlementaire européenne, mais aussi rapporteur pour les questions d’association entre les pays africains et le Marché commun. A ce titre, il effectue plusieurs missions en Afrique centrale (juillet-août 1959), en Afrique orientale et à Madagascar (juin 1960) et en Afrique occidentale (janvier-février 1961). Il est par ailleurs délégué de la France aux 14e et 15e sessions de l’Assemblée générale des Nations unies (septembre 1959 et septembre-décembre 1960). En 1960, il devient secrétaire général du comité français pour l’Union paneuropéenne et conserve ces fonctions jusqu’en 1962. Si Alain Peyrefitte prend part aux débats sur le projet de loi d’orientation agricole (mai 1960) et sur l’organisation de la région de Paris (décembre 1960 et juillet 1961), le député intervient surtout sur les questions internationales et celles liées à la défense. Il participe ainsi aux discussions portant sur le projet de loi de programme relative à certains équipements militaires (octobre 1960), où il défend la nécessité d’une dissuasion nucléaire nationale. Il soutient l’action du gouvernement sur les dossiers de la construction européenne et de l’Algérie. Il approuve en février 1960 le projet de loi autorisant le gouvernement à prendre, en application de l’article 38 de la Constitution, certaines mesures relatives au maintien de l’ordre, à la sauvegarde de l’Etat, à la pacification et à l’administration de l’Algérie (la loi du 4 février 1960 sur les « pouvoirs spéciaux »). Fin 1961, il publie chez Plon une tribune politique remarquée : Faut-il partager l’Algérie ? qui reprend plusieurs de ses articles sur la question publiés dans le Monde à l’automne 1961. Après l’échec de la conférence de Lugrin en juillet 1961, le général de Gaulle avait voulu, par cette initiative indirecte, inciter les délégués algériens à revenir à la table des négociations en agitant la menace d’une partition de l’Algérie. Alain Peyrefitte défend à l’Assemblée les accords d’Evian (21 mars 1962).

Vite repéré par le général de Gaulle qui apprécie sa grande culture, sa capacité de travail et sa fidélité politique, Alain Peyrefitte est nommé secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargé de l’Information en avril 1962 (premier gouvernement Pompidou). Plus jeune secrétaire d’Etat du gouvernement, il renonce à son mandat parlementaire pour exercer ses fonctions ministérielles. Le chef de l’Etat, persuadé que la presse lui est globalement hostile, souhaite pouvoir compter sur un audiovisuel alors totalement public (à l’exception des radios dites « périphériques ») et soumis au contrôle étroit du pouvoir. Alain Peyrefitte gère avec autorité la RTF dans le contexte politique tendu des derniers mois de la guerre d’Algérie. Disposant d’une ligne directe avec les rédactions, il se fait communiquer les sommaires des journaux et supervise le recrutement pour les postes à responsabilité. A partir du 11 septembre 1962, il prend en charge un autre dossier ministériel délicat, celui des Rapatriés. Il est chargé de gérer les questions difficiles du relogement et de l’insertion professionnelle des centaines de milliers de Pieds-noirs arrivés en Métropole depuis 1960. Il suit ce dossier jusqu’en décembre 1962.

Alain Peyrefitte est réélu député dans la même 4e circonscription de Seine-et-Marne, lors des législatives de novembre 1962 provoquées par la dissolution de l’Assemblée nationale. Avec l’aide de son suppléant, l’agriculteur et maire de Montereau, Roger Pezout, il s’impose au second tour face au candidat communiste avec 61,4 % des suffrages exprimés. Alain Peyrefitte renforce ensuite son ancrage politique local en remportant en 1964 le canton de Bray-sur-Seine (il conserve ce mandat jusqu’en 1988). L’année suivante, à l’issue des municipales du printemps, il devient maire de Provins, petite ville de Seine-et-Marne, ancienne capitale des comtes de Champagne, au riche patrimoine médiéval. Le 6 décembre 1962, Alain Peyrefitte est rappelé à l’Information dans le deuxième gouvernement Pompidou et se voit promu ministre. Il renonce une fois de plus à son mandat parlementaire pour exercer ses fonctions ministérielles et est remplacé au Palais-Bourbon par Roger Pezout. Pendant trois ans, jusqu’en janvier 1966, il supervise avec fermeté l’audiovisuel public, suscitant les critiques de l’opposition de gauche qui dénonce l’autoritarisme du ministre et la censure politique de l’information. Le 23 avril 1964, le ministre présente le projet de loi portant statut d’un Office de radiodiffusion-télévision français (ORTF), constitué en juin 1965, et intervient longuement lors de son examen dans l’hémicycle. En tant que ministre de l’Information, Alain Peyrefitte prend part chaque année aux débats lors de l’examen des projets de loi de finances pour présenter et défendre les budgets de l’audiovisuel public (décembre 1962, octobre-novembre 1963, novembre 1964 et octobre 1965). Considérant, comme le général de Gaulle, que la télévision représente la « voix de la France » et que, grâce au poste de télévision, le gouvernement entre « dans la salle à manger de chaque Français », le ministre assure un contrôle strict des journaux télévisés et des émissions à caractère politique. Il supervise le Service des liaisons interministérielles pour l’information (SLII) qui encadre le travail des rédactions. Ses fonctions gouvernementales conduisent Alain Peyrefitte à rencontrer très régulièrement le chef de l’Etat. Vingt ans plus tard, il tirera des conseils des ministres (dont il rend compte devant la presse) et de ses entretiens avec le président le contenu de deux tomes de souvenirs, C’était de Gaulle, publiés chez Fayard en 1994 et 1997 (prix littéraire Malherbe). Deux livres qui constituent une source majeure pour les historiens du gaullisme et, plus généralement, pour la vie politique française contemporaine.

