Yvette Roudy

1929 - 2026

Informations générales
  • Née le 10 avril 1929 à Pessac (Gironde - France)
  • Décédée le 18 août 2026 à Cabestany (Pyrénées-Orientales - )

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 2 avril 1986 au 14 mai 1988
Département
Calvados
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IXe législature
Mandat
Du 13 juin 1988 au 1 avril 1993
Département
Calvados
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
XIe législature
Mandat
Du 1 juin 1997 au 18 juin 2002
Département
Calvados
Groupe
Socialiste

Fonds d'archives

Un fonds Yvette Roudy, représentant 26 mètres linéaires, est conservé au Centre des Archives du féminisme de l’Université d’Angers, sous la cote 5 AF. Il a été déposé en 2001 par Yvette Roudy. Les archives couvrent la période 1965-2002 et permettent de comprendre le parcours de la militante féministe, son action au sein du PS et le rôle qu'elle a eu en tant que ministre des droits de la femme. Ces documents sont décrits dans un répertoire numérique détaillé et sont librement communicables à l’exception d’un article. De plus amples renseignements sur ce fonds sont disponibles sur le site Internet du Centre des archives du féminisme.

Un second fonds Yvette Roudy, coté 2002 JP 529, a été déposé en 2002 aux Archives départementales du Calvados. Il mesure 18,2 mètres linéaires. Ces papiers, qui concernent le cabinet d'Yvette Roudy en tant que député-maire de Lisieux, ont été produits entre 1988 et 2002. Ils font l’objet d’un inventaire méthodique provisoire. Leur communicabilité est soumise aux délais fixés par le Code du patrimoine.

Biographies

Biographie de la Ve République

ROUDY (Yvette)

Née le 10 avril 1929 à Pessac (Gironde)
Décédée le 18 août 2026 à Cabestany (Pyrénées-Orientales)

Députée du Calvados de 1986 à 1993 et de 1997 à 2002

Ministre déléguée aux Droits de la femme du 22 mai 1981 au 21 mai 1985

Ministre des Droits de la femme du 21 mai 1985 au 20 mars 1986

Yvette Saldou, qui fera carrière sous son nom d’épouse Yvette Roudy, naît le 10 avril 1929 à Pessac, dans le département de la Gironde, au sein d’une famille modeste. Elle est la fille de Joseph Saldou, ouvrier métallurgiste, pensionné de guerre après le Premier conflit mondial, membre de la SFIO et devenu employé municipal à Pessac, et de Jeanne Dicharry. En 1941, alors qu’elle n’a que douze ans, le décès de sa mère des suites d’un cancer la marque profondément. Elle évoque plus tard « une période grise, (…) noire, triste ». Les relations avec son père sont tendues. Elle se souvient de celui-ci comme d’un homme « très autoritaire et passablement machiste », « patriarcal » et « très dominateur avec ses enfants ». Elle mesure également les différences de traitement entre elle et son frère et souligne que cette atmosphère familiale est à l’origine de son engagement féministe.

Son père ne l’envoie pas au lycée – à la différence de son frère – mais la fait entrer, après sa scolarité à l’école primaire de Pessac, au collège technique de jeunes filles à Bordeaux, où elle ne s’épanouit guère. En quête d’indépendance, ayant abandonné ses études, elle travaille à 17 ans comme secrétaire dactylographe, dans une conserverie de poissons à Bordeaux, et s’inscrit à des cours du soir. Avec son enfance, cette période pose les bases de son combat à venir pour l’accès à la culture.

Elle rencontre en 1948 son futur mari, Pierre Roudy, alors lycéen, qui l’éveille à la lecture. Leur mariage a lieu le 16 juillet 1951 à Pessac. Ils quittent la France pour l’Ecosse, à Glasgow, où Pierre Roudy occupe un poste d’assistant en parallèle à la préparation de sa licence. Yvette Roudy y suit des cours à distance, avec le Centre national d’enseignement par correspondance, afin de préparer le baccalauréat. Outre-Manche, alors qu’elle ne connaît pas, à son arrivée, la langue anglaise, elle travaille d’arrache-pied pour la maîtriser, se préparant ainsi à devenir traductrice.

