Louis Moulinet
1925 - 2006
- Informations générales
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- Né le 17 avril 1925 à Néris-les-bains (Allier - France)
- Décédé le 9 juin 2006 à Paris ()
1925 - 2006
Député de Paris de 1981 à 1988
Louis André Moulinet naît le 17 avril 1925. Son père, Albert Moulinet, est un cuisinier originaire de Néris-les-Bains et lui-même fils d’un ouvrier des mines de charbon voisines de Ferrières, dans l’Allier. Sa mère, Félicie Bouchardon, est couturière. Louis Moulinet vit jusqu’à l’âge de six ans à Paris où ses parents se sont installés. En 1931, la famille revient à Néris-les-Bains, où Louis Moulinet fréquente l’école communale et obtient le certificat d’études primaires. Bon élève, il passe le concours des bourses à l’âge de onze ans. Son directeur d’école propose à ses parents de l’envoyer au lycée. Son père, gravement malade, juge cependant les études trop longues et refuse. Louis Moulinet entre alors en 1937 au cours complémentaire Jean-Jaurès de Montluçon (Allier). Néanmoins, en raison de la maladie puis du décès de son père, il est contraint de le quitter dès 1939. En septembre 1939, âgé de 14 ans, il entre à l’usine SAGEM à Montluçon, d’abord à l’école d’apprentissage, puis comme tourneur, après avoir obtenu son CAP en juin 1942.
Louis Moulinet, dont les parents sont catholiques quoique pratiquants peu réguliers, fréquente le patronage de Néris-les-Bains. Au printemps 1939, il participe à la création d’une section locale de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Ses membres les plus âgés ayant été mobilisés, Louis Moulinet en assume la présidence à compter de 1940 ouvrant ainsi, sans le savoir, un parcours militant de plus de six décennies. Rapidement, il devient vice-président fédéral pour l’Allier, la fédération regroupant, outre la section de Néris-les-Bains, celle de Domérat et les trois sections de Montluçon. Le 21 juin 1942, il participe au rassemblement jociste de Limoges (Haute-Vienne), l’un des sept rassemblements régionaux organisés par la JOC pour fêter son quinzième anniversaire. Il devient président de la fédération de Montluçon au cours de l’année 1943.
Pour la suite, Louis Moulinet indique avoir représenté les jeunes auprès du Comité départemental de la Libération de l’Allier en septembre 1944, qui réunissait notamment des commissions.
A la fin de l’année 1944, il est sollicité par le secrétariat national de la JOC pour devenir permanent, avec la responsabilité du Massif central, une fonction qu’il prend en janvier 1945. Fin 1946, il devient trésorier national de la JOC, au moment où Eugène Descamps en est le secrétaire général. En 1951, il rejoint la Fédération loisirs et culture cinématographique (FLECC, créée en 1946), comme secrétaire général.
Louis Moulinet reprend son métier de tourneur en 1953 à l’usine Thomson de Gennevilliers. Il y est rapidement rejoint par d’autres anciens permanents de la JOC et d’autres mouvements catholiques de jeunesse. Cette arrivée en nombre dans l’entreprise d’anciens cadres des mouvements de jeunesse répond à une stratégie visant à implanter la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) au sein de la société Thomson et à y conquérir la majorité. A l’arrivée de Louis Moulinet à l’usine de Gennevilliers, le paysage syndical se limite en effet à la seule Confédération générale du travail (CGT).
Louis Moulinet adhère d’abord pendant une dizaine de mois à la CGT, principalement pour se familiariser avec le syndicalisme au sein de cette entreprise, puis une section CFTC est créée en juin 1954. Peu après, lors des élections des délégués du personnel, la section ne présente des candidats qu’au premier collège (ouvriers) et seul Louis Moulinet est élu. L’année suivante est marquée en septembre 1955 par la première grève victorieuse de l’histoire de Thomson, avec une augmentation des salaires. En 1956, la CFTC devient majoritaire au comité d’établissement. Louis Moulinet y siège jusqu’en 1961. En 1958, il intègre le comité central d’entreprise de Thomson. Il exerce également pendant quelque temps des responsabilités fédérales, siégeant au bureau de la fédération CFTC de la Métallurgie de 1958 à 1962.