En janvier 1966, Alain Peyrefitte quitte l’Information pour devenir ministre délégué à la Recherche scientifique et aux questions atomiques et spatiales (3e gouvernement Pompidou). Il reste à ce poste jusqu’aux législatives de mars 1967. S’il contribue à accélérer le programme français de dissuasion nucléaire qui se traduit par l’explosion de la première bombe H à Mururoa en août 1968, il rencontre plus de difficultés avec le développement commercial du procédé français de télévision couleur (Secam). Alain Peyreffite présente, en novembre 1966, le projet de loi portant création d’organismes de recherche. Il intervient chaque année lors de l’examen des projets de loi de finances sur le budget de la recherche scientifique, défendant ainsi en octobre-novembre 1966 les grands programmes en cours dans le cadre du Ve Plan : santé, plan calcul et informatique, énergie atomique, téléphonie et télévision, conquête de l’espace.

Lors des législatives du printemps 1967, Alain Peyrefitte est réélu député de la même circonscription de Seine-et-Marne sous l’étiquette UD-Ve République, dès le premier tour, avec 58,5 % des voix. Il s’inscrit au groupe Union des démocrates pour la République (UDR) et rejoint la commission de la production et des échanges. Nommé ministre de l’Education nationale (4e gouvernement Pompidou), il renonce donc à son mandat parlementaire pour exercer ses nouvelles fonctions ministérielles et se voit remplacé à l’Assemblée par son suppléant, Roger Pezout. Succédant à Christian Fouchet qui a réussi sa réforme des collèges mais a rencontré plus de problèmes dans sa réforme des universités, Alain Peyrefitte se heurte également à plusieurs difficultés dans ce délicat poste ministériel. A l’Assemblée, à l’occasion de réponses à des questions orales, comme à l’occasion des débats suivant des déclarations gouvernementales ou de l’examen des projets de loi de finances, il met pourtant en avant les efforts budgétaires consentis par le gouvernement dans le domaine éducatif et l’ampleur des réformes engagées (amélioration de l’orientation des élèves du secondaire et des conditions de vie des étudiants, progrès dans le recrutement et la formation des enseignants). Rechignant à recevoir l’UNEF durant la première semaine de mai 1968, le ministre gère mal le début de la crise. Il exige l’arrêt des manifestations avant toute négociation et ne veut pas entendre parler d’amnistie. Lors des discussions à l’Assemblée le 8 mai 1968 sur les événements du Quartier Latin, il déplore l’escalade de la violence mais se perd dans les généralités, évoquant « l’anxiété des jeunes devant le monde contemporain » et « la remise en cause des principes sur lesquels repose l’enseignement ». Ses appels au dialogue comme sa condamnation « des spécialistes de l’agitation et des éléments extérieurs à l’université » restent sans effet. Dépassé par une contestation qu’il n’a pas pressentie et qu’il analyse mal, il ne parvient pas à gagner la confiance de ses interlocuteurs (recteurs, étudiants et enseignants) lors des réunions de crise. Il contribue à entretenir l’agitation en s’opposant à la réouverture de la Sorbonne contre l’avis du recteur. Estimant que le ministre est responsable de l’aggravation de la tension par sa rigidité et ses réactions incohérentes, Georges Pompidou pousse à la démission Alain Peyrefitte, laquelle intervient le 28 mai. Cet échec, qui l’affecte profondément, le contraint à une courte traversée du désert.

