Henri Fiszbin

1930 - 1990

Informations générales
  • Né le 26 juin 1930 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 28 mars 1990 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 2 avril 1973 au 2 avril 1978
Département
Paris
Groupe
Communiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 2 avril 1986 au 14 mai 1988
Département
Alpes-Maritimes
Groupe
Apparenté socialiste

Biographies

Biographie de la Ve République

FISZBIN (Henri)
Né le 26 juin 1930 à Paris
Décédé le 28 mars 1990 à Paris


Député de Paris de 1973 à 1978, puis des Alpes-Maritimes de 1986 à 1988


La vie et la trajectoire d’Henri Fiszbin reflètent les grands bouleversements du XXe siècle politique français et leurs évolutions. Fils d’un artisan chapelier et d’une couturière à domicile, tous deux juifs immigrés de Pologne, il naît à Paris (XIVe) le 26 juin 1930. Menacée sous l’Occupation en raison de ses origines, la famille Fiszbin se réfugie dans la Creuse pour échapper à la déportation.

A la fin de la guerre, tandis que la Libération lui permet de regagner Paris, le jeune Henri, âgé de quinze ans, adhère à l’Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF), mouvement communiste qu’il dirige pour le XIXe arrondissement. Quelques mois plus tard, en juin 1946, il entre au Parti communiste français (PCF), dont il gravit les échelons, d’abord au sein des organisations de jeunesse. Alors qu’il fait ses premiers pas professionnels, en suivant la même voie que son père, il se destine par la suite à la métallurgie et devient tourneur. En 1948, il suit une formation au Centre Bernard Jugault, une école de « rééducation professionnelle » affiliée au syndicat des métaux. Cette structure, qui offre une formation accélérée, reçoit à la même époque des militants comme Henri Krasucki, Henri Malberg ou Bernard Cagne. Ces années sont aussi celles de l’engagement dans la cité, aux côtés de l’UJRF toujours, sur la question indochinoise, ce qui lui vaut une arrestation pour distribution de tracts à des soldats. Son service militaire effectué de 1950 à 1951, entre le Maroc et la région parisienne, Henri Fiszbin est embauché dans le secteur métallurgique, chez Luchaire, à Saint-Ouen, où il mêle travail, militantisme et syndicalisme, puisqu’il y est secrétaire de la cellule communiste et délégué syndical (1952-1953), parallèlement à sa participation toujours active au Comité fédéral de l’UJRF. Alors qu’il change souvent d’activité professionnelle, passant des usines d’alimentation SISA à Paris, au service d’entretien chez Maggi-Kub, dont il est secrétaire du comité d’entreprise et délégué du personnel, il suit, en 1956, une formation de l’école centrale du PCF où il se fait immédiatement remarquer. Ce qui lui permet d’entrer au Comité fédéral de Paris, l’année suivante, puis, en 1958, au Bureau fédéral. Ses qualités impressionnent au sein de toutes ces instances ; il y progresse sous l’aile de Bernard Jourd’hui et de Paul Laurent. En 1961, Henri Fiszbin devient secrétaire fédéral à l’organisation du PCF et traverse la décennie sans difficulté majeure. Même s’il est poussé à l’autocritique, il finit, en 1970, titulaire du Comité central et dirige la fédération de Paris, en 1973, prenant la suite de Paul Laurent.

