Louis Maisonnat
1919 - 1986
MAISONNAT Louis
Né le 8 novembre 1919 à Romans-sur-Isère (Drôme)
Décédé le 4 septembre 1986 à Romans-sur-Isère (Drôme)
Député de l’Isère de 1967 à 1968 et de 1973 à 1986
Louis Maisonnat est né dans la Drôme, à Romans, dans une famille d’artisans. Son père est ébéniste et sa mère couturière. Pupille de la nation, il obtient le certificat d’études primaires, suit les cours de l’école primaire supérieure et obtient un brevet élémentaire, ainsi qu'un brevet d’enseignement primaire supérieur. Louis Maisonnat devient employé dans l'administration des Postes, télégraphes et téléphones (PTT) en 1939. Pendant l’Occupation, il participe à la Résistance dans le Vercors, au sein de la 7e Compagnie Abel, puis combat pour la libération de la Drôme dans les rangs du 2ème Régiment des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) Drôme-Nord. Louis Maisonnat adhère pendant cette période au parti communiste, dont il intègre rapidement le bureau fédéral. Au lendemain de la guerre, il exerce d'importantes responsabilités départementales dans la presse communiste, d’abord comme directeur du quotidien Le Travailleur alpin, de 1946 à 1952, puis comme rédacteur en chef et directeur du quotidien Les Allobroges, de 1950 à 1956.
Le 19 mars 1959, succédant à Léon Pinel, Louis Maisonnat est élu maire de Fontaine. Très populaire, il est aisément réélu en 1965, 1971, 1977 et 1983. Pendant 25 ans, Louis Maisonnat préside aux nombreuses réalisations économiques, sociales, culturelles et sportives qui accompagnent la transformation de cette commune de la banlieue grenobloise marquée par une forte croissance démographique. Il contribue entre autres à la création de l’une des premières zones industrielles de la région, et à la mise en place d’une société d’économie mixte de construction appelée « Le Logement ouvrier », qui est destinée à répondre à l’afflux de nouveaux habitants. Il est aussi l’initiateur et le premier président du syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération grenobloise et, à ce titre, l’un des principaux artisans de la première ligne de tramway. Élu en 1967 au conseil général de l’Isère, réélu en 1973 et 1979, il y préside le groupe communiste jusqu’en 1985. De 1973 à 1986, il siège également au conseil régional. Louis Maisonnat est, par ailleurs, président de l’Association départementale des élus communistes et républicains.
Sa carrière nationale commence en 1967, lorsqu’Elise Grappe, ancienne députée communiste de l’Isère sous la IVe République, candidate sans succès dans la 3e circonscription en 1958 et 1962, manifeste le souhait, en raison de son âge, de ne pas se représenter. Cette circonscription, la plus vaste du département, s’étend de la banlieue industrielle de Grenoble aux plateaux du Vercors, jusqu’aux limites de l’Oisans et de la Matheysine, sur les cantons de Bourg-d'Oisans, Clelles, Corps, Mens, Monestier-de-Clermont, La Mure, Sassenage, Valbonnais, Villard-de-Lans et Vizille. Louis Maisonnat devient alors candidat. Son suppléant est Louis Mauberret, retraité. En vue du premier tour, l’accord de la gauche ne s’est pas réalisé, de même que dans les autres circonscriptions de l’Isère. Il y a ainsi cinq candidats. Le parti gaulliste - l'Union pour la nouvelle république (UNR) - présente Philippe Atger, chef de cabinet du ministre de la Jeunesse et des sports, qui mène une campagne très active, axée en particulier sur la valorisation du soutien financier apporté par le gouvernement à la construction des quatre stations olympiques de sports d’hiver que compte la circonscription.
Au premier tour, le 5 mars, Louis Maisonnat groupe 15 169 voix, soit 34,5 % des suffrages exprimés. Ce score le place en tête du scrutin. Philippe Atger arrive deuxième, avec 29,8 %. Suivent André Gauthier, conseiller général et député sortant (24,9 %), candidat de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), connu pour ses positions assez centristes, puis André Grand, candidat du Parti socialiste unifié (PSU) (7,7 %) et Michel Dupont-Ferrier, socialiste indépendant (3,1 %). Louis Maisonnat a bénéficié lors de ce scrutin d’éléments favorables. D’une part, André Gauthier, par son attitude centriste marquée qui le conduit à figurer à côté de Gaston Defferre sur les affiches de premier tour titrées « contre l’UNR et le Communisme », s’est aliéné une partie de l’électorat socialiste. Il est d’ailleurs possible que la candidature de Michel Dupont-Ferrier ait été suscitée par des militants socialistes pour nuire à celle d’André Gauthier. D’autre part, dans les cantons de la Matheysine, les dernières élections municipales ont entraîné des divergences entre radicaux et socialistes, et donc attisé la division de la gauche non communiste.
