Lionel Jospin
1937 - 2026
JOSPIN (Lionel)
Né le 12 juillet 1937 à Meudon (Hauts-de-Seine)
Décédé le 22 mars 2026 à Paris
Député de Paris, de 1981 à 1986
Député de Haute-Garonne de 1986 à 1988, et en 1997
Premier Ministre du 2 juin 1997 au 6 mai 2002
Ministre d’Etat, ministre de l’Education nationale du 16 mai 1991 au 2 avril 1992
Ministre d’Etat, ministre de l’Education nationale, de la jeunesse et des sports du 10 mai 1988 au 15 mai 1991
Lionel Jospin est né dans une famille marquée par le protestantisme – son grand-père paternel exerça longtemps les fonctions de pasteur évangéliste – et par le socialisme. Sa mère, Mireille Dandieu (1910-2002), est une sage-femme qui a consacré sa vie aux femmes et aux enfants en difficulté, attachée aux valeurs du travail et de la solidarité. Avec son père, qui fit des études de théologie dans le dessein de devenir pasteur avant de choisir l’enseignement, pour achever sa carrière professionnelle comme directeur d’un centre de réadaptation et d’apprentissage pour enfants difficiles à la Ferté-sous-Jouarre en Seine-et-Marne, les relations sont plus difficiles. Le pacifisme absolu de Robert Jospin (1899-1990), né du traumatisme ressenti à l’adolescence devant les horreurs de la Grande Guerre, conduit ce militant socialiste, inscrit depuis 1924 à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), à des positions discutables pendant la Seconde Guerre mondiale. Attaché à la politique anticommuniste et hostile à l’indépendance de l’Algérie, conformément aux positions de la SFIO, dont il est le secrétaire de la Fédération de Seine-et-Marne en 1958-1959, son orientation n’est pas non plus du goût du jeune lycéen qui fait ses études au lycée Janson-de-Sailly, où son professeur de philosophie se fait le héraut d’un marxisme anticolonialiste.
Après une hypokhâgne, Lionel Jospin devient étudiant à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris en 1956. Il est reçu, en 1961, à l’Ecole nationale d’administration (ENA). Ses condisciples s’appellent Jean-Pierre Chevènement, Josselin de Rohan, Ernest-Antoine Seillière et Jacques Toubon. Il effectue ensuite (1961-1963) son service militaire comme élève-officier à l’Ecole de cavalerie de Saumur puis comme officier des chars, chef de peloton d’instruction à Trêves en Allemagne. Il entre ensuite dans la réserve où il finit avec le grade de capitaine.
A sa sortie de l’ENA, en 1965 (promotion Stendhal), il choisit le Quai d’Orsay. Conseiller de deuxième classe, il intègre la direction des affaires économiques et financières du ministère des Affaires étrangères. C’est à cette date qu’il est repéré par Pierre Lambert (1920-2008), qui a fondé deux ans plus tôt l’Organisation communiste internationale (OCI), à laquelle Lionel Jospin et son frère Olivier adhèrent. Jusqu’alors, il avait milité au sein de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) et avait été sensible aux positions d’une gauche allant des syndicalistes chrétiens aux trotskistes, en passant par les dissidents de la SFIO et des compagnons de route du Parti communiste français (PCF), et qui ne se reconnaissait plus dans les choix politiques de ces deux familles. Toutefois, il n’adhère pas au Parti socialiste unifié (PSU), qui voit le jour en avril 1960. Cet engagement auprès de l’OCI, connu du grand public dès 1982, ne donnera lieu à de nombreux articles que vingt ans plus tard, après la publication en 2001 de Lionel, l’ouvrage du journaliste Claude Askolovitch. L’engagement a été reconnu par Lionel Jospin, qui l’a justifié avant tout par les liens d’amitié personnelle qu’il n’a cessé de tisser avec Pierre Lambert. Sur la demande de ce dernier, qui œuvre pour une politique d’entrisme au sein des grandes formations partisanes de gauche, il prend sa carte, en 1971, au Parti socialiste (PS), qui vient d’être refondé au congrès d’Epinay. Comme l’écrit Jean-Marcel Bichat : « Même si Lionel Jospin avait été envoyé en mission au sein du PS, son engagement socialiste a vite pris le pas sur son engagement trotskyste, l’OCI n’étant plus qu’une réserve de concepts et une certaine fidélité à des engagements de jeunesse. Mais cette formation lui a donné des qualités utiles aux yeux des dirigeants du PS, une capacité à résister aux communistes et aussi aux sirènes gauchistes et tiers-mondistes, puissantes alors ».
