Max, Marius, Achille Lejeune

1909 - 1995

Informations générales
  • Né le 19 février 1909 à Flesselles (Somme - France)
  • Décédé le 22 novembre 1995 à Abbeville (Somme - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XVIe législature
Mandat
Du 3 mai 1936 au 31 mai 1942 *
Département
Somme
Groupe
Socialiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Somme
Groupe
Socialiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Somme
Groupe
Socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Somme
Groupe
Socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Somme
Groupe
Socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Somme
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 23 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Somme
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 25 novembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Somme
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 12 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Somme
Groupe
Fédération de la gauche démocrate et socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 30 juin 1968 au 1er avril 1973
Département
Somme
Groupe
Fédération de la gauche démocrate et socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 2 avril 1973 au 2 avril 1978
Département
Somme
Groupe
Réformateurs démocrates sociaux

* : Un décret de juillet 1939 a prorogé jusqu'au 31 mai 1942 le mandat des députés élus en mai 1936

Mandats au Sénat ou à la Chambre des pairs

Sénateur
du 1er janvier 1977 au 1er janvier 1995

Biographies

Né le 19 février 1909 à Flesselles (Somme). Député de la Somme de 1936 à 1942.

Issu d'une famille rurale, fils d'instituteurs, Max Lejeune fit de brillantes études au lycée d'Amiens en qualité de boursier. Après avoir obtenu le baccalauréat, il poursuivit ses études à la Sorbonne et obtint une licence ès lettres et un diplôme d'études supérieures en histoire et en géographie. Entré dans l'enseignement, il est secrétaire du groupe des étudiants socialistes de Paris.

Max Lejeune devait être élu, le 3 mai 1936, député de la 1re circonscription d'Abbeville. Candidat du parti socialiste S.F.I.O., il obtenait au second tour 7.196 voix sur 16.658 votants, contre 7.166 à Coache et 1.211 à Gaillard. Dans sa profession de foi, Max Lejeune prit énergiquement position contre les décrets-lois des gouvernements Doumergue et Laval qu'il accuse d'être la cause de la crise économique de l'époque. Descendant de paysans, il demande aux travailleurs du sol de se rallier au drapeau socialiste. Pour combattre la crise, Max Lejeune demande l'élimination des grands monopoles capitalistes et le contrôle de la production en fonction des besoins de la consommation nationale. Il préconise l'assurance contre le chômage, la nationalisation de la Banque de France et le contrôle du crédit. Pour la paix, à Genève, il réclame le rassemblement des énergies des peuples pacifistes face aux dictateurs Hitler et Mussolini et la nationalisation de la fabrication des armes. Pour la défense de la liberté et de la République, il propose la dissolution des ligues factieuses.

Dès sont élection à la Chambre, Max Lejeune fut nommé membre de la commission d'Alsace-Lorraine, de la commission du commerce et de l'industrie, de celle du suffrage universel, puis de la commission de l'armée.

Benjamin du Palais Bourbon, il fut secrétaire d'âge en 1937. Il prend part à la discussion du projet de loi sur l'organisation professionnelle des rapports entre employeurs et employés par convention collective dans la profession agricole le 26 février 1937. Il intervient le 20 juin 1938 dans la discussion du projet de loi ayant pour objet de modifier la loi de 1898 concernant la responsabilité des accidents dont les ouvriers sont victimes dans leur travail et en faveur de la pêche artisanale, lors de la discussion budgétaire. Lorsque éclata la guerre de 1939-1945, bien que parlementaire, Max Lejeune demande en 1939 à être affecté dans une unité combattante. Sous-lieutenant au 15e régiment d'artillerie de forteresse, il fut fait prisonnier.

Max Lejeune n'a pas prit part au vote du 10 juillet 1940 attribuant les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.




Né le 19 février 1909 à Flesselles (Somme)
Décédé le 23 novembre 1995 à Abbeville (Somme)

Député de la Somme de 1936 à 1942
Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Somme)
Député de la Somme de 1946 à 1958
Ministres des anciens combattants et victimes de guerre du 16 décembre 1946 au 22 janvier 1947
Secrétaire d'Etat aux forces armées du 24 novembre 1947 au 7 février 1950, du 12 juillet 1950 au 11 août 1951, et du 1er février 1956 au 13 juin 1957
Ministre du Sahara du 13 juin 1957 au 14 mai 1958
Ministre d'Etat du 14 mai au 1er juin 1958
Ministre du Sahara du 1er juin 1958 au 8 janvier 1959

(Voir première partie de la biographie dans le Dictionnaire des parlementaires français 1889 1940, Tome VI, p. 2225)

Bien que député, Max Lejeune demande en 1939 à être affecté à une unité combattante. Sous-lieutenant au 151e régiment d'artillerie de forteresse, il est fait prisonnier lors de la capitulation de la ligne Maginot le 4 juillet 1940. Il n'a donc pas pu prendre part au vote du 10 juillet à Vichy. Mais son hostilité au régime de l'Etat français se manifeste très tôt. Lors d'une visite de Georges Scapini, ambassadeur de Vichy auprès des prisonniers, il signifie à celui-ci qu'il ne se reconnaît pas comme tel. Ce qui lui vaut d'être envoyé dans un camp de représailles à Colditz dont il tente de s'évader. Repris, il est conduit au camp de Lübeck où il parvient à établir un réseau de résistance et une liaison avec la France libre.

Rapatrié en mai 1945, décoré de la Légion d'honneur, de la croix de guerre et de la croix de combattant volontaire de la Résistance, Max Lejeune est nommé à l'Assemblée consultative provisoire en juillet au titre de la résistance parlementaire. Il est également élu conseiller général d'Abbeville-Sud et aussitôt porté à la présidence du conseil général. Il sera élu maire d'Abbeville et le demeurera jusqu'en 1989. Les 21 octobre 1945 et 2 juin 1946, il est aisément élu dans la Somme, à la tête d'une liste SFIO, aux Assemblées nationales Constituantes. Néanmoins, l'élection du 2 juin voit une nette déperdition de suffrages socialistes (60 851 contre 69 995), ce qui explique qu'il soit seul élu alors que sa liste en comptait deux en octobre 1945. Membre et secrétaire de la Commission des finances et du Contrôle budgétaire, il se signale par diverses interventions à caractère social, visant notamment les anciens combattants et les déportés. Il intervient dans la discussion des budgets des anciens combattants et de la Guerre.

Aux élections du 10 novembre 1946, la liste socialiste qu'il conduit recueille 53 847 voix, soit une nouvelle perte. Mais le recul du MRP est plus net encore, ce qui permet à Max Lejeune d'être réélu, ainsi que son second de liste Pierre Doutrellot grâce à la plus forte moyenne. Il retrouve la Commission des finances et appartient également à la Commission de la défense nationale. Il est désigné le 11 février 1947 comme membre de la Commission chargée d'enquêter sur les événements survenus en France entre 1933 et 1945. Il est vice-président de l'Assemblée nationale du 28 janvier 1947 au 13 février 1948.