Entre les deux tours, André Gauthier, qui espère obtenir le soutien de l’Union pour la nouvelle République (UNR) dans un duel contre Louis Maisonnat, fait longtemps pression pour se maintenir, tandis qu’André Grand montre de grandes difficultés à signer un appel en faveur du Parti communiste français (PCF). Mais, les 6 et 7 mars, la fédération communiste iséroise arrive finalement à obtenir un accord de désistement de la part de la FGDS et du PSU. Louis Maisonnat devient donc le « candidat unique de la gauche ». Au deuxième tour, le 12 mars, il remporte l'élection avec 23 788 voix, soit 54,5 % des suffrages exprimés, devant Philippe Atger (45,5 %). Louis Maisonnat n’a pas récupéré toutes les voix de gauche. Une moitié des voix de Gauthier, constituée de centristes, lui a fait défaut, et, dans certains cantons, comme Sassenage et Vif, les militants les plus mendésistes du PSU ont refusé de voter pour le candidat du PCF, alors que Pierre Mendès-France se présente au même moment à Grenoble.
A l’Assemblée nationale, Louis Maisonnat rejoint le groupe communiste et siège à commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Durant cette courte législature, le député de l’Isère dépose une proposition de loi, à portée locale, tendant à la création d’une école nationale des sports de glace à Grenoble et d’une école nationale des disciplines nordiques à Autrans (16 novembre 1967). En séance, il intervient à trois reprises, essentiellement à propos de sujets relevant de sa circonscription, notamment dans le débat du 23 mai 1967 relatif à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de Grenoble, pour demander une véritable « démocratisation du sport » en augmentant le nombre des équipements et des centres de formation et en développant les classes de neige. Il s’exprime encore à ce sujet le 1er décembre 1967, lors de la discussion relative à la proposition de loi tendant à modifier les limites des départements de l’Ain, de l’Isère et du Rhône.
Au cours de son mandat, Louis Maisonnat vote comme l’ensemble de ses collègues communistes lors des grands scrutins de la législature. Il vote, en particulier, les motions de censure déposées les 20 mai 1967 et 9 juin 1967 sur le projet de loi, en première et deuxième lecture, autorisant à prendre des mesures d’ordre économique et social, sur lequel le gouvernement a engagé sa responsabilité. Il vote aussi la motion de censure déposée lors des événements de Mai, le 22 mai 1968.
Louis Maisonnat est à nouveau candidat lors du renouvellement anticipé de 1968. Au premier tour, le 23 juin, il recueille 15 621 voix, soit 35,4 % des suffrages exprimés. Il devance de six cents voix Robert Aymar, candidat de l’Union pour la défense de la République (UDR) (34,1 %), ancien journaliste des Allobroges, ainsi que Pierre de Villard, candidat de Progrès et démocratie Moderne (16,2 %), Paul Leroy, sans étiquette (7,8 %) et Jean-François Lacotte, sans étiquette également (6,5 %). Au deuxième tour, le 30 juin, Louis Maisonnat est battu, car il n’obtient que 21 267 voix, soit 47,9 % des suffrages exprimés, face à Robert Aymar. Le candidat communiste n’a bénéficié que d’une partie des voix obtenues par Paul Leroy et Jean-François Lacotte, l’autre votant pour son rival, par ailleurs soutenu par l’électorat de Pierre de Villard.