De retour en France, en 1955, Yvette Roudy est reçue bachelière et s’installe, l’année suivante, à Paris où la société américaine pour laquelle elle travaille s’établit. Son mari y enseigne l’anglais au lycée et s’investit activement dans la vie culturelle de son établissement, en y organisant des pièces de théâtre. C’est ainsi qu’Yvette Roudy fait la rencontre, décisive, de Colette Audry (1906-1990), enseignante et dramaturge, mais aussi Résistante et militante socialiste, syndicaliste et féministe, membre du Mouvement démocratique féminin (MDF), une organisation féministe de gauche, non communiste. Yvette Roudy devient au sein du Mouvement un rouage essentiel aux côtés, notamment, de Marie-Thérèse Eyquem (1913-1978), fondatrice et présidente du MDF en 1962, secrétaire générale du Rayon sportif féminin en 1931, présidente de la Fédération internationale d’éducation physique et sportive féminine et future secrétaire nationale du Parti socialiste (PS) en 1975.

Colette Audry convainc aisément Yvette Roudy de traduire le livre de Betty Friedan, The Feminine Mystique, paru en 1963 aux Etats-Unis et qui pose avec acuité la problématique de la femme cultivée, contrainte « de vivre au-dessous de ses capacités » (Y. Roudy, in À Cause d’elles, Albin Michel, 1985). Yvette Roudy lui donne pour titre français La Femme mystifiée et fait paraître sa traduction en 1964. Elle traduit ensuite deux autres ouvrages, toujours consacrés à la condition féminine : Ma Vie d’Eleanor Roosevelt, paru en 1965, et (en collaboration avec Rosette Coryell) La Place des femmes dans un monde d’hommes d’Elizabeth Janeway, publié en 1972.

Active au sein du MDF depuis 1964, Yvette Roudy participe au recrutement de militantes et fonde puis dirige, en 1965, l’organe du Mouvement, La Femme du XXe siècle. Celui-ci se veut un moyen d’information et d’éducation à destination des femmes et fait la promotion de l’égalité et des droits des femmes, en particulier à la contraception. Il cesse de paraître en 1971.

Militante, traductrice, journaliste, il manque à Yvette Roudy l’engagement politique. Lors de la campagne présidentielle de 1965, le candidat François Mitterrand s’engage, dans les colonnes de La Femme du XXe siècle, à faire siennes nombre de revendications féministes prônées par le MDF, à l’instar de la légalisation de la contraception, une plus grande égalité salariale et une représentation des femmes accrue au sein de la classe politique. Le candidat unique de la gauche parvient, au soir du 5 décembre 1965, à mettre le général de Gaulle en ballottage, ce qui fait forte impression sur Yvette Roudy et la conduit à adhérer à la Convention des institutions républicaines (CIR).

C’est sous cette étiquette qu’elle est candidate aux élections législatives de mars 1967, dans la troisième circonscription de Seine-et-Marne (Meaux), tenue par le gaulliste Bertrand Flornoy depuis 1962 et réputée imprenable. Sans surprise, celui-ci domine le premier tour en réunissant sur sa candidature 48,31 % des suffrages exprimés. Yvette Roudy, arrivée en troisième position avec 15,78 % (soit 7 782), derrière la communiste Raymonde Renard (20,07 %), puis se désiste entre les deux tours afin de permettre à la gauche de rehausser ses chances au second tour. Lors de celui-ci, le député gaulliste sortant s’impose sans difficulté en recueillant 61,02 % des suffrages contre 38,98 % en faveur de la candidate communiste.

L’année suivante, à l’occasion des élections législatives anticipées, organisées à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale prononcée par le général de Gaulle en réaction aux événements de Mai 1968, Yvette Roudy se présente, toujours sous les couleurs du CIR et soutenue par la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), dans la 31e circonscription de Paris (partie du XXe arrondissement). Elle est éliminée dès le premier tour avec 6,22 % des suffrages (soit 2 886 voix), devancée par le candidat de l’Union pour la défense de la République (UDR), Albert Marcenet (37,46 %), le député communiste sortant Lucien Villa (29,24 %), Jean Lacombe pour le Centre démocrate (CD-10,96 %), Michel Mousel pour le Parti socialiste unifié (PSU-7,30 %) et Pierre Bion, membre des Républicains indépendants (RI-7,14 %). Au second tour, le candidat gaulliste s’empare de la circonscription avec 53,87 % des voix.