Nommé conseiller de première classe, il décide de quitter, en 1970, le Quai d’Orsay pour devenir professeur d’économie à l’université de Sceaux. Il y restera jusqu’à la victoire de François Mitterrand (1916-1996) à l’élection présidentielle de 1981. Bien qu’il eût été sollicité par Pierre Joxe (né en 1934), il avait refusé de rejoindre la Convention des institutions républicaines (CIR) de François Mitterrand, tout comme il n’avait pas suivi Jean-Pierre Chevènement (né en 1939), dans l’aventure de la création, en 1966, du Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste (CERES) car, dans les deux cas, cela aurait signifié adhérer à la SFIO, dont il se défiait. De ses premiers pas en politique, il ressort que celui qui va être appelé à être un des principaux dirigeants du PS de l’ère Mitterrand ne fait ni partie du cercle des intimes de ce dernier ni ne s’inscrit dans une des grandes tendances de cette famille politique, que ce soit celle incarnée par Jean-Pierre Chevènement, celle représentée par Pierre Mauroy ou encore celle défendue par Michel Rocard.
De 1971 à 1981, Lionel Jospin devient néanmoins une personnalité incontournable du PS. Très rapidement remarqué, et apprécié de François Mitterrand, il est élu membre du Bureau exécutif dès 1973 et devient alors secrétaire national à la formation. Deux ans plus tard, il est chargé des relations avec le Tiers-Monde (1975). Dans cette formation politique, alors tiraillée entre les partisans de François Mitterrand et ceux de Michel Rocard, il se range sans ambages aux côtés des premiers, redoutant que le PS ne se transforme en grand PSU. Après la victoire des positions de François Mitterrand favorables à l’Union de la gauche au congrès de Metz (1979), Lionel Jospin est choisi pour occuper la fonction de secrétaire national aux relations internationales. Il accompagne alors fréquemment François Mitterrand dans ses voyages à l’étranger, ce qui le conduit à connaître nombre de personnalités étrangères. En l’absence de François Mitterrand, il préside le Bureau exécutif du PS, devenant de facto numéro deux de ce parti. Moins de deux ans plus tard, en janvier 1981, au congrès de Créteil, le PS désigne celui-ci comme son candidat à l’élection présidentielle et Lionel Jospin comme son Premier secrétaire. Le futur président de la République aurait alors justifié ce choix en affirmant : « C’était le seul dont j’étais sûr que si les communistes cognaient sur la table, il ne se cacherait pas dessous ». François Mitterrand gardait sans aucun doute en tête le souvenir du sens de la répartie de Lionel Jospin, qui, dans un débat télévisé l’opposant en avril 1980 à Georges Marchais, avait rétorqué à celui-ci qui déplorait « qu’il n’y a pas de travailleur à la direction du PS » : « Moi, aujourd’hui, j’ai fait mes cours. Vous, ça fait trente ans que vous n’êtes pas allé à l’usine ».
Le premier mandat électoral de Lionel Jospin est celui de conseiller de Paris, au printemps 1977 dans le XVIIIe arrondissement. Il se présente ensuite aux élections législatives de mars 1978 dans la 26e circonscription de Paris (Clignancourt). Avec 5 945 voix au premier tour (21 % des suffrages exprimés), il devance le candidat du PCF (17,5 %), il est battu au second tour après un duel avec le candidat du Rassemblement pour la République (RPR), Joël Le Tac, qui rassemble sur son nom 55 % des voix. Trois ans plus tard, en juin 1981, il est élu député de la 27e circonscription de Paris. Dans cette circonscription populaire de la capitale, qui correspond aux quartiers de la Chapelle et de la Goutte d’or, où le PCF a toujours réalisé de bons scores, il bénéficie de la bonne implantation de son ami Daniel Vaillant, qui est son suppléant. Au premier tour, avec 39,6 % des suffrages exprimés, il est en tête avec une courte avance de 120 voix sur son principal adversaire, le député RPR sortant, Jean-Pierre Pierre-Bloch. Au second tour, Lionel Jospin, qui dispose d’une réserve de voix plus importante, en particulier avec les électeurs ayant choisi le candidat du PCF, rassemble sur son nom 12 284 voix, frôlant les 55 % des suffrages exprimés, contre un peu plus de 45 % pour son adversaire.