Rapporteur de la Commission des finances, il intervient surtout dans la dimension du budget du ministère de la guerre. Comme président de séance, il se heurte à plusieurs reprises, et très durement aux députés communistes lors des violents affrontements parlementaires qui ponctuent la fin de l'année 1947 (séance du 29 novembre notamment).

Mais déjà Max Lejeune est appelé à siéger dans divers gouvernements. Ministre des anciens combattants et victimes de guerre dans l'éphémère cabinet dirigé par Léon Blum (17 décembre 1946 -22 janvier 1947), il devient secrétaire d'Etat aux forces armées (terre) en novembre 1947 dans le cabinet Schuman, succédant à Paul Béchard nommé Haut commissaire en AOF. Il conserve ses fonctions jusqu'en février 1950 (cabinet Queuille et Bidault) et les exerce à nouveau de juillet 1950 à juillet 1951 (cabinets Pleven et Queuille). Comme tel, il jette des bases financières et techniques d'une modernisation de l'armée de terre dans le cadre d'un programme de réarmement adopté par le gouvernement en 1950. Il défend annuellement son budget et doit faire face aux nombreux amendements ou propositions émanant des groupes les plus divers, dont certaines d'une rare démagogie (augmentation de la ration de vin des soldats, des indemnités de déplacement, report d'incorporation des jeunes appelés de telle ou telle catégorie professionnelle...). Il doit faire face aussi à des interpellations plus politiques, comme celles relevant de l'affaire des généraux (séance du 17 janvier 1950) et ne néglige pas de polémiquer dans les termes les plus vifs avec certains élus communistes comme André Marty ou François Billoux.

En vue des élections du 17 juin 1951, il défend l'œuvre accomplie par les gouvernements de Troisième force et dénonce violemment, dans ses professions de foi, les « attaques convergentes des partis totalitaires : staliniens et néo-gaullistes ». Il conclut un large apparentement avec le MRP, le RGR et les Indépendants. Si celui-ci n'atteint pas la majorité des suffrages exprimés, il prive cependant le parti communiste d'un troisième siège au profit de Pierre Doutrellot, colistier de Max Lejeune. Durant cette seconde législature, Max Lejeune siège à la Commission du suffrage universel et surtout à la Commission de la défense nationale dont il sera élu président en juillet 1954. C'est au nom de cette dernière qu'il dépose de nombreux rapports ou avis, participe à la discussion annuelle du budget, tout en étendant ses interventions à d'autres domaines : anciens combattants, intérieur, santé publique. Il défend également l'industrie du jute implantée dans son département. Ses votes sont conformes à ceux de son groupe, généralement dans l'opposition hormis la parenthèse Mendès France. Il se signale par la virulence de ses attaques contre la politique indochinoise du gouvernement Laniel (séances des 25 mai et 1er juin 1954), et par la fermeté de ses opinions anti-cédistes, ce qui lui vaut d'être momentanément exclu du groupe SFIO après avoir voté, le 30 août 1954, pour la motion Aumeran rejetant la CED. Il sera réintégré en juillet 1955.

Après la dissolution du 2 décembre, Max Lejeune fait campagne pour une ambitieuse politique sociale, la laïcité de l'école, le retour au scrutin d'arrondissement et une « politique de négociation ramenant la paix en Afrique du Nord ». Ses prises de position sont très hostiles à la majorité sortante du centre-droit et, à l'inverse, très favorables à Mendès France et au Front Républicain. Les résultats du 2 janvier 1956 traduisent une assez nette remontée en voix comme en pourcentage (24,6 % contre 21,6 % en 1951). Max Lejeune est réélu, ainsi que son fidèle second Pierre Doutrellot, le PCF retrouvant ses deux sièges, le CNI le sien, le dernier revenant au candidat poujadiste.

Il retrouve les mêmes commissions que précédemment, mais en fait Max Lejeune n'a cessé d'appartenir aux gouvernements successifs de la troisième législature. Secrétaire d'Etat aux forces armées, dans le cabinet Guy Mollet, il est ministre du Sahara dans les cabinets Bourgès-Maunoury et Gaillard, ministre d'Etat dans le cabinet Pflimlin et à nouveau ministre du Sahara dans le dernier gouvernement de la IVe République présidé par le général de Gaulle du 3 juin 1958 au 8 janvier 1959.

C'est surtout comme secrétaire d'Etat aux forces armées, spécialement chargé du dispositif militaire en Algérie, qu'il a déployé une activité essentielle. Etroitement associé au ministre de la défense nationale Maurice Bourgès-Maunoury, il a travaillé à la modernisation de l'armée de terre et à son adaptation aux conditions particulières des opérations en Algérie (jeeps, automitrailleuses, aviation légère...). Loin de ses récents engagements électoraux, il a opté pour le préalable d'une solution strictement militaire. Favorable à la loi sur les pouvoirs spéciaux, il plaide devant des parlementaires parfois rétifs en faveur de l'allongement de la durée du service militaire et d'une augmentation constante des effectifs servant en Algérie. Il défend l'armée envers et contre tout, n'hésitant pas à flétrir tous ceux qui pourraient émettre quelque doute sur le bien-fondé de la politique algérienne du gouvernement Mollet. Ses convictions très « Algérie française », que l'on a attribuées, pour une part, aux orientations colonialistes des maîtres de l'école géographique française dont il avait reçu l'enseignement entre les deux guerres, trouveront divers prolongements après 1958. Comme ministre du Sahara, il participe aux débats relatifs aux projets de loi-cadre de l'Algérie et tente de remédier à la sous-administration de cette région.

Rallié au général de Gaulle dont il devient le ministre le 3 juin 1958, il l'accompagne à Alger le 4 juin. Mais symbole d'un régime hon ni, il est mal accueilli par le Comité de salut public qui le tient à l'écart. L'avènement de la Ve République ne met pas fin, tant s'en faut, à sa carrière parlementaire. Constamment réélu député de la Somme (quatrième circonscription- Abbeville) de 1958 à 1973, il en devient sénateur en 1977. Hostile à tout rapprochement avec le Parti communiste, et donc au programme commun de la gauche, il est exclu du PS en décembre 1972. Il fonde alors le Mouvement démocrate socialiste qui s'inscrit dans la mouvance centriste.

Max Lejeune est décédé le 23 novembre 1995 à Abbeville.