Après ces deux revers électoraux, Yvette Roudy poursuit ses activités militantes et partisanes, collaborant avec François Mitterrand pour qui elle rédige des notes sur l’actualité politique aux Etats-Unis (en particulier sur le mouvement Black Panthers et les idées de la militante et enseignante Angela Davis). Au MDF et pour le journal dont elle est rédactrice en chef, elle travaille sur la condition féminine en Suède et rencontre pour l’occasion le Premier ministre social-démocrate Olof Palme (1927-1986). C’est, du reste, au cours de cette période qu’Yvette Roudy entre à la Grande Loge féminine de France.

En mars 1971, elle candidate sans succès aux élections municipales à Paris (huitième secteur). Elle rejoint, en juin suivant et à l’occasion du Congrès d’Epinay, le Parti socialiste avec l’ensemble du Mouvement démocratique féminin. Elle fait partie des signataires, en avril de la même année, du Manifeste des 343 qui appelle à la légalisation de l’avortement en France et qui pose, d’une certaine manière, les premiers jalons de la loi dite Veil, du 17 janvier 1975, relative à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Lors des élections législatives de 1973, Yvette Roudy n’est pas candidate et aucune femme n’est élue parmi les députés socialistes envoyés au Palais-Bourbon. La militante aguerrie mesure alors les difficultés de faire progresser la cause féministe, y compris dans les rangs du Parti socialiste. Elle confiera : « Quand je suis entrée au PS en 1971, je ne savais pas ce qui m’attendait. C’était encore la vieille SFIO, j’arrivais de la Convention des institutions républicaines. (…) Mais quand je suis arrivée dans cette SFIO de 1971, structure rigide, étroite, avec des règles strictes, quasi militaires, un discours raide, langue de bois, archaïque en un mot, je me suis dit qu’il allait falloir tout changer » (« Yvette Roudy, les femmes sont une force », entretien avec D. Gardey et J. Laufer, in Travail, genre et société, 2002/1, n° 7).

Bénéficiant de l’attention et du soutien de François Mitterrand, et avec le concours de Marie-Thérèse Eyquem et de Colette Audry, elle obtient quelques victoires : au Congrès de Suresnes de 1974 avec l’instauration d’un quota de 10 % (augmenté plus tard à 15 %) de femmes au sein des instances dirigeantes du Parti et, en 1977, avec la création d’un secrétariat national à l’action féminine dont elle assume immédiatement la responsabilité. Le Premier secrétaire du Parti socialiste préface aussi le premier ouvrage d’Yvette Roudy (hors traduction et travaux réalisés au début des années 1970 dans le cadre de la MDF tels que Le Couple dans la société ou encore La Réussite de la Femme), La Femme en marge, publié en 1975, qui met en lumière la condition féminine et la nécessité de combattre les inégalités sociales les touchant particulièrement.
Ensuite, elle est candidate pour le Parti socialiste dans la deuxième circonscription du Rhône (Lyon) à l’occasion des élections législatives de mars 1978. Avec 23,57 % des suffrages exprimés (soit 10 823 voix), dans une configuration où les candidatures sont nombreuses, elle se classe en deuxième position au premier tour derrière le candidat de l’Union pour la démocratie française (UDF), Roger Fenech (31,46 %). Suivent Jean Gaudry pour le Rassemblement pour la République (RPR – 16,39 %), Jacques Rey pour le Parti communiste français (PCF – 16,01 %), Jean Maillard pour Ecologie 78 (5,66 %), Pierre Thome pour le Parti socialiste unifié (PSU – 1,89 %), Marie-Blanche Chamoulaud pour la Ligue communiste révolutionnaire (LCR – 1,16 %), Philippe de Sailly pour le Front national (FN – 1,13 %) et Gilbert Montel pour Lutte ouvrière (LO – 1,07 %). Au second tour, elle s’incline, ne recueillant que 47,09 % des suffrages (soit 22 284 voix) contre 52,91 % en faveur de Roger Fenech qui tire profit du retrait du candidat RPR.
En vue des élections au Parlement européen du 10 juin 1979 – les premières qui se tiennent au suffrage universel direct –, Yvette Roudy obtient qu’un quart des 81 noms de la liste socialiste soit réservé à des femmes. Alors que celle-ci, menée par François Mitterrand, obtient 23,53 % des suffrages (4 763 026 voix), Yvette Roudy accède, à 50 ans, à son premier mandat électif. Elle porte son combat de toujours au Parlement européen, où elle conduit la création de la commission des droits des femmes en décembre 1979 et en devient la première présidente.