Le 23 juin 1968, Alain Peyrefitte est réélu député (sous l’étiquette UDR) de la 4e circonscription de Seine-et-Marne. Il s’impose dès le premier tour avec 57,1 % des suffrages exprimés. Membre du groupe UDR, il préside la commission des affaires culturelles, familiales et sociales jusqu’en octobre 1972. Il dirige plusieurs groupes de réflexion qui travaillent sur diverses questions de société, ainsi sur la Participation (1968-1969) et la drogue (1969-1970). Ancien ministre de l’Education ébranlé par la contestation étudiante de mai 68, le député de Seine-et-Marne suit de près les débats parlementaires à l’automne 1968 autour du projet de loi d’orientation des universités porté par Edgar Faure, projet sur lequel il ne cache guère ses réserves. A partir d’avril 1971, Alain Peyrefitte intègre le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche. Il présente deux propositions de loi en juin 1970, portant l’une sur l’assurance vieillesse des mineurs, et l’autre sur les équivalences de diplômes. En novembre 1969, il rend hommage à l’action et au bilan d’André Malraux au ministère des Affaires culturelles à l’occasion de l’examen des crédits du ministère lors du vote du projet de loi de finances pour 1970. Il intervient fréquemment dans les débats lorsqu’il est question de santé publique et d’assurances sociales, d’éducation et de médias, d’aménagement du territoire et d’industrialisation. Il soutient le projet de loi portant création et organisation des Régions (la loi du 5 juillet 1972).

A l’occasion d’un voyage parlementaire en Chine en 1971, il renoue avec la grande politique et découvre le pays, sa civilisation et son histoire sur le temps long. Il préside le groupe d’amitié France–République populaire de Chine de 1971 à 1975 et publie en 1973 Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera (près de deux millions d’ouvrages vendus au terme des cinq rééditions). Alors que la Chine traverse l’épreuve de la Révolution culturelle, il annonce de manière prophétique le futur développement économique de ce géant en devenir et analyse les ressorts démographiques et culturels profonds de son potentiel de croissance.

Sur le plan local, Alain Peyrefitte est reconduit en mars 1970 au conseil général de Seine-et-Marne et est réélu maire de Provins en 1971.

S’il a pris provisoirement du champ avec le gouvernement, Alain Peyrefitte n’est pas pour autant en retrait de la vie politique. Il contribue, avec d’autres présidents de commission, à la chute de Jacques Chaban-Delmas en juillet 1972 par ses critiques à peine voilées de l’action du Premier ministre. Entré au comité central de l’UDR en septembre 1971, il devient secrétaire général du parti gaulliste en septembre 1972 (après l’arrivée à Matignon de Pierre Messmer). Nommé à la tête de l’UDR après la signature du Programme commun de gouvernement entre le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste français (PCF), il a pour mission de gagner les législatives de 1973. Il s’en acquitte parfaitement, mobilisant l’électorat de droite autour d’un discours d’ordre réactivant la peur de Mai 68. Il accueille dans cette perspective, à Provins, le Premier ministre qui y prononce un discours célèbre à quelques mois du scrutin. Alain Peyrefitte conserve la direction de l’UDR jusqu’en octobre 1973, laissant alors la place à Alexandre Sanguinetti.

Lors des législatives du printemps 1973, Alain Peyrefitte, candidat UDR dans la même circonscription de la Seine-et-Marne, est reconduit au Palais-Bourbon. Il bat au second tour le candidat communiste Jean Séjourné avec 58,3 % des suffrages exprimés. Il s’inscrit au groupe UDR et reste fidèle à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Revenu en grâce après la victoire de la majorité aux législatives, le maire de Provins entre au gouvernement le 5 avril 1973 comme ministre chargé des Réformes administratives et du plan (2e gouvernement Messmer). Il renonce donc à son mandat parlementaire et se voit remplacé au Palais-Bourbon par son suppléant, Etienne Pinte, qui débute ainsi sa carrière politique. Le futur maire de Versailles avait intégré le cabinet d’Alain Peyrefitte en 1962, au secrétariat d’Etat à l’Information, et avait suivi celui-ci dans tous ses postes ministériels jusqu’en 1967 avant de rejoindre les cabinets de Joël Le Theule puis de Marcel Anthonioz. Le ministre travaille notamment sur les questions de décentralisation et de découpage régional. En novembre 1973, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 1974, il présente le bilan et les perspectives du commissariat général au Plan, revient sur la loi de juillet 1972 sur les régions, évoque l’action du gouvernement en matière de déconcentration et de décentralisation et souligne combien ont évolué les rapports entre l’Etat et les collectivités locales. Le 1er mars 1974, il change d’attribution ministérielle pour prendre le poste des Affaires culturelles et de l’environnement (3e gouvernement Messmer). A ce titre, il dépose en mai 1974 le projet de loi portant création du Centre national d’art et de culture Georges Pompidou. Au sein de l’UDR, l’influence d’Alain Peyrefitte est forte. Sans être un gaulliste historique et sans pouvoir se prévaloir d’un engagement de Résistant, il est considéré comme un « baron du gaullisme ».