Louis Moulinet participe activement à la déconfessionnalisation de la CFTC et à sa transformation progressive en une confédération laïque, en 1964, Confédération française démocratique du travail (CFDT). Le premier secrétaire général est Eugène Descamps, dont Louis Moulinet est devenu proche au sein de la JOC après-guerre.
Sollicité en 1961 par Robert Duvivier, secrétaire général de l’Union régionale parisienne de la CFTC, pour devenir permanent, Louis Moulinet en est le secrétaire général adjoint pendant dix ans, au titre de la CFTC, puis de la CFDT après 1964. Il est notamment chargé des relations intersyndicales. Dans ce cadre, lors du mouvement de mai 1968, il fait la liaison entre Eugène Descamps, Georges Seguy (secrétaire général de la CGT) et les leaders de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), notamment pour la préparation de la manifestation unitaire du 13 mai 1968. Louis Moulinet représente également la CFDT au conseil d’administration de la Caisse d’allocations familiales de la région parisienne de 1967 à 1971 et au conseil d’administration de l’université Paris-Vincennes (Paris VIII) de 1969 à 1971.
L’année 1971 marque pour Louis Moulinet le passage de l’action syndicale à l’action politique. Robert Duvivier lui ayant préféré Guy Gouyet pour lui succéder au secrétariat général de l’Union régionale parisienne de la CFDT, Louis Moulinet quitte sa fonction de permanent et rejoint en février 1971 la société « Chèque coopératif pour la restauration » (CCR). Venant d’emménager dans le 13e arrondissement de la capitale, il est approché par Jean-Pierre Chevènement et Georges Sarre, responsables du Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste (CERES), courant alors majoritaire au sein de la fédération socialiste parisienne, dans la perspective des élections municipales de 1971. Il prend part à la liste d’Union démocratique du 13e arrondissement, en tant que militant syndicaliste, et est élu conseiller de Paris le 21 mars 1971. Il s’apparente alors au groupe socialiste du conseil. Il adhère au Parti socialiste (PS) en juin 1971 pour prendre part au congrès d’Epinay et devient membre de la commission exécutive fédérale du PS de Paris.
Dans le cadre de son mandat de conseiller de Paris, Louis Moulinet s’intéresse particulièrement aux questions d’urbanisme. Il siège au sein des conseils d’administration de la Société anonyme d'économie mixte d'aménagement et de rénovation de l'îlot Lahire (chargé de la mise en œuvre de la zone d’aménagement concerté du même nom au sein du 13e arrondissement) et de la société immobilière de la ville de Paris. Par la suite, à partir de 1977, il est membre du conseil de l’APUR (l'atelier parisien d'urbanisme, agence d’urbanisme, créé en 1967).
Louis Moulinet est investi par le PS aux élections législatives de mars 1973 sur la 13e circonscription de la capitale (La Salpêtrière, la Gare). Sa suppléante est Marie-Thérèse Dabauvalle. Au soir du premier tour, le 4 mars, il est en troisième position parmi les douze candidats. Ayant obtenu 17,59 % des 30 011 suffrages exprimés, il est devancé par la candidate communiste Gisèle Moreau (28,61 %) et le candidat de l’Union des démocrates pour la République (UDR) Jean-Claude Martin (18,46 %). Louis Moulinet est qualifié pour le second tour mais se retire au profit de Gisèle Moreau, élue députée le 11 mars.