Après sa victoire à l’élection présidentielle du printemps 1981, François Mitterrand choisit Yvette Roudy pour devenir la première ministre – d’abord déléguée, de mai 1981 à mai 1985, puis de plein exercice jusqu’en mars 1986 – des Droits de la femme alors que, tout au plus, avait existé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing un secrétariat d’État à la condition féminine, confié à Françoise Giroud. La ministre Yvette Roudy décide d’installer ses services au 53 de l’avenue d’Iéna. Elle s’entoure de membres de la société civile dont les convictions féministes sont communes. Parmi ses plus proches collaboratrices figurent notamment Dominique Jourdain, Jeannette Laot, venue de la CFDT et co-présidente du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception et, surtout, Simone Iff, militante infatigable du droit à l’avortement, présidente du Mouvement français pour le planning familial, qu’elle charge de travailler sur les questions liées au corps et à la contraception.

Les projets de la nouvelle ministre sont nombreux. Ses premières mesures consistent à officialiser la célébration en France du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, et à engager une campagne inédite et massive d’information sur la contraception, alors que quinze ans après l’adoption de la loi Neuwirth, moins d’un tiers des Françaises font usage d’un moyen de contraception. Elle est aussi à l’origine de la féminisation des noms de métiers et fonctions.

Elle défend avec succès deux projets de loi essentiels dans la lutte pour l’amélioration de la condition des femmes : d’une part, celui modifiant le code du travail et le code pénal en ce qui concerne l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (déposé en novembre 1982 à l’Assemblée nationale) qui donne lieu à la loi dite « Roudy » pour l’égalité professionnelle du 13 juillet 1983 et qui permet de combattre les discriminations quant à l’accès à l’emploi et aux inégalités de rémunération en prévoyant, en particulier, que les entreprises de plus de cinquante salariés publient un état des lieux de l’égalité professionnelle ; d’autre part, celui relatif à la couverture des frais afférents à l’interruption volontaire de grossesse non thérapeutique et aux modalités de financement de cette mesure qui organise le remboursement par la Sécurité sociale (présenté au Palais-Bourbon en décembre 1982) qui aboutit à la loi du 31 décembre 1982 dite « Roudy pour l’IVG ». L’intervention est remboursée comme un acte médical classique. Cette disposition a donné lieu à des débats très animés et constitue une victoire arrachée de haute lutte par la ministre. Il s’agit de la seule mesure pour laquelle elle doit activement convaincre le président de la République qui, d’ordinaire, lui octroie un soutien inconditionnel. En effet, jusque dans les rangs de l’équipe gouvernementale, le remboursement de l’IVG est contesté, notamment par Pierre Bérégovoy, ministre des Affaires sociales et Georgina Dufoix, secrétaire d’Etat en charge de la Famille, de la population et des travailleurs immigrés.

Yvette Roudy est également à l’origine du projet de loi relatif à l’intervention des organismes débiteurs des prestations familiales pour le recouvrement des créances alimentaires impayées, qui deviendra la loi du 22 décembre 1984. A contrario, elle ne parvient pas à faire adopter son projet de loi relatif à la lutte contre les discriminations fondées sur le sexe, présenté à l’Assemblée nationale en avril 1983, qui se heurte à l’opposition farouche de la presse, des publicitaires et du patronat. De même, la loi de 1983 pour l’égalité professionnelle peine à être appliquée, faute de sanctions prévues. Yvette Roudy confiera en 2019 au Parisien que « le patronat n’a pas envie d’appliquer cette loi ».

Du reste, en qualité de ministre, elle est régulièrement invitée à répondre aux questions de la représentation nationale et défend chaque année les crédits alloués aux droits des femmes lors des débats budgétaires annuels.

Son intense activité ministérielle ne l’empêche pas de publier en 1985 son deuxième ouvrage, À cause d’elles (Albin Michel) qui fait, d’une part, le récit de son combat pour le droit des femmes et les difficultés rencontrées dans la société et la classe politique – y compris au Parti socialiste – et dresse, d’autre part, un état des lieux des chantiers encore à mener.

Pour les élections législatives de 1986, au scrutin proportionnel départemental, Yvette Roudy figure en deuxième position sur la liste du Parti socialiste conduite par Louis Mexandeau dans le département du Calvados où six députés sont à élire. Au soir du 16 mars, celle-ci obtient 35,05 % des suffrages exprimés (soit 105 488 voix) et obtient trois députés à l’Assemblée nationale : Louis Mexandeau, Yvette Roudy et André Ledran. Trois députés sont issus de la liste du RPR et de l’UDF, arrivée en tête (46,48 %), Michel d’Ornano, André Fanton et Francis Saint-Ellier.

Au Palais-Bourbon, Yvette Roudy siège au sein du groupe socialiste, de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales et de la délégation parlementaire pour les problèmes démographiques.

Membre de l’opposition, elle assiste au cours de la législature, à « l’atomisation » (sic) de son ancien ministère, relève « que beaucoup de gens étaient hostiles » à celui-ci et que « l’Eglise catholique romaine se mêle de tout ». Aussi, son action parlementaire, critique de l’action gouvernementale dirigée par Jacques Chirac, est-elle motivée par une attention constante envers la santé et les conditions de travail des femmes. Elle est ainsi l’auteure, en décembre 1987, d’une proposition de loi tendant à abroger certaines dispositions pénales relatives à l’interruption de grossesse. En séance publique, ses interventions portent d’abord sur les projets de loi autorisant le gouvernement à prendre diverses mesures d’ordre économique et social (avril 1986), de finances rectificative pour 1986 (mai 1986), relatifs à la suppression de l’autorisation administrative de licenciement (juin 1986), à la famille (novembre 1986) et portant diverses mesures d’ordre social (décembre 1986). En deuxième partie de législature, elle prend part aux débats sur le projet de loi relatif à l’autorité parentale et celui relatif à la durée et à l’aménagement du temps de travail (mai 1987).

Yvette Roudy est, sous la VIIIe législature, à l’origine de huit questions dont six questions écrites et deux questions au gouvernement portant sur la création d’une délégation à la condition féminine et à l’avenir des institutions liées à l’ancien ministère des Droits de la femme (avril 1986) ainsi qu’au Comité français d’éducation pour la santé et son financement (décembre 1987).

Yvette Roudy se porte à nouveau candidate dans la nouvelle troisième circonscription du Calvados (Lisieux), lors des élections législatives de juin 1988, organisées après la dissolution de l’Assemblée nationale prononcée par le président de la République François Mitterrand, réélu le 8 mai. En deuxième position au premier tour avec 39,79 % des suffrages exprimés (soit 17 430 voix), elle est devancée par André Fanton, député RPR sortant (42,13 %). Suivent le communiste Jean-Claude Marie (8,53 %), le frontiste Emile Barais (7,17 %) et un candidat Divers gauche, Jean-Pierre Forcioli (2,38 %). Au second tour, Yvette Roudy est reconduite comme députée, réunissant 51,52 % (soit 25 171 voix) contre 48,48 % pour son concurrent de la droite. Son suppléant est Philippe Vacher, assistant parlementaire et conseiller municipal de Lisieux.

A l’Assemblée nationale, Yvette Roudy retrouve le groupe socialiste ainsi que la commission des affaires culturelles, familiales et sociales, dont elle est vice-présidente. Elle est membre des missions d’information communes sur l’intégration des immigrés (décembre 1989) et sur la bioéthique (octobre 1990). Elle est aussi, en avril 1992, membre de la commission spéciale constituée pour l’examen des trois projets de loi sur la bioéthique (avril 1992).

Yvette Roudy est, durant son second mandat, à l’origine de trois propositions de loi tendant à favoriser l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (décembre 1990), relative à l’interruption volontaire de grossesse et supprimant la pénalisation de l’auto-avortement (octobre 1992) et visant à compléter le code électoral afin d’élargir en cas de consultation inopinée le droit de vote par procuration aux inactifs et aux chômeurs (décembre 1992), ainsi que d’un rapport d’information, rédigé au nom de sa commission d’appartenance, sur l’aménagement du temps de travail (décembre 1992). Elle est rapporteure, en novembre 1990, du projet de loi tendant au développement de l’emploi par la formation dans les entreprises, à l'aide à l'insertion sociale et professionnelle et à l'aménagement du temps de travail.