LEJEUNE (Max, Marius, Achille)
Né le 19 février 1909 à Flesselles (Somme)
Décédé le 23 novembre 1995 à Abbeville (Somme)

Député de la Somme de 1936 à 1977

(Voir première partie de la biographie dans le dictionnaire des parlementaires français 1889-1940, tome VI, p. 2225, et dans le dictionnaire des parlementaires français 1940-1958, tome V, p. 154-156)

Façonné par la IIIe République, attaché à la IVe, Max Lejeune se montre favorable à la Ve République et au retour du général de Gaulle. « Il n'y a eu au travers de ces événements que le triple souci de sauvegarder la légalité républicaine, l'unité nationale et la paix civile. Mon républicanisme n'a jamais été larmoyant, ni mon patriotisme hésitant : mon devoir était d'agir pour éviter le déchirement de la nation menacée par un putsch militaire. […] C'est parce que j'ai vu le désarroi parlementaire, l'impuissance gouvernementale, l'apathie des républicains et des syndicalistes, c'est aussi parce que je n'accepte pas la protection ni le jeu du communisme, que j'ai œuvré pour la venue du général de Gaulle par les voies légales à la Présidence du conseil. », explique-t-il dans une lettre adressée à un militant picard qui lui reprochait ses choix.

Le président du conseil général de la Somme, triomphalement réélu dès le premier tour dans son canton d'Abbeville-sud en avril 1958, fait campagne pour le « oui » au référendum de 1958 et son journal, La Picardie républicaine, reparaît à cette occasion. Approuvée massivement, la Constitution, signée par de Gaulle, Coty, Mollet, Pinay et Lejeune, est promulguée le 4 octobre. Les premières élections législatives de la Ve République sont fixées aux 23 et 30 novembre et se déroulent au scrutin majoritaire uninominal à deux tours. Max Lejeune, avec pour suppléante Hélène Loeuillet, est candidat dans la quatrième circonscription. Si l'Union pour la nouvelle République (UNR) n'oppose pas de candidat au ministre socialiste du gouvernement de Gaulle, sa dissidence, Renouveau et fidélité, présente un agent d'assurances amiénois, André Vion. Max Lejeune n'a aucun concurrent sur sa droite puisque ni le Parti radical-socialiste, ni le Mouvement républicain populaire (MRP) n'investissent de candidats à Abbeville. Face à lui se présentent également le communiste Lucien Morel et le poujadiste Charles Appert. Max Lejeune est largement réélu dès le premier tour en totalisant 26 461 voix, soit 58,4% des suffrages exprimés. Son score, qui représente 43,7% des suffrages socialistes sur les cinq circonscriptions de la Somme, permet à son parti d'arriver en tête sur l'ensemble du département le 23 novembre (26,8%). Max Lejeune figure ainsi au tableau des 23 députés sortants réélus dès le premier tour, avec son collègue socialiste René Regaudie (Haute-Vienne). Le ministre, surnommé le vice-roi du Sahara par les communistes, est aussi, au terme de ce scrutin, le seul rescapé des quatre députés de gauche dans son département : le PCF a perdu ses deux sièges et la SFIO n'a pas réussi à conserver celui laissé vacant par Pierre Doutrellot.

Au cours de cette première législature, Max Lejeune est désigné comme candidat à la présidence de l’Assemblée nationale par le groupe parlementaire socialiste, mais Jacques Chaban-Delmas est largement élu au second tour par 355 voix contre 132 au député de la Somme et 16 au communiste Fernand Grenier (9 décembre 1958). Lors du scrutin du 16 janvier 1959 sur la déclaration de politique générale du gouvernement Debré, l'ancien ministre, qui a abandonné, à contrecœur, son portefeuille depuis la prise de fonction présidentielle du général de Gaulle (8 janvier 1959), se distingue en s'abstenant volontairement, tout comme son collègue socialiste Ernest Schaffner, député-maire de Lens. Il est très probable que l'élu picard ait tenu à signifier que son départ du gouvernement avait été forcé, en particulier par Guy Mollet, ministre d'Etat du cabinet de Gaulle en désaccord sur le budget et, comme secrétaire général de la SFIO, souhaitant préserver l'unité de son parti. Averti par le comité directeur de la SFIO, Max Lejeune respecte ensuite les consignes de vote de son groupe parlementaire : il s'oppose notamment au projet de règlement définitif de l’Assemblée nationale (3 juin 1959) et vote contre le projet de loi Debré concernant l’enseignement privé (23 décembre 1959).

Le parlementaire socialiste siège par ailleurs à la commission sociale et économique de l'Organisation commune des régions sahariennes (OCRS) comme représentant de l'Assemblée nationale en juin 1959, puis il est élu membre du Sénat de la Communauté, présidé par Gaston Monnerville. Membre de la commission des finances, il se voit confier le rapport spécial du budget du Sahara sur les lois de finances pour 1960, 1961 et 1962. Le parlementaire socialiste est également chargé du rapport sur le projet de loi programme relatif au développement de l'action sociale dans les départements des Oasis et de la Saoura (27 avril 1961). Dans l'hémicycle, il prône des réformes sociales et agraires en Algérie et bataille afin d'obtenir des crédits pour les établissements hospitaliers de ce territoire. Il demande aussi d'accentuer les efforts en faveur de l'habitat des populations autochtones, pose la question du ravitaillement en eau puis propose la création d'une école normale.

Partisan d'une autonomie au sein de la République et hostile à l'indépendance algérienne au nom de l'indivisibilité de la République, de l'indépendance énergétique de la France et de la stabilité politique en Afrique – il craint notamment la soviétisation du continent et l'installation de « régimes autoritaires avec l'intrusion d'un capitalisme étranger », Max Lejeune approuve les pouvoirs spéciaux attribués au gouvernement le 2 février 1960, à la suite de la Semaine des Barricades. Parmi les dirigeants de ce mouvement insurrectionnel figure Pierre Lagaillarde, député d'Alger opposé à l'autodétermination, qui est arrêté et incarcéré. Le 1er juin, puis le 15 novembre 1960, les députés discutent de la suspension de sa détention, demandée par Jean-Marie Le Pen, député de la Seine sous l’étiquette Indépendants et paysans d’action sociale (IPAS). A deux reprises, Max Lejeune ne prend pas part au vote de la proposition de résolution, dont le rapporteur est André Mignot, et finalement rejetée par l'Assemblée. Francis Leenhardt, président du groupe parlementaire socialiste, soupçonne Max Lejeune de s'être abstenu volontairement pour ne pas avoir à suivre la consigne de vote contre de son groupe. Mais quand Pierre Lagaillarde profite de sa mise en liberté provisoire pour s'enfuir en Espagne, où il fonde avec le général Salan l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS), l'élu de la Somme approuve la demande de levée de l'immunité parlementaire du député (7 décembre 1960). Le député-maire d'Abbeville se montre à nouveau peu discipliné, le 21 juin 1961, ne prenant pas part au vote sur la levée de l'immunité du député d'Alger Marc Lauriol à l’occasion du putsch des généraux.