L’arrivée à l’Elysée de Valéry Giscard d’Estaing et la nomination de Jacques Chirac à Matignon interrompent un temps la carrière politique d’Alain Peyrefitte qui ne fait pas partie du nouveau gouvernement. Nommé en janvier 1975 conseiller des Affaires étrangères de 1ère classe, il est promu ministre plénipotentiaire de 2e classe en juillet de la même année. Il profite de son temps libre pour commencer à rédiger un futur essai, Le Mal français. En mars 1976, le chef d’Etat lui confie la présidence d’un comité chargé d’étudier les formes violentes de la délinquance dans la société française contemporaine, un thème qui commence à s’imposer alors dans le débat politique en réaction à l’augmentation de la criminalité et à la multiplication des actes d’autodéfense. En juillet 1977, le comité rend public un rapport de 700 pages proposant 103 recommandations (recrutement d’éducateurs, aménagement de l’espace urbain en fonction des préconisations d’architectes urbanistes, meilleure collaboration police-justice, publicité restreinte donnée à la violence dans les médias…).

En février 1977, Alain Peyrefitte est élu membre de l’Académie française au fauteuil de Paul Morand. Reconduit en mars 1976 au conseil général de Seine-et-Marne et, en mars 1977, à l’hôtel de ville de Provins, celui qui s’est entre-temps rapproché des giscardiens retrouve ce même mois le gouvernement comme garde des Sceaux, ministre de la Justice (2e gouvernement Barre), une nomination attendue tant les travaux du comité d’études sur la violence dirigé par le maire de Provins avaient marqué l’opinion. Le garde des Sceaux, n° 2 du gouvernement dans l’ordre protocolaire, devient vite le champion d’une droite alors jugée dure. Il s’oppose au Parlement aux partisans de l’abolition de la peine de mort (un célèbre débat l’oppose sur ce sujet à Robert Badinter dans les colonnes du Monde en août-septembre 1979), s’efforce d’affaiblir un syndicat de la magistrature marqué à gauche en n’hésitant pas à poursuivre disciplinairement ses membres, et soutient le principe de l’incarcération des mineurs délinquants afin de créer un « choc salutaire ». L’homme d’ordre suscite dès lors l’opposition virulente de la gauche. En octobre 1977, un groupe d’extrême gauche revendique même un attentat à l’explosif perpétré à proximité de son domicile. Comme ministre de la Justice, Alain Peyrefitte présente durant cette fin de législature deux projets de loi, portant l’un réforme de certaines professions judiciaires et juridiques (juin 1977), et instaurant l’autre la gratuité des actes de justice devant les tribunaux civils et administratifs (novembre 1977). Très présent au Parlement, Alain Peyrefitte intervient lors de l’examen de crédits budgétaires de son ministère, et suit de près les projets et propositions de loi touchant à la justice. Il participe ainsi aux débats, en octobre 1977, sur le projet de loi Informatique et libertés et, en décembre 1977, sur la réforme de la procédure pénale sur la police judiciaire et le jury d’assises.

Dans le domaine politique, Alain Peyrefitte est l’auteur en 1976 chez Plon d’un autre best-seller (plus d’un million d’ouvrages vendus), Le Mal français. Le livre se veut une charge violente contre le poids jugé excessif de l’administration et de ses règles parfois ubuesques. A partir d’exemples concrets tirés de son parcours professionnel et de l’observation de pays étrangers, il dénonce une bureaucratie française toute-puissante et le centralisme excessif d’un Etat trop dirigiste qui sapent la confiance des Français. Dans le prolongement des travaux du sociologue Michel Crozier sur la « société bloquée », l’auteur s’inquiète des pesanteurs historiques du système français et des freins idéologiques entravant les efforts de modernisation. Il estime ainsi que « La défiance systématique de l’Etat envers les particuliers engendre la défiance des particuliers envers l’Etat, elle cloue au pilori l’initiative, sème le tracas et récolte la fraude ».

Membre du comité central du Rassemblement pour la République (RPR) depuis juin 1977, Alain Peyrefitte obtient logiquement l’investiture du nouveau parti chiraquien lors des législatives de mars 1978 dans la même circonscription de Seine-et-Marne, où il bénéficie également du soutien du Centre des démocrates sociaux (CDS) et du Parti républicain (PR). Avec l’aide de son suppléant, le médecin et maire de Montereau-Fault-Yonne, Claude Eymard-Duvernay, il est réélu le soir du premier tour avec 52,3 % des suffrages exprimés. Il rejoint le groupe RPR et la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Reconduit dans le gouvernement comme ministre de la Justice (3e gouvernement Barre), il renonce à son mandat parlementaire. Place Vendôme, Alain Peyrefitte reste sur une ligne répressive avec le soutien de la conservatrice conférence des bâtonniers. Ayant commenté de manière critique plusieurs affaires de justice, le quotidien Le Monde est poursuivi en 1980 pour atteinte à l’autorité de la justice et à son indépendance. « Il ne faut pas confondre la critique et l’outrage » déclare le ministre à l’Assemblée nationale. Ses derniers mois au ministère de la Justice sont occupés par le projet de loi « Sécurité et Liberté » (la loi du 2 février 1981). Conçue au cours d’un voyage d’études aux Etats-Unis, la réforme entend préserver la cohésion du corps social par une plus ferme répression de toutes les formes de délinquance. Elle étend les pouvoirs de la police et du parquet tout en restreignant la liberté d’appréciation du juge. Selon le ministre, il faut punir plus sévèrement les criminels, limiter les permissions de sortie et les libérations conditionnelles, lutter contre le « laxisme » des avocats et magistrats. Cette loi est dénoncée comme liberticide par l’opposition de gauche et certains intellectuels. Pour le député socialiste Michel Rocard, convaincu que « le pouvoir veut domestiquer la justice », le texte constitue « une dangereuse régression juridique ». Lionel Jospin parle pour sa part d’un projet « en forme de matraque ». Sous la direction d’Alain Peyrefitte, le ministère de la Justice aura vu toutefois ses crédits augmenter sensiblement et plusieurs réformes importantes auront été initiées : informatisation du casier judiciaire, mise en place des conciliateurs de justice, diminution des frais de justice, augmentation du nombre de magistrats et des greffiers, recrutement massif de surveillants de prisons et construction de nouvelles centrales… Durant cette législature, Alain Peyrefitte présente, comme ministre de la Justice, dix-sept projets de loi concernant notamment la Cour de cassation (avril et juin 1978), le fonctionnement des sociétés commerciales (mai 1978), l’exécution des peines privatives de liberté (octobre 1978), les syndics et administrateurs judiciaires (avril 1979), le traitement des difficultés des entreprises (avril 1979), la législation sur l’enfance délinquante dans les Territoires d’outre-mer (octobre 1979), le statut de la magistrature (octobre 1979), le code de l’organisation judiciaire (octobre 1980), la législation sur les sociétés (décembre 1980). Il se montre très présent au parlement, tant dans les réponses aux questions au gouvernement que dans l’examen des textes de loi portant sur la justice et le suivi des projets de loi de finances lorsqu’il est question des crédits de son ministère.

Faisant partie des ministres RPR du gouvernement comme Robert Boulin, Yvon Bourges, Robert Galley, Maurice Papon, Joël Le Theule et Jean-Philippe Lecat, ses rapports avec Jacques Chirac se détériorent vite. Ils tournent à l’hostilité ouverte quand, en décembre 1978, le garde des Sceaux dénonce « les propos outranciers » du maire de Paris qui vient d’attaquer le chef de l’Etat dans son « appel de Cochin ». S’adressant aux députés RPR, le ministre de la Justice regrette le « trouble » qu’a pu susciter dans l’esprit des électeurs gaullistes les formules agressives du maire de Paris (« « abaisser la France », « parti de l’étranger », « partisans du renoncement », « auxiliaires de la décadence »). Il refuse de laisser maire de Paris s’exprimer seul au nom de tout le RPR sur les questions européennes, avant d’évoquer « certains personnages occultes qui semblent s’être emparés de l’appareil de notre mouvement », allusion transparente au tandem des conseillers de Jacques Chirac, Marie-France Garaud et Pierre Juillet. Proche du chef du RPR, Yves Guéna dénie au garde des Sceaux le droit de s’adresser aux députés RPR et laisse entendre que ce dernier, agissant pour le compte de l’Elysée, cherche l’éclatement du groupe parlementaire gaulliste. Le 30 octobre 1979, la disparition, dans des circonstances très troublantes, du ministre Robert Boulin, place Alain Peyrefitte dans une situation difficile. Dans une lettre publiée après sa mort, le ministre du Travail, avait reproché au ministre de la Justice de n’avoir pas fait le nécessaire dans l’affaire de Ramatuelle cherchant à le discréditer.

Début 1981, Alain Peyrefitte soutient activement la candidature de Valéry Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle. Ce choix le place plus que jamais en porte-à-faux avec le candidat RPR à ce scrutin, Jacques Chirac. Le garde des Sceaux multiplie les apparitions sur les plateaux de télévision où il s’en prend avec virulence au socialiste François Mitterrand, qualifié de « mollusque ». Fin avril, il participe à une tournée électorale giscardienne dans les départements d’outre-mer. Lors des législatives de juin 1981, Alain Peyrefitte est victime de la vague rose qui suit la victoire à la présidentielle de François Mitterrand. Il connaît pour la première fois l’échec électoral et s’incline de justesse dans « sa » circonscription de Seine-et-Marne face au socialiste Marc Fromion, qui s’impose au second tour avec 50,1 % des voix. Mais la victoire du candidat PS est finalement invalidée par le Conseil constitutionnel le 4 décembre 1981 et, le 17 janvier 1982, Alain Peyrefitte retrouve son siège au Palais-Bourbon à l’issue d’une législative partielle. Avec l’aide de son suppléant, Claude Eymard-Duvernay, il obtient 54,4 % des suffrages exprimés dès le premier tour. De retour à l’Assemblée, il reste fidèle au groupe RPR et s’inscrit à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales, avant de quitter celle-ci en juin 1983 pour la commission des affaires étrangères. Sur le plan local, il prend la première vice-présidence du conseil général de la Seine-et-Marne en mars 1982 et la conserve jusqu’en 1988.