En séance publique, elle intervient d’abord au cours de l’examen des projets de loi modifiant le code du travail concernant la rémunération des stagiaires de la formation professionnelle et prorogeant les exonérations de cotisations de sécurité sociale liées aux contrats de qualification (juillet 1988), concernant la prévention du licenciement économique et au droit à la conversion avec un amendement adopté tendant à renforcer l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes (mai 1989), relatif à la prévention des mauvais traitements à l’égard des mineurs et à la protection de l’enfance (juin et juillet 1989), portant dispositions concernant les accords relatifs aux allocations d’assurances des travailleurs privés d’emploi, l’égalité professionnelle des femmes et des hommes, les contrôleurs du travail et de la main-d’œuvre, les travailleurs étrangers et le travail clandestin, avec un amendement adopté prévoyant que l’harmonisation des conditions des hommes et des femmes se fera dans le respect des droits acquis par les femmes (juin 1989) et relatif à la protection de la santé de la famille et de l’enfance (octobre 1989). Elle participe ensuite aux discussions du projet de loi relatif au crédit formation, à la qualité et au contrôle de la formation professionnelle continue (mai 1990) et au débat qui suit la déclaration du gouvernement sur l’immigration et l’intégration (mai 1990). En fin de législature, elle contribue activement à l’étude des projets de loi portant réforme des dispositions du code pénal relatives à la répression des crimes et des délits contre les personnes (juin 1991), ainsi que ceux relatifs à l’Agence du médicament et à la régulation des dépenses de médicaments prises en charge par les régimes obligatoires d’assurance maladie (octobre 1991), à l’élimination des déchets ainsi qu’aux installations classées pour la protection de l’environnement (juin 1992), au corps humain (novembre 1992), au don et à l’utilisation des éléments et produits du corps humain et à la procréation médicalement assistée (novembre 1992) et portant, enfin, diverses mesures d’ordre social (décembre 1992).

Entre juin 1988 et avril 1993, Yvette Roudy dépose 19 questions, dont douze questions écrites et sept questions au gouvernement portant sur l’avenir économique et industriel de certains bassins d’emploi à fort taux de chômage (décembre 1988), la protection des enfants (avril 1989), l’application du revenu minimum d’insertion (mai 1989), le port de symboles à caractère religieux au sein des établissements scolaires (octobre 1989), les violences dans les établissements scolaires de la banlieue parisienne (octobre 1990), la lutte contre les ligues anti-avortement (décembre 1990) et la répression contre les Kurdes en Irak (avril 1991).

Sur le plan local, Yvette Roudy accède à son premier mandat local en étant élue maire de Lisieux, à l’issue du scrutin municipal de mars 1989, avec 54,08 % des suffrages et 27 sièges au conseil. Elle ravit ainsi la ville à la droite, installée à la mairie depuis 1945 et devient la première femme maire de Lisieux. Elle fonde également, en 1992, « L’Assemblée des femmes », une association féministe, laïque et antisexiste, toujours en activité, dont l’objet initial est l’inscription de la parité dans la Constitution.

Yvette Roudy brigue un troisième mandat consécutif, sous l’étiquette du Parti socialiste, dans la troisième circonscription du Calvados en mars 1993. La droite, donnée nettement gagnante au niveau national, arrive en première position au premier tour avec André Fanton (36,57 % des suffrages exprimés). En deuxième position avec 23,10 % (soit 10 269 voix), Yvette Roudy distance notamment Michelle Hamon pour le Front national (10,96 %), le candidat Divers droite Jean-Philippe Jonquard (10,44 %), le communiste Jean-Jacques Broudic (6,55 %) et les écologistes Eric Boisnard (5,17 %), Alain Angelini (3,26 %) et Aladino Vallar (1,59 %). Au second tour, Yvette Roudy est battue par André Fanton avec 42,79 % (soit 19 511 voix) contre 57,21 %.

Préparée à ces résultats électoraux, elle confie que ses campagnes politiques précédentes lui ont appris à connaître le sentiment d’être battue et souhaite se consacrer à sa famille, aux affaires locales de Lisieux, où elle est réélue maire en juin 1995, à l’écriture et à la vie associative. En ce sens, elle se montre active au sein de l’association « Égale à égal » qu’elle préside. Elle envisage également la fondation de l’Institut politique européen de formation des femmes, destiné à la formation des femmes à la vie politique et associative, qui ouvre effectivement ses portes, à Paris, en octobre 1993. Elle signe ensuite, le mois suivant, le « Manifeste des 577 » pour l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats politiques puis publie son troisième livre, en 1995, chez Albin Michel, Mais de quoi ont-ils peur ? En juin 1996, elle est à l’origine du « Manifeste des dix », publié dans l’Express, qui réunit dix femmes politiques (notamment Edith Cresson et Simone Veil), tant de gauche que de droite, afin de réclamer la parité dans la vie politique et administrative.