Membre fondateur du Comité de la gauche pour le maintien de l'Algérie dans la République française et signataire du manifeste du même nom en juin 1960, Max Lejeune prend position pour le non lors du référendum du 8 janvier 1961 sur l'autodétermination, un « non de défiance à de Gaulle et au bradage de l'Algérie », alors que son parti préconise le oui. Après l'indépendance algérienne, il exprime, devant ses collègues du Palais-Bourbon, son inquiétude sur la situation des rapatriés.

Dans l'hémicycle, il prend en outre la parole sur les habitations à loyer modéré (12 juin 1962) et les problèmes de sa région : transports, exode de la population, disparition des exploitations familiales, adductions d'eau à installer, besoins en matière de logement (14 juin 1962). Le parlementaire socialiste vote comme les députés de son groupe et n’approuve pas la déclaration de politique générale du gouvernement Pompidou (27 avril 1962), mais se distingue à nouveau lors de la demande de la levée de l'immunité parlementaire de Georges Bidault en s'abstenant volontairement, tout comme deux autres socialistes, Arthur Conte et François Var (5 juillet 1962), ce qui lui vaut un nouvel avertissement du comité directeur de la SFIO. A la suite de l'annonce d'un projet de référendum sur l'élection du président de la République au suffrage universel, Max Lejeune vote la motion de censure du 4 octobre 1962, dont l’adoption provoque la chute du gouvernement de Georges Pompidou, puis la dissolution de l'Assemblée nationale par Charles de Gaulle, avec lequel le secrétaire fédéral de la Somme avait rompu dès lors qu'il s'était acheminé vers la solution de l'indépendance.

L'issue des deux référendums de 1961-1962, qui ont vu la grande majorité des électeurs s'exprimer en faveur de l'autodétermination puis de l'indépendance de l'Algérie, le pousse d'ailleurs à livrer sa propre lecture des événements dans sa profession de foi pour les élections législatives du 18 novembre 1962. Il dresse le portrait d'un général qui a perverti la Constitution et abandonné l'Algérie alors que les tragédies qu'il prévoyait se sont produites : « Lors de son voyage de juin 1958 où je l'accompagnais en Algérie, le général de Gaulle se prononça publiquement devant des foules immenses pour l'Algérie française, c'est-à-dire pour une politique d'intégration. Je pensais quant à moi que ma formule était plus souple et plus évolutive. J'ai, par la suite, approuvé à l'Assemblée le principe d'autodétermination, suivant la conception jacobine de la nation […]. J'ai, à diverses reprises, annoncé le caractère inéluctable des évènements douloureux qui se sont déroulés : […] 700 000 Algériens, en grande majorité des petites gens, se sont réfugiés en France, nos amis musulmans ont été massacrés par milliers, l'Algérie de Ben Bella ne s'associe pas à la France […]. Elle ne lui réservera ni son amitié ni le pétrole saharien dont la production dépasse, en 1962, la consommation française grâce à des efforts que j'ai bien connus. » Il s'attaque ensuite au gouvernement Debré qui n'a rien fait pour soutenir les petits agriculteurs, les commerçants, « les écoles des petits villages », les programmes d'HLM « retardés ou amputés de leur crédit » alors que « tant d'argent est engouffré dans les dépenses de réception, de prestige, dans la force de frappe atomique et dans l'aide à des pays qui ne nous ristournent même pas leur amitié. » Le président du conseil général de la Somme regrette enfin « qu'il soit nécessaire au département de se substituer à l'Etat pour ces dépenses d'intérêt général. »

Le premier tour du scrutin se résume, dans la quatrième circonscription, à une triangulaire entre le député-maire d'Abbeville, Paul Hédé pour le Parti communiste français (PCF) et André Pascal pour l’Union pour la nouvelle République (UNR). Le socialiste, dont la popularité est intacte (46% des suffrages exprimés) devance le candidat gaulliste de plus 5 000 voix et le communiste de plus de 10 000, mais perd plus de 7 000 suffrages par rapport à 1958 (19 297 voix). Au second tour, le PCF refuse de retirer son candidat. Max Lejeune est cependant confortablement réélu avec 45,6% des suffrages (19 803 voix) contre 34,6% au candidat UNR Pascal (15 037 voix), qui réalise de bons scores dans les communes rurales de la circonscription, et 19,8% au communiste Hédé (8 597 voix), arrivé en tête dans les municipalités ouvrières.

A l'Assemblée nationale, le député de la Somme retrouve un groupe parlementaire socialiste plus conséquent (66 députés contre 47 en 1958) et la commission des finances. Le 21 juin 1963, il dépose une proposition de loi tendant à faire bénéficier les combattants de la Résistance qui appartenaient à un réseau homologué des forces françaises combattantes, et dont l'activité dans la Résistance s'est exercée en Indochine, des dispositions du décret du 5 septembre 1949 relatif à la délivrance des attestations d'appartenance aux membres des forces françaises combattantes, par la réouverture du délai de trois mois suivant la publication dudit décret pour arrêter les contrôles nominatifs des réseaux homologués des forces françaises combattantes. L'élu local intervient sur des sujets divers (éducation, logement, chasse, travaux publics et transports) intéressant son département et dénonce régulièrement la lourdeur des charges pesant sur les collectivités locales. Ainsi, prenant l'exemple de l'estuaire de la Somme, le président du conseil général constate l'insuffisance de l'attention portée aux petits ports et aux ports de pêche dans le projet de loi de finances pour 1963 et affirme la nécessité de réfléchir à « un projet d'aménagement de la baie de Somme », dont « le département est prêt à être le maître d'œuvre » pour entretenir le chenal et espérer un trafic maritime, puis protéger la zone des Bas-Champs de la submersion marine par la construction d'une digue (15 janvier 1963). Il interroge par ailleurs Christian Fouchet, ministre de l'Education nationale, lors de la discussion de la deuxième partie du projet de loi de finances pour 1964, pour savoir si le ressort de l'académie créée à Amiens correspondra bien aux limites de la circonscription d'action régionale (6 novembre 1963). Il intervient aussi dans les débats sur le projet de loi relatif à l'organisation des associations communales et intercommunales de chasse agréées : il relaie notamment les revendications des chasseurs de gibier d'eau, se pose en défenseur de la chasse populaire, déclenchant des applaudissements sur les bancs du groupe communiste, et dépose un amendement (9 juin 1964). Il attire encore l'attention du gouvernement sur « l'effort considérable » accompli par le département de la Somme pour assurer la desserte des plages et sur celui encore à accomplir pour la modernisation du tronçon Beauvais-Abbeville de la RN 1, non prévu par le budget de l'Etat car classé en deuxième catégorie, alors que l'itinéraire Paris-Beauvais est classé en première catégorie et que la moitié du trafic routier estival vient de la région parisienne et de l'Oise (deuxième partie du projet de loi de finances pour 1965, novembre 1964).