En 1967, il se présente aux suffrages, lors des législatives, dans la 28e circonscription de Paris (quartiers du Combat et de la Villette, dans le XIXe arrondissement), mais échoue face au candidat de l’Union pour la nouvelle République (UNR-UDT) Pierre Ruais. Henri Fiszbin connait la même déconvenue l’année suivante, toujours dans cette circonscription, après la dissolution décidée par le général de Gaulle, à l’issue des événements de mai 1968. Il obtient finalement un mandat parlementaire en 1973 aux élections législatives, dans cette même circonscription. Sa profession de foi s’inscrit dans une dimension résolument nationale. Henri Fiszbin y est présenté en ces termes : « Homme intègre, décidé à servir la population de notre arrondissement et le pays, et non les intérêts égoïstes des puissances d’argent, il consacrera demain toute son activité à faire triompher une politique nouvelle ». A l’échelle nationale, le PCF, avec 21 % des voix au premier tour, est alors le premier parti de gauche. Il se situe cependant derrière le PS en nombre de sièges (73 contre 89). Henri Fiszbin est finalement élu au second tour à plus de 51,5 % des suffrages exprimés (13 704 voix), devant le candidat Union des démocrates pour la République (UDR) et député sortant Pierre Ruais, qu’il avait déjà affronté ; entre les deux tours, Pierre Mattei, candidat des Radicaux de gauche et du Parti socialiste (PS) qui avait recueilli 3 851 voix, appelle ses électeurs à reporter leurs votes sur le nom de Fiszbin, contribuant au succès du candidat communiste. Celui-ci fait plus que rattraper son retard du premier tour (il avait obtenu 7 570 voix contre 8 354 voix à Pierre Ruais) avec 13 704 voix sur 26 604 suffrages exprimés, l’emportant sur son adversaire gaulliste et ses 12 884 voix.

Membre de la commission de la production et des échanges, le député communiste se livre à une importante activité parlementaire. Il est aussi membre de la commission d’enquête chargée d’examiner les conditions de délivrance de certaines autorisations de démolir et de construire dans les secteurs sauvegardés de la ville de Paris, en octobre 1974. Le nouveau parlementaire présente plusieurs propositions de loi en lien avec ses préoccupations sociales : la création d’un statut de gérants libres des stations-service, le 14 juin 1973 ; la priorité aux transports collectifs et le développement harmonieux des transports et de la circulation dans les agglomérations urbaines, le 19 décembre 1974 ; la qualité de salariés pour les correcteurs pigistes à domicile, le 7 avril 1976 ; un moratoire pour les saisies et expulsions, le 26 mai 1976 ; et le réemploi des terrains de la SNCF dans un sens social, le 8 décembre 1976. Il défend par ailleurs les artisans et commerçants menacés par les opérations de rénovation urbaine, en octobre 1973, lors de l’examen du projet de loi « Royer » d’orientation du commerce et de l’artisanat. Il intervient également sur les transports urbains, lors de l’examen des crédits budgétaires prévus pour les transports terrestres par le projet de loi de finances, tant en 1973 qu’en 1974.

Paris est cependant le premier de ses sujets d’intervention. La première proposition de loi qu’il dépose, en juin 1973, concerne le statut de la ville de Paris, qu’il souhaite dotée d’un statut démocratique de « ville capitale ». Il pose plusieurs questions, orales sans débat, d’actualité et au gouvernement sur la capitale.  Lors d’une séance à l’Assemblée, le 16 novembre 1973, il interroge en ces termes le gouvernement : « Pour vous, le maître à penser reste le baron Haussmann : “Paris appartient au gouvernement”. Et quand nous disons “au gouvernement”, c’est une façon de parler, puisque, à l’évidence, Paris appartient aujourd’hui au domaine réservé du président de la République. […] Les banques ont fait main basse sur Paris. Elles ne sauraient s’accommoder d’une démocratisation réelle de sa gestion ! ». Henri Fiszbin s’intéresse aussi à la situation de la presse et propose une commission d’enquête parlementaire sur les causes de la disparition de plus de 120 quotidiens depuis la Libération. Il s’inquiète aussi des entraves à la liberté d’expression dans cette même presse. Sans surprise, les questions économiques et sociales dominent ses préoccupations : la multiplication des expulsions de locataires à Paris, la situation des travailleurs, mais aussi la situation du commerce et de l’artisanat, des transports…