L’heure n’est toutefois pas au retrait de la vie politique élective pour Yvette Roudy qui se présente une ultime fois aux élections législatives, en mai et juin 1997, dans la troisième circonscription du Calvados. Cette fois, elle se classe en tête du premier tour avec 32,87 % des suffrages (soit 14 857 voix) devant son rival du RPR André Fanton, député sortant (28,12 %), la candidate du Front national Michelle Hamon (12,65%), la communiste Jacqueline Le Corre (7,40 %), le concurrent Divers droite Jean-Philippe Jonquard (5,69 %), Jérôme de Leusse du Centre national des indépendants et paysans (CNIP-3,29 %) et les trois écologistes Eric Boisnard (3,21 %), Samuel Lemaréchal (3,06 %) et Alain Angelini (1,23 %). Elle est réélue députée au second tour avec 55,26 % des voix (soit 26 790) contre 44,74 % en faveur d’André Fanton. Son remplaçant éventuel est Jean-Jacques Lacoste, directeur d’école retraité, conseiller général du Calvados et maire de Bretteville-sur-Laize.

De retour à l’Assemblée nationale, Yvette Roudy s’inscrit au groupe socialiste et intègre la commission des affaires étrangères. Elle occupe également le poste de secrétaire de l’Assemblée nationale. Elle est, par ailleurs, représentante suppléante (juin 1997) puis titulaire (novembre 1998) de la délégation française aux Assemblées du Conseil de l’Europe et de l’Union de l’Europe occidentale (UEO), membre puis vice-présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes (octobre et novembre 1999) et participe aux travaux de la commission d’enquête sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes, ainsi que sur leurs activités économiques et leurs relations avec les milieux économiques et financiers (décembre 1998), de la mission d’information commune préparatoire au projet de loi de révision des « Lois bioéthiques » (mars 2000) et de la commission spéciale chargée d’examiner ce texte (juin 2001). Elle est, en outre, à l’origine de deux rapports d’information : l’un sur les droits de la personne et de la francophonie (octobre 2001), l’autre consacré au projet de loi relatif à la bioéthique (janvier 2002).

Active en séance publique, soutenant le gouvernement de Lionel Jospin issu de la Majorité plurielle, Yvette Roudy intervient dans les débats sur les projets de loi relatifs au développement d’activités pour l’emploi des jeunes (septembre 1997), à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu’à la protection des mineurs (septembre 1997), de finances pour 1998 sur les thèmes de la parité dans la fonction publique, le développement de la langue française et l’égalité professionnelle (octobre et novembre 1997) et relatif au mode d’élection des conseillers régionaux et des conseillers à l’Assemblée de Corse avec deux amendements adoptés sur la parité entre les candidats des deux sexes (juin 1998). Elle contribue ensuite activement aux débats sur le projet de loi constitutionnelle relatif à l’égalité entre les femmes et les hommes (décembre 1998, février et mars 1999), en faveur duquel elle se prononce, puis participe brièvement à l’examen des propositions de loi tendant à la création de délégations parlementaires aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes (février 1999) et relative au pacte civil de solidarité (PACS), qu’elle défend (mars 1999). On la retrouve aussi partie prenante à l’examen des textes tendant à favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives (février 2000) et relatif à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (mars 2000). Plus tard, elle défend le projet de loi relatif à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception contre les assauts de la droite parlementaire (novembre 2000 et avril 2001), ainsi que la proposition de loi relative au nom patronymique (février 2001), permettant à l’enfant de prendre le nom de sa mère. Ses dernières interventions à l’Assemblée nationale concernent les projets de loi autorisant la ratification du traité de Nice (juin 2001), relatif à la bioéthique (janvier 2002) et, lors de sa deuxième lecture, de la proposition de loi relative au nom patronymique (février 2002).