Le 20 mars 1977, Louis Moulinet est réélu conseiller de Paris. Aux élections législatives des 14 et 21 juin 1981, il est le suppléant de Nicole Questiaux (CERES) dans la 13e circonscription de Paris. Nicole Questiaux obtient 36,39 % des 29 941 suffrages exprimés au premier tour, se positionnant en tête devant la députée communiste sortante Gisèle Moreau (24,40 %), le candidat du Rassemblement pour la République (RPR) Daniel Méraud (21,97 %), puis sept autres candidats. Bénéficiant du retrait de Gisèle Moreau dans un contexte d’union de la gauche, Nicole Questiaux remporte largement le second tour avec 61,98 % des 29 701 suffrages exprimés. L’entrée au gouvernement de celle-ci le 24 juillet 1981, comme ministre de la Solidarité nationale (elle quitte le gouvernement le 29 juin 1982, remplacée par Pierre Bérégovoy), permet à Louis Moulinet de rejoindre le Palais-Bourbon. Opposé au cumul des mandats, d’un point de vue personnel, il démissionne de son mandat de conseiller de Paris le 12 septembre 1981.
A l’Assemblée nationale, inscrit au groupe socialiste, Louis Moulinet siège d’abord à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales, puis, à partir de 1984, à celle des affaires étrangères. Il est nommé rapporteur de plusieurs projets de loi : sur le fonds de solidarité pour l'emploi en octobre 1982 (la future loi du 4 novembre 1982 relative à la contribution de solidarité en faveur des travailleurs privés d'emploi), sur le statut des fossoyeurs et pompes funèbres de Paris (décembre 1982), sur la mise en œuvre de la directive européenne du 14 février 1977 sur les droits des travailleurs (avril 1983) et, en novembre 1985, sur l'approbation du code européen de sécurité sociale (proposé par le Conseil de l’Europe à Strasbourg le 16 avril 1964). Il est aussi nommé rapporteur de textes d’approbation d’accords internationaux : l’accord du 1er octobre 1982 sur le commerce du jute (mai 1984), des accords bilatéraux avec la République tunisienne (mai 1984) et la République socialiste tchécoslovaque (octobre 1984), ainsi que l’accord constitutif de la Société interaméricaine d'investissement, conclu à Washington le 19 novembre 1984 (octobre 1985).
Outre ses prises de parole comme rapporteur, Louis Moulinet intervient en séance publique tout au long de son mandat. Le 14 octobre 1981, lors de la première lecture de la loi de nationalisation du 13 février 1982, il défend le principe de la nationalisation de la société Thomson, où il a travaillé et milité, se déclarant être « un député heureux » de cette perspective. L’ancien responsable syndical retrouve ses thèmes d’action sur la couverture maladie des chômeurs et le mouvement mutualiste (loi du 4 janvier 1982 sur la sécurité sociale), sur la réforme des conseils prud’homaux (27 janvier 1982) ou lors des débats sur les projets de loi « Auroux » de réforme du droit du travail (14 mai 1982). Il intervient de même lors de l’examen de textes sur les prestations de vieillesse, d'invalidité et de veuvage, en 1982 et 1983, ou sur le régime social des chauffeurs de taxi artisans (21 juin 1982). Il se fait ensuite le porte-parole de la revendication des organisations syndicales de la création d'une carte unique de transport financée par les employeurs (25 juin 1982).
Lors de l’examen du projet de loi de relatif à l'organisation administrative de Paris, Marseille, Lyon (la loi du 31 décembre 1982), l’ancien conseiller de Paris donne l’explication de vote du groupe socialiste (23 octobre et 17 décembre 1982) et dénonce l’accaparement de tous les pouvoirs par le maire de Paris depuis le rétablissement de cette fonction par la loi du 31 décembre 1975. Il promeut l’autonomie des caisses des écoles des arrondissements parisiens tout en s’intéressant aux tarifs applicables aux terrasses installées sur les trottoirs de la capitale. Le 3 décembre 1982, une séance de questions lui permet également d’aborder les difficultés de stationnement des nomades à Paris et dans sa périphérie, pointant la nécessité de réaliser des aires de stationnement équipées.
