André Soury
1924 - 2012
SOURY (André)
Né le 14 avril 1924 à Verneuil (Charente)
Député de la Charente de 1956 à 1958 et de 1978 à 1986
André Soury appartient à une famille de cultivateurs de la Charente limousine. Il est né à Verneuil, mais ses parents étaient métayers à Pressignac, à quelques kilomètres de Chabanais. Il obtient son certificat d’études, puis travaille avec ses parents jusqu’à l’âge de 25 ans. A partir de ce moment-là il se consacre totalement à la vie politique.
Dès la Libération, il adhère aux Jeunesses communistes. Trois éléments expliquent ce choix. Il y a d’abord l’influence de son père, Louis, qui l’a sensibilisé aux idées du Front populaire. Il était électeur radical car, explique André Soury, « le vote radical était alors dans les campagnes le vote républicain qui, après la guerre, deviendrait le vote communiste ». Sous la Quatrième République, Louis Soury est conseiller municipal communiste de Pressignac. Le rôle tenu par le Parti communiste dans la résistance explique en partie cette évolution du radicalisme au communisme. Mais, pour la famille Soury, l’élément déterminant est sans aucun doute la réforme du métayage, une vraie révolution à ses yeux. Le Parti communiste semble être à l’origine de cette réforme.
André Soury s’illustre d’abord dans le syndicalisme agricole, en particulier dans le cadre du syndicat des preneurs de baux ruraux. Sa lutte contre l’expulsion de paysans en 1947 lui permet de se faire remarquer par les instances fédérales du parti qui lui offrent une ascension rapide. Il intègre le comité fédéral en 1948, devient secrétaire de la section de Chabanais et est nommé président du comité cantonal de défense paysanne. C’est alors qu’il abandonne le travail des champs pour devenir permanent du parti. Enfin, il est secrétaire fédéral en 1950.
Il figure en troisième position sur la liste communiste pour les élections de juin 1951, ce qui ne lui permet pas d’être élu. Dans les années 1950, un partage des tâches apparaît implicitement entre André Soury et le député sortant Jean Pronteau. Celui-ci a été « parachuté » en 1945 et vient d’intégrer le comité central. Aussi, n’est-il pas souvent en Charente. C’est donc André Soury qui assure la continuité du travail de la fédération. Il s’occupe particulièrement de la propagande et du monde paysan. Il suit sans aucun problème la ligne du bureau politique du Parti communiste. Ainsi croit-il, comme beaucoup de militants, à la thèse officielle selon laquelle Budapest est l’action d’éléments contre-révolutionnaires.
L’importance qu’il a prise au sein de la fédération l’amène à prendre la deuxième place de la liste de 1956 derrière Jean Pronteau. Avec 29,7 % des suffrages exprimés, cette liste possède une large avance sur ses adversaires qui n’ont pas pu conclure un apparentement ; aussi, les communistes obtiennent deux élus et André Soury rejoint le Palais Bourbon. Quelques mois plus tard, il se marie avec Angèle Daganaud, secrétaire, avec laquelle il a deux enfants.
André Soury est nommé membre de la commission de l’agriculture et y siège durant les deux années de la législature. Il dépose deux propositions de loi, deux propositions de résolution et cinq rapports. Toutes ces initiatives parlementaires ont trait aux thèmes agricoles et, plus précisément, à l’aide aux petits exploitants. Il intervient à douze reprises en séance publique, toujours sur son thème de prédilection. Sur cette question, il défend cinq amendements et deux sous-amendements durant son mandat. Il n’hésite pas à interpeller les gouvernements sur leur politique agricole (6 mars et 19 septembre 1957). Il prend également la parole dans la discussion des projets de loi de finances (3 décembre 1956 ; 7 mars 1958).
Ses votes sont le plus souvent ceux imposés par la discipline du groupe communiste. Il investit Guy Mollet, vote les pouvoirs spéciaux en Algérie, puis s’oppose aux gouvernements en place lors des grands scrutins. Naturellement hostile au retour du général de Gaulle et à la Cinquième République, il est battu lors des élections législatives de novembre 1958. Candidat dans la troisième circonscription de la Charente, celle du Confolentais, il obtient 28,3 % des suffrages exprimés au premier tour, mais il est nettement distancé par le conseiller général de Chabanais, Jean Valentin.