Inscrit au groupe socialiste et membre de la commission des affaires étrangères, il intervient au sujet de plusieurs projets de loi, emblématiques de la politique voulue par le président de la République, comme celui de la nationalisation, ceux concernant les libertés des travailleurs dans l’entreprise, la négociation collective et le règlement des conflits du travail, celui relatif à l’organisation administrative de Paris-Lyon-Marseille, celui sur l’état d’urgence en Nouvelle-Calédonie, ou encore celui modifiant le code électoral relatif à l’élection des députés et instaurant la représentation proportionnelle pour les législatives de 1986. Si durant son premier mandat, il ne dépose qu’une proposition de loi, celle visant à la révision du Code pénal pour mettre fin à la loi dite « anti-casseur », en 1981, il se révèle, en sa qualité de Premier secrétaire du PS, un redoutable orateur et débatteur dans ses interventions pour défendre la politique générale du gouvernement. Ainsi, lors de la séance du 24 juillet 1984, alors que Laurent Fabius vient d’être désigné comme nouveau Premier ministre, reproche-t-il à l’opposition de droite de réclamer une dissolution et l’élection d’une nouvelle chambre après les européennes : « Si, à chaque fois qu'une majorité perd des élections intermédiaires, il fallait dissoudre l'Assemblée nationale, quel considérable facteur d'instabilité n'introduirait-on pas dans la vie politique du pays ! Avez-vous dissous quand vous avez perdu toutes les élections intermédiaires entre 1974 et 1978, législatives partielles, cantonales, municipales, et entre 1978 et 1981, quand vous avez perdu les élections cantonales, les élections européennes et les élections législatives partielles ? Il y a pourtant eu quarante et un sièges pour la gauche et quarante pour la droite aux élections européennes de 1979 ». Et après que le député du RPR des Hauts-de-Seine, Georges Tranchant lui eut rétorqué : « On n'avait pas 20 % », de continuer : « Vous êtes restés quatre ans pour gagner en 1978, et vous êtes restés à nouveau trois ans pour perdre en 1981. Et de combien de voix disposait M. Barre quand il fut nommé Premier ministre en 1976, lui qui n'était qu'un ministre récent et un ancien fonctionnaire, illustre d'ailleurs, de la Communauté économique européenne ».
En sa qualité de Premier secrétaire du PS, Lionel Jospin est étroitement associé à la politique gouvernementale, participant chaque semaine aux petits déjeuners du mardi qui réunissent autour du président de la République, le Premier ministre et le secrétaire général de l’Elysée. Plus que sur le gouvernement ou sur le groupe socialiste à l’Assemblée nationale dirigé par Pierre Joxe, son action se fait sentir sur le PS, dont il accompagne l’évolution dans un sens modéré qui, malgré quelques outrances verbales, débute dès le congrès de Valence d’octobre 1981. En présentant le tournant de la rigueur comme une « parenthèse », terme préféré à celui de « pause », qui renvoyait trop à l’échec du Front populaire, Lionel Jospin convainc la majorité des cadres et des militants de son parti de l’accepter, puisque la motion qu’il défend au congrès du PS de Bourg-en-Bresse, en 1983, recueille 77 % des voix. Député depuis deux ans, il tente de gagner la mairie du XVIIIe arrondissement de Paris aux élections municipales de 1983, mais la liste d’union entre communistes et socialistes est devancée de dix-huit points par celle de la droite, emmenée par Alain Juppé et Roger Chinaud (54 % contre 36 %). Il reste donc conseiller de Paris dans l’opposition. En 1984, il mène la liste socialiste aux élections européennes. Avec un score de 20,76 %, cette liste arrive en deuxième position, toutefois loin derrière celle conduite par Simone Veil, qui rassemble 43 % des suffrages, les listes communiste et Front national recueillant chacune environ 11 % des voix. Il conserve jusqu’en 1988 son mandat européen.
A partir de juin 1985, les relations entre Lionel Jospin et Laurent Fabius deviennent tendues après que le second, fort du soutien qu’il reçoit du maire de Marseille, Gaston Defferre, eut revendiqué de conduire la campagne électorale des futures législatives du printemps 1986. Les politologues ont pu parler de deux cultures politiques socialistes qui s’opposaient, l’une prônée par Lionel Jospin, centrée classiquement sur le parti, ses cadres et ses militants, l’autre portée par Laurent Fabius, plus ouverte à la société civile, relayée par une série de clubs. Au Congrès de Toulouse du PS (octobre 1985), que Jacques Delors qualifie de « petit Bad Godesberg du Parti socialiste », la motion de Lionel Jospin, à laquelle s’est ralliée Laurent Fabius, rassemble 71 % des voix contre 27 % pour celle défendue par Michel Rocard.