Paris le passionne avant tout et il s’y investit. Il en étudie l’urbanisme, la démographie, la sociologie électorale. Ses recherches et réflexions, menées seules ou en groupe, aboutissent à l’ouvrage qu’il publie, avec Daniel Monteux, en 1976 aux Editions sociales : Paris, déclin ou renaissance. Les communistes et l’avenir de la capitale. C’est un ouvrage complet qui aborde la mutation sociologique de la base communiste à Paris, tandis que les ouvriers sont de plus en plus nombreux à quitter la capitale. Ses auteurs s’intéressent, en outre, à la question, chère aux communistes, de la démocratie locale. Henri Fiszbin se réjouit, en 1975, du projet de loi qui rétablit la fonction de maire de Paris et prévoit son élection au suffrage universel direct, mais il estime qu’il faut aller plus loin, en donnant un plus grand rôle aux arrondissements. Ces éléments le conduisent à esquisser un changement de stratégie en direction du nouvel électorat communiste, ce qui est loin de faire l’unanimité au sein du Parti.

1977 marque la première élection d’un maire à Paris, dotée d’un statut spécial après la Commune, depuis la Révolution. Trois candidats principaux s’y affrontent : Jacques Chirac, qui divise la droite parisienne, Michel d’Ornano, pour la Fédération nationale des républicains indépendants (FNRI), soutenu par Valéry Giscard d’Estaing, et Henri Fiszbin, qui se présente au nom de la Gauche unie. Il faut également noter la candidature de Brice Lalonde (Paris-Ecologie) et de Jean-Marie Le Pen pour le Front national (FN). Au premier tour du 13 mars, où 32 % des inscrits s’abstiennent, c’est Henri Fiszbin qui arrive en tête avec 273 306 voix (32,01 %) des suffrages exprimés, devant Jacques Chirac (223 072 voix ; 26,02 %) et enfin Michel d’Ornano (187 313 voix ; 22 %). Mais la gauche n’est majoritaire que dans six arrondissements et, au second tour, le 20 mars, Henri Fiszbin arrive en seconde position (36,7 % des voix), derrière Jacques Chirac (49,5 %). Ces résultats le confortent en définitive sur le diagnostic électoral qu’il porte sur la capitale, comme il l’écrit en 1980 : « Le résultat de ces municipales nous procura une double satisfaction. La validité de notre analyse sur l’évolution du rapport des forces politiques dans la capitale fut pleinement confirmée. Progressant dans tous les arrondissements, la gauche l’emporta dans un secteur supplémentaire, et il s’en fallut d’un déplacement de deux mille voix seulement pour conquérir la majorité au Conseil de Paris. Nous eûmes de plus la joie de vérifier que l’électorat communiste demeurait bien l’ossature de l’électorat de gauche et la force décisive pour la victoire. Ce furent les arrondissements où l’influence communiste était la plus forte qui mirent les listes de gauche en position de l’emporter sur la droite ». Car Henri Fiszbin n’en démord pas : le profil des communistes parisiens est unique ; une stratégie spécifique doit donc voir le jour pour les séduire. En effet, 80 % des 31 000 adhérents que rassemble la fédération parisienne ont été renouvelés depuis 1968 ; les nouveaux venus se distinguent par une forte représentation – près de la moitié – des cadres moyens et supérieurs, ainsi que des professions libérales. 40 % ont suivi des études supérieures. Un quart est constitué d’enseignants. Quant aux ouvriers, ils n’avoisinent plus que 13 % des encartés. C’est pourquoi, Henri Fiszbin oriente son discours vers les professions du secteur tertiaire, ce qui ne convient pas aux instances nationales.

