Pierre Mauroy
1928 - 2013
Député du Nord de 1973 à 1992
Premier ministre du 21 mai 1981 au 17 juillet 1984
Pierre Mauroy naît en 1928 dans une famille modeste du Nord. Son père est instituteur et fils d’ouvriers. Sa mère, catholique pratiquante, est la petite-fille d’un directeur de laiterie. Il est l’aîné de sept enfants. Il grandit à Haussy, près de Valenciennes où son père est le directeur de l’école, avant d’être envoyé chez son oncle maternel qui exploite une ferme à Boulogne-sur-Helpe. Dans ce milieu aux racines populaires, alors que son oncle est maire-adjoint, Pierre Mauroy prend rapidement connaissance de la politique, qui va le passionner. Il s’enthousiasme pour le Front Populaire en 1936. Léo Lagrange, qui est le député de sa circonscription, devient son modèle politique auquel il consacrera d’ailleurs un livre en 1997. Il donnera aussi son nom à l’association de loisirs qu’il crée en 1948.
En 1940, sa famille tente de fuir l’arrivée de l’armée allemande, mais sans succès. Après avoir trouvé refuge en Picardie, elle revient s’installer dans l’Avesnois. Pierre Mauroy poursuit sa scolarité au collège, avant de rejoindre le lycée à Cambrai. Il est ensuite reçu comme professeur d’enseignement général et technique. C’est en région parisienne, à Cachan, que Pierre Mauroy fait son « Ena à lui », à l’Ecole normale nationale d’apprentissage (ENNA). Professeur d’enseignement technique à Colombes, à partir de 1952, il connaît une ascension rapide au sein du syndicalisme enseignant, d’abord comme secrétaire général du syndicat des collèges d’enseignement technique, avant d’entrer à la commission administrative de la puissante Fédération nationale de l’Éducation nationale (FEN). Il aurait pu, selon ses propos ultérieurs, en devenir le président s’il n’avait pas préféré la politique.
En effet, depuis l’âge de 18 ans, Pierre Mauroy est adhérent de la SFIO. En 1950, à 22 ans, il prend la tête des Jeunesses socialistes et y reste jusqu’en 1958. Cette ascension fulgurante est facilitée par les divisions internes et Pierre Mauroy apparaît comme un proche du secrétariat national et notamment de Guy Mollet. À ce poste, il se forge un vaste réseau de militants, et une solide amitié avec Michel Rocard, qui dirige, pour sa part, les Étudiants socialistes. Il fait entendre sa position favorable à la décolonisation et ses critiques à l’encontre de la décision de mobiliser le contingent en Algérie, alors que Guy Mollet est président du Conseil, mais ne va pas jusqu’à la rupture avec la direction socialiste.
Sur le plan personnel, Pierre Mauroy se marie en 1951 avec Gilberte Deboudt. Le couple aura un fils.
En 1958, il est atteint par la limite d’âge et doit quitter la direction des Jeunesses socialistes. Il dirige alors les Clubs Léo Lagrange qui offrent aux jeunes des activités sportives, culturelles et des loisirs, dans le sillage de la SFIO. C’est alors qu’il se confronte, pour la première fois, aux suffrages en se présentant dans la 53e circonscription de la Seine (Antony, Bagneux, Bourg-la-Reine et Montrouge) (Hauts de Seine actuels). Mais il n’obtient que 8 % des voix et arrive en sixième position. Ensuite, Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO depuis 1946, l’intègre dans la direction de la SFIO, d’abord au comité directeur en 1961, puis au bureau national en 1963. En 1966, Pierre Mauroy devient secrétaire général adjoint de la SFIO, ce qui fait de lui le successeur naturel de Guy Mollet. Il lance également la même année son propre club : le CEDEP (Centre national d’études et de promotion).
À partir de mai 1969, Pierre Mauroy dirige l’équipe qui remplace Guy Mollet à la tête de la SFIO. Toutefois, ce dernier soutient Alain Savary au congrès d’Issy-les-Moulineaux qui prend la direction de celle-ci, devenue entre-temps le Parti socialiste (PS). C’est la rupture définitive avec son ancien mentor. Pierre Mauroy, désormais minoritaire, se rapproche de François Mitterrand dont il a fait la rencontre en 1965, lors de la campagne présidentielle. Un an plus tard, il est choisi comme vice-président de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). Au congrès d’Épinay en 1971, il soutient donc logiquement François Mitterrand qui est élu d’une courte majorité premier secrétaire. Pierre Mauroy devient son numéro 2.