Aux élections législatives de mars 1986, qui se tiennent à la proportionnelle départementale, Lionel Jospin prend la tête à Paris de la liste du PS-Mouvement des radicaux de Gauche (MRG) qui rassemble 31,97 % des suffrages exprimés, soit trois points de moins que celle du RPR, qui recueille, pour sa part, 35,01 % des voix. Mais chacune de ces deux listes compte huit élus, les autres sièges allant à l’Union pour la démocratie française (UDF), 3 sièges, pour 11,83 % des voix, et au Front national (FN), deux sièges, pour 10 ,99 % des suffrages. Mais Lionel Jospin abandonne très vite son siège de député de la capitale, qui revient à André Billon, le neuvième candidat sur la liste du PS, ainsi que son mandat de conseiller de Paris (il est remplacé par Bertrand Delanoë). En effet, alors que les électeurs de Haute-Garonne sont appelés à renouveler les huit députés du département après que le Conseil constitutionnel eut annulé, le 8 juillet 1986, l'élection du 16 mars précédent, François Mitterrand conseille à Lionel Jospin de s’implanter en province en affrontant Dominique Baudis, le jeune maire de Toulouse et président du Conseil régional de Midi-Pyrénées, qui ne manque pas, tout au long de la campagne électorale, largement relayée par les médias nationaux, de dénoncer ce « parachutage ». Le scrutin – toujours proportionnel, dans l'attente de l'entrée en vigueur du retour du scrutin majoritaire voté par la majorité – donne 45,93 % (+ 2,82 % par rapport au 16 mars) à la liste d'union de droite conduite par Dominique Baudis qui enlève quatre sièges, contre quatre également à celle du PS conduite par Lionel Jospin qui réalise 37,38 % des suffrages. Un succès en demi-teinte pour le Premier secrétaire du PS, qui réussit certes à honorer son principal objectif de faire aussi bien que la liste des socialistes et radicaux de gauche conduite par Alex Raymond en mars 1986, malgré l’existence de deux autres listes de gauche absentes à cette date, mais qui ne gagne pas son pari de s’affirmer comme une personnalité en mesure de conquérir la mairie de Toulouse. En effet, dans la circonscription de Toulouse-ville la droite recueille 49,44 % des suffrages contre seulement 34,14 % pour la gauche.
Membre de la commission des affaires étrangères, Lionel Jospin intervient à trois reprises sur la politique générale du gouvernement alors marquée par une situation institutionnelle nouvelle avec la cohabitation, les privatisations et les attentats terroristes. Il pose, le 10 décembre 1986, une question très politique au gouvernement concernant les instructions données par ce dernier au préfet de police pour la manifestation étudiante du 4 décembre 1986 contre la loi Devaquet, qui s’est traduite par mort d’un étudiant, dans la nuit du 5 au 6 décembre.
Lors de la séance du 9 avril 1986, dans sa réponse à l’exposé de politique générale du Premier ministre Jacques Chirac, Lionel Jospin défend la cohabitation en ces termes : « Nous abordons tous cette législature dans une situation nouvelle sous la Ve République : un président et une majorité parlementaire qui n'ont pas la même orientation politique. C'est là un second point sur lequel je voudrais marquer mon analyse. Notre peuple a voté pour une nouvelle majorité. Il a manifesté, assez clairement je crois, qu'il souhaitait que le président poursuive son mandat. Il a donc voulu la "coexistence institutionnelle". François Mitterrand doit vivre, comme président de la Ve République, cette situation inédite. D'abord, parce que les Français l'ont choisie. Ensuite, parce qu'il a pensé que c'était son devoir. Qu'adviendrait-il, en effet, de la stabilité de nos institutions - du moins tant qu'elles restent ce qu'elles sont - si nous devions changer le président chaque fois que l'Assemblée lui devient contraire ? ».
L’autre temps fort de son intervention est pour dénoncer la politique de privatisation conduite par Edouard Balladur, ministre d’Etat : « Les nationalisations dans le secteur industriel ont rempli deux fonctions d'intérêt national : redonner des capitaux à des groupes exsangues, restructurer de grands secteurs menacés. Les passifs sont apurés, les défis du futur - composants, espace, informatique - sont relevés. La privatisation est inutile, car elle ne rapportera rien à la collectivité, mais elle sera l'occasion d'affaires juteuses pour certains. La preuve, d'ailleurs, c'est que vous n'envisagez pas de privatiser la sidérurgie ou Renault. La dénationalisation est dangereuse. En pleine guerre économique, et à l'heure des OPA massives, c'est prendre un risque que de n'être pas sûrs de garder le contrôle de nos secteurs de pointe. En outre, il est dangereux d'interrompre une évolution des relations sociales nécessaire et prometteuse. Au-delà du million de salariés concernés par la privatisation, c'est une certaine idée de l'intérêt national, de l'équilibre de la société, de l'avenir de notre pays, qui est en cause. C'est pourquoi nous condamnons votre projet et nous le combattrons, à l'Assemblée et dans le pays. » Dans la séance du 21 octobre 1987, Lionel Jospin revient à la charge sur ce thème alors que la crise boursière, venue des Etats-Unis, a, temporairement, frappé le monde économique.