Fort de son ancrage local, Louis Maisonnat se représente aux élections de 1973, avec pour suppléant Louis Mauberret, conseiller général et maire de La Mure. Au premier tour, le 4 mars, il recueille 18 913 voix, soit 37,1 % des suffrages exprimés, améliorant son score de plus de 3 000 bulletins par rapport à 1967. Il devance assez largement les autres candidats, à savoir le député sortant Robert Aymar, qui se représente sous l’étiquette gaulliste Union pour la défense de la République (UDR) (23,6 %), Jackie Klein, candidat du Mouvement réformateur et du Parti radical-socialiste (14,1 %), Jean-Claude Fanton, candidat de l’Union de la gauche socialiste et démocrate (UGSD) (12,6 %), Jean Vanier, candidat de l’Union travailliste (5,8 %), Michel Destot, candidat du Parti socialiste unifié (PSU) (5 %), Christian Schiltz, candidat Lutte ouvrière (1,8 %), et Guy Ravanat, candidat sans étiquette, qui n’a recueilli qu’une voix. Le 6 mars 1973, dans une déclaration commune, les fédérations de l’Isère du Parti socialiste, des Radicaux de gauche et du Parti communiste décident « de présenter dans chaque circonscription pour le deuxième tour, un candidat ». Louis Maisonnat devient ainsi, dans la 3e circonscription, le candidat unique de la gauche. Au second tour, le 11 mars, il remporte l’élection, totalisant 28 539 voix, soit 55,3 % des suffrages exprimés, et 1 point de plus qu’en 1967, face à Robert Aymar (44,7 %). Dans 10 chefs-lieux de canton sur 11, le candidat « de l’union populaire et de tous les démocrates » a obtenu plus de voix que le total de celles obtenues par les trois formations de gauche (PC, PS et PSU) au premier tour. Il n’y a qu’à Sassenage où le nombre de suffrages allant à Louis Maisonnat est inférieur au nombre des voix de gauche du premier tour. De manière générale, le candidat du PCF remporte ses meilleurs scores dans les municipalités ouvrières de la circonscription, comme Fontaine, dont il est le maire (71,2 %), Vizille (62,6 %) et Champ-sur-Drac (65,1 %). Il est aussi en tête dans certaines communes très rurales, comme Saint-Barthélémy-de-Séchilienne, où il obtient 70,2 % des suffrages. Ses bons scores sur le plateau matheysin témoignent d’ailleurs du succès rencontré par les propositions du candidat du PCF en faveur des houillères et du monde agricole.
A l’Assemblée nationale, Louis Maisonnat retrouve le groupe communiste. Il siège à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, ainsi qu’à la commission d’enquête sur l’organisation et les pratiques du commerce de la viande, en 1974, et à la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi portant réforme de l’aide au logement, en 1976. Du 2 avril 1977 au 5 avril 1978, il est secrétaire de l’Assemblée nationale. Louis Maisonnat est un élu actif, dont les propositions de loi, les questions au gouvernement et les interventions dans les débats sont nombreuses. Les propositions de loi qu’il dépose, au nombre de quatre, concernent aussi bien des sujets généraux que des dossiers locaux : l’une tendant au renforcement des droits de la défense devant les tribunaux administratifs (28 juin 1973), une autre tendant à définir un statut des travailleurs frontaliers (6 juin 1974), une troisième tendant à substituer, dans certains cas, le simple avertissement à la condamnation pénale (20 novembre 1974) et la dernière sur l’aménagement de l’espace montagnard (5 juin 1975). Le député présente également de nombreux amendements au projet de loi relatif à l’informatique et aux libertés, soutenus le 4 octobre 1977 par ses collègues du groupe communiste. Louis Maisonnat pose cinq questions au gouvernement et prend la parole en séance à près d’une trentaine d’occasions, souvent lors de la discussion des projets de loi de finances et sur deux sujets de prédilection : la défense de l’agriculture de montagne (l’exode des populations, les fluctuations du prix du lait, l’accès aux prêts, les pensions de retraite, le développement des programmes d’adduction d’eau et d’assainissement) et les questions relatives aux collectivités locales (charges, équipements, finances et fiscalité, urbanisme).
Au cours de son mandat, Louis Maisonnat vote à l’unisson de ses collègues communistes lors des grands scrutins de la législature : il vote ainsi contre les déclarations de politique générale du gouvernement (12 avril 1973, 6 juin 1974) et contre le programme du gouvernement (28 avril 1977), mais pour le projet de loi relatif à l’interruption volontaire de grossesse (28 novembre 1974), pour le projet de loi portant réforme du divorce (4 juin 1975), et pour le projet de loi relatif à l’élection des représentants à l’Assemblée des Communautés européennes (21 juin 1977).