Localement, après avoir été conseiller municipal à Cachan (1965-1971), Pierre Mauroy s’est réimplanté dans le Nord, en tant que conseiller général au Cateau-Cambrésis (1967). Il aspire à devenir maire de la ville, mais Augustin Laurent, le maire de Lille lui demande de lui succéder un jour. Pierre Mauroy est ainsi, à l’occasion des municipales de 1971, son numéro deux et accède à la fonction de maire en 1973. Il quitte le conseil général du Nord, dont il est vice-président, en ne se représentant pas en septembre 1973, et prend la tête de la région Nord-Pas-de-Calais en 1974.
Peu après son élection comme maire de Lille, Pierre Mauroy entre à l’Assemblée nationale en 1973. Aux législatives, il bat, en effet, avec 53,65 % des suffrages exprimés, le député gaulliste sortant, Hubert Rochet, dans la deuxième circonscription du Nord. Le maintien du candidat radical réformateur Claude Catesson, qui a recueilli 9,87 % des suffrages, n’a pas été décisif. François Mitterrand, qui cherche à promouvoir de nouveaux visages en fait le candidat du PS à la présidence de l’Assemblée nationale la même année. Cette décision fait débat, car beaucoup de socialistes ne reconnaissent pas la légitimité, pour une telle fonction, d’un nouveau membre de l’Assemblée nationale. Pierre Mauroy fait néanmoins le plein des voix de gauche avec 180 voix, mais il est battu par Edgar Faure, le candidat de la majorité (274 voix).
Siégeant au groupe socialiste, d’abord membre de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales, Pierre Mauroy rejoint, en octobre 1976, la commission de la production et des échanges. Durant ce premier mandat, il intervient sur des thèmes qui lui sont chers, comme l’aménagement urbain, s’inspirant de son expérience à la mairie de Lille. Lors de l’examen du projet de loi de finances pour 1975, il critique le manque de stratégie de la politique urbaine et l’absence de réduction de la ségrégation sociale (14 novembre 1973). Il intervient de nouveau sur ce thème, le 8 octobre 1975, dans la discussion du projet de loi sur l’urbanisme. S’agissant du projet de loi de finances de 1974, il critique aussi la politique de santé du gouvernement, soulignant le manque de moyens.
Comme dirigeant des Jeunesses socialistes et des Clubs Léo Lagrange, Pierre Mauroy militait activement depuis les années 1950 pour le droit de vote à 18 ans. Le 25 juin 1974, il se félicite donc de l’adoption du projet de loi en ce sens, à la suite de l’élection, comme président de la République, de Valéry Giscard d’Estaing, mais il plaide surtout pour une politique d’ensemble à l’égard de la jeunesse.
En 1975 et 1976, il est l’un des principaux orateurs du PS pour soutenir les motions de censure déposées par le PS contre les gouvernements de Jacques Chirac, puis de Raymond Barre, face à la détérioration de la situation économique et sociale, avec l’augmentation du chômage. A Raymond Barre, il reproche la politique de rigueur mise en œuvre depuis son arrivée à Matignon.
Enfin, maire et député du Nord, Pierre Mauroy ne manque pas d’intervenir sur les problèmes de la sidérurgie, lors du débat qui suit la déclaration du gouvernement sur ce thème (avril 1977). La crise touche particulièrement ce secteur soumis à la concurrence internationale. Pierre Mauroy réclame une meilleure intégration de ce domaine dans un plan de relance économique ambitieux. Le maire de Lille sait mettre tout son talent au service d’une cause qui lui est chère.
Pour l’aider dans ses fonctions, il a comme fideÌle collaboratrice Marie-JoseÌphe Pontillon, aÌ la fois son attacheìe parlementaire et sa personne de confiance au PS, comme « deìleìgueìe geìneìrale aux organismes centraux ». Cette militante est aussi l’eìpouse de l’un de ses proches, Robert Pontillon.
Réélu député dans la deuxième circonscription (Lille-Sud et Sud-Ouest) lors des élections législatives de 1978, avec 55,97 % des voix (21 395) au second tour, contre le candidat Rassemblement pour la République (RPR) Bruno Chauvierre (16 828 voix), Pierre Mauroy est membre de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République.