La carrière d’André Soury prend alors un autre aspect. Il entre en 1959 au conseil municipal de Pressignac. Jean Pronteau se montre de plus en plus critique à l’égard du Parti communiste ; il en est finalement exclu à la fin des années 1960 : André Soury devient le leader de la fédération. Il se présente sans succès aux élections législatives de 1962, 1967, 1968 et 1973, toujours dans la troisième circonscription. Mais la dynamique de l’union de la Gauche finit par lui être favorable. Il est élu conseiller général de Chabanais en 1976, maire de Pressignac en 1977 et à nouveau député en 1978. Il siège également au conseil régional et au Parlement européen. Réélu en 1981, il perd son siège de député en 1986, malgré la représentation proportionnelle. Et en 1988, il doit s’incliner face au sortant socialiste Jérôme Lambert. Au début des années 1990, il prend ses distances avec le Parti communiste. A la fin de la décennie, il abandonne ses mandats d’élus locaux et se consacre à l’écriture d’ouvrages sur la Charente limousine ou sur le monde paysan.
SOURY (André)
Né le 14 avril 1924 à Verneuil (Charente)
Décédé le 23 mai 2012 à Roumazières-Loubert (Charente)
Député de la Charente de 1956 à 1958 et de 1978 à 1986
(Suite de la biographie de la IVe République)
Membre du PCF, qui a dit « non » au général de Gaulle, député sortant élu en 1956, André Soury se porte candidat dans la 3e circonscription de Charente (Charente limousine et Ruffécois), avec comme suppléant Maurice Pelfort,
ouvrier à Ruffec. Il est opposé à cinq autres candidats, dont une figure socialiste de la résistance en Nord Charente, André Chabanne. Au premier tour, André Soury arrive en deuxième position, avec 28,29 % des 50 933 suffrages exprimés, derrière le candidat du Centre national des indépendants et paysans (CNIP) Jean Valentin (33,46 %). Le 30 novembre suivant, Jean Valentin remporte le second tour avec 63,98 % des 49 901 suffrages exprimés.
La carrière d’André Soury prend alors une autre tournure. Il entre en 1959 au conseil municipal de Pressignac. A cette époque, la fédération de Charente subit le contrecoup de la mise à l’écart progressive de Jean Pronteau au sein du PCF. André Soury reste sur les positions de la direction du parti et prend la tête de la fédération charentaise. Il se présente sans succès aux élections législatives de 1962, 1967, 1968 et 1973, toujours dans la 3e circonscription charentaise.
En novembre 1962, André Soury devance le député sortant Jean Valentin au premier tour avec 32,57 % des suffrages exprimés mais perd au second tour, lorsque celui-ci obtient 52,33 % des voix grâce au retrait des deux autres candidats de droite et du centre. En mars 1967, avec désormais pour suppléant Jean Martinez, vétérinaire à Villefagnan, André Soury affronte à nouveau Jean Valentin. Ce dernier arrive cependant en tête au premier tour (avec seulement 60 voix d’avance sur André Soury) comme au second tour (avec 53,45 % des suffrages). En juin 1968, André Soury, et son nouveau suppléant Jean-Marie Boutinot (instituteur à Nanteuil-en-Vallée et secrétaire de la section PCF de Ruffec), retrouvent la tête du premier tour avec 36,63 % des voix. Jean Valentin, en troisième position, se retire au profit du candidat de l’Union des démocrates pour la République (UDR) Michel Alloncle, arrivé en deuxième position. Ce dernier distance André Soury au second tour avec 54,88 % des voix contre 45,12 %. Aux élections législatives suivantes de mars 1973, Michel Alloncle, devenu en 1971 le maire de Ruffec, domine André Soury aux deux tours.
La dynamique de l’union de la gauche finit néanmoins par être favorable à André Soury. Il est élu conseiller général de Chabanais en 1976, puis maire de Pressignac en 1977. Il conserve ces deux mandats jusqu’en 2001, pour le premier, et 1995, pour le second. Aux élections législatives de mars 1978, André Soury, avec désormais pour suppléante Denise Laidet, institutrice à Ruffec, affronte quatre autres candidats, dont le député sortant Michel Alloncle. Ce dernier est nettement en tête du premier tour le 12 mars, avec 42,18 % des 59 878 suffrages exprimés. André Soury n’en obtient que 29,44 %, suivi par le socialiste Jean Reyrat (22,59 %). Le 19 mars, le retrait de Jean Reyrat au second tour permet cependant à André Soury de devancer Michel Alloncle, avec 50,49 % des 61 989 suffrages exprimés. André Soury retrouve ainsi l’Assemblée nationale après vingt années.
Il siège au sein du groupe communiste. Il est membre de la commission de la production et des échanges (1978-1981). Le 18 mai 1978, il est élu parmi les 24 députés représentants de l’Assemblée nationale à l'Assemblée parlementaire des communautés européennes, où il reste jusqu’en juin 1979. Aux premières élections au suffrage universel des députés européens, le 10 juin 1979, André Soury est candidat sur la liste du PCF mais n’est pas élu. A l’Assemblée nationale, il est toutefois désigné membre de la délégation parlementaire pour les Communautés européennes le 11 octobre 1979.