Louis Maisonnat est de nouveau candidat aux élections de 1978. Il a pour suppléant Georges Maugiron, maire de Susville. Les relations entre les anciens alliés du programme commun sont alors particulièrement tendues. Conformément à l'accord national en vue du premier tour, conclu le 10 novembre 1977 entre le PS et le Mouvement des radicaux de gauche (MRG), sous la pression de la fédération socialiste iséroise, six circonscriptions iséroises sur sept sont réservées à des candidats socialistes, ce qui provoque la colère de la fédération MRG de l'Isère. De son côté, le PSU s’est limité, dans la 3e circonscription, à conclure un accord avec les écologistes de gauche sur une candidature commune. Les relations entre le PCF et le PS sont tout aussi tendues. Dans la conférence de presse du 19 décembre 1977, destinée à présenter la liste des candidats du PCF, le secrétaire fédéral Paul Rochas ne ménage pas son ancien allié : « J'ai constaté que le Parti socialiste pensait qu'il y aurait six députés socialistes, ce n'est pas du tout réaliste, c'est tout à fait le droit à Louis Mermaz de faire des pronostics ou de rêver, parce que c'est rêver de voir les choses de cette façon-là ». Homme de dialogue et d’apaisement, Louis Maisonnat prend ensuite la parole, en abordant un sujet moins polémique : « On se pose tous des questions. Mais je voudrais, au cours de cette présentation des candidats, remercier Louis Mauberret pour les deux campagnes électorales que nous avons menées ensemble (on nous appelait les 2 M); comme je suis traditionnaliste, c'est Georges Maugiron qui prendra le poste de suppléant ; maire de Susville, président de l'association des maires du canton de la Matheysine, président du syndicat intercommunal, membre du bureau de l'association des élus communistes et républicains. C'est la continuité avec les camarades du parti dans cette région pour lutter contre les méfaits de la politique du gouvernement, pour une véritable politique nationale dans laquelle s'intégrera le bassin de la Matheysine. Mauberret nous aidera considérablement pendant toute cette période ».
Au premier tour, le 12 mars, le député sortant recueille 22 847 voix, soit 34,6 % des suffrages exprimés, reculant de près de 2,5 points par rapport à 1973, notamment dans quelques cantons où il avait de fortes positions. Il devance cependant Jean Vial, maire de Claix et candidat du PS (21,3 %), en nette progression en raison du report sur sa candidature des voix de l'électorat réformateur et d’une frange de la majorité de 1973. Les suivent Pierre Gimel, candidat du Rassemblement pour la République (RPR) (18,8 %), Jean-Charles Simiand, candidat sans étiquette (18,1 %), Marcel Deglane, candidat d’Ecologie Autogestion (5,3 %), bénéficiaire de l'accord entre le PSU et le courant écologiste, Roland Begot, candidat de Lutte ouvrière (1,4 %) et Michel Dubarry, candidat de l’Union ouvrière et paysanne pour la démocratie prolétarienne (0,5 %).
Entre les deux tours, conformément à l'accord politique signé sur le plan national, les fédérations de l'Isère du Parti socialiste, du Mouvement des radicaux de gauche et du PCF, décident de présenter, au deuxième tour, dans toutes les circonscriptions, un candidat unique de la gauche et appellent au désistement. Au second tour, le 19 mars 1978, Louis Maisonnat remporte l’élection avec 36 885 voix et 55,3% des suffrages exprimés, face à Pierre Gimel (44,7 %). Contrairement à la situation rencontrée par les autres candidats d'union des autres circonscriptions iséroises, Louis Maisonnat, seul communiste au second tour dans le département, ne fait pas le plein des voix de gauche. Si l’on tient compte des électeurs écologistes et gauchistes qui ont voté pour lui et des électeurs nouveaux du deuxième tour, il apparaît que le député-maire de Fontaine n'a recueilli, le 19 mars, que trois voix de plus que celles totalisées par les partis du programme commun au premier tour. Lui ont manqué plusieurs milliers de voix socialistes, tout particulièrement dans les communes où le PS est bien implanté.