Durant ce court mandat, interrompu par sa nomination comme Premier ministre et la dissolution de l’Assemblée nationale de 1981, il intervient trois fois, essentiellement sur des questions liées à la sidérurgie, un secteur particulièrement important dans le Nord. En octobre 1978, il oppose la question préalable au projet de loi relatif à la Caisse d’amortissement pour l’acier et au projet de loi de finances rectificatives pour 1978. Il critique le plan Barre sur la sidérurgie et fait des contre-propositions, portées par le PS. Il défend aussi la motion de censure sur la politique sociale et économique du gouvernement en mars 1979. Il fait un réquisitoire contre une politique inspirée par le libéralisme, inefficace selon lui pour résoudre la crise et lutter contre le chômage. Sa dernière intervention, le 13 novembre 1980, porte sur le projet de loi de finances de 1981, pour critiquer les méfaits du libéralisme et l’absence de politique industrielle.
Il pose par ailleurs, en mars 1980, une question au gouvernement sur la création de Fréquence Nord, et met en lumière les contradictions du gouvernement qui autorise un certain nombre de groupes privés à émettre, mais refuse le principe général des « radios libres ». Le sujet est alors l’un des points de crispations avec l’Exécutif.
Pierre Mauroy s’engage aussi en faveur de la décentralisation qui lui tient particulièrement à cœur. En 1978-1979, il préside une commission mixte entre le bureau national du parti et les groupes parlementaires socialistes sur la décentralisation de l’État et la réforme des collectivités locales qui débouche sur une proposition de loi. Il s’agit de la proposition de loi « Décentralisation de l’Etat », dont il est le second signataire, derrière François Mitterrand, mais aussi le rapporteur. La région deviendrait une collectivité territoriale de plein exercice et des syndicats de communes sont méthodiquement envisagés, sur le modèle de ce qu’il avait lui-même réalisé au Cateau-Cambrésis. Pierre Mauroy se heurte, tout au long de ce cheminement, à l’hostilité de la majorité de droite, mais aussi à celle des sénateurs socialistes.
Après avoir soutenu Michel Rocard au congrès du PS à Metz, en avril 1978, minoritaire au sein du PS, Pierre Mauroy maintient cependant le contact avec François Mitterrand, qu’il soutient à partir de 1980, face à Michel Rocard, dans la perspective de l’élection présidentielle de 1981.
Après son élection à la présidence de la République, François Mitterrand nomme, le 21 mai 1981, Pierre Mauroy comme Premier ministre. Il est le premier chef du gouvernement socialiste de la Ve République. Ses rapports avec le Parlement sont marqués par l’avantage d’une forte majorité de 333 députés. Il ne rencontre pas de grandes difficultés à mettre en œuvre l’essentiel des 110 propositions du candidat à la présidentielle et, en quelques mois, le gouvernement engage une série de réformes institutionnelles, économiques et sociales majeures : l’augmentation des prestations sociales, la titularisation d’enseignants, la retraite à 60 ans, la semaine de travail à 39 heures payées 40 heures, les lois « Auroux » sur la démocratie sociale, ainsi que la nationalisation des grandes banques et de la grande industrie, de même que le renforcement de la fiscalité vis-à-vis des plus hauts revenus et des « grandes fortunes ». Ce sont aussi des réformes de société majeures qui sont adoptées comme l’abolition de la peine de mort, la décentralisation, la dépénalisation définitive de l’homosexualité, le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse, une politique culturelle ambitieuse avec le prix unique du livre, la fête de la musique, les capitales européennes de la culture.
Dans sa volonté de « gouverner autrement » (du nom d’une tribune qu’il a publiée dans Le Monde le 2 avril 1982), Pierre Mauroy veut mettre à l’honneur le dialogue au sein des chambres. Il explique aux députés dans son discours de politique générale, en juillet 1981 : « Cela signifie, par exemple, que vous pourrez, lors des questions d’actualiteì, vous exprimer totalement et reìpliquer aux membres du gouvernement. Cela signifie eìgalement que des propositions de loi pourront venir en discussion, que le recours systeìmatique au vote bloqueì est abandonneì et que le gouvernement respectera le pouvoir d’amendement de tous les eìlus, qu’ils sieÌgent sur les bancs de la majoriteì ou sur ceux de l’opposition. »
Le gouvernement ne recourt, en effet, que deux fois au vote bloqueì (article 44, alinéa 3 de la Constitution) et n’utilisera l’article 49, alinéa 3 – adoption du texte contre engagement de la responsabiliteì du gouvernement – qu’aÌ sept reprises contre neuf fois pour son prédécesseur, Raymond Barre. A contrario, Pierre Mauroy est le Premier ministre qui a le plus engageì sa responsabiliteì apreÌs avoir preìsenteì un programme ou un discours de politique geìneìrale (article 49, alinéa 1), marquant ainsi son attachement aux principes parlementaires et aÌ la leìgitimiteì confeìreìe par l’Assembleìe nationale. Le Premier ministre lui-même n’intervient pas moins de trente-sept fois à l’Assemblée nationale. Il reçoit aussi les parlementaires très régulièrement à Matignon, en général le mercredi soir, pour un dîner.