Lors de l’examen des projets de lois de finances, Louis Moulinet prend la parole sur les questions sociales (l’emploi et la formation professionnelle le 15 novembre 1982), mais également sur des thématiques centrales dans sa circonscription marquée par une forte implantation asiatique, dans le contexte des événements politiques au Vietnam et au Cambodge : sur la nécessité de distinction dans la lutte contre l'immigration entre les réfugiés politiques et les immigrés économiques (9 novembre 1983), sur les efforts de diffusion de la langue française au Cambodge (8 novembre 1984, 6 novembre 1985). Le 6 juin 1985, le débat suivant une déclaration du gouvernement sur l'immigration lui fournit également l’occasion d’aborder le cas des réfugiés du Sud-Est asiatique, de leur concentration au sein du 13e arrondissement de Paris et des risques d’une telle situation.
Louis Moulinet s’implique particulièrement en faveur de l’intégration des nombreux Asiatiques arrivés dans le 13e arrondissement de Paris à partir de 1975. En 1982, il crée et préside l’Association « 13e sans frontières » qui contribue aux échanges culturels et à l’apprentissage du français. Avec l’aide de Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Education nationale en 1984-1986, il obtient la création de classes de chinois dans certaines écoles primaires de l’arrondissement.
Aux élections législatives du 16 mars 1986, au scrutin proportionnel départemental de liste, le Parti socialiste parisien, escomptant sept élus, le place en huitième position de sa liste conduite par Lionel Jospin. Cependant, la liste socialiste recueille 31,9 % des voix, obtenant huit sièges, soit autant que la liste RPR arrivée en tête. Louis Moulinet reste ainsi à l’Assemblée. Durant ce second mandat, toujours inscrit au groupe socialiste, il est à nouveau membre de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Il est aussi membre de la commission spéciale chargée de vérifier et d'apurer les comptes. Il siège à nouveau au conseil d'administration du Centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts à Paris.
Ses interventions en séance, à l’occasion de trois questions et de débats sur les projets de loi, portent sur la défense du rôle des institutions prud’homales et la protection des salariés concernés par des licenciements économiques (juin, novembre et décembre 1986, notamment lors des débats afférents au projet de loi relatif au conseil de prud'hommes (la loi du 30 décembre 1986), sur le rôle de l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes notamment en région parisienne (novembre 1986, avril et mai 1987), sur l’offre de diffusion de Radio-France Internationale à destination de l'Asie (14 novembre 1987), sur le régime administratif de la ville de Paris (21 novembre 1986), comme sur l’assurance maladie et vieillesse (décembre 1987). En écho à ses propos d’octobre 1981 lors de son premier mandat de député, il manifeste son opposition à la potentielle privatisation de Thomson, jugeant qu’elle priverait la défense nationale française de ses moyens dans le domaine électronique (30 avril 1986).
Lors des élections législatives de juin 1988, Louis Moulinet n’est pas candidat, le PS lui ayant préféré Paul Quilès. Désormais sans mandat politique, il représente le PS au conseil d’administration de l’Association pour la rééducation professionnelle et sociale de l’Office HLM de Paris et à celui de la Caisse d’allocations familiales de Paris. Lors du congrès socialiste de Rennes de mars 1990, il prend ses distances avec Jean-Pierre Chevènement, notamment sur la question européenne. Bien qu’en retrait de la vie syndicale et politique, Louis Moulinet fait partie des 25 anciens dirigeants de la CFDT qui signent une tribune publiée dans Le Monde, le 18 avril 2004, s’interrogeant sur l’évolution de la centrale.
Fait chevalier de la Légion d’honneur en juillet 1991, Louis Moulinet est promu au grade d’officier en mars 2002.
Il était marié avec Suzanne Barrat, militante jociste tourangelle, née en 1922. Le couple a adopté un fils.