A l’Assemblée, Louis Maisonnat retrouve le groupe communiste et son siège à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République. Durant la législature, il sera également membre de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi portant aménagement de la fiscalité directe locale et celui sur la dotation globale de fonctionnement, en novembre 1978, puis de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi d’orientation agricole, en mai 1979. Il est par ailleurs rapporteur d’une proposition de loi tendant à créer un conseil supérieur des collectivités territoriales de la République (10 avril 1980), puis de celle tendant à assurer l’accès du public aux documents administratifs et à l’information des consommateurs (6 novembre 1980). Louis Maisonnat dépose lui-même trois propositions de loi qui tendent à reconnaître la compétence de la juridiction prud’homale sur l’ensemble du contentieux relatif au droit de licenciement (1er juillet 1978), à renforcer les droits de la défense devant les tribunaux administratifs (28 juin 1979) et à modifier les conditions d’attribution de la carte d’interné résistant (18 décembre 1980). Comme à son habitude, le député de l’Isère intervient un grand nombre de fois en séance publique. Outre quelques questions au gouvernement, axées sur la défense de l’emploi en Isère, Louis Maisonnat prend essentiellement la parole sur ses thèmes favoris, à savoir les collectivités territoriales et l’agriculture de montagne. Il intervient longuement et de manière assez technique, le 23 novembre 1979, sur le projet de loi relatif au régime des loyers, en particulier pour dénoncer l’ « insuffisance des mises en chantier de logements sociaux ».
Lors de son mandat, Louis Maisonnat vote, suivant les positions de son groupe, contre la déclaration de politique générale du gouvernement (20 avril 1978), contre l’aménagement de la fiscalité directe locale (18 décembre 1979), et contre le projet de loi « Peyrefitte » renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes (18 décembre 1980).
Louis Maisonnat se représente aux élections législatives de 1981, avec à nouveau pour suppléant Georges Maugiron. Dans la circonscription, au premier tour des présidentielles, le 26 avril, François Mitterrand a devancé Georges Marchais, ce qui peut donner certains espoirs au candidat du PS, Louis Vial, maire de Claix. Louis Maisonnat est cependant en tête à l’issue du premier tour avec 20 244 voix, soit 35 % des suffrages exprimés. En pourcentage, son score est comparable à celui qu’il a obtenu aux élections de 1978. Il contraste nettement avec celui du PCF au niveau national, en recul de 4 points. C’est l’une des seules circonscriptions de France où le score du PCF ne diminue pas. Dans l’Isère, si la « marée rose » donne six sièges sur sept au PS, le septième pouvait encore, au soir du premier tour, revenir au Parti communiste. Louis Maisonnat devançait Jean-Charles Simiand, candidat de l’Union pour la démocratie française (UDF) (30,7 %), et Louis Vial, arrivé troisième avec 29,7 % des voix. Ce dernier avait cependant réussi à améliorer le score du PS de 8 points. Les voix des partis constituant l’ancienne Union de la gauche représentaient un total de 55 %.
Réunies entre les deux tours, le 16 juin, les fédérations iséroises du PS, du PCF, du MRG et du PSU appellent, conformément à l’accord de désistement conclu au niveau national, à voter massivement « pour les candidats du changement et de l’union, les candidats de la nouvelle majorité présidentielle ». Dans la troisième circonscription, Jean Vial invite ses électeurs à voter pour Louis Maisonnat. Les reports de voix s’effectuent correctement à gauche. Les abstentionnistes du premier tour ne provoquent pas de gros bouleversement au second. Louis Maisonnat remporte, ainsi, aisément le second tour, avec 37 231 voix, soit 61,7 % des suffrages exprimés, contre Jean-Charles Simiand (38,3 %). Il ne lui manque que 700 suffrages pour faire le plein des voix de gauche du premier tour, alors que son adversaire, Jean-Charles Simiand, candidat de l’UNM, augmente son score de 5 000 voix, soit plus que le nombre d’abstentionnistes du premier tour. Le report des voix socialistes sur le candidat d’union de la gauche n’aurait pas été complet.
A l’Assemblée nationale, Louis Maisonnat rejoint le groupe communiste, dont il devient membre du bureau et siège de nouveau à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République. Il est nommé rapporteur pour avis des crédits de la justice des projets de loi de finances. Au cours de cette législature, il est également membre suppléant du Comité des finances locales et du Conseil national des services publics départementaux et communaux. Il siège brièvement à la commission d’enquête sur la situation de l’agriculture et de l’économie dans les zones de montagne et défavorisées, du 8 au 30 octobre 1981, et à la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif au développement et à la protection de la montagne.