Soucieux d'en finir avec les événements d'Algérie, Max Lejeune exprime aussi à de multiples reprises son souhait de voir amnistiées les infractions commises en lien avec eux. Il obtient le dépôt d'une proposition de loi par le groupe socialiste pour une amnistie totale et générale (14 avril 1966) à laquelle est opposé le gouvernement. Lors des débats sur le texte, il résume ainsi sa position pour une amnistie pleine et entière, drapée dans un antigaullisme militant qui suscite une vive réaction du garde des Sceaux, Jean Foyer : « Nous croyons, en effet, que l'heure est aujourd'hui venue du geste d'apaisement et de réconciliation que la vie nationale requiert au lendemain de ses déchirements. […] Vous refusez. Que craignez-vous, messieurs du gouvernement, de ce geste qui rendrait des prisonniers marqués par la captivité à la vie active, à leurs foyers, à leurs familles, de ce geste qui effacerait aussi l'exil et la proscription de fait ? Auriez-vous le sentiment que, dans ce régime où vous êtes pourtant confortablement maîtres du pouvoir et de l'information, leur apparition pourrait se traduire par une menace politique quelconque ? Auriez-vous la crainte que leur libération les amènerait à préciser et à révéler certaines phases secrètes de votre accession au pouvoir au terme d'un processus dont la trame a été d'ailleurs éclairée par les dépositions faites au cours des derniers grands procès ? » (21 avril 1966).

Max Lejeune se soucie également du sort de ses deux anciens collègues africains, Hammadoun Dicko et Fily Dabo Sissocko. Très mécontent de la réponse écrite faite à ce sujet par le ministre délégué chargé de la Coopération, Raymond Triboulet, il fait un rappel au règlement lors de la séance du 7 octobre 1964 : « Quelles démarches ont été tentées par le gouvernement de la République française auprès du gouvernement de la République du Mali en faveur de M. Fily-Dabo Sissoko et de M. Hammadoun Dicko, anciens parlementaires et ministres de la République française, emprisonnés tous deux avec certains de leurs amis à Kidal et décédés au cours de ces dernières semaines ? Je voulais connaître les réponses faites à ces démarches en faveur de deux hommes dont la vie publique honore notre propre vie nationale, ainsi que les circonstances restées imprécises de leur décès. […] Il était du devoir de ceux qui les ont connus de s'en inquiéter ; j'ai donc considéré que c’était mon devoir. Je regrette simplement que M. le ministre chargé de la Coopération qui, dans cette enceinte, fut le collègue de MM. Sissoko et Dicko de 1946 à 1958, n'ait pas cru devoir s'inquiéter. La réponse de M. le ministre chargé de la Coopération fait preuve d'un mutisme par trop désinvolte à mon endroit ; elle est aussi parfaitement inconvenante à l'égard des victimes. » Lors de la discussion du volet coopération de la deuxième partie du projet de loi de finances pour 1965, tout en précisant que la France n'a pas à s'immiscer dans les affaires intérieures des républiques africaines, le député socialiste réitère ses critiques à l'encontre du gouvernement français « qui aurait dû réagir avec plus de vigueur » (22 octobre 1964).

Lors des grands scrutins de la deuxième législature, Max Lejeune joint toujours sa voix à celles des députés de son groupe. Il vote ainsi contre la ratification du traité de l’Elysée du 11 janvier 1963 entre la République française et la RFA sur la coopération franco-allemande (13 juin 1963) et se montre défavorable au projet de loi relatif à certaines modalités de la grève dans les services publics (26 juillet 1963), de même qu’au projet de loi constitutionnelle portant modification de la Constitution (20 décembre 1963). Il s’oppose également au projet de loi relatif à l’élection des conseillers municipaux (17 juin 1964) et au projet de loi relatif au recrutement en vue de l’accomplissement du service national (25-26 mai 1965). 

Resté aux commandes du conseil général à la suite des renouvellements de 1961 et 1964, Max Lejeune est également largement réélu (71%) avec toute sa liste dès le premier tour aux élections municipales de 1965, L’Aurore du 17 mars 1965 classant le succès de l'ancien ministre « parmi les réélections les plus brillantes. » La même année, à l'occasion de la première élection présidentielle au suffrage universel de la Ve République, Max Lejeune mène une campagne timide pour François Mitterrand, tout en facilitant la propagande des candidats anti-gaullistes.

Sa profession de foi pour les élections législatives du 5 mars 1967 est une critique en règle de la majorité gaulliste sortante : « Les hommes au pouvoir depuis 1958 l'ont eu sans partage. […] Au cours de huit années, la radio-télévision a été transformée en un instrument de propagande quotidienne. » Il critique aussi la politique agricole et sociale du gouvernement. Sur le plan diplomatique, il estime que « la voie de la paix n'est pas dans la fabrication de la ruineuse bombe H […] arme diplomatique et de prestige » mais « doit reposer partout sur l'arbitrage international et la sécurité collective ». Investi par la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), Max Lejeune est en position dominante au premier tour, avec 22 473 voix et à moins de 1 000 voix de la majorité absolue, devant les candidats gaulliste (13 801 voix) et communiste (10 327 voix), y compris dans sa ville, où il totalise 54,2% des suffrages exprimés. Mais dans les deux cantons d'Abbeville, nord et sud, qui englobaient les communes environnantes, il ne fait que jeu égal avec le cheminot Paul Hédé (2 625 voix) et pointe à 1 131 voix derrière le gaulliste André Pascal. Le notable socialiste doit ainsi son sauvetage aux cantons ruraux de l'arrondissement, où il recueille plus de la moitié des votes. Le député sortant, qui bénéficie cette fois du désistement du candidat du Parti communiste français (PCF) et d'un report massif des voix communistes, est facilement réélu avec 30 059 voix (67,4% des suffrages exprimés) contre 14 557 à André Pascal (32,6%). En 1967, l'indéboulonnable président du conseil général de la Somme, réélu à la tête de l'exécutif départemental avec 39 voix sur 41, devient vice-président de l'Assemblée nationale et préside vingt-trois séances au Palais-Bourbon.

Au cours de cette législature, en qualité de député, il s'exprime sur la protection du littoral picard et de la Baie de Somme contre le pétrole, à la suite du naufrage du Torrey Canyon (25 avril 1967). Il vote pour les motions de censure déposées au cours de la discussion du projet de loi autorisant le gouvernement à prendre des mesures d’ordre économique et social (20 mai et 9 juin 1967). L'ancien ministre bataille à nouveau pour obtenir l'amnistie totale pour les infractions commises en lien avec la guerre d'Algérie. En avril 1967, le groupe de la FGDS, auquel il appartient, rédige un autre texte, à nouveau écarté par le gouvernement. Le 28 novembre 1967, dans le cadre des discussions du projet de loi étendant le champ d'application de l'amnistie relative aux infractions contre la sûreté de l'Etat ou commises en relation avec les événements d'Algérie, Max Lejeune demande d'en finir avec les séquelles des événements d'Algérie : « C'est l'amnistie totale qui s'impose pour faire disparaître ce que Gambetta appelait au siècle dernier les haillons de la guerre civile, et c'est le Parlement, expression dans toutes ses nuances de la pensée nationale, qui doit la décider dans un grand élan vers l'oubli et la réconciliation. » Il dépose ensuite une motion de renvoi en commission. Louis Joxe, ministre de la Justice, déclare que le vote de la motion signifierait le renvoi sine die. Parlementaire expérimenté, l'élu picard invoque le règlement de l'Assemblée et l'article 48 alinéa 1 de la Constitution, qui oblige le gouvernement, en cas d'adoption d'une motion de renvoi, à fixer une date de remise d'un nouveau rapport par la commission. Le gouvernement est finalement mis en minorité : la motion présentée par Max Lejeune est adoptée par 269 voix contre 195 (28 novembre 1967).

Max Lejeune vote les motions de censure mises aux voix, mais non adoptées les 24 avril et 22 mai 1968. Après les événements de mai 1968, le général de Gaulle annonce, le 30 mai, la dissolution de l'Assemblée nationale élue un an auparavant. Député depuis 1936, Max Lejeune, qui a fait son entrée au comité directeur de la SFIO en 1967, se présente à nouveau, le 23 juin 1968, dans la quatrième circonscription de la Somme comme le candidat de la « raison » entre le « communisme stalinien totalitaire » et la gaullisme « autoritaire et technocratique ». Face au candidat socialiste, porte-drapeau de la FGDS, le PCF et l'Union pour la défense de la République (UDR) renouvellent leur candidat en présentant Guy Rocques, professeur au lycée d'Abbeville, secrétaire de la section communiste locale, et le docteur Jacques Dezoteux pour l'UDR. Le PSU, très peu implanté dans cette zone, y dépêche son secrétaire fédéral, Charles Blineau. La forte poussée gaulliste qui traverse la France lors du premier tour est aussi ressentie dans la Somme et notamment dans le fief de Max Lejeune. 16 911 voix (35,6%) se portent sur son nom mais le député SFIO perd plus de 5 500 suffrages par rapport à 1967, et est distancé de plus de 4 600 voix par le docteur Dezoteux (UDR) qui, avec 21 517 voix (45,4%), améliore le score de son prédécesseur, André Pascal, de plus de 7 700 suffrages. Guy Rocques totalise 8 185 voix (17,2%) pour le PCF et se désiste en faveur de Max Lejeune. Le député-maire d'Abbeville qui, en 1967, aurait pu se passer des voix communistes au second tour, leur doit cette fois son siège : le 30 juin 1968, il recueille 25 515 suffrages (53,4%) contre 22 266 à son concurrent gaulliste.

Après l'avoir désigné comme vice-président de leur groupe, les 57 députés de la FGDS le choisissent pour affronter Jacques Chaban-Delmas à la présidence de l'Assemblée en juillet 1968. Il est battu par 356 voix contre 71, et 34 à Robert Ballanger (PCF), mais son influence sur ce groupe en fait un relais efficace au Palais Bourbon. Max Lejeune intervient en séance dès le 23 juillet 1968, dans la discussion du projet de loi accordant l'amnistie à la plupart des détenus condamnés pour leur participation à des faits durant la Guerre d'Algérie, pour demander que le texte leur restitue leurs décorations, titres et grades. Le lendemain, l'Assemblée adopte le projet de loi en écartant la proposition du parlementaire picard. Membre de la commission de la production et des échanges (1968) puis de la commission de la défense nationale et des forces armées à partir de 1970, le député de la Somme est réélu vice-président de l'Assemblée nationale, le 2 avril 1970, et préside les débats à vingt-six reprises jusqu'en décembre de la même année. Il s'exprime en outre sur la marine marchande (1968), la réforme de la Société nationale des chemins de fer français (1969), la programmation militaire (1970), les fusions et regroupements de communes et la réforme de l'assurance vieillesse des travailleurs non-salariés (1971), défendant, par ailleurs, avec constance et détermination sa circonscription, située dans un département sous-équipé.

Max Lejeune et Gaston Defferre, président du groupe parlementaire socialiste créé après la dissolution de celui de la FGDS le 3 octobre 1969, que tout séparait sur la question algérienne, se retrouvent sur la stratégie à mener pour relancer leur parti. Favorables à un rapprochement avec les centristes, les deux hommes contrôlent le groupe parlementaire socialiste et le député-maire de Marseille peut compter sur un soutien sans faille de l'élu picard. Pendant cette législature, il vote ainsi à l'unisson de son groupe en se prononçant en faveur de la loi d’orientation de l’enseignement supérieur (10 octobre 1968), comme sur l’exercice du droit syndical dans les entreprises (4 décembre 1968). Il vote ensuite contre le projet de loi « anti-casseurs » dit Pleven (4 juin 1970), puis vote pour la réforme du service national (10 juin 1970). Max Lejeune désapprouve les déclarations de politique générale de Jacques Chaban-Delmas le 15 octobre 1970 et le 24 mai 1972, de même que la création des régions (27 avril 1972). Pour le géographe jacobin, l'échelon régional est inutile et synonyme de dissolution de l'unité nationale, d'autant qu'il met en doute la cohérence de la Picardie.

Au cours cette cinquième législature, Max Lejeune, qui a soutenu la candidature de Gaston Defferre à l'élection présidentielle de juin 1969, est mis en minorité au congrès fédéral socialiste d'Amiens en décembre et perd la direction du parti dans la Somme au profit d'une jeune garde emmenée par Dominique Taddei, nouveau secrétaire fédéral, Jean-Pierre Cot (fils de Pierre Cot), et Jean-Claude Dessein, secrétaire de la section d'Amiens ; tous trois futurs députés, respectivement du Vaucluse (1993-1997), de la Savoie (1973-1981) et de la Somme (1981-1993). Il garde cependant la confiance des électeurs puisqu'il est confirmé comme conseiller général et maire d'Abbeville en 1970 et 1971.