Enfin, il consacre une longue intervention, lors de la séance du 8 octobre 1986, à la lutte contre le terrorisme, conduite par le gouvernement de Jacques Chirac au cours de laquelle il insiste sur la solidarité nationale face à ce fléau anti-démocratique tout en stigmatisant les critiques de la droite jugeant laxiste en la matière la politique conduite auparavant par la gauche au pouvoir.
Durant les deux années de cette première cohabitation, Lionel Jospin reste le chef du PS, tandis que le groupe des députés socialistes est dirigé par Pierre Joxe. Au congrès de Lille de 1987, la motion unique qu’il conduit réunit 98,4 % des suffrages. Durant cette année, il est l’un des premiers à être formellement informé par François Mitterrand de la volonté de ce dernier de se présenter une nouvelle fois à la charge suprême de l’Etat. S’il juge positif le slogan « La France unie », il déplore l’ouverture aux centristes et la marginalisation du PS dans la campagne électorale.
Après la dissolution de l’Assemblée nationale, qui suit la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République, Lionel Jospin est réélu député de la nouvelle 7e circonscription de Haute-Garonne. Il passe, dès le premier tour, rassemblant sur son nom 34 774 voix, soit 56 % des suffrages exprimés contre 26 % pour son principal opposant, Michel Aujoulat, figure locale du RPR. Il confirme son implantation dans le département de Haute-Garonne en se faisant élire, le 2 octobre 1988, conseiller général du canton de Cintegabelle, où après s’être classé en tête au premier tour, il rassemble 63 % des suffrages au second tour (3 457 voix) contre son adversaire Divers-droite (DVD).
Nommé ministre d’Etat, ministre de l’Education nationale, de la jeunesse et des sports dans le gouvernement Michel Rocard (mai 1988-mai 1991), puis ministre d’Etat, ministre de l’Education nationale dans celui d’Edith Cresson (mai 1991- avril 1992), Lionel Jospin est, pendant près de quatre années, à la tête de ce ministère de la rue de Grenelle, dont le budget devient le plus important devant celui de la Défense. Cependant, son mandat est traversé par quelques crises, comme celle du "foulard" à l’école, à la suite de l’expulsion à Creil de deux lycéennes voilées, en octobre 1989. Il restera le ministre à l’origine d’un vaste projet de loi d’orientation sur l’éducation (10 juillet 1989) qui façonne durablement le paysage éducatif français, dont la nouveauté principale est la création des Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM). Ayant le statut d’établissement public à caractère administratif, les IUFM sont autonomes mais rattachés à une ou plusieurs universités de l’académie. Ils ont pour vocation de rapprocher la formation professionnelle, jusqu’alors cloisonnée, des différents corps d'enseignants intervenant dans le même domaine de l'enseignement obligatoire, primaire et secondaire. Leur création s'inscrit donc dans un mouvement de rapprochement entre enseignants du primaire et professeurs du secondaire, désormais tous recrutés après la licence et alignés sur la même grille de salaires, à l'exception des agrégés. Ce rapprochement a eu, entre autres comme objectifs, de tirer au niveau du corps enseignant les conséquences de l'unification progressive du système scolaire offert aux élèves : obligation scolaire portée à 16 ans, école unique remplaçant la dualité entre le petit lycée et l'école primaire, collège unique, développement massif de l'accès au baccalauréat. Dans cette perspective, les professeurs des écoles, les professeurs de collèges et de lycées doivent bénéficier d'une formation suffisamment cohérente pour assurer la continuité du cursus proposé aux élèves, dont près de 80 % sont officiellement susceptibles d’arriver au baccalauréat ou à un niveau équivalent.
L’IUFM a fait l’objet de fortes polémiques. Au-delà du clivage habituel entre la gauche et la droite, qui, de retour aux affaires, maintiendra cette structure, le soutien venait du camp des pédagogues, qui trouvait un large écho dans les colonnes du Monde, et l’opposition était avant tout le fait des partisans d’un système plus classique fondé sur la maîtrise du savoir disciplinaire plus que sur celle des compétences pédagogiques, dont Le Figaro a accueilli très souvent les doléances.
Dans le champ de l’enseignement supérieur et de la recherche, une des principales mesures de son gouvernement est la mise en place d’un Observatoire de la vie étudiante (arrêté de création, 24 février 1989) comprenant dix étudiants, sept professeurs et deux représentants des collectivités locales. Le ministre est aussi à l’origine du plan « Université 2000 ».