De dures batailles parlementaires ont toutefois lieu au sein du Palais-Bourbon où la droite tente de reconquérir du terrain après sa défaite de 1981. Une opposition systématique a lieu notamment autour des nationalisations de 1982. Mille cinq cents amendements sont déposés.
Héritier d’une tradition socialiste gestionnaire et populaire, Pierre Mauroy est l’exécutant loyal de la politique souhaitée par le président de la République. Sur le plan politique, il affronte les critiques, dès les premières défaites électorales, d’abord aux quatre législatives partielles de janvier 1981, puis aux cantonales de mars 1982, même si les pertes y sont limitées pour le PS et plus sévères pour le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) et le Parti communiste français (PCF). Neuf présidences de conseil général passent ainsi à droite. Ensuite, les revers électoraux se confirment aux municipales de mars 1983, même s’il est personnellement réélu maire de Lille. Sur le plan économique, la politique de relance menée à contretemps dans la conjoncture internationale, eu égard notamment à la situation des Etats-Unis, conduit à des déficits extérieurs tels qu’elle doit être corrigée. Une première fois, dès juin 1982, la « pause dans les réformes », annoncée par le président de la République, s’accompagne de mesures budgétaires et économiques impopulaires (blocage des prix et des salaires pour tenter de juguler l’inflation), qui exige du Premier ministre qu’il engage sa responsabilité.
L’insuffisance de ces premières mesures entraîne un débat au sein de l’exécutif entre, d’une part, les partisans de la rigueur, dont Pierre Mauroy, et Jacques Delors, ministre chargé de l’Economie, et Michel Rocard, qui savent pouvoir bénéficier du soutien moral de Pierre Mendès France et, d’autre part, les partisans de « l’autre politique », fondée sur la sortie du système monétaire européen, soutenue depuis 1981 par Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Recherche et de l’industrie, et aussi par Michel Jobert, ministre chargé du Commerce extérieur.
En définitive, Pierre Mauroy obtient gain de cause, avec le soutien in fine de Laurent Fabius notamment, en mars 1983, initiant le « tournant de la rigueur » dans le contexte de crise monétaire et spéculative, imposant la troisième dévaluation du franc depuis 1981. Le 25 mars, un programme en dix points, avec un emprunt forcé pour les plus aisés, est annoncé. Il est complété en juillet par un strict contrôle des changes pour les particuliers. Le rétablissement des comptes extérieurs et la baisse de l’inflation interviendront dans les années suivantes, mais Pierre Mauroy n’en bénéficiera pas.
Déjà affaibli par la crise économique qui se maintient et les plans de rigueur, Pierre Mauroy est mis en difficulté avec le projet de loi « Savary » sur l’enseignement, initialement fondé sur la création d’un « grand service public de l’éducation », qui ravive le spectre de la guerre scolaire. Celui-ci soulève une fronde de la droite, de l’Eglise catholique française et de toutes les personnes favorables à la défense de l’enseignement privé confessionnel. De vastes manifestations ont lieu en juin 1984 contre la politique du gouvernement. Le Premier ministre est aussi confronté à la nécessité de fermer des usines dans le cadre de la désindustrialisation qui touche la France. Il choisit donc d’engager sa responsabilité, le 19 avril 1984, pour inciter les communistes à faire bloc derrière lui. En juillet 1984, face à la colère de la rue, François Mitterrand fait le choix de retirer le projet « Savary », ce qui entraîne la démission de Pierre Mauroy, remplacé par Laurent Fabius. Entretemps, les élections européennes du 17 juin sont aussi un échec pour le PS (21 % des suffrages) et le PC (4 %). La liste d’Union pour la démocratie française-Rassemblement pour la République (UDF-RPR), conduite par Simone Veil, obtient 43 % en dépit de l’apparition à l’extrême droite du Front national (FN), avec presque 11 %.
Après sa démission le 17 juillet, Pierre Mauroy se replie sur la mairie de Lille et accompagne les projets de transformation de la ville.