Opposé de longue date à tout accord avec le PCF et adepte des alliances centristes, Max Lejeune s'oppose au rapprochement avec le PCF préconisé par François Mitterrand, qui crée le Parti socialiste (PS) à la suite du Congrès d’Epinay en juin 1971. Dès 1972, le député de la Somme se démarque de la position prise par son parti, lors du référendum d'avril, en approuvant l'élargissement de la CEE alors que le PS prône l'abstention, et, en octobre, refuse de donner son accord au programme et à la politique d'union de la gauche. Le comité directeur du PS ne tarde pas à lui retirer l'investiture pour les élections législatives de 1973 et à nommer un nouveau candidat, Joseph Menga. Ses alliés du groupe parlementaire ne viennent pas lui prêter main forte dans ce bras de fer avec l'appareil et il est exclu du PS, le 16 décembre 1972. Max Lejeune fonde alors son propre parti, le Mouvement démocrate-socialiste de la Somme, suivi par 12 sections socialistes, soit plusieurs centaines de militants, parmi lesquels de nombreux élus.

Le MDS porte sa candidature aux élections législatives de mars 1973. Arborant l'étiquette de sa nouvelle formation, Max Lejeune se présente comme « socialiste de rassemblement des républicains et des démocrates », puis réitère dans ses documents électoraux « [son] refus de signer un engagement [le] liant au Parti communiste » et affirme la nécessité de réviser la Constitution afin que « notre régime évolue peut-être vers un système analogue à celui des Etats-Unis » car « la Constitution de 1958 n'a pas été respectée par l'usage : le pouvoir est à l'Elysée et, par l'élection du président de la République au suffrage universel, celui-ci a cessé d'être un arbitre pour être un chef politique. » Au soir du premier tour, avec 21 921 voix (45%), il devance le communiste Albert Bécard (11 848 voix ; 24,3%) et le gaulliste Alain Ravennes, permanent politique représentant l'Union des républicains de progrès (URP) (10 677 voix ; 21,9%). Le candidat que lui oppose le PS ne recueille que 4 290 suffrages (8,8%). Au second tour, Max Lejeune remporte son duel face au candidat du PCF en totalisant 30 027 voix (65,5%). En 1973, il fait également son entrée au conseil régional, dont les membres n'étaient pas encore élus au suffrage universel mais composé des parlementaires de la région, de représentants des conseils généraux et de délégués des grandes villes.

Le député de la Somme, nommé juge titulaire à la Haute Cour de justice, s'apparente au groupe parlementaire des Réformateurs démocrates sociaux (RDS), où il retrouve d'anciens camarades socialistes en rupture de ban : Emile Müller, député du Haut-Rhin, Etienne Gagnaire, député du Rhône, et Georges Donnez, député-maire de Saint-Amand, avec qui Max Lejeune fonde le Mouvement démocrate socialiste de France (9 septembre 1973) dont il assure la présidence nationale. Il rejoint à nouveau la commission de la Défense nationale. Dans l'hémicycle, il s'oppose à la déclaration de politique générale du Premier ministre Pierre Messmer (12 avril 1973), à la réduction du mandat présidentiel à cinq ans (16 octobre 1973) puis, comme ses collègues réformateurs, mêle sa voix à celles des députés socialistes et communistes pour repousser un amendement de la commission des finances tendant à réduire les crédits du ministère des Anciens combattants (9 novembre 1973). Il vote la motion de censure déposée par le PS en janvier 1974.

Son mouvement désigne Emile Müller « candidat des Français qui refusent la bipolarisation », à l'élection présidentielle de 1974. Au second tour, le patron du MDSF soutient la candidature de Valéry Giscard d'Estaing et, après le succès de ce dernier, refuse le poste de ministre de la Coopération pour présider le groupe réformateur à l'Assemblée nationale, nouvellement issu de la fusion des groupes centristes. Il vote l’ensemble des textes importants défendus par l’exécutif sous la cinquième législature. Il s’exprime ainsi en faveur de la révision de la Constitution, le 10 octobre 1974, puis contribue, par sa voix, à l’expression de la confiance envers le gouvernement Chirac, le 6 juin 1974, vote en faveur de la deuxième réforme constitutionnelle de la législature, le 10 octobre 1974, sur la saisine du Conseil constitutionnel et agit de même, lors du vote de la troisième, le 8 juin 1976, sur l’empêchement ou le décès d’un candidat à l’élection présidentielle. Il vote aussi le projet de loi « Veil » sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en 1974 et la loi portant réforme du divorce en 1975. Il soutient enfin le programme du gouvernement Barre, le 28 avril 1977, et l’élection du Parlement européen au suffrage universel, le 21 juin 1977.

Très actif, le parlementaire chevronné intervient à plus de soixante reprises, en particulier sur les questions militaires et de politique étrangère. Membre de la commission de la défense nationale, Max Lejeune est rapporteur pour avis du budget de la gendarmerie de 1973 à 1976. A la tribune, il manifeste notamment son attachement à l'armée de conscription et au service de douze mois, et s'exprime sur les Forces françaises à Madagascar (1973), les anciens harkis (1974), l'indépendance des Comores et l'avenir de Mayotte (1975-1976), la retraite anticipée pour les anciens combattants et anciens prisonniers de guerre (1975), les démarches entreprises à Alger pour obtenir la libération des civils français retenus comme otages par le Polisario, l'indépendance du territoire français des Afars et des Issas et la situation internationale de Djibouti (1977).

Il intervient aussi dans les débats constitutionnels et souhaite une évolution des institutions vers un régime à l'américaine ou plaide pour que le président et l'Assemblée soient élus en même temps pour une même durée de mandat (6 octobre 1976). L'unique proposition de loi qu'il dépose prévoie la modification des articles 28 et 43 de la Constitution, sur les modalités de réunion et le rôle des commissions permanentes à l'Assemblée nationale (24 avril 1975). En outre, Max Lejeune prend la parole sur des sujets d'éducation, que ce soit sur les grandes orientations de la politique de l'éducation nationale (5 juin 1973), la titularisation des instituteurs suppléants (1974) ou sur le projet de loi relatif à l'éducation (1975), insistant sur la notion de laïcité et sur la charge que constitue l'école pour les collectivités locales (30 juin 1975).

Il prend part, par ailleurs, à la discussion du projet de loi Royer, d'orientation du commerce et de l'artisanat, qu'il approuve lors de sa mise au vote (1973). Max Lejeune s'exprime aussi bien à propos des brutalités sur les terrains de football (5 mai 1976) que de la fiscalité. Il se prononce ainsi en faveur d'un impôt sur la fortune et d'une taxation plus lourde des héritages au-delà d'un certain montant (6 octobre 1976). Il continue également à porter les projets d'aménagement et de défense de la côte picarde et accueille très favorablement le projet de loi, adopté par le Sénat, portant création du Conservatoire de l'espace littoral (25 avril 1975). Il relaye encore les revendications des pêcheurs de la Baie de Somme (8 octobre 1976).