Durant le second septennat de François Mitterrand, la rivalité, entre ceux que la presse et la classe politique retiennent comme ses deux « héritiers », s’exacerbe, en particulier lors du congrès de Rennes de 1990, où la motion défendue par Lionel Jospin (28,9 % des voix) fait jeu égal avec celle de Laurent Fabius (28,8 % des voix), les deux étant talonnées par celle de Michel Rocard (24 %). Plus qu’un clivage entre deux conceptions politiques, il s’agit d’un affrontement entre deux personnalités, qui se solde par une victoire à la Pyrrhus pour Laurent Fabius. En effet, le PS passe de fait sous le contrôle d’une alliance entre les jospinistes et les rocardiens, mais Lionel Jospin ne fait pas partie du gouvernement de Pierre Bérégovoy, Premier ministre d’avril 1992 à mars 1993.
En mars 1992, Lionel Jospin est réélu au second tour conseiller général du canton de Cintegabelle. Une réélection difficile. Il ne l’emporte que de 52 voix (51,03 %, 1 291 voix) au second tour sur son adversaire de droite. S’il devient conseiller régional cette même année, il ne parvient pas à s’emparer du conseil régional Midi-Pyrénées, puisque la liste socialiste qu’il conduit en Haute-Garonne ne recueille que 22,02 % des suffrages exprimés, un chiffre supérieur à la moyenne national du score réalisé par les listes socialistes mais qui est, non seulement très en recul par rapport aux résultats obtenus par les socialistes en 1986, mais surtout de 20 points inférieur à celui réalisé par la liste de droite conduite par le maire de Rodez et le président sortant du Conseil régional, Marc Censi, et le maire de Toulouse, Dominique Baudis.
Aux élections législatives de 1993, qui sont un désastre pour la gauche, Lionel Jospin échoue à garder son siège de député de la 7e circonscription de Haute-Garonne. Arrivé en deuxième position au premier tour avec 29,4 %, il souffre d’un retard de 8 points sur Jean-Pierre Bastiani son principal opposant, maire de la commune d’Auterive dans la banlieue de Toulouse, candidat de l’Union pour la France (UPF), le reste des suffrages se répartissant entre les candidats du PCF (8 %), de Génération-Ecologie-les Verts (7,7 %), et celui du FN (10,2 %). Malgré un bon report des voix de gauche au second tour, Lionel Jospin ne rassemble sur son nom que 47,8 % des suffrages exprimés contre 52,2 % pour Jean-Pierre Bastiani.
En avril 1993, il se démet de ses fonctions au Bureau exécutif et au Comité directeur du PS. Marginalisé au congrès de Liévin du PS (1994), où il refuse de rejoindre la coalition regroupant tous les « éléphants » d’un parti qui vient de connaître un score très faible aux élections européennes (14,5 %), il décide de prendre ses distances avec la vie politique. Après avoir réintégré son corps d’origine au ministère des Affaires étrangères, avec le grade de ministre plénipotentiaire de deuxième classe en service détaché, il n’obtient pas du gouvernement d’Edouard Balladur le poste d’ambassadeur à Bonn ou à Tokyo auquel il aspirait.
C’est l’annonce, le 11 décembre 1994, du retrait de Jacques Delors de la course à l’élection présidentielle qui le pousse de nouveau dans l’arène politique. Il est le premier à se déclarer candidat à la candidature, suivi quelques jours plus tard par Henri Emmanuelli. Pour la première fois de son histoire, le 3 février 1995, le PS organise une élection primaire interne à un tour qui le désigne, le 5 février, comme le candidat des socialistes face au premier secrétaire : il recueille, en effet, 52 250 voix, soit 65,85 % des suffrages, contre 27 095 (34,15 %) pour Henri Emmanuelli.
Donné perdant dans tous les sondages, il crée la surprise, le 23 avril 1995, en arrivant en tête au premier tour de l’élection présidentielle, avec 23,30 % des voix, devançant Jacques Chirac (20,84 %) et Edouard Balladur (18,58 %). Quinze jours plus tard, il obtient 47,36 % des voix, un score très honorable qui relance le PS, accablé par deux défaites successives aux élections législatives et européennes respectivement en 1993 et 1994. Fort de son résultat en 1995, Lionel Jospin s’impose comme le chef de file des socialistes. Il redevient le premier secrétaire du PS en 1995. A ce poste, il s’emploie avec succès à bâtir une nouvelle union de la gauche : à l’alliance classique entre le PS-MRG et le PCF s’adjoint le mouvement des Verts, ainsi que le Mouvement des citoyens (MDC) de Jean-Pierre Chevènement. Cette gauche dite plurielle remporte les élections législatives anticipées du printemps 1997, après la dissolution de l’Assemblée nationale par le président de la République, Jacques Chirac.