Adversaire résolu de François Mitterrand et du gouvernement de gauche, Alain Peyrefitte n’a pas l’occasion, ne revenant à l’Assemblée qu’au printemps 1982, de voter contre les grandes réformes socio-économiques et sociétales de l’été et automne-hiver 1981, mais il s’oppose par la suite à la plupart des projets du gouvernement (à l’exception de quelques textes comme le projet de loi relatif aux prestations de vieillesse, d’invalidité et de veuvage - la loi du 13 juillet 1982). Il intervient en juillet 1982 à l’Assemblée pour dénoncer avec virulence l’abrogation de la loi « Sécurité et liberté ». En novembre 1983, il profite de l’examen des crédits du ministère des Affaires étrangères, lors de la discussion du projet de loi de finances pour 1984, pour critiquer « un budget de misère » conduisant selon lui à l’affaiblissement de la présence française dans le monde. Il déplore la « chasse aux sorcières » frappant le personnel diplomatique (formule qu’il réutilise en novembre 1984), avant d’évoquer une politique étrangère hésitant entre « l’idéologie socialiste et la confusion mentale ». En janvier 1984, il s’insurge, lors de l’examen du projet de loi visant à limiter la concentration et à assurer la transparence financière et le pluralisme des entreprises de presse, contre un texte aboutissant, selon lui, à une « euthanasie de la presse libérale ». Il participe, en juin 1985, au débat qui suit la déclaration du gouvernement sur la politique étrangère pour critiquer l’action du gouvernement socialiste en Nouvelle-Calédonie, et de manière générale outre-mer. A ses yeux, celle-ci affaiblit la position de la France dans le monde. Ses piques parlementaires s’accompagnent de la publication de plusieurs brûlots antisocialistes : Quand la rose se fanera en 1982 et Encore un effort, Monsieur le Président en 1985. Dans ses éditoriaux du Figaro comme dans ses essais, l’ancien garde des Sceaux critique les « démolisseurs », les « magistrats gauchistes » et le laxisme de la justice.

De mars 1982 à octobre 1988, Alain Peyrefitte occupe les fonctions de premier vice-président du conseil général de Seine-et-Marne. En mars 1983, il est réélu maire de Provins. A partir de l’automne 1983, Alain Peyrefitte siège au comité éditorial du Figaro. L’intéressé justifie ce choix par le fait que la presse écrite demeure à ses yeux un efficace moyen d’action politique « et peut devenir le dernier rempart des libertés ». Il est fait, en janvier 1984, membre d’honneur du Club des amis de la Revue des deux mondes. Le même mois, il est admis à la retraite du corps diplomatique.

Lors des législatives de 1986, qui se déroulent au scrutin proportionnel départemental de liste, Alain Peyrefitte est tête de la liste RPR en Seine-et-Marne. Il est élu député le 16 mars 1986. Membre du groupe RPR, il est vice-président de la commission des affaires étrangères et rapporteur pour avis des crédits de la Défense. En juin 1986, il intervient lors de l’examen du projet de loi relatif à la lutte contre le terrorisme et aux atteintes à la sûreté de l’Etat. Il approuve ce texte qui lui paraît un salutaire retour à une ligne de fermeté, même s’il relève des dispositions en retrait par rapport à la loi Sécurité et liberté. Il approuve le projet de loi relatif aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France (la loi du 9 septembre 1986). En mai 1987, il soutient à l’Assemblée la réforme gouvernementale en matière de service public pénitentiaire (construction de 15 000 places de prison). Il suit de près les questions de désarmement et présente, en novembre 1987, un rapport au nom de la commission des affaires étrangères sur l’interdiction ou la limitation de certaines armes classiques produisant des effets traumatiques excessifs. Il intervient dans les débats sur les questions de politique étrangère à propos des dossiers Est-Ouest ou de la francophonie. Fin juillet 1986, le député rencontre les faux époux Turenge (le commandant Alain Maffart et la capitaine Dominique Prieur) au cours d’une visite sur les sites d’expérimentation nucléaires de Polynésie française. En juin 1989, il prendra d’ailleurs la présidence du groupe d’amitié France/Nouvelle-Zélande constituée à l’Assemblée nationale et qui entend participer à la réconciliation entre les deux pays après l’affaire du Rainbow Warrior.