En réalité, le vent favorable, à l’intérieur du parti, avait déjà commencé à tourner pour Henri Fiszbin. Déjà, en 1975, Georges Marchais, qui peinait à trouver une ligne claire ne heurtant aucune sensibilité du parti, avait publiquement tancé le chef de file des communistes parisiens qui avait accepté de rencontrer Valéry Giscard d’Estaing, soucieux de rencontrer les responsables de l’opposition. La Fédération, dirigée par Fiszbin, est donc surveillée de près. En avril 1978, son organe, Paris-Hebdo, est supprimé : la raison officielle est financière, tandis que Roland Leroy, directeur de L’Humanité, critique le risque d’une concurrence des publications, mais c’est bien la liberté de ton que l’hebdomadaire parisien revendique qui est en cause. Henri Fiszbin et sa fédération sont encore plus directement visés en 1979 : aux législatives de mars 1978, Henri Fiszbin a été battu dans sa circonscription par le candidat du Rassemblement pour la République (RPR) Jacques Féron, dans un contexte plutôt favorable à la gauche. Le PCF perd d’ailleurs quatre des sept sièges qu’il détenait à Paris. Ce qui vaut au malheureux candidat communiste d’insistantes critiques de la part du Comité central, qui dénonce une stratégie « opportuniste » et un « manque de fermeté idéologique ». Le 11 janvier 1979 ainsi, le Bureau politique va plus loin et réclame un retour à l’orthodoxie idéologique, ce que Fiszbin refuse : officiellement, des problèmes de santé, toutefois réels, l’écartent de la Fédération communiste de Paris, où il est remplacé par Henri Malberg, membre du Comité central et directeur adjoint de l’hebdomadaire France Nouvelle, par ailleurs cousin de Fiszbin. A l’approche du XXIIIe Congrès, prévu pour mai, l’éloignement d’Henri Fiszbin permet en fait d’éviter que celui-ci n’y envoie des délégués contestataires. L’incident ne l’empêche cependant pas d’être réélu au Comité central, à l’occasion du Congrès. Il se voit même offrir, par Georges Marchais lui-même, le secteur « Employés » au sein de la section « Entreprises » du Comité central, mais il conditionne son accord au réexamen de son éviction par le Bureau politique. Objet de pressions incessantes depuis l’été, Henri Fiszbin, qui avait conservé à dessein une certaine ambiguïté pour ne pas contredire publiquement la version officielle sur sa disgrâce, refuse de s’aligner sur les orientations du XXIIIe Congrès. Les oppositions jusqu’alors larvées ouvrent sur une crise ouverte : en novembre 1979, Henri Fiszbin démissionne de la présidence du groupe communiste du conseil de Paris, qu’il exerçait depuis mai 1978, sans quitter son siège de conseiller. Il envoie une lettre individuelle à tous les membres du groupe ; quelques jours plus tard, alors que chacun campe sur ses positions, il demande à L’Humanité de publier sa lettre de démission du Comité central. En mars 1980, il publie un pamphlet au titre évocateur, en partie repris d’une expression de Maurice Thorez : Les bouches s’ouvrent. Une crise dans le Parti communiste, chez Grasset, qui évoque une « affaire Fiszbin ». Or, il se trouve que les communistes de la capitale se retrouvent souvent dans les critiques formulées par leur ancien leader. Des conférences d’arrondissement le montrent au grand jour : plus d’un tiers des militants regrettent ouvertement le manque d’informations qui caractérise cette crise. Le dernier acte intervient en 1981 : avec quatre autres conseillers municipaux de Paris, Henri Fiszbin s’oppose à la candidature de Georges Marchais à la présidentielle. En mai, il fonde un Centre d’initiative pour la réflexion, la recherche et le débat, qu’il préside, et dirige Rencontres communistes hebdo, qui porte ses idées et celles des dissidents, comme Roger Fajnzylberg, Henri Bertholet ou François Hincker. Le mois suivant, il est exclu, avec dix militants parisiens, du Comité fédéral de Paris ; en octobre, il doit quitter le parti pour « activité fractionnelle », selon la terminologie officielle. Mais il se sent toujours communiste, ce qu’il affirme haut et fort, tandis qu’il avait refusé, sans succès, la décision qui le frappait. Il ne lui reste plus qu’à tenter de fédérer autour de lui dissidents et déçus.