Il présente deux propositions de loi : la première relative aux opérations de remembrement et d'aménagement foncier (avril 1978), la seconde sur le stockage et la commercialisation du cognac, production charentaise emblématique (juin 1980). Il en est ensuite le rapporteur au mois d’octobre suivant). Il pose, en 1979 et 1980, quatre questions au gouvernement, sur l’emploi en Charente et dans la Vienne, sur la situation de l'hôpital de Girac en Charente, sur la position du gouvernement relative à un projet de règlement européen sur l’importation de viande ovine et sur la directive européenne sur la conservation des oiseaux sauvages. A ce sujet, le 11 avril 1980, il interroge aussi le secrétaire d’Etat chargé de l'environnement, François Delmas, au nom de la défense de la chasse traditionnelle aux oiseaux migrateurs.
Il intervient de façon régulière au nom du groupe communiste lors du vote d’amendements et d’explications de votes. Ainsi, en mai 1978, lors des débats sur le projet de loi relatif aux prophylaxies collectives des maladies animales. De même, en juin 1980, au sujet du projet de loi renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes, il défend le droit de grève des cheminots et des électriciens, ainsi que le droit de manifestation des usagers pour la défense du service public, dénonçant des condamnations récentes basées, à ses dires, sur un décret du 22 mars 1942 du « gouvernement de Vichy ».
Il prend chaque année la parole lors de l’examen des projets de lois de finances, sur l’allègement de la fiscalité des alcools (cognac, armagnac et calvados, octobre 1978 et décembre 1980), le budget annexe des prestations sociales agricoles, les revenus agricoles mais aussi l’aménagement insuffisant de la Nationale 10 en Charente (9 novembre 1978) ou la dégradation des services de la poste en milieu rural (9 novembre 1979).
En plusieurs occasions, il exprime les craintes de son groupe sur l'élargissement de la Communauté économique européenne, considérant l'entrée de l'Espagne dans le marché commun comme une menace pour les agriculteurs français (29 novembre 1978), dénonçant les avantages qu’il considère procurés à l'Allemagne en matière agricole (15 décembre 1978) ou le sacrifice des productions nationales d'alcool « sur l'autel de l'Europe » (16 décembre 1980). Il rejoint en mai 1979 la commission spéciale chargée d'examiner le projet de la future loi d'orientation agricole du 4 juillet 1980 : sur les sujets de l’installation des jeunes agriculteurs, de la retraite des exploitants ou de l’endettement des agriculteurs, il mène un travail d’amendements, par exemple par un amendement rejeté sur la garantie du revenu agricole.
Parallèlement, ès qualité, il siège également au conseil régional de Poitou-Charentes, entre 1978 et 1986. En 1979, il quitte la direction de la fédération charentaise du PCF pour se consacrer à ses mandats mais continue de siéger au bureau fédéral.
Les élections législatives de juin 1981 voient de dérouler sur la 3e circonscription charentaise la même dynamique qu’en 1978. Le 14 juin, André Soury arrive deuxième du premier tour avec 30,73 % des 54 712 suffrages exprimés, devancé par le candidat du Rassemblement pour la République (RPR) Michel Maury-Laribière (38,99 %) et suivi par le socialiste Jean Reyrat (29,10 %). Le retrait de ce dernier permet à André Soury de conserver son siège le 21 juin, avec 54,93 % des 57 523 voix exprimées.
Pour ce nouveau mandat à l’Assemblée, André Soury est à nouveau membre de la commission de la production et des échanges, dont il assume la vice-présidence jusqu’en juillet 1984. Par ailleurs, il préside en 1981 le groupe parlementaire d’amitié France-Bulgarie et est vice-président de deux autres groupes d’amitiés : France-Etats unis d’Amérique (dès 1981) et France-Yémen démocratique (à compter de 1982). Il rejoint brièvement la commission des affaires culturelles, familiales et sociales en juillet et août 1984, avant de retrouver la commission de la production et des échanges, dont il devient secrétaire en avril 1985 pour la dernière année de son mandat. En juillet 1981, comme en 1979, il réintègre la délégation de l'Assemblée nationale pour les communautés européennes (il est candidat à nouveau aux élections européennes de juin 1984 sur la liste du PCF mais sans plus de succès qu’en 1979). En avril 1984, il est désigné membre suppléant du Conseil supérieur des prestations sociales agricoles. Il rejoint en décembre 1982 un groupe de travail relatif aux producteurs d'eaux-de-vie.
Ces désignations font notamment suite à ses interventions soutenues au nom du groupe communiste lors des examens en première et deuxième lecture de ces mêmes projets de lois. Par exemple, en mai 1985, il évoque le regroupement des petits propriétaires forestiers, sur les risques de partitions compromettant la gestion sylvicole et agricole lors des partages successoraux, ou sur la création de coopératives forestières d’utilisation du matériel, lors de l’examen en 1985 du projet de loi sur la forêt.