Lors de son troisième mandat, Yvette Roudy dépose seize questions, dont dix questions écrites, quatre questions au gouvernement relatives au fonctionnement de la délégation interministérielle sur les droits des femmes (janvier 1998), à la disparition d’un dossier au Palais de justice de Paris relatif à l’église de scientologie (novembre 1998), à l’emploi et l’activité industrielle en Normandie (janvier 2000) et à l’élargissement de l’Union européenne (octobre 2000), ainsi que deux questions orales sans débat sur l’emploi et l’activité de l’entreprise Moulinex en Normandie (février 1999) et la consommation (juin 1999).

Elle publie également son quatrième livre, sur un thème qu’elle a régulièrement défendu en qualité de membre de la commission des affaires étrangères : La Francophonie, de la culture à la politique (éd. de l’Assemblée nationale, coll. « Les Documents d’information », 1998).

Sur le plan local, Yvette Roudy quitte ses fonctions de maire de Lisieux en mars 2001. En effet, la présentation d’une liste dissidente à gauche, menée par son ancien premier adjoint, permet au candidat de l’UDF, Bernard Aubril, de s’imposer puis de conserver la mairie jusqu’en juillet 2020.

Après son troisième mandat parlementaire, Yvette Roudy se retire ainsi de la vie politique élective. Elle se consacre alors à l’écriture et au militantisme partisan et associatif. Elle fait ainsi paraître son cinquième livre, fruit d’une quarantaine d’années d’activités politiques à gauche : Allez les femmes : une brève histoire du PS et de quelques absentes (éd. Le Bord de l’eau, 2005). Lors des élections présidentielles de 2007, elle soutient la candidature de Ségolène Royal, puis celle de François Hollande lors de la primaire socialiste de 2011. Elle confesse toutefois au journal Le Monde, l’année suivante, que « le Parti socialiste est repris par ses vieux démons remontant à Proudhon, qui était misogyne » pour décrier le programme du futur président, selon elle, trop timide dans ses propositions pour l’égalité entre les femmes et les hommes.
En 2014, elle rend hommage à son mari, décédé deux ans plus tôt, amoureux des belles lettres qui souhaitait que le théâtre devienne une matière optionnelle au baccalauréat, en fondant le Prix Pierre-et-Yvette Roudy. Elle effectue ainsi une donation de 72 000 euros à la Chancellerie des universités de Paris afin que chaque année, deux bacheliers – à parité – soient récompensés pour la qualité de leur prestation théâtrale.
Pour les élections présidentielles de 2017, elle soutient un temps Benoît Hamon mais s’en désolidarise en janvier après les propos du candidat sur le port du voile islamique. Elle lui reproche « de ne pas donner assez de gages concernant la laïcité, et plus largement l’égalité entre les sexes ».

En novembre 2018, elle crée la Fondation Yvette Roudy, sous l’égide de la Fondation de France, afin d’aider toute action orientée vers l’égalité des sexes dans les domaines de l’accès à l’éducation et de l’emploi ainsi que le respect du corps des femmes et le droit à la contraception.

Active dans le débat public, souvent sollicitée par la presse et dans les réunions féministes, elle donne régulièrement ses vues sur l’actualité, en particulier après les révélations de l’affaire Weinstein aux Etats-Unis et l’essor consécutif du mouvement planétaire #Me Too, qu’elle considère comme « un événement fondamental du XXIe siècle et une étape historique du féminisme, qui [lui] rappelle l’époque du Manifeste des 343 ».

Elle publie, en 2020, chez Robert Laffont, son dernier ouvrage, Lutter toujours, qui résume le combat de sa vie pour l’égalité des sexes et constitue, d’une certaine manière, son testament politique.

Yvette Roudy décède le 18 août 2026 à Cabestany, à l’âge de 97 ans, dans les Pyrénées-Orientales, où elle résidait depuis trois ans. Elle était décorée des insignes d’officier de la Légion d’honneur (2013) et de commandeur de l’ordre national du Mérite (2018).

Sa disparition suscite de nombreux hommages appuyés et admiratifs de la classe politique française et du tissu associatif. Esprit libre, indépendant et déterminé, tour à tour militante, traductrice, écrivaine, ministre, députée et maire, Yvette Roudy demeurera une figure incontournable du combat pour l’égalité des droits et des sexes en France, à l’image de ses amies et modèles Simone de Beauvoir et Simone Veil.