Les municipales de 1983 offrent à Henri Fiszbin l’occasion de tester son audience politique : candidat d’une liste indépendante, celui-ci se fait réélire comme conseiller dans le XIXe arrondissement, parallèlement à sa nouvelle activité de maître-assistant à l’IUT de Saint-Denis. Cherchant sa place, il se présente aux élections européennes sur une liste intitulée « Communistes et démocrates unitaires », commune avec le Parti socialiste unifié (PSU), menée par Serge Depaquit, mais qui entame une phase de déclin : seuls 0,82 % des suffrages se portent sur cette alliance. L’échec est cinglant : Henri Fiszbin ne parvient pas à incarner, comme il l’espère, une « troisième liste de gauche ». Ce constat le conduit vers le Parti socialiste. En 1986, il se présente, toujours sous l’étiquette « Communistes et démocrates unitaires », sur la liste du PS dans les Alpes-Maritimes, où il est parachuté en position éligible avec succès. Ces élections législatives au scrutin proportionnel départemental à un tour, signent, à l’échelle nationale, une victoire de la droite (44, 84 % des suffrages et 290 sièges) sur la majorité de gauche (31 % des voix et 212 sièges). Dans les Alpes-Maritimes, la liste RPR-UDF obtient 44 % des voix et cinq élus sur neuf, suivie de la liste PS-MRG-Communistes et démocrates unitaires, qui obtient 23, 51 % des voix et deux élus : Jean-Hugues Colonna (PS) et Henri Fiszbin. En toute logique, à l’Assemblée nationale, ce dernier s’apparente au groupe socialiste. Il siège à la commission des Affaires étrangères. Son travail parlementaire offre un reflet public intéressant de l’évolution de son parcours au milieu des années 1980 : en séance publique, le 9 avril 1986, lorsqu’il rappelle qu’il est « député communiste unitaire », les rires fusent des bancs communistes jusqu’à ceux de la droite. Il refuse la confiance au Premier ministre, Jacques Chirac, qu’il avait affronté à Paris, en précisant son positionnement et celui des électeurs qu’il incarne : « Des millions d’électeurs communistes de notre pays ont adhéré, au nom de leur propre valeur, à l’action que la gauche a conduite durant cinq années à la tête du gouvernement et ils manifestent aujourd’hui leur confiance et leur soutien au président de la République. Ils ont conscience que l’avenir de la culture, dont ils sont porteurs et qui est une composante historique du paysage politique français, est dans la gauche, dans les réalisations des grands desseins émancipateurs que celle-ci personnifie ». Tandis qu’il se montre soucieux de s’ancrer dans sa nouvelle terre d’élection, il revendique l’héritage du célèbre député des Alpes-Maritimes, Virgile Barel : « En m’opposant à votre politique, j’ai la volonté d’inscrire mon action dans la tradition de Virgile Barel qui a toujours su faire rimer “lutter” et “rassembler” et qui fut toujours, en 1936 comme à l’époque du programme commun, le député de l’union ». « Stalinien », l’interrompt-on. Fidèle à son passé et à son parcours politique, ce député est actif sur les questions du travail, combat le libéralisme, inadapté selon lui aux besoins et à la nature profonde de la société européenne. En matière européenne et internationale, il est cependant favorable à l’Acte unique. Lors de la discussion du 20 novembre 1986 sur ce sujet, il explique son approbation : « J’ai conscience que mon propos rompt avec une coutume bien établie. Au Parlement français, jusqu’à ce jour, un orateur communiste ne voyait, par principe, que danger et abandon en toute mesure inspirée par le souci de l’unité européenne ». Or, les choses changent, ajoute-t-il ; preuve en est : le vote des communistes espagnols favorable à l’Acte unique. « Que cette ambition européenne soit de plus en plus nettement portée par la gauche, en témoigne, par exemple, l’action de pionnier d’Altiero Spinelli, député européen indépendant élu sur la liste du parti communiste italien, parti qui, lui-même, apporte depuis longtemps une contribution éminente à la construction d’une Europe de progrès ». Ces prises de position claires témoignent du souci nourri par Henri Fiszbin de conférer à son évolution une cohérence publiquement affichée. Parmi ses autres centres d’intérêt, plus ou moins liés à son parcours, on trouve la situation des pays en voie de développement, fortement endettés, ou les questions nucléaires, qui reviennent à plusieurs reprises dans ses interventions parlementaires.