Lionel Jospin y retrouve son siège de député dans la 7e circonscription de Haute-Garonne. Avec 43,7 % des suffrages exprimés au premier tour, il devance de plus de 20 000 voix, sa principale concurrente, Marie-Denise Xerri, maire UDF de Caraman – le député sortant Jean-Baptiste Bastiani ne s’étant pas représenté. Lionel Jospin est largement élu au second tour rassemblant sur son nom plus de 63 % des suffrages exprimés (45 024 voix).
Le 2 juin 1997, Lionel Jospin est nommé Premier ministre – il est remplacé dans son mandat de député par son suppléant, Patrick Lemasle – pour conduire la politique générale de la nation dans un contexte doublement inédit : d’une part, il s’agit de la première cohabitation avec un gouvernement de gauche et un président de la République de droite et, d’autre part, il doit gérer une victoire de la gauche aux élections législatives, non précédée d’un succès à l’élection présidentielle.
Ce gouvernement de la gauche plurielle, centré sur quelques proches – Claude Allègre à l’Education nationale et à la recherche, Martine Aubry à l’Emploi et à la solidarité, Dominique Strauss-Kahn aux Finances et à l’industrie – comprend huit femmes à des postes de responsabilité, ce qui était inédit jusqu’alors. A la tête du gouvernement, Lionel Jospin entretient avec François Hollande, son successeur à la tête du PS depuis novembre 1997, les mêmes relations, mutatis mutandis, que celles qui s’étaient établies entre lui et François Mitterrand, de 1981 à 1988.
Les principales réformes sociales du gouvernement de Lionel Jospin sont les lois sur les 35 heures obligatoires sans diminution de salaires pour les sociétés de plus de vingt salariés et avec pour contrepartie la possibilité d’annualiser le temps de travail, celle sur les emplois-jeunes, la mise en place de la couverture maladie universelle (CMU) et la décision d’une politique d’ouvertures aux capitaux privés de nombre d’entreprises. Ses réformes sociétales les plus significatives sont l’adoption de la proposition de loi sur le pacte civil de solidarité (PACS), la réintégration dans la mémoire nationale des « fusillés pour l’exemple » de la Grande Guerre, la mise en place d’une police de proximité et la loi sur la présomption d’innocence. Enfin, ses réformes institutionnelles et politiques les plus emblématiques sont sur la parité, sur le quinquennat, adoptée définitivement à l’issue d’un référendum en septembre 2000 et celle d’accorder à la collectivité de Corse, en faveur des élus qui approuvaient le processus dit de Matignon, « un pouvoir législatif encadré, limité et à titre expérimental ».
Le gouvernement fait l’objet d’un important remaniement ministériel en mars 2000, qui se traduit par le départ de fidèles comme Claude Allègre, rejeté par le monde enseignant, Dominique Strauss-Kahn mis en cause dans une affaire de financement de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF) ou d’un allié de poids, avec Jean-Pierre Chevènement, qui désapprouve les accords issus du processus de Matignon sur la Corse, puis l’arrivée de grandes figures du PS, Jack Lang à l’Education nationale, Laurent Fabius à la tête de Bercy. Lionel Jospin établit pourtant un record de longévité à Matignon sous la Ve République – seuls Georges Pompidou et François Fillon ont été Premiers ministres plus longtemps – et devient l’un des plus populaires comme en témoigne l’excellente cote de confiance de Lionel Jospin, dont l’étiage ne descend jamais en-dessous des 40 % d’opinions favorables. Cela rejaillit sur les résultats électoraux du PS qui arrive en tête dans douze régions aux élections régionales de mars 1998 et s’impose comme la première force politique aux élections européennes du 13 juin 1999 (la liste conduite par François Hollande atteint 22 % des suffrages). Si le succès est beaucoup plus mitigé aux élections municipales de mars 2001, le gauche gagne toutefois Paris et Lyon.
L’atmosphère anxiogène liée aux tensions internationales (guerre du Kosovo, guerre en Afghanistan), qui trouve son point d’orgue dans les attentats du 11 septembre 2001, explique que la majorité des interventions de Lionel Jospin à l’Assemblée nationale soient consacrées à la politique étrangère.
En février 2002, Lionel Jospin annonce officiellement qu’il est candidat à l’élection présidentielle, dont le premier tour est fixé le 21 avril.