En mars 1986, élu au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, il redevient député à l’occasion des élections législatives au scrutin proportionnel départemental. La liste PS, qu'il conduit dans le Nord, obtient en effet 36,8 % des suffrages exprimés contre 21,6 % pour la liste du RPR et 13,3 % pour celle de l'UDF. Il est toutefois moins investi dans la vie parlementaire que durant les années 1970, même s’il fait partie des ténors socialistes qui interviennent pour faire résonner une parole forte lors des moments cruciaux. Membre de la commission des affaires étrangères, il change temporairement pour la défense nationale en octobre 1986, un secteur clé de la cohabitation, alors que le gouvernement doit présenter son projet de loi sur le financement de la défense.
Il se montre très critique face à la politique du gouvernement de Jacques Chirac. Il fustige ainsi, en particulier, la privatisation des entreprises, en particulier celles nationalisées en 1981, le 23 avril 1986, dans le débat du projet de loi d’habilitation du gouvernement à prendre diverses mesures d’ordre économique et social par ordonnances. Il prend également la parole, le 10 décembre 1986, dans le cadre d’une question au gouvernement, en soutien aux étudiants manifestant contre le projet de loi Devaquet à l’automne 1986 et regrette la politique répressive du gouvernement qui a conduit, selon lui, à la mort d’un étudiant, Malik Oussékine.
Il pose deux autres questions au gouvernement : en mai 1987, sur le maintien de l’audience de l’extrême droite, qu’il met en parallèle avec la perspective d’un procès pour crime contre l’humanité du tortionnaire, Klaus Barbie ; en octobre 1987, pour dénoncer à nouveau la politique des privatisations menée par le gouvernement et souligner l’action du capitalisme populaire.
Aux élections législatives anticipées de 1988 qui suivent la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République, Pierre Mauroy reste à l’écart du gouvernement de Michel Rocard. Il est candidat dans la nouvelle première circonscription du Nord, qui regroupe trois cantons, de Lille et notamment le quartier populaire de Wazemme.
Dominant le premier tour avec 44,13 % des suffrages exprimés, il bat nettement au second tour son opposante RPR, Colette Codaccioni, avec 55,73 %. Son suppléant est Bernard Roman, conseiller régional et l’un de ses adjoints à la mairie de Lille. Pierre Mauroy quitte en même temps le conseil régional
Premier secrétaire du PS et maire de Lille, il décline la proposition que lui fait François Mitterrand de présider l’Assemblée nationale, préférant la direction du parti.
Soutien de la politique menée par le Premier ministre, son ami Michel Rocard, en début de législature, Pierre Mauroy reste, au Palais-Bourbon, attentif aux objectifs d’une politique de gauche. Il pose ainsi une question au gouvernement sur la défense de la fonction publique et de la qualité du service public, en octobre 1988.
Ses autres interventions visent à défendre le gouvernement, lors de la première déclaration de politique générale, en juin 1988, au début de la législature, et en mai 1991. Il fait de même lorsque la situation au Moyen Orient, à la suite de l’invasion du Koweït par l’Irak, conduit à des déclarations du gouvernement, et exige un message clair, en août 1990, puis en janvier 1991, lorsque la participation de la France aux opérations de libération du Koweït est décidée, puis une nouvelle fois en mars 1991.
Pierre Mauroy s’inscrit également contre plusieurs des motions de censure déposées par l’opposition, notamment en décembre 1988, puis en mai 1990 et juin 1991. En novembre 1990, il combat la motion de censure la plus critique de la législature, motivée notamment par le refus de la CSG tant par la droite que par le centre et les communistes, lesquels refusent le financement de la Sécurité sociale par une contribution accrue des ménages. Celle-ci n’est pas adoptée à quelques voix près. Illustratif de son engagement et d’une certaine idée de la gauche, Pierre Mauroy soutient ardemment, en avril 1988, le projet de loi approuvant le Xe Plan (1989-1992).
Au PS, Pierre Mauroy a été élu premier secrétaire, plutôt que Laurent Fabius, en 1988 pour incarner une certaine tradition de la sociale démocratie, mais l’exercice de la fonction est difficile après l’ouverture au centre, prônée par le président de la République, François Mitterrand, dès sa réélection en 1988, et vis-à-vis de laquelle il a vite pris ses distances.