En raison de ses prises de position politiques tranchées, Alain Peyrefitte est menacé. En décembre 1986, sa voiture est ainsi pulvérisée lors d’un nouvel attentat à l’explosif commis par le groupe terroriste Action directe. Son chauffeur y trouve la mort.

En 1987, Alain Peyrefitte entre à l’Académie des sciences morales et politiques (au fauteuil de l’historien et journaliste Raymond Tournoux).

Alain Peyrefitte est reconduit au Palais-Bourbon à l’issue des législatives de 1988. Dans la nouvelle quatrième circonscription de la Seine-et-Marne, issue de redécoupage électoral, et avec l’aide de sa suppléante Anne-Marie Schaffner, il bat de nouveau le socialiste Marc Fromion avec 57,5 % des voix au second tour. Il retrouve le groupe RPR et la commission des affaires étrangères. Il continue de suivre les débats portant sur le désarmement, la francophonie et le réseau diplomatique français (octobre 1988, novembre 1989). Certaines de ses interventions témoignent d’un durcissement de son positionnement politique, notamment sur la question de l’immigration (question au gouvernement en décembre 1989 sur la gestion des populations immigrées dans les communes). Il approuve toutefois, comme le reste du groupe RPR, la création du revenu minimum d’insertion (la loi du 1er décembre 1988). En novembre 1990, il se montre défavorable au projet de loi portant statut de la collectivité territoriale de Corse. En mai 1992, il prend une part active à l’examen du projet de loi constitutionnel du traité de Maastricht, qu’il soutient. Il publie ensuite, en 1992, aux éditions de Fallois, un essai, La France en désarroi, sur les blocages et les doutes de la société française confrontée à des défis déstabilisants : le chômage et les secousses monétaires provoqués par la crise économique, la multiplication des conflits locaux provoqués par l’effondrement de « l’empire soviétique », les clivages autour de la construction européenne, les affaires et scandales autour d’un pouvoir socialiste moribond. Il suggère quelques solutions possibles : réforme des institutions, nouvelles dynamiques en matière d’aménagement du territoire et de décentralisation, refonte de la justice et de l’éducation, meilleur contrôle de l’immigration, notamment.

Il reste attentif aux changements en Chine. En mai 1989, il publie par ailleurs chez Fayard un nouvel ouvrage sur ce pays, L’Empire immobile ou le choc des mondes. A partir de documents d’époque, il évoque le destin d’une expédition anglaise découvrant à la fin du XVIIIe siècle une Chine repliée sur elle-même. Il relate, ce faisant, « la rencontre entre les représentants de deux sociétés qui se croyaient, non sans de solides raisons, la plus civilisée du monde » et montre combien l’échec des premières négociations entre Anglais, ressortissants du premier pays saisi par la révolution industrielle, et Chinois, symbolisant la société coutumière, fut lourd de conséquences. En juin 1990, à l’occasion d’un nouvel ouvrage paru chez Fayard, La Tragédie chinoise, le même auteur évoque le Printemps de Pékin et la répression de la place Tienanmen. Plusieurs observateurs lui reprochent sa conviction selon laquelle la Chine ne pourrait être gouvernée que par un régime autoritaire et nationaliste et son regard relativiste considérant que le régime communiste doit être jugé à l’aune de valeurs « chinoises ».

Alain Peyrefitte est réélu député de la 4e circonscription de la Seine-et-Marne lors des législatives d’avril 1993, très favorables à l’opposition de droite. Il bat facilement au second tour le candidat du Front national (FN) Jacques Gérard avec 67,6 % des suffrages exprimés. Il siège toujours au groupe RPR et à la commission des affaires étrangères. En avril 1993, il participe au débat consécutif à la déclaration du gouvernement sur les villes et les banlieues. Il relève la hausse de la délinquance et de la criminalité, avant d’insister sur la nécessité de mieux contrôler l’immigration. Il suit toujours de près, à l’occasion de l’examen des projets de loi de finances, les dossiers diplomatiques, intervenant en octobre 1993 sur plusieurs sujets : la marginalisation économique de l’Afrique, la montée en puissance de la Chine, la réglementation du commerce extérieur, le partenariat franco-allemand, l’instabilité du nouvel ordre mondial consécutif à la chute de l’URSS, le fonctionnement du ministère des Affaires étrangères. Il vote en faveur du projet de loi de réforme des pensions de retraite et de sauvegarde de la protection sociale (la loi du 22 juillet 1993). Il intervient en juillet 1994 lors des débats portant sur le projet de loi d’orientation pour le développement des territoires en évoquant la coopération intercommunale, l’organisation des régions, le rôle de la DATAR et la politique de la ville. En août 1994, soucieux de rendre au premier tour de l’élection présidentielle son rôle de « primaires » et de « vote de qualification », il dépose une proposition originale de loi constitutionnelle. Il souhaite un écart de huit semaines entre le premier et le deuxième tour, le droit ensuite pour les candidats ayant obtenu au moins 15 % des suffrages exprimés de se présenter au deuxième tour, la possibilité enfin, si aucun des candidats au deuxième tour n’obtient la majorité absolue, de départager les candidats le deuxième dimanche suivant le deuxième tour à l’occasion d’un troisième tour.