Son ancrage politique ne cesse de préoccuper Henri Fiszbin : le 15 avril 1986 ainsi, il organise à Paris, salle des Agriculteurs, un débat sur le thème : « Quel avenir pour les communistes ? ». 300 personnes environ s’y pressent. Henri Fiszbin et François Hincker, entourés d’anciens exclus comme Georges Labica et Paul Noirot, ainsi que les journalistes Michel Cardoze et Michel Naudy, peinent cependant à convaincre. Pourfendant la « ligne néo-stalinienne de conservation » adoptée selon eux par le PCF, les différents orateurs affirment la possibilité d’être communistes hors du parti, mais le mouvement qu’ils espèrent créer ne se dessine pas. Aux législatives de 1988, Henri Fiszbin est candidat de la majorité, sous l’étiquette « La France unie », dans la 8e circonscription de la Moselle, qui avait voté à plus de 60 % pour François Mitterrand aux présidentielles. Sa profession de foi, signée avec son suppléant Martin Kiffer, conseiller municipal socialiste de Creutzwald, présente un message général du Premier ministre, Michel Rocard, et un mot plus précis de ce dernier à Henri Fiszbin, se terminant ainsi : « Je souhaite que ta réélection à l’Assemblée nationale marque une nouvelle étape pour unir les hommes et les femmes de progrès qui aspirent à la solidarité et à la justice sociale ». Le candidat s’incline cependant au second tour, avec près de 46 % des voix, contre Jean Kiffer, candidat de l’Union du rassemblement et du centre (URC), coalition autour du RPR et de l’Union pour la démocratie française (UDF). Au mois d’octobre, Henri Fiszbin va au terme de sa logique, avec 29 autres anciens communistes (dont François Hincker, Christiane Gilles ou Jean Rony), souhaitant adhérer au Parti socialiste. Il dispose du statut d’observateur au sein du comité directeur du parti ; il explique ainsi sa démarche, par rapport au PS : « Force politique essentielle, c’est à lui qu’incombe, dorénavant, la charge d’être tout à la fois parti gestionnaire et parti tribunitien, exprimant les aspirations de l’électorat populaire tout en élargissant la sphère d’influence de la gauche vers des femmes et des hommes pour qui l’idée de progrès naît d’autres traditions et motivations que celles qui inspirent sa propre démarche ». Au Congrès de Rennes du 15 au 18 mars 1990, Henri Fiszbin est élu membre du comité directeur, définitivement convaincu des errements et de la sclérose du PCF : « Sa direction conduit en regardant dans le rétroviseur. Enfermée dans son parti comme dans une forteresse, elle cherche à utiliser l’influence non négligeable qui lui reste dans l’opinion pour pratiquer la politique du pire », confie-t-il, le 13 octobre 1989, au Figaro. Son ralliement au PS représente, à ses yeux, « une logique inverse de la logique séparatiste du congrès de Tours ».

Sa mort le 28 mars 1990, à 59 ans, quelques jours à peine après le Congrès de Rennes, est l’occasion d’hommages divers, notamment celui du président de la République françois Mitterrand, qui salue sa « rectitude ». Mais Georges Marchais déclare : « Compte tenu de ce qu’étaient les rapports d’Henri Fiszbin avec le PCF, si je présentais mes condoléances à sa famille, ce serait peut-être mal reçu ». C’est Maurice Goldring, avec qui il avait publié en 1984 un Appel à l’autosubversion, qui tente de maintenir la ligne incarnée par Henri Fiszbin après sa mort. En 2003, le conseil municipal du XIXe arrondissement de Paris baptise de son nom une place du quartier de Belleville où il vécut dans sa jeunesse, décision approuvée par le Parti communiste.