Le congrès de Reims, en mars 1990, est une épreuve pour lui, face à la candidature de Laurent Fabius qui se prévaut de l’appui du président de la République, et à l’éclatement du parti, puisque six motions sont présentées. Aucune ne domine à l’issue du vote. Celle de Pierre Mauroy et celle de Laurent Fabius recueillent chacune environ 28 %. Une motion de synthèse est finalement adoptée et Pierre Mauroy est reconduit comme Premier secrétaire, mais il est affaibli. Finalement, il quitte sa fonction en janvier 1992, lors d’une réunion du comité directeur. Il prend ultérieurement, en septembre 1992, la présidence de l’Internationale socialiste (la « deuxième internationale »), pour plus de sept ans, jusqu’en novembre 1999, succédant ainsi à l’ancien Chancelier fédéral allemand, Willy Brandt.
Sur le plan local, Pierre Mauroy est réélu maire de Lille, à l’occasion des municipales de 1989. En 1992, et alors que les législatives de 1993 s’annoncent difficiles pour les socialistes, Pierre Mauroy est élu sénateur du Nord. Il se met un peu en retrait. Membre de la commission des Affaires eìtrangeÌres, cela l’ameÌne aÌ exprimer la position du groupe socialiste sur le conflit en ex-Yougoslavie, le Rwanda en 1996, le Kosovo en 1998. Il soutient eìgalement le projet de loi constitutionnelle de 2005, modifiant le titre XV de la Constitution, ouvrant la voie au Traiteì constitutionnel europeìen, finalement rejetéì par référendum. Conscient des contraintes du Seìnat, il plaide pour l’adapter au monde moderne et se fait le porte-parole de la reìforme de 2003 qui reìduit le mandat des seìnateurs aÌ six ans au lieu de neuf.
Pour les municipales de 1995, Pierre Mauroy propose à Martine Aubry, ministre du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle, de 1991 à 1993, de lui succéder à terme, comme maire de Lille. Après sa réélection, elle devient sa première adjointe.
Après la victoire de la gauche plurielle aux élections législatives de 1997, Lionel Jospin, nouveau Premier ministre, lui confie en 1999 une mission parlementaire sur la décentralisation et ses nouvelles perspectives. C’est censé être l’acte 2 de la décentralisation. Pierre Mauroy rend un rapport de 154 propositions dans lequel il prône un nouveau mode de scrutin, une élection directe des conseillers communautaires, ainsi que le renforcement des intercommunalités. Toutefois l’opposition d’une partie de la droite fait échouer le projet, qui inspire quand même la loi « Vaillant », relative à la « démocratie de proximité », portée par le ministre de l’Intérieur. Elle crée une conférence régionale des exécutifs (Etat, religions, départements, intercommunalités), et promeut le soutien actif à la coopération interrégionale. En 2001, il est en faveur du projet de réforme sur la Corse, présenté par le gouvernement de Lionel Jospin. Il quitte par ailleurs la mairie de Lille, à laquelle Martine Aubry lui succède.
Attaché à la construction d’entités transfrontalières, comme il l’a fait avec l’Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai, Pierre Mauroy préside la mission opérationnelle transfrontalière de 2001 à 2008 et il est rapporteur en 2003 du projet de loi relatif à un accord franco-belge sur la coopération transfrontalière entre les collectivités territoriales et les organismes locaux.
Sur le plan municipal, ayant la plus haute expérience de l’Etat, Pierre Mauroy se voit à nouveau associé à un comité de réflexion, cette fois piloté par un autre ancien Premier ministre, Édouard Balladur, sur la réforme des collectivités locales en octobre 2008, à la demande du président de la République, Nicolas Sarkozy. Les travaux du comité aboutissent notamment au projet du Grand Paris.
Il n’en reste pas moins un opposant à la droite. Après l’avoir montré, dès 1993, en s’opposant à la loi relative aux pensions de retraite et à la sauvegarde de la protection sociale du gouvernement Balladur, la nouvelle réforme des retraites en 2010 le voit encore s’exprimer sur ce sujet sensible. Celle-ci, portée par le Premier ministre, François Fillon, remet en cause la retraite à 60 ans, réforme emblématique de l’après 1981, mise en œuvre par Pierre Mauroy. L’ancien Premier ministre de François Mitterrand défend vaillamment son bilan.
Durant ses vingt ans à la Chambre haute, il se bat pour que le Sénat bascule enfin à gauche,ce qui est le cas pendant trois ans entre 2011 et 2014, alors que lui-même le quitte. Réélu, en effet sénateur en 2001, il ne se représente pas en 2011.
Ses problèmes de santé s’aggravent alors. Il ne peut pas participer à la campagne présidentielle de 2011-2012, en raison de son hospitalisation pour une tumeur cancéreuse au poumon. Il s’éteint en juin 2013.