Parallèlement, les projets de loi de finances lui donnent matière à intervenir pour le groupe communiste sur les questions agricoles comme durant son mandat précédent (revenus, marché commun, concurrences internationales, fiscalité agricole…), mais aussi sur l’urbanisme en milieu rural et les crédits pour la protection de l’environnement. André Soury intervient également lors d’autres débats législatifs : sur les besoins financiers des communes rurales (11 septembre 1981), la rénovation des modalités d’élections des chambres d’agriculture (novembre 1981), l’enseignement supérieur (juin 1983), l’enseignement agricole privé (novembre 1984), le recouvrement des pensions alimentaires impayées (novembre 1984) ou les négociations collectives relatives à l'aménagement du temps de travail (décembre 1985). Les débats lors du projet de loi relatif au contrôle des structures agricoles et sur le statut du fermage le voient également prendre la parole et défendre plusieurs amendements dont deux sont adoptés.
André Soury dépose trois propositions de loi : sur la commercialisation du cognac (juillet 1981, reprise de sa proposition de juin 1980), sur l'adhésion des collectivités territoriales aux coopératives d'utilisation de matériel agricole (juillet 1982) et sur le régime de retraite des non-salariés agricoles (juin 1985). Il est nommé rapporteur de ces deux premiers. Il est également nommé rapporteur de trois propositions de lois dans le champ agricole, dont deux émanant du député communiste de la Corrèze Jean Combasteil sur les baux agricoles (juillet 1981) et sur l'installation des jeunes agriculteurs (octobre 1985).
Au cours de ce mandat, ses questions au gouvernement privilégient à nouveau le domaine agricole : sur le prix du lait (15 juillet 1981), sur les prix agricoles communautaires (7 avril 1982), sur les quotas laitiers (23 mai 1984), sur les calamités agricoles dans le contexte de la sécheresse de l’été 1985 particulièrement marquée en Charente (2 octobre 1985) ou sur l’avenir de la filière ovine, particulièrement prégnante en Charente limousine (décembre 1985).
Le député de la Charente aborde également d’autres sujets : le stockage et la circulation de déchets industriels dangereux en partant du cas d’une décharge de plus de 7 000 tonnes de produits chimiques découverte dans une carrière de Roumazières-Loubert au cœur de la circonscription d’André Soury (avril 1983), la mise en place des contrats emploi-formation (27 juin 1984) ou la fermeture d’antennes territoriales d’Electricité de France en Charente (31 octobre 1984). Un sujet international, le sabotage du navire Rainbow Warrior de l’association Greenpeace par les services secrets français, le 10 juillet 1985, lui permet de rebondir vers un sujet agricole : le 6 novembre 1985, André Soury interroge le gouvernement en exprimant la crainte que les échanges diplomatiques avec la Nouvelle-Zélande découlant de cette affaire ne se muent en un marchandage ouvrant la voie à l’importation de viande de mouton et de beurre néo-zélandais au détriment des agriculteurs français.
Aux élections législatives à la proportionnelle du 16 mars 1986, André Soury est tête de liste en Charente pour le PCF. Sa liste, avec 14,22 % des 186 505 suffrages exprimés, n’obtient aucun siège, nettement devancée par la liste RPR-Union pour la démocratie française (UDF) conduite par le maire de Cognac, Francis Hardy, et par la liste socialiste conduite par le maire d’Angoulême, Jean-Michel Boucheron. André Soury se présente une nouvelle fois aux élections législatives de juin 1988 dans la 3e circonscription de la Charente (Confolens, Ruffec), avec comme suppléant André Mahé, agriculteur à Vars. Il se retire toutefois à l’issue du premier tour, arrivé en troisième position avec 27,35 % des 49 047 suffrages exprimés, loin derrière le député socialiste sortant Jérôme Lambert (réélu le 12 juin suivant) et le candidat de la droite René Durepaire.
Sur le plan partisan, en 1987, André Soury demande à quitter le bureau de la fédération communiste de Charente. Au cours des années 1990, il prend ses distances avec le Parti communiste, jusqu’à la rupture. Réélu maire de Pressignac en mars 1983 et mars 1989, il ne se représente pas aux élections municipales de mars 1995. Il quitte le conseil général de la Charente en 2001. Retiré de la vie politique, André Soury se consacre à l’écriture de plus d’une vingtaine d’ouvrages sur la Charente limousine et sur le monde paysan, entre récits autobiographiques et hommages à sa région, à l’image du roman Les Métayers de 46 (2001) ou de l’essai La Terre de la Colère (2008), préfacé par le syndicaliste paysan José Bové.
André Soury décède le 23 mai 2012 à l’âge de 88 ans.