Avec 16,18 % des suffrages exprimés, il arrive cependant en troisième position, devancé par Jean-Marie Le Pen de seulement 194 600 voix. Ce résultat, si particulier au regard de l’histoire passée des élections présidentielles de la Ve République, a donné lieu à deux grandes types d’interprétation. La première l’explique comme un accident dû à un concours de circonstances, dont les principaux aspects sont une mauvaise communication – Lionel Jospin préférant laisser répondre ses ministres aux attaques conduites par Jacques Chirac – et surtout l’éparpillement des voix de la gauche plurielle : les scores additionnés de Jean-Pierre Chevènement, pour le MDC, de Robert Hue pour le PCF, de Noël Mamère pour les Verts et de Christine Taubira pour le Parti radical de gauche (PRG) dépassent légèrement celui réalisé par Lionel Jospin, sans oublier les 5,72 % des voix obtenus par Arlette Laguiller pour Lutte Ouvrière. L’autre grille de lecture, proposée entre autres chercheurs par l’historien Serge Berstein, se veut plus structurelle. Elle insiste sur la crise des cultures politiques traditionnelles (communisme, gaullisme et socialisme) et sur leur difficulté à proposer des explications globales du monde au profit d’aspirations sectorielles et du vote protestataire rejetant les partis de gouvernement. Dans le cas du PS, celui-ci aurait été perçu par une partie de son électorat traditionnel comme un parti avant tout gestionnaire, coupé des couches populaires et de ses relais syndicaux et associatifs traditionnels dans la société civile. Autant dans Le Temps de répondre (Stock, 2002), un livre d’entretiens avec le journaliste Alain Duhamel que dans ses essais Le Monde comme je le vois (Gallimard, 2005) et L’Impasse (Flammarion, 2007), Lionel Jospin explique sa défaite en recourant aux deux schémas explicatifs, en insistant sur les effets délétères d’une trop longue cohabitation, sur la dispersion des voix à gauche et sur le fait qu’il a surestimé le bénéfice qu’il retirerait auprès des électeurs du bilan de son gouvernement qui vit le chômage baisser de façon significative.
« J’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique, après la fin de l’élection présidentielle » : après cette déclaration le 21 avril 2002, Lionel Jospin démissionne de son mandat de député et de conseiller général et n’intervient presque plus dans la vie politique active. Si la publication de son livre Le Monde tel que je le vois relance, un temps, les spéculations autour de son éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2007, il comprend que les conditions ne sont pas réunies et soutient la candidature de Ségolène Royal. Dans son essai L’Impasse, il se montre toutefois assez sévère pour cette dernière. Dans un livre d’entretien avec le journaliste Pierre Favier, Lionel raconte Jospin (Le Seuil, 2010), il tire le bilan d’une longue carrière politique en affirmant qu’il est resté fidèle à ses convictions.
Le 14 juillet 2012, le président de la République, François Hollande, annonce la nomination de Lionel Jospin à la tête d'une Commission sur la rénovation et la déontologie de la vie publique, qui formule des propositions visant notamment à réduire le cumul des mandats et éviter les conflits d'intérêts. Un peu plus de deux ans plus tard, en décembre 2014, Lionel Jospin accepte la proposition du président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, de le nommer membre du Conseil constitutionnel en remplacement de Jacques Barrot. Il prend ses nouvelles fonctions le 6 janvier 2015. Alors qu'il est pressenti pour devenir président du Conseil constitutionnel en mars 2016, François Hollande lui préfère Laurent Fabius. Il quitte le Conseil constitutionnel le 11 mars 2019. Alain Juppé lui succède.
En 2020, l’ancien Premier ministre publie Un temps troublé au Seuil. Il se pose en observateur des bouleversements du monde et dresse un bilan critique des premières années du mandat du Président de la République, Emmanuel Macron. Il déplore par ailleurs que « l’identité socialiste s’est dissoute dans l’infléchissement libéral ».
En 2022, il soutient l’accord électoral de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), en vue des élections législatives. Il fait part dans un entretien au journal Le Monde de sa conception de l’Union de la gauche.
En janvier 2026, il subit une opération lourde. Il s’éteint quelques semaines après, le 22 mars, à Paris. Le président de la République, Emmanuel Macron salue un « grand destin français ». La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, lui rend hommage en séance publique le 24 mars. Un hommage national lui est rendu aux Invalides le 26 mars.
Lionel Jospin était grand-croix de l'ordre national de la Légion d'honneur depuis 2015, grand officier de l'ordre national de la Légion d'honneur (2008) en qualité d'ancien Premier ministre, grand-croix de l’ordre national du Mérite en 1997 en qualité de Premier ministre et commandeur des Palmes académiques (1988). Il était aussi titulaire de décorations étrangères : grand-croix de l'ordre royal norvégien du Mérite, grand-cordon de l'ordre palestinien de Bethléem (2000) ; grand-croix de l'ordre du Mérite de la République de Pologne (2000) ; officier de l’ordre national du Québec (1998), grand-croix de l'ordre de l'Etoile de Roumanie (1999). Après s’être séparé de sa première épouse, Elisabeth Dannenmuller, avec laquelle il a eu deux enfants, il était marié depuis 1994 avec la philosophe Sylviane Agacinski.