Max Lejeune, réélu conseiller général au printemps 1976 et maire d'Abbeville, pour un sixième mandat, en mars 1977, décide de quitter le Palais-Bourbon en septembre 1977 pour se présenter aux élections sénatoriales à la tête d'une « liste d'Union démocratique et sociale pour la défense des communes picardes », où figurent Charles-Edmond Lenglet, figure du syndicalisme agricole picard, président de la Chambre d'agriculture, et Jacques Mossion du Centre des démocrates sociaux (CDS). La liste centriste obtient les trois sièges. Le patron du MDSF obtient 847 voix sur 1 649 suffrages exprimés et est élu sénateur de la Somme dès le premier tour, en compagnie de Charles-Edmond Lenglet. Son mandat est reconduit en septembre 1986 au premier tour, avec 896 voix sur 1 678 suffrages exprimés, soit en troisième position derrière ses deux colistiers.

Au Sénat, Max Lejeune s'inscrit à la Gauche démocratique, ancien groupe parlementaire apparu sous la IIIe République qui réunit les familles centristes, et qui devient le Rassemblement démocratique européen (RDE) en 1989. Au Palais du Luxembourg, il poursuit un intense travail parlementaire. Membre de la commission des affaires étrangères de 1977 à 1995, il est rapporteur du budget de la marine. Au cours de ces années, il est l'auteur de trois propositions de loi. Son premier dépôt tend à favoriser l'emploi (16 novembre 1978), le second vise à rétablir le titre de préfet (22 mai 1986), et le dernier est relatif à la création de zones d'entreprises dans le département de la Somme (7 juillet 1987). Max Lejeune prend systématiquement la parole au cours des débats sur la défense nationale et la Nouvelle-Calédonie. Il cosigne une proposition de loi, dont Jean Francou est l'auteur, relative au statut des langues et cultures régionales dans l'enseignement, les affaires culturelles, l'éducation permanente, la radio et la télévision. Il défend également la langue picarde par de multiples interventions auprès des ministres de la Culture successifs, notamment Jack Lang en 1984. Max Lejeune intervient aussi sur des questions très diverses comme la sécurité (1978), l'emploi (1979), l'agriculture (1980), l'immigration clandestine et son contrôle (1981, 1984, 1985), la police nationale (1985), la situation des communes rurales en matière d'éducation (1986), l'indemnisation des rapatriés d'Algérie (1987), la culture (1989) ou encore la gestion des déchets radioactifs (1991).

Le sénateur-maire de la capitale du Ponthieu approuve le projet de loi Peyrefitte renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes en 1980, puis repousse la question préalable déposée par la droite contre le projet de loi sur les nationalisations (1981), vote ensuite le projet de loi relatif aux prestations de vieillesse, d'invalidité et de veuvage en 1982, le projet de loi sur le revenu minimum d'insertion en 1988 et celui relatif aux pensions de retraite et à la sauvegarde de la protection sociale en 1993. S'il s'abstient sur le projet de loi portant abolition de la peine de mort en 1981, il vote contre le projet de loi Defferre sur la décentralisation en 1982. En tant que président du conseil général de la Somme, il doit cependant appliquer la politique de décentralisation qu'il accuse d'affaiblir l'Etat. En 1991, il est avec Philippe de Gaulle et Maurice Couve de Murville l’un des trois sénateurs et l’un des quarante-six parlementaires à s'opposer à l'intervention de la France dans la guerre contre l'Irak car la France ne doit pas « être à la remorque des Américains » et « n'a pas d'intérêt majeur à y défendre ». L'année suivante, il refuse le traité de Maastricht qui est, selon lui, synonyme de « perte de souveraineté », d’« un fédéralisme poussé à l'extrême » et d’« une dérive vers l'Europe des technocrates et des marchands », puis vote contre le projet de loi constitutionnelle ajoutant à la Constitution un titre : « De l'Union européenne » pour en permettre la rectification.

D'autre part, le MDSF est devenu une composante de l'UDF en 1978 et Max Lejeune est entré au conseil national puis au bureau politique de la confédération centriste, tentant en vain d'incarner une aile gauche capable de peser face aux deux composantes majoritaires, le Parti républicain (PR) et le CDS. En 1982, le MDSF prend l'appellation de Parti social-démocrate (PSD), dont Max Lejeune conserve la présidence nationale jusqu'à sa mort. Porté à la présidence du conseil régional en 1978-1979, il la cumule avec celle du conseil général, où il est constamment réélu depuis 1945, et qu'il quitte en 1988 pour respecter la loi sur le cumul des mandats (1985), sur laquelle le sénateur de la Somme s'était d'ailleurs abstenu. Si le canton d'Abbeville-sud échoit au PS, la présidence de l'assemblée départementale revient à un « lejeuniste », Fernand Demilly.

Constamment réélu maire d'Abbeville depuis 1947, Max Lejeune perd son fauteuil en mars 1989 au profit du député Jacques Becq (PS) dans le cadre d'une triangulaire face à la liste emmenée par le barriste Jacques Mignot. Le maintien de ce dernier au second tour permet indirectement la défaite de Max Lejeune, ce qu'il qualifie d'« attentat politique ». Désormais conseiller municipal d'opposition, il a certainement payé son soutien à Jacques Chirac lors de l'élection présidentielle de 1988. Le sénateur de la Somme, qui s'est vu attribuer le titre de maire honoraire d'Abbeville par Joël Hart du Rassemblement pour la République (RPR), vainqueur du scrutin municipal de juin 1995, choisit de ne pas se représenter aux élections du 24 septembre 1995 et, malade, décède deux mois plus tard. Les obsèques du libre-penseur sont célébrées en l'église du Saint-Sépulcre d'Abbeville.

Le parcours exceptionnel de ce personnage charismatique et indépendant d'esprit en fait la personnalité politique picarde du XXe siècle. Sa présence sur le terrain et dans les hautes sphères de l'Etat, sa simplicité, sa gestion paternaliste et sociale lui ont valu la reconnaissance des électeurs pendant un demi-siècle : maire d'Abbeville pendant 42 ans, président du conseil général durant 43 ans, ministre dans onze gouvernements de la IVe et de la Ve République, « Max » détient également le record de longévité parlementaire, avec 59 ans de mandats, dont 41 à la députation.

En octobre 2018, une association, le Club Max, a été créée à Abbeville. Présidée par l’ancien député Pascal Demarthe, elle s’est fixée comme objectif d’honorer la mémoire de l’élu de la Somme et de « faire vivre les idéaux progressistes auxquels il était attaché », témoignant de l’empreinte laissée par cette grande figure nordiste.