La publication fin 1994 du premier tome de C’était de Gaulle (l’ouvrage, succès d’édition, reçoit le prix « Aujourd’hui ») remet Alain Peyrefitte au centre de l’actualité. Reposant sur près de 300 entretiens en tête-à-tête avec le général de Gaulle sans compter les conseils des ministres (porte-parole du gouvernement de 1962 à 1966, il était le seul à être autorisé à prendre des notes) et sur des notes prises au jour le jour (et retracées sous forme de dialogues), l’ouvrage permet d’éclairer avec précision la politique algérienne de l’ancien chef d’Etat, le tournant de l’élection du président de la République au suffrage universel, l’action internationale du général et l’installation de la république gaullienne. Des deux tomes se dégage un général de Gaulle pragmatique, « fuyant les abstractions et la théorie ». Soulignant la volonté farouche du chef de l’Etat de maintenir toujours la France en mouvement, l’auteur met en avant un leader faisant appel aux « forces de la confiance » pour lutter contre le renoncement et rendre au pays sa fierté. En 1993-1994, Alain Peyrefitte dispense plusieurs cours au Collège de France intitulés « Du miracle en économie » (l’ensemble est publié en 1995) où il interroge les origines du développement économique du monde occidental.

Elu sénateur de Seine-et-Marne le 24 septembre 1995, Alain Peyrefitte abandonne le Palais-Bourbon pour le Palais du Luxembourg, où il siège jusqu’à sa mort, quatre ans plus tard. Membre du groupe RPR, il siège à la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. De 1995 à 1999, il est cosignataire de plusieurs propositions de loi portant sur des sujets divers (centres de santé gérés par la Mutualité sociale agricole, commission d’enquête sur les modalités de contrôle d’organismes du secteur de l’audiovisuel public, maintien des classes en milieu rural, régime de déductibilité des cotisations de retraite et prévoyance des agriculteurs en 1995-1996, TVA réduite pour les installations sportives en 1996-1997, mesures urgentes relatives à l’agriculture en 1997-1998). Il pose plusieurs questions au gouvernement portant sur l’abandon du surgénérateur Superphénix, l’enseignement du chinois en classes préparatoires, les infractions aux règles linguistiques de la Communauté commises par la Commission européenne et les exonérations fiscales au titre de commerçant créateur d’entreprise, notamment. Même s’il a quitté la mairie de Provins en 1994 et semble avoir pris une préretraite politique, l’académicien continue de commenter la vie politique à l’aune de son passé gaulliste. En 1997, après l’échec de la dissolution de l’Assemblée nationale, il estime ainsi que « de Gaulle se serait senti dans l’obligation de démissionner ».

Toujours très actif en dépit d’ennuis de santé, Alain Peyrefitte participe en 1998 à la rédaction du scénario du spectacle de Robert Hossein consacré à de Gaulle, « L’homme qui a dit non ». Atteint d’un cancer, il s’éteint le 27 novembre 1999 à l’âge de 74 ans. Au Palais du Luxembourg, il est remplacé par son suppléant, Paul Dubrule, maire Divers droite (DVD) de Fontainebleau.

Ses obsèques sont célébrées à Saint-Louis-des-Invalides en présence du président de la République, Jacques Chirac, qui fait part de son « émotion » et de sa « tristesse » avant de souligner « l’intelligence, l’acuité, l’anticipation et la pénétration intellectuelle du monde contemporain » dont avait fait preuve le défunt. Le Premier ministre Lionel Jospin salue « une figure de la presse et de la vie politique de la Ve République ». La cérémonie rassemble d’anciens Premiers ministres (Pierre Messmer, Raymond Barre, Alain Juppé), le président du Conseil constitutionnel (Yves Guéna), le président du Sénat (Christian Poncelet), des gaullistes (Jean-Louis Debré, Jean-François Deniau, Jean Tibéri, Jacques Baumel) et des gens de lettres (Maurice Druon, Hélène Carrère d’Encausse, Jacqueline de Romilly, Marc Fumaroli, Henri Amouroux, Jean d’Ormesson). Les discours rappellent le riche parcours de celui qui fut tour à tour un brillant normalien, un diplomate ironique, un ministre plein d’autorité, un maire apprécié, un sinologue visionnaire, un éditorialiste décapant et un mémorialiste présenté comme le « Las Cases du gaullisme ». Homme d’action, homme de gouvernement et homme de lettres, Alain Peyrefitte était chevalier de la Légion d’honneur, commandeur des Arts et Lettres, commandeur des Palmes académiques et Grand Officier ou Grand-Croix de nombreux ordres étrangers.