Le député de l’Isère dépose trois propositions de loi, pour modifier les conditions d’attribution de la carte d’interné résistant (22 juillet 1981), pour réglementer l’emploi d’appareils d’enregistrement, de caméras de télévision ou de cinéma, d’appareils photographiques à l’intérieur des salles d’audience des tribunaux administratifs ou judiciaires (1er juillet 1982) et pour compléter l’article L. 435-2 du code du travail (12 septembre 1984). Louis Maisonnat est rapporteur de propositions de lois à neuf reprises, en particulier de celles de ses collègues du groupe communiste qui tendent à instituer la représentation proportionnelle pour les élections nationales et locales. En séance, Louis Maisonnat intervient plus d’une cinquantaine de fois. Il est l’un des principaux orateurs du PCF dans les débats relatifs au vote des lois de décentralisation, se montrant très actif sur la question de l’accompagnement financier des transferts de compétences et dans la défense des petites communes. II intervient aussi dans les discussions portant sur le développement et la protection de la montagne. Il prend longuement la parole, le 9 avril 1985, sur le projet de loi relatif à la publicité faite en faveur des armes à feu et de leurs munitions, pour dénoncer la « mise en vente de jouets constituant des répliques exactes d’armes réelles » et la « glorification par différents médias des phénomènes de violence ».
Au cours de la législature, les votes de Louis Maisonnat reflètent les évolutions de la position qu’adopte son groupe vis-à-vis du pouvoir socialiste. Il approuve ainsi les déclarations de politique générale du gouvernement du 9 juillet 1981 et du 6 avril 1983, vote pour l’abolition de la peine de mort le18 septembre 1981, pour le projet de loi relatif à l’égalité professionnelle des femmes et des hommes le 6 décembre 1982, pour le projet de loi concernant le séjour des étrangers en France le 25 mai 1984, et quelques jours après le départ des ministres communistes du gouvernement, il s’abstient volontairement le 24 juillet 1984 sur la déclaration de politique générale du gouvernement Fabius.
La même année, atteint d’une longue maladie, Louis Maisonnat est contraint de se retirer de la vie politique. Le 19 janvier 1984, il démissionne de la mairie de Fontaine, cédant le siège à Yannick Boulard. Il ne se représente pas aux élections législatives de 1986, passant le flambeau à Jean Giard, conseiller municipal de Grenoble.
L’ancien député-maire communiste de Fontaine, marié, père de quatre enfants et plusieurs fois grand-père, décède d’une crise cardiaque à Romans, le 4 septembre 1986. De nombreuses personnalités politiques lui rendent alors hommage. Georges Marchais, secrétaire général du PCF salue « un homme bon et généreux », un « militant communiste resté fidèle aux idées qu’il sut choisir dans la nuit noire de l’Occupation, au moment où l’ennemi se battait avec la rage du fauve blessé », « un élu compétent dont la vie se confondit, pendant un quart de siècle, avec cette localité de Fontaine qu’il aimait tant et à laquelle il a donné son visage actuel » et enfin, « à l’Assemblée nationale, le porte-parole des forces vives de son département, des travailleurs de la ville, des paysans montagnards, de tous ceux qui contribuent au progrès scientifique et technique ». Grande personnalité du département, dont les compétences faisaient autorité, Louis Maisonnat est aussi salué par ses rivaux politiques. Pierre Gimel, conseiller régional RPR, rend hommage à l’ « adversaire loyal », à l’ « élu compétent, sérieux et travailleur » et Alain Carignon, ministre de l’Environnement, président du conseil général et maire de Grenoble, salue « un homme de cœur ». Lors de la cérémonie publique d’hommage organisée devant la mairie de Fontaine, de très nombreux habitants viennent témoigner de leur reconnaissance à l’égard de celui qui fut leur premier magistrat pendant plus de 25 ans. Dans certaines écoles, une minute de recueillement est observée et, sur le stade à proximité de la cérémonie d’hommage, les joueurs mettent un crêpe noir à leur maillot.
Louis Maisonnat était connu pour sa large culture, acquise en autodidacte par de nombreuses lectures. Il aimait, dans ses discours, citer ses auteurs préférés, notamment cette petite phrase de Montesquieu qui sera inscrite, pour la cérémonie d’hommage publique, au fronton de l’Hôtel de Ville de Fontaine : « Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux ».