François Mitterrand

1916 - 1996

Président de la République du 19 mai 1981 au 17 mai 1995

Informations générales
  • Né le 26 octobre 1916 à Jarnac (Charente - France)
  • Décédé le 8 janvier 1996 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Nièvre
Groupe
Union démocratique et socialiste de la Résistance
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Nièvre
Groupe
Union démocratique et socialiste de la Résistance
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Nièvre
Groupe
Union démocratique et socialiste de la Résistance et du RDA
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 25 novembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Nièvre
Groupe
Rassemblement démocratique
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 5 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Nièvre
Groupe
Fédération de la gauche démocrate et socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 30 juin 1968 au 1er avril 1973
Département
Nièvre
Groupe
Fédération de la gauche démocrate et socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 11 mars 1973 au 2 avril 1978
Département
Nièvre
Groupe
Parti socialiste et radicaux de gauche
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 19 mars 1978 au 22 mai 1981
Département
Nièvre
Groupe
Socialiste

Mandats au Sénat ou à la Chambre des pairs

Sénateur
du 1er janvier 1959 au 1er janvier 1962

Fonds d'archives

Les Archives nationales conservent dans leur sous-série 5 AG 4 les archives présidentielles de François Mitterrand (1981-1995).

Principalement constitué des dossiers des différents conseillers techniques et chargés de mission du Président, ce fonds d’archives, dont à l’heure actuelle le tiers a été classé, représente une masse de 1,4 km linéaire. Les notes échangées de façon continue entre François Mitterrand et ses collaborateurs par le biais du secrétariat général de l’Élysée, annotées de façon plus ou moins étendue par le chef de l’État, permettent de mesurer le degré d’implication de celui-ci dans les affaires portées à sa connaissance.

Le plan de classement du répertoire méthodique du fonds 5 AG 4, en cours de rédaction, en reproduit les sous-divisions et distingue donc les archives à proprement parler du président de la République et celles de son secrétariat particulier, les archives de son cabinet, celles de son état-major particulier, les archives du secrétariat général englobant celles des chargés de mission et des conseillers techniques, et enfin les archives des services permanents du palais de l’Élysée.

Les archives des deux septennats de François Mitterrand sont des archives publiques au sens du code du patrimoine. Elles sont néanmoins régies par un protocole de remise, comme toutes les archives présidentielles depuis 1974. En vertu de celui-ci, le président de la République, ou son mandataire expressément désigné, se réserve le droit de contrôler l’accès des chercheurs à son fonds, qui déroge donc au droit commun des archives. Madame Dominique Bertinotti, ancienne ministre et mandataire de François Mitterrand, statue depuis le décès du Président sur la totalité des demandes de consultation par dérogation portant sur ses archives. Lorsque son mandat prendra fin en 2021, les archives de François Mitterrand tomberont sous le coup des délais de communicabilité prévus par l’article L213-2 du code du patrimoine.

De nombreux autres fonds concernant François Mitterrand sont recensés dans les sources complémentaires de l’état sommaire du fonds 5 AG 4.

Des archives privées couvrant l’ensemble de la vie politique du Président, des collections de documents sonores, audiovisuels et iconographiques ainsi qu’un fonds documentaire pour la période élyséenne sont également conservés à l’Institut François Mitterrand. L’accès à ces archives est soumis à autorisation.

Biographies



Né le 26 octobre 1916 à Jarnac (Charente)
Décédé le 8 janvier 1996 à Paris

Député de la Nièvre de 1946 à 1958
Ministre des anciens combattants et des victimes de guerre du 22 janvier 1947 au 26 juillet 1948
Secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil du 26 juillet 1948 au 28 octobre 1949
Ministre de la France d'outre-mer du 17 juillet 1950 au 10 juillet 1951
Ministre d'Etat du 21 janvier au 7 mars 1952
Ministre délégué au Conseil de l'Europe du 28 juin au 5 septembre 1953
Ministre de l'intérieur du 19 juin 1954 au 23 février 1955
Ministre d'Etat, garde des Sceaux, chargé de la justice du 1er février 1956 au 13 juin 1957

Président de la République de 1981 à 1995


François Mitterrand est né à Jarnac, en 1916 dans une famille de huit enfants. Son père, employé des chemins de fer, devenu directeur d'une entreprise familiale de fabrication de vinaigre, professait des opinions conservatrices tempérées de catholicisme social. Après des études secondaires dans une institution religieuse d'Angoulême, le jeune François Mitterrand s'établit à Paris en 1934, chez les pères maristes du « 104 » de la rue de Vaugirard, et s'inscrit aux facultés de lettres et de droit, ainsi qu'à l'Ecole libre de sciences politiques dont il sort diplômé en juin 1937. Il obtient, la même année, un diplôme d'études supérieures de droit public, consécutif à une licence ès-lettres obtenue en 1936. Peu absorbé par les joutes politiques de l'époque, il a néanmoins adhéré un temps aux Volontaires nationaux, mouvement de jeunesse des Croix de Feu du colonel de la Rocque.

Mobilisé en septembre 1939, François Mitterrand est blessé et fait prisonnier l'année suivante. Envoyé en captivité en Allemagne, une expérience qui a assurément marqué son évolution ultérieure, il fait trois tentatives d'évasion dont la dernière, en décembre 1941, réussit. Il entre peu après au Commissariat général aux prisonniers de guerre, à Vichy, dont il dirige en fait les services d'information. Il ne nourrit à l'époque aucune prévention à l'égard du régime de l'État français et accueille même favorablement le retour au pouvoir de Pierre Laval en avril 1942. Mais quand ce dernier veut orienter le Commissariat dans un sens collaborationniste, il en démissionne (début 1943) et jette les bases d'une organisation résistante des prisonniers de guerre dans la mouvance des organisations militaires secrètes. Il n'en est pas moins décoré de la Francisque (n° 2202) en février-mars 1943, décoration dont il dira qu'elle était pour lui une précieuse couverture de ses activités résistantes. Ayant gagné Londres puis Alger, il nourrit à l'égard du général de Gaulle des sentiments mitigés et une attitude proche de l'insubordination qui s'expliquent par son refus de placer son Rassemblement national des prisonniers de guerre dans l'orbite de la France combattante. Une fusion de divers mouvements est finalement opérée en mars 1944 et c'est comme secrétaire général des prisonniers de guerre et déportés qu'il représente le général de Gaulle entre la libération de Paris et l'arrivée du Gouvernement provisoire. Il s'emploie dès lors à étoffer le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD) qui devient, en avril 1945, la Fédération nationale des prisonniers de guerre (FNPG), et qui se révèle par la suite un utile levier électoral.

Ayant refusé l'offre du ministre Henri Frenay d'être nommé secrétaire général du ministère des anciens combattants, François Mitterrand dirige un temps le journal féminin Votre Beauté, mais aspire à la conquête d'un mandat électif. Ayant répudié le MRP comme trop clérical et la SFIO comme trop dogmatique, il choisit l'étiquette du Rassemblement des gauches républicaines (RGR), cartel électoral qui regroupe depuis 1946 le parti radical, l'UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance) et quelques petites formations de droite. Il se présente, le 2 juin 1946, aux élections pour la seconde Assemblée nationale constituante dans la 5ème circonscription de la Seine (banlieue Ouest), mais il n'obtient que moins de 6 % des suffrages et n'est pas élu. Sur les conseils d'Henri Queuille, chargé des questions électorales au parti radical, il se tourne vers le département de la Nièvre en vue des élections suivantes. A la tête d'une liste d'Action et d'unité républicaine, il mène une campagne vigoureusement anticommuniste, hostile au tripartisme comme aux nationalisations, favorable à l'enseignement privé et à l'économie libérale. Il s'agit en effet de ravir au PCF le deuxième siège qui lui était revenu le 2 juin 1946. Cet appel en direction de l'électorat de droite est parfaitement entendu. Le 10 novembre, la liste de François Mitterrand, arrivée en seconde position, obtient 30 080 voix sur 118 547 suffrages exprimés et un siège. Le nouvel élu consolide son ancrage local par un mandat de conseiller municipal à Nevers en 1947 et la conquête du canton de Montsauche au détriment du conseiller général communiste sortant. Il siège au conseil général de la Nièvre jusqu’en 1981, et le préside pendant dix-sept ans, de 1964 jusqu’en 1981. « La Nièvre est le pays de ma vie » dira-t-il souvent.

Député apparenté au groupe UDSR - il n'adhère à ce parti qu'un an plus tard - François Mitterrand appartient aux commissions des moyens de communications et de la presse puis, à partir de 1949, à la commission des finances. Après le bref gouvernement de transition dirigé par Léon Blum, il devient ministre des anciens combattants et victimes de guerre dans le cabinet Ramadier, poste préalablement refusé par Eugène Claudius-Petit, et qu'il retrouve dans le gouvernement suivant présidé par Robert Schuman. Dans ces fonctions, le jeune ministre déploie une intense activité. Il établit le statut des déportés et internés de la résistance, et étend la liste des emplois réservés aux anciens combattants. Mais surtout, il fait relever le taux des pensions à tous les ayants droit et accorde la carte du combattant 1939-1945 aux anciens prisonniers de guerre. Il opère parallèlement une reprise en main de son ministère dont il évince de nombreux fonctionnaires et employés communistes. En séance, certains échanges très vifs l'opposent, à plusieurs reprises, aux députés communistes, ainsi le 29 novembre 1947.

Après la chute du gouvernement Schuman, François Mitterrand demeure dans les gouvernements Marie et Queuille, mais au poste moins exposé de secrétaire d'État à la présidence du Conseil, chargé de l'information. Il défend son budget face à une multitude d'amendements, et fait adopter, en 1948, le procédé français de télévision en « 819 lignes », de préférence au procédé américain en « 405 lignes » plus immédiatement exploitable.

Absent du gouvernement Bidault (octobre 1949 - juin 1950) mais devenu président du groupe parlementaire de l'UDSR, François Mitterrand accède aux fonctions de ministre de la France d'Outre-mer dans le premier gouvernement Pleven et conserve ce poste dans le troisième gouvernement Queuille. Il dépose en cette qualité un grand nombre de projets de loi à caractère douanier, administratif et judiciaire. Il opère subséquemment une rentable opération politique en réussissant à détacher la plupart des élus du Rassemblement démocratique africain (RDA) de l'orbite du PCF, et en obtenant leur rattachement au groupe parlementaire de l'UDSR. Il prend quelques mesures de détente politique et sociale, à Madagascar et en Côte d'Ivoire notamment, où il se rend en janvier 1951, gestes qui suffisent à provoquer l'inquiétude de la droite et du MRP. Ce dernier saisit l'affaire de la condamnation des Pères Blancs de Dakar pour opérer une attaque en règle et obtenir une réduction symbolique des crédits du ministère de la France d'Outre-mer (séance du 5 avril 1951). Pour autant, le passage à ce ministère a durablement marqué François Mitterrand qui en a conçu un vif attachement aux possessions d'outre-mer doublé d'une préférence pour les solutions libérales, ce dont témoignent les deux essais qu'il a par la suite consacrés à ce sujet, Aux frontières de l'Union française (1953) et Présence française et abandon (1957).

En vue des élections du 17 juin 1951, François Mitterrand ne conclut pas d'apparentement en raison de ses mauvaises relations avec les socialistes nivernais. La liste qu'il dirige bénéficie du soutien du RGR et des Indépendants, mais il doit affronter une liste RPF (Rassemblement du peuple français) dont l'électorat potentiel s'était largement porté sur lui en 1946. D'où une réélection plus difficile, sa liste rétrogradant en troisième position derrière le PCF et le RPF, en n'obtenant que 20 310 voix, soit 10 000 de moins qu'en novembre 1946.

François Mitterrand retrouve la commission des finances, puis siège aux commissions de l'outre-mer en 1952 et des affaires étrangères en 1953. Contre toute attente, il est évincé du ministère de la France d'outre-mer dans le cabinet formé par René Pleven, le 8 août 1951, à la demande du MRP sans doute, qui considérait ce portefeuille comme sien et qui nourrissait divers griefs à l'encontre du député de la Nièvre. Peut-être aussi, le président du Conseil souhaitait-il éloigner un homme qui commençait à lui porter ombrage à la tête de l'UDSR. De fait, François Mitterrand a amorcé, dès 1950, une conquête de ce parti avec l'éviction de ses éléments gaullistes : elle s'achève en novembre 1953, avec l'élimination de René Pleven et son élection à la présidence. Entre-temps il a appuyé le gouvernement Pleven de ses votes, malgré une absence remarquée lors du vote de la loi Marie-Barangé, favorable à l'enseignement privé, du 21 septembre 1951.

Le 20 janvier 1952, François Mitterrand entre comme ministre d'État dans le gouvernement dirigé par Edgar Faure. Le poste est sans contenu précis, surtout dicté par la nécessité de l'équilibre politique. Mais la dégradation rapide de la situation en Tunisie, consécutive à la nomination du Résident général Jean de Hauteclocque et au ratissage du Cap Bon (20-25 janvier 1952), conduit le président du Conseil à confier à son ministre d'État la rédaction d'un rapport qui rechercherait les voies d'une solution politique. La teneur libérale de ce dernier, proche en fait de l'autonomie interne que reconnaîtra plus tard Pierre Mendès France, est bien accueillie dans les milieux nationalistes tunisiens. Mais il n'a aucune suite, Edgar Faure étant contraint à la démission, le 29 février 1952.

François Mitterrand n'appartient pas aux gouvernements Pinay et René Mayer, dont il vote néanmoins les investitures, et concentre son activité de député sur les questions d'outre-mer, avec notamment deux interpellations du gouvernement, l'une sur la Tunisie (19 juin 1952), la seconde sur les buts de guerre de la France en Indochine (27 mai 1953), l'une et l'autre très critiques envers l'action, ou l'inaction, gouvernementales.

Après avoir soutenu de son vote la première tentative d'investiture de Pierre Mendès France, le 4 juin 1953, il vote le 28 juin l'investiture de Joseph Laniel, et entre dans son gouvernement comme ministre délégué au Conseil de l'Europe, portefeuille assez insolite déjà détenu par Guy Mollet dans le premier ministère Pleven. De fait, François Mitterrand en démissionne rapidement, le 4 septembre 1953, pour protester tout à la fois contre la récente déposition du Sultan marocain et la nomination du Résident général Voizard en Tunisie. Après avoir sévèrement interpellé le gouvernement Laniel le 11 mai 1954, il vote sa chute le 12 juin.

Lors de la formation du gouvernement Mendès France en juin 1954, François Mitterrand aurait préféré prendre la direction d'un grand ministère de l'Union française en vue d'appliquer une politique globale et cohérente à l'ensemble des possessions d'outre-mer. Mais le président du Conseil investi préféra lui confier l'Intérieur en raison d'une connaissance du personnel parlementaire très supérieure à la sienne. A ce poste de premier plan, François Mitterrand doit défendre, à l'automne, les crédits de son ministère face à d'innombrables amendements. Il doit également répondre aux accusations portées contre lui par certains députés de droite (Jean Legendre, Raymond Dronne) dans le cadre de l'affaire des fuites. Il développe, à cet effet, un long plaidoyer, le 3 décembre 1954, suffisamment convaincant pour que soient levés les doutes qu'avait un moment nourris le président du Conseil, mais où il nie incidemment - et à tort - avoir jamais été décoré de la Francisque. Entre temps, les attentats du 1er novembre ont été perpétrés en Algérie, suscitant une série d'interpellations tant à l'Assemblée nationale qu'au Conseil de la République. Ayant affirmé l'unité de la France « des Flandres jusqu'au Congo » et rappelé que « l'Algérie, c'est la France », le ministre de l'Intérieur doit justifier tout à la fois, devant les Chambres nerveuses et inquiètes, des mesures de répression immédiate et l'orientation libérale d'une politique algérienne qui entend miser sur le développement économique et le dialogue. Personnellement peu favorable à la nomination de Jacques Soustelle comme Gouverneur général, il s'emploie à la défendre devant l'Assemblée nationale (séances des 12 novembre 1954, 2 et 4 février 1955 - chute du cabinet Mendès France).

Redevenu député, François Mitterrand ne prend pas part au vote d'investiture du gouvernement Edgar Faure, pas plus qu'à celui de la loi sur l'état d'urgence en Algérie - une attitude assez fréquente du député de la Nièvre durant les diverses législatures de la IVe République - mais participe en séance à certains débats, par exemple sur le budget de la radio-télévision française. Auteur d'un projet de loi, déposé le 2 février 1955, portant rétablissement du scrutin d'arrondissement à deux tours, il intervient dans les longues discussions sur ce sujet et refuse, comme la majorité des députés, sa confiance au gouvernement Edgar Faure le 29 novembre 1955 - chute du cabinet.

L'Assemblée nationale ayant été dissoute le 2 décembre 1955, François Mitterrand doit mener dans la Nièvre une campagne, fréquemment, et parfois violemment, perturbée par les manifestations poujadistes. Apparentée à la liste d'un fantomatique parti de défense des classes moyennes, la liste UDSR-RGR, qu'il conduit, ne connaît, lors des élections du 2 janvier 1956, qu'un gain modeste par rapport à 1951 (18,2 % des suffrages exprimés au lieu de 17,3), qui s'explique par la poussée de la liste poujadiste de l'Union de défense des commerçants et des artisans (UDCA) - 9,3 % - et par le bon score du candidat gaulliste, Marius Durbet, dont la liste obtient 10,3 %. La configuration du département demeure inchangée : François Mitterrand est réélu, les trois autres sièges se répartissant entre un communiste, un socialiste et un gaulliste. Mais au plan national, l'UDSR est en net recul et ne parvient à former un groupe parlementaire que grâce à l'appoint de ses apparentés du RDA.

A peine nommé aux commissions des affaires étrangères et de l'intérieur, François Mitterrand entre comme ministre d'État, garde des Sceaux chargé de la justice dans le cabinet formé par Guy Mollet, le 1er février 1956. Outre la défense du budget de son ministère, il dépose, à ce titre, plusieurs projets de loi portant modification du code civil ou réorganisant la justice, tant en métropole qu'en Algérie et dans les départements d'outre-mer. Il signe également le décret du 7 mars 1956 dessaisissant la justice civile au profit des tribunaux militaires pour de nombreux crimes et délits commis en Algérie. Sans désapprouver l'orientation belliciste de la politique algérienne de Guy Mollet, il est peu à l'aise dans un gouvernement qui entre de moins en moins dans ses vues. C’est pourquoi il décline l'offre qui lui est faite de demeurer place Vendôme quand Maurice Bourgès-Maunoury succède à Guy Mollet, et n'accorde qu'un soutien intermittent aux derniers gouvernements de la IVe République. Son nom est du reste avancé lors des crises ministérielles qui portent successivement à la présidence du Conseil Félix Gaillard et Pierre Pflimlin. Mais sans l'écarter expressément, le président Coty juge cette désignation prématurée.

Redevenu député, François Mitterrand est nommé à la commission des finances, le 4 octobre 1957. Ses interventions sont essentiellement politiques, consacrées à la question algérienne (séances des 30 septembre et 29 novembre 1957) et à la révision constitutionnelle (18 et 27 mars 1958). Après avoir voté contre le second projet de loi-cadre en Algérie et refusé sa confiance à Félix Gaillard le 15 avril 1958, il vote l'investiture de Pierre Pflimlin, le 13 mai. Il exprime à plusieurs reprises son inquiétude face aux menées des activistes d'Alger et aux menaces qui pèsent sur l'État républicain (séances des 14, 16, 20, 26 et 27 mai). Le 1er juin, jour de l'investiture du général de Gaulle, il déplore à la tribune le silence du président du Conseil désigné, sur les événements récents, l'imprécision de ses vues constitutionnelles et l'intolérable pression qui pèse sur le vote de l'Assemblée nationale. Les 1er et 2 juin, il refuse l'investiture, les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle.

Après avoir rallié l'Union des forces démocratiques (UFD), cartel de la gauche non communiste hostile à de Gaulle, et appelé à voter non au référendum du 28 septembre 1958, François Mitterrand est battu dans la 3ème circonscription de la Nièvre aux élections du 30 novembre 1958 par le candidat indépendant Jehan Faulquier. Elu au Sénat en septembre 1959, il retrouvera l'Assemblée nationale en 1962.

Voir aussi la biographie de la Ve République




Né le 26 octobre 1916 à Jarnac (Charente)

Décédé le 8 janvier 1996 à Paris


Député de la Nièvre de 1946 à 1958 et de 1962 à 1981

Sénateur de la Nièvre de 1959 à 1962

Ministre des anciens combattants et des victimes de guerre du 22 janvier 1947 au 26 juillet 1948

Secrétaire d'État à la présidence du Conseil du 26 juillet 1948 au 28 octobre 1949

Ministre de la France d'outre-mer du 17 juillet 1950 au 10 juillet 1951

Ministre d'État du 21 janvier au 7 mars 1952

Ministre délégué au Conseil de l'Europe du 28 juin au 5 septembre 1953

Ministre de l'intérieur du 19 juin 1954 au 23 février 1955

Ministre d'État, garde des Sceaux, chargé de la justice du 1er février 1956 au 13 juin 1957

Président de la République de 1981 à 1995


Député de la Nièvre depuis novembre 1946, François Mitterrand, onze fois ministre sous la Quatrième République, a été l’un des principaux opposants au retour du général de Gaulle en mai 1958.

Il paie très cher cette opposition au général lors des élections des 23 et 30 novembre 1958, auxquelles il se présente comme candidat de l’Union Démocratique et Socialiste de la Résistance (UDSR) dans la 3e circonscription de la Nièvre, nouvellement créée. Ayant échoué à deux reprises à la conquête de la mairie de Nevers, il préfère la circonscription de Clamecy et Château-Chinon. Il affronte notamment Jehan Faulquier, le maire de Cervon, vice-président de l’amicale des maires de la Nièvre, candidat du Centre National des Indépendants et Paysans (CNIP), soutenu par les gaullistes et par la droite libérale. Jehan Faulquier se présente comme le candidat du « oui », rappelant dans sa profession de foi électorale que « Mitterrand a dit « non » à tout, et combattu, avec acharnement, et le général de Gaulle et la Vème République, se complaisant dans le système ». Les autres candidats sont le communiste Raymond Bussière et le maire socialiste de Luzy, Daniel Benoist. Ce dernier arrive en deuxième position à l’issue du premier tour derrière Jehan Faulquier, reléguant François Mitterrand à la troisième place. Mais l’ancien ministre, qui entretient des rapports difficiles avec Daniel Benoist, décide de ne pas se retirer au second tour, ce qui donne lieu à une triangulaire. Cette division de la gauche non communiste permet à Jehan Faulquier d’être élu député de la Nièvre, le 30 novembre 1958, avec 15 318 suffrages (40,3 %) contre 12 219 (32,1 %) pour François Mitterrand et 10 489 (27,6 %) pour Daniel Benoist. En mars 1959, il est toutefois élu maire de Château Chinon, fonction qu’il exerce pendant 22 ans, parallèlement à celle de conseiller général.

Au Sénat, où il est élu le 26 avril 1959, François Mitterrand connaît une période de relative éclipse politique, marquée notamment par la ténébreuse affaire de l’Observatoire, qui le voit échapper à une tentative de meurtre, le 16 octobre 1959…avant que Robert Pesquet, ex-député poujadiste du Loir-et-Cher, ne l’accuse d’avoir lui-même organisé un coup monté. Le 25 novembre 1959, il répond aux conclusions du rapport de la commission, chargée d'examiner une demande en autorisation de poursuites à son encontre : « Sans doute pourrais-je me plaindre comme avant, moi, un grand homme politique [il s’agit de Georges Clemenceau], dans l'admirable discours de Salernes, de tant de luttes épuisantes, et pourrais-je répéter avec lui, après lui : « Autrefois on assassinait ; c'était l'âge d'or. Aujourd'hui, contre les hommes politiques, l'entreprise réputée infâme paraît légitime. Contre eux, le mensonge est vérité, la calomnie louange, la trahison loyauté. Aurais-je l'orgueil d'ajouter, comme lui : Je me demande si j'ai vraiment fait assez dans mon passé pour mériter cet excès d'honneur, je me demande si je suis vraiment assez redoutable dans l'avenir pour justifier cet excès de rage. » Mais le Sénat vote par 175 voix contre 27 la levée d’immunité parlementaire. François Mitterrand est inculpé d’outrage à magistrat, le 8 décembre 1959, mais échappe aux suites judiciaires.

Après avoir participé au Cartel des non, coalition de partis opposés au projet de réforme constitutionnelle proposée par le général de Gaulle, le 20 septembre 1962, sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct, et dont la figure de proue est le président du Sénat Gaston Monnerville, François Mitterrand se représente à nouveau dans la 3ème circonscription de la Nièvre, lors des élections législatives des 18 et 25 novembre 1962. Celles-ci font suite au référendum sur l'élection du Président de la République au suffrage universel opposant le général de Gaulle aux « partis de jadis ». Le oui l’emporte à 62,25 % des suffrages exprimés. François Mitterrand mène campagne en se réclamant de son expérience d’élu de la Nièvre pendant seize ans, et en s’attaquant avec virulence à de Gaulle, accusé de confiner le Sénat dans une « fonction mineure », ce qui explique son départ au bout de trois ans. Il dénonce « l’arbitraire », « la dictature », « le pouvoir personnel », au nom de la « défense de la République, menacée par l’absolutisme, par le parti unique, par la propagande totalitaire », c'est-à-dire les thèmes qui feront la trame du Coup d’État permanent, publié en 1964.

Au premier tour, François Mitterrand se présente sous l’étiquette du Rassemblement Démocratique - UDSR. Il arrive très nettement en tête, avec 10 385 voix, soit 32,72 % des suffrages exprimés, devant le candidat de la SFIO Daniel Benoist, 7 068 voix, soit 22,27 %, et le candidat UNR Jacques Tailleur, 5 800 voix, soit 18,27 %. Le député sortant Jehan Faulquier, candidat sous l’étiquette « Indépendant et paysan », finit dernier avec 3 480 voix soit 10,96 %, derrière le candidat communiste Auguste Lambert, 5 007 voix, 15,78 %.

Au second tour, François Mitterrand l’emporte largement, avec 21 705 voix, soit 67,38 % des suffrages exprimés contre le candidat gaulliste Jacques Tailleur qui a recueilli 10 510 voix soit 32,62 % des suffrages exprimés, grâce au désistement républicain des candidats socialistes et communiste. Au plan national, face au bloc gaulliste, la gauche composée des communistes, du PSU et de la SFIO représente 37 % des suffrages exprimés.

Inscrit au groupe du Rassemblement démocratique, qui réunit les élus du centre gauche, l’ancien avocat siège, de 1962 à 1973, à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République. Par ailleurs, en juin 1966, il fait partie de la commission spéciale chargée d’examiner la proposition de loi du député gaulliste Lucien Neuwirth relative à la régulation des naissances et visant à rendre légale l’usage de la pilule anticonceptionnelle. Son activité parlementaire est dense en 1963 et 1964, l’année 1965 étant plutôt occupée par la préparation de sa candidature à l’élection présidentielle de décembre. Il dépose des propositions de loi pour la plupart, dites de société, et dans l’air du temps : réduction de la durée du service militaire (7 juin 1963) ; libéralisation de la loi sur les délits de presse (26 juillet 1963) ; loi organique étendant les pouvoirs du Conseil constitutionnel (6 mai 1964) ; transformation de la Société générale aéronautique Marcel Dassault (dont pourtant son ami de jeunesse Pierre de Bénouville est administrateur) en une Régie autonome sur le modèle de Renault (18 novembre 1964) ; légalisation de la pilule anticonceptionnelle (18 novembre 1965) ; abaissement de la majorité civile et électorale à 18 ans, comme le fait Valéry Giscard d’Estaing, au début de sa présidence, huit ans plus tard (30 novembre 1966) ; accès équitable à l'O.R.T.F pour tous les partis (30 novembre 1966) ; création d’une Société nationale de radiodiffusion et télévision française plus indépendante du pouvoir (21 décembre 1966) ; enfin égalité des salaires entre hommes et femmes (21 décembre 1966).

Par ailleurs, il prend part à de nombreuses discussions. C’est ainsi qu’il s’oppose longuement, dans la séance du 3 janvier 1963, lors de la discussion des projets de loi de répression des crimes et délits contre la sûreté de l’État et fixant la composition, les règles de fonctionnement et la procédure de la Cour de sûreté de l'État, à l’institution de cette cour, qui lui paraît relever d’une « tradition monarchique » et non républicaine. Il reproche au général de Gaulle, qu’il compare à Napoléon Bonaparte, de vouloir contrôler « après le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif » et « après le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire ». Le 24 janvier 1963, lors d’un débat concernant le traité d’amitié franco-allemand qui vient d’être signé, il critique la politique étrangère du général, regrettant qu’il n’ait « pas été demandé au Parlement de définir l'orientation de la politique extérieure de la France en un moment aussi redoutable », et déplorant que ce traité fasse de l’Allemagne un « arbitre », « pour ce qui concerne les affaires à traiter avec le président des États-Unis, pour ce qui concerne l'introduction de la Grande-Bretagne dans le Marché commun, pour ce qui concerne l'intégration publique de l' Europe. » Il conclut en estimant que la France n’a rien gagné « en prestige dans l'aventure » mais « qu'elle a perdu en crédit. »

Le 17 juillet 1963, il s’oppose au projet de loi relatif à la réglementation de la grève dans les services publics, se demandant en premier lieu si la responsabilité de la grève « incombe aux travailleurs, aux salariés, aux employés ou bien au gouvernement qui songe d'abord, qui songe surtout, à juguler la grève plus que les causes de la grève, à punir, à réprimer, à châtier, plutôt que de s'interroger sur le bien-fondé de sa politique économique et sociale », et qui est donc à ses yeux « le premier responsable ». Il estime que les obligations contenues dans le projet de loi « sont des obligations unilatérales qui vont toutes dans le même sens, aidant l'employeur et déniant à l'employé les moyens légaux de se battre », soit « un texte de régression », « un texte d’exception ». Il y voit la continuité de la politique autoritaire du gouvernement Pompidou, à ses yeux le « gouvernement des tribunaux d'exception », « le gouvernement de l'absence des libertés d'expression », « le gouvernement ennemi des droit individuels » qui « s'attaque maintenant aux droits collectifs, au droit syndical et au droit de grève ! » Et en dépit des protestations et interruptions nombreuses des députés de la majorité, il termine en affirmant que « d'excès de pouvoir en manquements constitutionnels, d'actes arbitraires en dénis de justice », le gouvernement tente « de donner au pouvoir absolu la caution de la loi. »

Le 24 avril 1964, dans l’un des plus importants duels parlementaires de la République gaullienne, à propos d’une conférence de presse tenue le 31 janvier par le général de Gaulle, dans laquelle celui-ci avait déclaré que « l’autorité indivisible de l’État est déléguée tout entière au président de la République », François Mitterrand pose une question orale au Premier ministre Georges Pompidou sur les articles 15, 20, 21 et 34 de la Constitution de 1958, définissant les rôles respectifs du président de la République et du Premier ministre. Il se livre à une critique très argumentée contre les dérives du régime, tendant à prouver que la pratique gaullienne des institutions traduit une abdication progressive du gouvernement devant les prérogatives présidentielles, et ce, en violation des équilibres prévus par la Constitution et des promesses du général lui-même. En s’appuyant sur le texte de la Constitution, il estime que le Premier ministre n’exerce plus les prérogatives gouvernementales qui lui sont attribuées. Cette perte de pouvoirs, au profit du président de la République, induit à ses yeux une violation du régime parlementaire, qui repose sur la responsabilité du Premier ministre devant le Parlement. Il dénonce le fait du prince, qui dépasse le « domaine réservé », et qui conduit au pouvoir personnel. Enfin, il somme le général de Gaulle de choisir entre le régime parlementaire et un véritable régime présidentiel, qui mettrait le régime en conformité avec sa pratique. Georges Pompidou répond que François Mitterrand, qui s’oppose aux fondements de la Ve République, apparaît comme un homme du passé dans une intervention appartenant au genre littéraire du dialogue des morts : « L’avenir n’est pas à vous. L’avenir n’est pas aux fantômes. »

Le 20 mai 1964, il dénonce avec la même virulence le projet de loi relatif à l'élection des conseillers municipaux des communes de plus de 30 000 habitants, parce que, selon lui, « la liberté de l'électeur n'est pas respectée par ce projet de loi. » Il y voit, en effet, la continuation de « la mise en place d'un système qui tend à livrer indûment au parti majoritaire les places-fortes démocratiques qu'il ne tient pas encore », « dans le droit fil du pouvoir napoléonien accordé à vos préfets, dont vous attendez qu'ils exécutent, avant le premier tour, partout où cela sera possible, vos consignes », afin « d'ajouter un ustensile de plus à la panoplie du pouvoir personnel. » Et il conclut par cette formule : « Le gaullisme, il y a longtemps, était une mystique. Vous en avez fait, un peu plus tard, une politique. Maintenant, vous en faites une cuisine ! »

Le 10 juin 1964, une autre question orale au Premier ministre lui donne l’occasion de mettre en cause la politique de coopération et de développement menée par le gouvernement Pompidou, qu’il juge incohérente, consistant selon lui « à distribuer les crédits français selon le tracé fantaisiste qui préside au choix des voyages à l'étranger accomplis ou prévus par M. le président de la République. » Il se demande « comment la France à elle seule réussira à aider les pays dont elle assume la responsabilité alors qu'elle s'écarte de tous ses points d'appui et, d'abord et surtout, de l'Europe. » Il plaide pour « une aide utile », pour « l'aide multilatérale des pays aidants, vers l'organisation multilatérale des pays aidés », et non celle d’un « homme seul », « d’une nation seule. »

Le 2 décembre 1964, il critique avec véhémence le projet de loi de programme relative à certains équipements militaires centré sur la dissuasion nucléaire, estimant que « le risque le plus immédiat » n’est pas « dans une guerre qu'aurait à soutenir la France » mais « dans la prolifération des armes atomiques, dans la dissémination de cette force mortelle, dans la pollution atmosphérique, dans la négation de nos alliances et dans la destruction préalable des chances de l'Europe ». Il considère « qu'en l'opposant à l'Europe, en l'éloignant des Nations unies, en l'écartant de Genève, en l'empêchant de signer les accords atomiques de Moscou », le gouvernement Pompidou a « retiré à la France le véritable instrument qui était à sa portée pour justifier ses prétentions au rayonnement universel. » Il lui semble que la « politique extérieure » gouvernementale « revient à un siècle en arrière », se bornant « à entonner les vieux refrains de l'incantation nationaliste », et il refuse « cette définition de la politique internationale de la France parce qu'elle n'est pas un acte de confiance dans le destin de l'humanité, mais un geste de désespoir. »

Il reprend son réquisitoire contre la politique étrangère de la France lors de la discussion, le 17 juin 1965, sur les institutions européennes dans le cadre de l’examen du projet de loi autorisant la ratification du traité instituant un Conseil unique et une Commission unique des communautés européennes et du protocole sur les privilèges et immunités des communautés européennes. Il tente « de démontrer à l'Assemblée nationale, et, au-delà d'elle, à l'opinion publique, que la politique d'indépendance nationale, nom pudique de l'actuel nationalisme qui prévaut, est en réalité « vide de substance et donc vaine. » Il estime que cette politique, « qui refuse à la fois la communauté de l'Europe, la solidarité attentive, la conciliation nucléaire avec l'Est et l'arbitrage international, n’est évidemment pas celle à laquelle nous aspirons ». Selon lui, « en privant la France de l’Europe, en l'éloignant des Nations Unies, le chef de l'État et son gouvernement lui ont retiré les véritables instruments qui étaient à sa portée pour justifier sa prétention au rayonnement universel. » Il en conclut que « la politique extérieure de la France est passée à côté des grandes idées de notre temps que sont l'Europe et l'arbitrage international » et qu’elle « sacrifie » les « grandes espérances. »

L’année 1965 marque une étape importante dans la carrière du député socialiste : après l’échec de Gaston Defferre et de son projet de concentration des centres (Grande Fédération) pour remporter la première élection présidentielle au suffrage universel direct, François Mitterrand présente sa candidature, le 9 septembre 1965, avec l’ambition de regrouper toute la gauche. Il s’appuie sur la Convention des institutions républicaines (CIR), créée en 1964, qui fédère divers clubs et associations. Elle sert de base à la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), créée le 10 septembre 1965, qui entend rassembler la gauche non communiste autour de la candidature de François Mitterrand. La campagne, la première en France à employer des techniques de propagande et d’information modernes, notamment sur le petit écran, passionne les Français. Elle donne l’occasion à François Mitterrand de renforcer sa légitimité de leader de la gauche : il remporte 31,72 % des suffrages exprimés, au premier tour, et 44,80 %, au second, dans un duel avec le général de Gaulle, mis en ballottage contre toute attente. Cette élection permet à François Mitterrand de se hisser au rang de chef de la gauche devant Guy Mollet et Pierre Mendès France, et de jeter les bases de ce qui sera l’union de la gauche.

A l’Assemblée, le député est actif. Le 14 avril 1966, répondant à la déclaration de politique générale du Premier ministre Georges Pompidou, qui a attendu plus de trois mois après la formation de son troisième gouvernement, et qui a refusé d’engager la responsabilité gouvernementale sur sa déclaration, François Mitterrand prononce son dernier réquisitoire de la législature. Il dénonce à la fois le « gouvernement de la dérobade », qui a refusé de mettre sa responsabilité en jeu, et la politique d’indépendance nationale du général de Gaulle, dénoncée comme une politique « d’isolement nationaliste. » La manifestation de la dérive présidentielle lui semble particulièrement grave dans le champ de la politique extérieure, « domaine réservé » du président de la République. C’est pourquoi il condamne la façon dont le général de Gaulle a décidé, imposé et expliqué sa décision de désengager la France de l’organisation militaire atlantique. Il en conclut que la politique extérieure gaullienne « n’est qu’une sorte de poujadisme aux dimensions de l’univers. »

La campagne des élections législatives de 1967, pour sa réélection dans la 3ème circonscription de la Nièvre est axée sur les thèmes qu’il a développés tout au long de la législature au Palais-Bourbon ainsi que dans l’ouvrage publié, en 1964, Le Coup d’État permanent. Elle fait aussi référence à la campagne pour l’élection présidentielle de décembre 1965 ayant mis le général de Gaulle en « ballottage », ce qui a permis à ses yeux de faire « reculer le pouvoir personnel ». Face aux « querelles internes du gaullisme », au « chômage », aux « bas salaires », à « la crise du logement », aux « agriculteurs plus que jamais oubliés », il prône l’« union de la gauche » au sein de la FGDS, qui a conclu, le 20 décembre 1966, avec les communistes, pour les élections, un accord de « désistement du candidat le mieux placé pour l’emporter ». Il n’en a pas besoin car il est réélu, sous l’étiquette de la FGDS, dès le premier tour, le 5 mars 1967, avec 20 394 voix soit 56,27 % des suffrages exprimés, contre 12 009 soit 33,13 % au gaulliste Jacques Mercier, candidat de la majorité sous l’étiquette « Ve République », et 3 840 soit 10,6 % au communiste Pierre Guyollot. Il est au demeurant le seul leader de la fédération à retrouver son siège dès le premier tour. A l’issue du second tour, la majorité conserve de très peu la majorité des sièges à l’Assemblée nationale.

Inscrit au groupe de la FGDS, qui compte 121 députés, il en est le chef incontesté, porte-parole de l’opposition non communiste. Il est, par ailleurs, élu représentant de la France au Parlement européen, le 24 mai 1967, démissionnaire, le 31 mai, puis réélu le 24 octobre de la même année. Comme dans la législature précédente, il se montre très actif, déposant plusieurs propositions de loi en quelques mois. La première, déposée le 27 avril 1967, demande l’amnistie totale pour les événements de la guerre d’Algérie. La deuxième, le 22 juin 1967, réclame une politique sociale du logement. La troisième, le 10 octobre 1967, exigeant l’égalité des salaires entre hommes et femmes, et la quatrième, le 19 décembre 1967, pour le droit de vote à 18 ans, reprennent ses propositions de loi de la législature précédente.

Par ailleurs, il intervient dans tous les débats majeurs, à commencer par la discussion de la déclaration de politique générale du Premier ministre Georges Pompidou, le 18 avril 1967. La péroraison de son intervention en reflète l’aspect polémique : « Nous vivons déjà dans l'après-gaullisme, et tandis que vous commencez vous-même, je le reconnais, à en déguster les poisons, regardez-les, ceux de votre majorité, qui cherchent désespérément à en prolonger les délices ! Monsieur le Premier ministre, lorsqu'on analysera votre déclaration de politique générale de ce jour, que personne, en effet, ne pourra appeler du beau nom de programme, on ne trouvera à aucun moment la définition de la solidarité nationale et internationale, condition de la sécurité, de la justice et du progrès. Croyez-moi, le pays sait que tout cela, solidarité, sécurité, justice, il ne peut l'attendre de votre gouvernement ! »

Au cours de la deuxième séance du 20 mai 1967, il défend la motion de censure déposée par l’opposition pour protester contre le recours du gouvernement aux ordonnances, sur lequel le gouvernement a engagé sa responsabilité. Ce à quoi, Georges Pompidou répond que François Mitterrand se déclare contre les pouvoirs spéciaux uniquement lorsqu’il est dans l’opposition. Faisant un bilan des élections du mois de mars, il considère que le gouvernement Pompidou « a le comportement d'un gouvernement faible », parce que « le peuple est dans la rue » et que « c'est la grève générale. » Mais la motion de censure n’est pas adoptée et le gouvernement obtient la délégation de pouvoirs pour agir par ordonnances dans les domaines économique et social. Au-delà de la « gauche unie et résolue », il se pose en rassembleur des antigaullistes, s’adressant à « tous les parlementaires », « bien au-delà des rangs de l'opposition », « sûr que certains comprendront […] que la seule façon de défendre sa dignité, au-delà de nos conceptions et de nos divisions, c'est de voter la motion de censure. » Il fait de même, dans la première séance du 10 octobre 1967, pour une nouvelle motion de censure hostile aux 65 ordonnances parues fin esseptembre. Son discours est un long réquisitoire de la politique économique et sociale menée par le gouvernement Pompidou, et qu’il juge défavorable aux couches populaires. Par une « refonte complète du Ve Plan afin de favoriser les secteurs essentiels de notre économie nationale et de notre vie sociale », il demande « une politique de plein emploi et d'accroissement de la consommation intérieure.» Il défend les « travailleurs », qui « n'ont pas pour rôle de supporter indéfiniment la majeure partie de la charge sociale », et qui sont « les victimes » de la politique gouvernementale. Il veut donner une signification politique à sa motion de censure, à savoir l’affirmation par la gauche de sa « capacité de gouverner ». Il considère que la motion de censure « constitue donc un contrat passé avec tous les citoyens qui refusent de choisir entre un système et une politique qu'ils condamnent, d'une part, et l'absence de politique, d'autre part », car « la fédération de la gauche démocrate et socialiste est prête à l'assumer. » Le 24 avril 1968, il défend une troisième motion de censure de la gauche (bien que n’en étant pas signataire), portant sur l'utilisation abusive des moyens audiovisuels par le gouvernement, qui veut imposer la publicité à la télévision. Répondant au Premier ministre, qui a évoqué un débat mineur, François Mitterrand en fait un enjeu pour le « modèle de civilisation qu'il s'agit d'édifier pour le siècle à venir », refusant de « s'enrôler sous le règne de la publicité la télévision, sans en connaître toutes les significations. » Par ailleurs, il condamne la manière dont le gouvernement utilise « un établissement public, propriété de la nation » comme un « instrument de sa propagande », c'est-à-dire d’ « agression constante contre la liberté d'expression et l'égalité des moyens. » Il lui paraît « inadmissible qu’à la télévision les grandes formations politiques de l'opposition, quelles qu'elles soient, ne puissent affirmer elles-mêmes leurs convictions et définir leurs perspectives ». Enfin, il s’indigne que le Premier ministre ait « l'injure ou l'insulte à la bouche lorsqu'il parle de l'opposition. » Mais la motion de censure ne recueille que 236 voix sur les 244 requises.

Soulignant la « gravité » du moment, il intervient de façon moins polémique, le 8 mai 1968, dans le débat des questions orales au ministre de l’Education nationale Alain Peyrefitte, à propos des problèmes de l’université et des événements du quartier latin. Il commence par évoquer le contexte social de la révolte, se demandant comment « la jeunesse étudiante obtiendra les débouchés qu'elle réclame tant que durera la récession, la stagnation économique. » Puis, il met l’accent sur le divorce moral entre la jeunesse et le régime gaulliste, qui « donne le mauvais exemple » parce qu’il « bafoue le droit » et « se substitue aux citoyens. » Il réclame une « espérance » qui « exaltera l'esprit de la jeunesse », une « remise en question de notre société », afin de satisfaire « l'éternelle recherche pour la connaissance de soi, pour la connaissance du monde et l'approche du destin, le sacrifice ou plus simplement l'effort pour une juste cause. » Il rappelle que « cette génération en révolte » est « celle, pour beaucoup d'entre nous, de nos fils », et conclut ainsi : « Souvenez-vous ! Ô compagnons du 22 mars, les compagnons du 13 mai devraient avoir plus de modestie lorsqu'ils vous incitent au respect de la loi ! […] Si la jeunesse n'a pas toujours raison, prenez-y garde, monsieur le ministre, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort. »

Le 22 mai 1968, il est le premier signataire d’une motion de censure condamnant dix ans de responsabilités du régime gaulliste, coupable d’avoir refusé « tout dialogue véritable » et « contraint les étudiants, les enseignants, les paysans, les ouvriers, les jeunes sans emploi à recourir à des manifestations de rue d'une exceptionnelle ampleur. » C’est l’occasion pour lui de souligner l’ampleur mondiale de la révolte étudiante, « de Berkeley à Varsovie et de Prague à Berlin », « partout l'affirmation de soi, partout la volonté de participation à tous les niveaux de la vie politique, économique, sociale et culturelle. » Il constate qu’ « à Paris la jeunesse a dû recourir au refus sans partage et finalement à l'émeute » parce que « le gouvernement n'a pas su, ou n'a pas voulu créer, pour autant qu'ils ne les a pas détruites, les structures permanentes du dialogue », et que « de la même façon, les revendications ouvrières ont, depuis des années, rencontrées le silence sinon l'hostilité des partenaires naturels que notre société, telle qu'elle est, désigne aux travailleurs : le patronat et le gouvernement. » C’est pourquoi il propose, au nom de la gauche, « l'autre terme de l'alternative » et affirme « hautement » qu’il est décidé « à réclamer les responsabilités du pouvoir » afin de « conclure la nouvelle alliance du socialisme et de la liberté. » Il lance au gouvernement : « Dissolvez l'Assemblée nationale et allons aux élections générales ! ». Mais la motion de censure ne recueille que 233 voix sur les 244 requises. Le 28 mai 1968, imaginant sans doute une vacance prochaine du pouvoir, il va jusqu’à annoncer, de façon précipitée, sa candidature à la présidence de la République, s’attirant les protestations du Parti communiste, dont le secrétaire général Waldeck Rochet déclare vouloir prendre « dans un gouvernement démocratique, toutes les responsabilités qui sont celles du grand parti des travailleurs, le Parti communiste ».

Après la dissolution de l’Assemblée nationale, le 30 mai 1968, il fait campagne pour sa réélection en juin dans la Nièvre, autour du thème de la crise de Mai 68, comme « bilan de faillite » du gaullisme. Il dénonce la menace de guerre civile brandie par son principal adversaire Jean-Claude Servan-Schreiber, candidat de l’Union pour la Défense de la République (UDR), l’homme qui a mis en place la publicité à la télévision, venu défier François Mitterrand sur ses terres. Celui-ci, sous l’étiquette de la Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste (FGDS), avec 15 791 voix, 43,94 %, est devancé de 4 voix par Jean-Claude Servan-Schreiber, 15 795 voix, soit 43,95 %. Le candidat communiste Pierre Guyollot n’arrive qu’en troisième position avec 4 354 voix, soit 12,11 %.

Résistant au raz-de-marée gaulliste – l’UDR obtenant à elle seule 300 sièges et l’ensemble de la majorité 358 des 485 sièges –, il est réélu seulement au second tour, avec 20 207 voix soit 53,83 %, contre 17 329 voix à son adversaire Jean-Claude Servan-Schreiber, soit 46,17 %. Il s’inscrit au groupe de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste jusqu’au 3 octobre 1969, puis, lorsque celui-ci est dissous et remplacé par le groupe socialiste, à celui des non-inscrits, mais votant constamment avec la gauche, avant de rejoindre, le 15 juin 1971, le groupe socialiste.
Le 20 décembre 1968, il dépose, pour la troisième fois, une proposition de loi tendant à fixer à dix-huit ans l'âge de la majorité civile et de la majorité électorale.

La démission du général de Gaulle, le 28 avril 1969, après le vote négatif au référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, provoque une élection présidentielle anticipée les 1er et 15 juin 1969. Discrédité après l’épisode de mai 1968, manquant de soutien, François Mitterrand préfère passer son tour. La gauche aborde l’échéance électorale en ordre dispersé, alors que la SFIO est en pleine phase de rénovation : Jacques Duclos représente le PCF, Gaston Defferre la SFIO, dans le cadre d’un « ticket » avec Pierre Mendès France, contre l’avis de Guy Mollet favorable à une candidature centriste, Michel Rocard, le Parti socialiste unifié (PSU), Alain Krivine l’extrême gauche trotskyste. Le score désastreux de Gaston Defferre (il n’obtient que 5 % des suffrages), largement devancé par Jacques Duclos (21 % des voix) confirme a contrario la validité de la stratégie d’union de la gauche préconisée par François Mitterrand. Un mois après les élections présidentielles, au congrès d’Issy-les-Moulineaux, la SFIO fusionne avec l’Union des clubs pour le renouveau de la gauche (UCRG), dirigée par Alain Savary, et l’Union des groupes et des clubs socialistes (UGCS) de Jean Poperen : le Parti socialiste (PS) est né. Alain Savary apparaît alors comme le grand vainqueur de ce rassemblement de la gauche non communiste puisqu’il est élu, avec le soutien de Guy Mollet, premier secrétaire du PS. Mais au congrès d’Epinay-sur-Seine, en juin 1971, François Mitterrand fait coup double : le même jour, il adhère au parti avec la CIR, et ravit son poste au tout nouveau secrétaire.

Sa position au Parlement en sort renforcée. Le 2 octobre 1971, il réclame des commissions d’enquête sur les sociétés civiles de promotion immobilière, sous les feux de l’actualité avec l’affaire de la Garantie foncière et celle du Patrimoine foncier. Le 4 avril 1972, sa proposition de loi vise à la publication périodique des revenus des parlementaires. Enfin, le 30 juin 1972, une autre proposition demande à faire bénéficier d’un congé de maladie les mères devant soigner leurs enfants.

Comme chef de l’opposition, il prend la parole lors de tous les grands débats parlementaires. Le 16 septembre 1969, il réagit à la déclaration de politique générale du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, son ami personnel, prônant une « nouvelle société ». Sa réponse est amicale mais sans appel : « La politique qu’implicitement vous condamnez, vous l’avez toujours approuvée, et la société dont vous faites le procès, c’est la vôtre […] Voilà pourquoi votre très intéressant exposé avait, me semble-t-il, quelque chose de contre-plaqué, d’irréel et finalement d’irresponsable [....] Tandis que vous parliez, je vous regardais et je ne doutais pas de votre sincérité. Et puis, je regardais votre majorité, et je doutais de votre réussite. »

Le 29 avril 1970, il pose une question préalable concernant le projet de loi sur la répression de certaines formes de délinquance dite « loi anti-casseurs ». S’il se dit d’accord avec la formule « les casseurs seront les payeurs », il dénonce les dangers de ce projet qui, « à partir de l'action violente de groupes organisés », lui semble altérer « ce vieux droit, ce principe fondamental du droit de réunion et de rassemblement ». Ce projet ne vise selon lui qu’à « impressionner l'opinion. » D’où cet avertissement au garde des Sceaux, René Pleven, qui présente le projet de loi : « Craignez que demain elle ne se retourne contre vous. Un jour, elle saura qu'elle a été trompée. Elle voulait réduire la violence. Vous lui avez offert en prime la fin du droit de rassemblement. Bientôt la somme des injustices réveillera ceux qui vous approuvent aujourd'hui. » Le 9 juin 1970, il intervient dans le débat sur la réduction à douze mois du service national. Rappelant qu’il avait déposé une proposition de loi en ce sens sous la précédente législature, et qu’à l’époque les gaullistes s’y étaient opposés, il déplore que le projet ne s’inscrive pas dans une réflexion plus globale sur les missions de l’armée et la défense de la France.

Le 20 avril 1971, il fait un diagnostic sévère de la politique de la « nouvelle société » à l’occasion d’un débat sur une motion de censure dont il est l’un des signataires : « Sur le plan des finalités, je ne ferai pas, ce soir, le procès de la nouvelle société. Que voulez-vous, elle n'existe pas ! […] J'ai dit naguère qu'elle n'était qu'un peu de fard sur un visage flétri. Le fard est tombé. La séance de cet après-midi a montré la nouvelle société telle qu'elle est, triste et fatiguée […] Vous êtes le parti conservateur ! Et que voulez-vous que fasse ce parti, sinon conserver ? » Le 24 mai 1972, une nouvelle déclaration de politique générale du Premier ministre lui donne à nouveau le loisir de faire le « bilan » de la « nouvelle société ». Il estime que Jacques Chaban-Delmas fait la politique que lui impose « la vieille société » dont il est « l'exécutant », une politique qui a, selon lui, échoué sur tous les plans, entretenant « la fragilité économique », « l'archaïsme et le conservatisme de nos structures sociales », « le fonctionnement défectueux de l'État » et « l'affairisme » Il conclut en lançant à Jacques Chaban-Delmas que le verdict de ces échecs viendra bientôt du chef de l’État, ce qui annonce la démission du Premier ministre le 5 juillet suivant. Le 4 octobre 1972, il défend une nouvelle motion de censure dont il est le premier signataire, reprochant au nouveau Premier ministre Pierre Messmer de ne pas avoir engagé la responsabilité de son gouvernement devant le Parlement. A cette occasion, il revient sur la démission de son ami Jacques Chaban-Delmas, considérant que le président de la République « n'avait pas le droit de le révoquer », car il avait obtenu un large vote de confiance le 24 mai précédent. Il estime, par ailleurs, que l’article 49 de la Constitution « fait un devoir » à Pierre Messmer d’engager sa responsabilité sur son programme. Il lui paraît « évident » que la réforme constitutionnelle de 1962 « a servi de prétexte » pour « accentuer la marche vers ce régime sans loi suprême qui est le nôtre », le président de la République n’étant soumis à aucun contrôle et disposant « en fait de plus de pouvoirs que le président des États-Unis d'Amérique. » Il termine en revendiquant pour la gauche l’héritage de la « tradition qui a instauré dans ce pays la démocratie politique et sociale » contre « les droites coalisées », auxquelles ont été arrachés « le suffrage universel », « la liberté d'association », « la liberté de la presse », « le droit de grève » et « le droit à l'instruction. » Enfin le 20 décembre 1972, pour la dernière séance de la législature, il répond à une allocution du Premier ministre Pierre Messmer en dénonçant « les erreurs répétées de jugement, l'impéritie du gouvernement », « le record du déficit budgétaire depuis le début de la Ve République » et « l’impasse » du régime. Il se déclare prêt avec ses amis « à assumer les responsabilités dont notre peuple nous donnera mandat. »

Au plan national, la stratégie politique de François Mitterrand nécessite un programme commun du gouvernement. Celui-ci est signé entre le Parti socialiste, le Parti communiste et les Radicaux de gauche, le 27 juin 1972. Mais, lors d’une réunion de l’Internationale socialiste à Vienne, François Mitterrand déclare que son « objectif » est de refaire un grand parti socialiste sur le terrain occupé par le PC ».

Aux élections législatives des 4 et 11 mars 1973, la majorité présidentielle, sous la bannière de l’Union des républicains de progrès, résiste à une poussée de l’union de la gauche autour du programme commun avec un certain rééquilibrage de ses composantes. Le retrait de candidats centristes du Mouvement réformateur a, au demeurant, permis au second tour de limiter les pertes.

La campagne pour la réélection de François Mitterrand au Palais-Bourbon se fait sur des thèmes similaires à ceux de 1967, autour de la dénonciation du chômage, des bas salaires, de la crise du logement, et des agriculteurs oubliés par l’État. Candidat du Parti socialiste, François Mitterrand arrive largement en tête avec 17 058 voix, en frôlant la majorité absolue (47,52 % des voix) : le candidat gaulliste de l’Union des Républicains de Progrès (URP) Marcel Vannereau arrive loin derrière lui avec 9 060 voix (25,24 % des voix). Ceux-ci distancent le candidat centriste du Mouvement réformateur, Charles Gauthé (5 025 voix, soit 14 %), ainsi que le candidat communiste Laurent Combier (4 751 voix, soit 13,24 %). Comme en 1968, il n’est réélu qu’au second tour du 11 mars 1973, mais cette fois avec un score impressionnant de 22 278 voix, soit 62,41 %, contre 13 418, soit 37,59 %, à Marcel Vannereau. Au plan national, la majorité est maintenue mais la gauche progresse et les élus du mouvement réformateur sont en mesure de constituer un groupe parlementaire. François Mitterrand entend maintenir l’union de la gauche.

Inscrit au groupe du parti socialiste et des radicaux de gauche, il siège à la commission des affaires étrangères. Comme sous les législatures précédentes, son activité parlementaire proprement dite est très soutenue. Il dépose de nombreuses propositions de loi dans les domaines les plus variés, sur le service national, le 12 avril 1973 ; pour la majorité à dix-huit ans, le 10 mai 1973 ; pour la nomination d’une commission d’enquête sur les écoutes téléphoniques, le 7 juin 1973 ; pour la légalisation de l’IVG, le 14 juin 1973 ; pour l’abolition de la peine de mort, le 28 juin 1973 ; pour le scrutin proportionnel, le 30 mai 1974 ; pour la suppression de l’ordre des médecins, le 20 décembre 1974 ; pour la suppression de la Cour de sûreté de l’État, le 7 avril 1976 ; pour l’impôt sur les grandes fortunes et pour l’abrogation de la loi « anti-casseurs », le 20 décembre 1977, et pour la nationalisation de neuf groupes industriels et du secteur bancaire, mesure du programme commun de la gauche, le 20 décembre 1977.

De la même manière, en tant que chef de la gauche non communiste, il intervient dans tous les grands débats. Le 10 avril 1973, il répond à la déclaration de politique générale du Premier ministre Pierre Messmer, sur laquelle le gouvernement engage sa responsabilité. Il commence en ironisant sur le « renouveau » que constitue la présence d’Edgar Faure au « perchoir » et celle de Pierre Messmer à la tête du gouvernement. Puis il dénonce « le mode de scrutin, le découpage des circonscriptions, la fraude électorale outre-mer, une propagande illicite, l'intervention répétée du chef de l'État hors des règles légales établies par lui-même, enfin le ralliement subit des responsables réformateurs à ceux qu'ils dénonçaient la veille », et qui « ont installé au pouvoir une minorité de gouvernement dans laquelle ne se reconnait aucune des forces vives du pays. » Rappelant qu’il avait dit à Jacques Chaban-Delmas, le jour où il présentait sa « nouvelle société », qu'il n'avait pas la majorité de sa politique, il lance à Pierre Messmer qui lui a succédé : « Vous faites, vous, monsieur le Premier ministre, très exactement la politique de votre majorité. Croyez-moi, vous n'irez pas très loin ! »

Le 24 mai 1973, il répond à la déclaration du ministre de l’économie et des finances Valéry Giscard d’Estaing, préfigurant leur affrontement présidentiel de 1974. Il lui reproche d’abord d’avoir manqué d’un « véritable relief » en traitant trop brièvement de la situation de la France dans le monde, au sein du monde occidental, et plus précisément encore dans le cadre de la Communauté économique européenne. Il s’agit à ses yeux d’une attitude « de facilité », voire de « démagogie », consistant à « éluder les questions difficiles. » Cette politique, dans laquelle il n’aperçoit pas une « volonté européenne », ne lui apparaît « ni à la mesure des responsabilités qui lui incombent ni à la mesure des capacités et des espérances de la France. »

Le 9 octobre 1973, il défend une motion de censure dont il est l’un des signataires, reprochant au gouvernement de ne pas suffisamment « informer les élus du peuple » et de se dispenser de « leur proposer ses vues, ses réflexions et ses projets. » Il estime que la politique gouvernementale, à laquelle il oppose le programme commun de la gauche, s’avère incapable de « dominer le système » capitaliste, donc « de guérir les angoisses, d'apaiser la grande peine des travailleurs. » Il voit dans l’expérience autogestionnaire de Lip, après la grande marche du 29 septembre 1973 qui vient de réunir des milliers de manifestants dans une ville morte, les prémices d’un « mécanisme qui ne s'arrêtera pas jusqu'à l'avènement du socialisme. » Il critique par ailleurs la politique française au Moyen Orient, parce qu’elle ne s’attache pas à garantir les frontières d’Israël. Il demande au Premier ministre de condamner fermement le coup d’État du général Pinochet qui vient d’avoir lieu au Chili. Enfin, il conclut sur une tirade évoquant « le combat » qui « apporte la seule réponse » aux « problèmes nés de l'ère industrielle, à l'exploitation de l'homme par l'homme, aux aliénations du corps et de l'esprit », c'est-à-dire « le socialisme » qui « approche », car « monte à l'horizon une formidable espérance, et avec elle, montent des millions d'hommes et de femmes qui apporteront bientôt leur réponse.

Parallèlement à son activité parlementaire, François Mitterrand peaufine sa stratégie pour les prochaines échéances électorales. Si la signature du programme commun de gouvernement et l’union de la gauche n’ont pas entraîné, aux élections législatives de 1973, une forte progression en voix par rapport à 1967, elles ont permis aux socialistes, alliés aux radicaux de gauche, de faire presque jeu égal avec le PCF. Le décès du président Georges Pompidou, le 2 avril 1974, ouvre une nouvelle compétition présidentielle dans laquelle François Mitterrand peut se présenter comme le candidat unique de la gauche. Face à un camp adverse divisé, il arrive en tête du premier tour, le 5 mai 1974, avec 43 % des voix contre 32 % au républicain indépendant Valéry Giscard d’Estaing et 15 % au candidat de l’UDR, Jacques Chaban-Delmas. Le secrétaire du Parti socialiste est finalement battu de justesse, à l’issue du second tour, ayant réussi à attirer sur son nom 49,19 % des voix, contre 50, 81 % au candidat de la droite et du centre, Valéry Giscard d’Estaing.

Le 17 décembre 1974, c’est désormais contre le gouvernement Chirac que François Mitterrand signe et défend une nouvelle motion de censure. Il y dénonce la hausse des prix, le déficit commercial et celui de la balance des paiements, le chômage, les profits des grandes entreprises, les emprunts à l'étranger, la loi du profit, l'absence de prévision et de planification, la crise du monde capitaliste et l'État au service de la concentration du grand capital. Il plaide pour la paix au Vietnam et au Proche-Orient, pour le programme commun de la gauche, pour la création d'un vaste complexe national « Automobile de France », pour l'avenir de l'informatique française, pour les techniciens de l'ORTF et les agents des PTT en grève, pour des réformes libéralisant les mœurs, pour la nécessité de la relance et pour la réduction des inégalités.

Le 27 juin 1975, il répond à la Déclaration du gouvernement sur la politique étrangère de la France, stigmatisant l’absence d’une volonté politique pour faire face à l’invasion des capitaux étrangers dans l’économie française et à la stratégie du dollar. Il critique les décisions contradictoires dans le domaine de l'informatique, l'achat par nos partenaires européens d'un avion de combat américain, la mollesse de la France en matière de désarmement, les grandes erreurs diplomatiques du gouvernement et la multiplication des ventes d'armes. Enfin, il estime qu’une autre politique intérieure est indispensable pour que la France se fasse entendre sur le plan extérieur.

Intervenant le 10 septembre 1975 dans la discussion du projet de loi de finances rectificative, il commence son discours par une remise en cause de la philosophie politique du gouvernement et de sa majorité, c'est-à-dire la croyance dans les vertus de la sélection naturelle, la recherche de la rentabilité du capital, qui sont la cause des crises économiques. Il dénonce l'acceptation par le gouvernement d'un million permanent de chômeurs, la volonté de diminuer la consommation et d'avantager les entreprises et l'accumulation accélérée du capital. Il lui oppose les mesures qu'auraient prises les socialistes et la nécessité urgente de réformer les structures.

Le 24 juin 1976, il intervient dans la discussion du projet de loi portant approbation du VIIe Plan de développement économique et social, une discussion qu’il estime tronquée par le gouvernement Chirac. Au scepticisme des partisans d'un système libéral à l’égard de la planification, il oppose la foi des socialistes en un plan correcteur du cours naturel des choses. Il estime que les moyens assignés au Plan sont réduits et les engagements dérisoires, fondés sur des hypothèses malthusiennes qui ne répondent pas à la réalité dans le domaine de l'emploi et du commerce extérieur. Le projet de loi lui semble donc insusceptible de réaliser une expansion souhaitable de 5,5 à 6 %, de résoudre le problème de l'équilibre du budget et de la sécurité sociale et de réduire sensiblement le chômage. A cette politique, il oppose la nécessité de réformes de structures, sa volonté de transformer la société dans le sens de l'équité alors que le gouvernement demande tous les efforts aux salariés et sacrifie les équipements et le logement, la restructuration industrielle de la France, le plan, correcteur des effets du marché, la passation de contrats avec les entreprises publiques et privées plutôt que par la subvention ou la substitution du capitalisme bancaire au capitalisme industriel, la hausse des crédits de recherche vers la bio-industrie, l'informatique, l'aéronautique et de la recherche médicale, la prévention permettant d'atteindre l'équilibre des charges sociales et la nécessité d'un redressement de la natalité qui devrait être un des axes du plan. Une nouvelle fois, il lui paraît impossible de réaliser la croissance sans les réformes prônées par le programme commun de la gauche.

Le 5 octobre 1976, il répond à la déclaration de politique générale du Premier ministre Raymond Barre qui succède depuis le 25 août à Jacques Chirac. S’il reconnaît la nécessité de combattre l'inflation et d'obtenir la confiance des Français, il estime que le président Giscard d'Estaing est le principal responsable des difficultés économiques de la France. Il constate que le plan Barre, de redressement financier et économique, est le neuvième plan de lutte contre l'inflation produit par M. Giscard d'Estaing, depuis 1963, et qu’il ne contient que des mesures habituelles, sans vue d'ensemble, et marquées par les échéances électorales à court terme. Il considère que l'analyse du Premier ministre sur les causes de l'inflation est erronée car faisant des salaires la cause essentielle d'une demande excessive. Il refuse la pénalisation des salariés par les mesures fiscales directes, par la hausse des impôts indirects et des cotisations sociales, le faux appel à la solidarité nationale, l'inégale répartition du patrimoine, des revenus, de l'éducation dans la société française, les inégalités en matière de transport dans la banlieue parisienne, la misère des hôpitaux publics. Il condamne l'absence de dispositions contre les maîtres du capital et de l'argent et l'incapacité du gouvernement à lutter contre l'inflation.

C’est pourquoi il défend, le 19 octobre 1976, encore une fois, une motion de censure dont il est signataire, ayant pour objet de refuser « d’engager le pays dans la nouvelle phase d’une politique qui a déjà prouvé son injustice, sa nocivité pour le peuple, et son incapacité à régler les vrais problèmes de la France ». Il s’indigne des attaques menées par le Premier ministre contre le programme commun de la gauche, qu’il estime ne pas être à la hauteur de l'idée que les socialistes se faisaient d'un Premier ministre. Il rappelle que le projet d’un impôt sur le capital a été repris par Jacques Chirac, Jacques Chaban-Delmas et Michel Debré, car il est nécessaire pour lutter contre l'inflation. Il n'admet pas que Raymond Barre prophétise l'isolement de la France en cas d'application du programme commun. Il interroge le Premier ministre sur le droit de grève, l'atteinte portée aux revenus modestes et non aux grosses fortunes, et sur son immobilisme devant les réformes de structures nécessaires. Il conclut que le gouvernement recherche la confiance de quelques grands possédants mais qu’il n'aura pas celle de millions de travailleurs.

Enfin, sa dernière intervention de la législature a lieu le 26 avril 1977, en réponse à une communication du gouvernement sur son programme. Il remet en cause la capacité technique et politique des équipes dirigeantes et l'action gouvernementale en matière d'emplois. Les causes fondamentales de la crise de l'emploi lui semblent résider dans les effets des lois du capitalisme. Il regrette que n’ait pas été prise en compte sa proposition relative au lancement d'un grand emprunt. Les mesures proposées par le gouvernement lui semblent très insuffisantes, les objectifs fixés non réalisés, les réformes de structures non étudiées. Il y voit les raisons de l'aggravation des tensions sociales, le retour au « temps du mépris » des travailleurs. Il faut donc à ses yeux une autre politique, menée par une majorité parlementaire conforme à la majorité du peuple. C’est ce qu’il attend des prochaines élections législatives.

Les élections des 12 et 19 mars 1978, placées sous le signe du bon choix « pour la France », selon le discours prononcé par le Président de la République à Verdun-sur-le-Doubs, sont une nouvelle déception pour la gauche, désunie depuis la rupture du programme commun, le 23 septembre 1977. Elles confirment le rapport de forces en deux blocs de l’élection présidentielle de 1974. Néanmoins François Mitterrand est réélu dans la 3ème circonscription de la Nièvre. Il arrive très nettement en tête du premier tour avec 17 544 voix, soit 44,70 %, devant son principal adversaire Jean-Michel Basset, 12 276 voix soit 31,28 %, Cèdre Cadena, communiste, 6113 voix soit 15,58 % et Marcel Vannereau, 2140 voix soit 5,45 %. Il est largement réélu au second tour avec environ 2 000 voix de plus qu’en 1973 : 24 158 voix (soit 60,21 %) contre 15 964 voix (soit 39,79 %) pour Jean-Michel Basset.

Sa profession de foi électorale est très en retrait par rapport au programme commun de la gauche. Elle est centrée sur les enjeux locaux de l’élection, et présente un bilan notamment sur le plan d’équipement des communes et le plan d’équipement des cantons de la Nièvre. Il défend la protection de l’environnement, proteste contre les barrages-réservoirs et espère compléter le réseau d’incinération des ordures ménagères. Il rappelle l’aide de la Nièvre à l’installation du téléphone et sa participation au développement de la préscolarisation en milieu rural et à l’entretien des bâtiments scolaires communaux. François Mitterrand se présente au nom du Parti socialiste qu’il considère être devenu le premier parti de France, sur la base du programme commun de gouvernement de la gauche, avec lequel, rappelle-t-il, il a conduit l’élection présidentielle de 1974, et avec lequel la gauche a gagné les élections cantonales de 1976 et les élections municipales de 1977. Mais il souligne à l’adresse du Parti communiste qu’il n’est pas question d’« en faire un deuxième avant même d’avoir commencé à appliquer le premier ».

Inscrit au groupe socialiste, il siège à la commission des affaires étrangères comme sous la législature précédente. Il dépose plusieurs propositions de loi, concernant des domaines aussi variés que la prévention et la répression du viol, le 25 mai 1978, la création d’un impôt sur les grandes fortunes, le 1er juillet 1978, la reconnaissance et le développement de la vie associative, le 21 décembre 1978, la création d’une commission d’enquête sur la sécurité nucléaire, le 4 avril 1979 et une autre sur les conditions de l'intervention militaire française en Centrafrique, le 10 octobre 1979, l’abrogation de la loi anti-casseurs, le 3 octobre 1979, les incompatibilités parlementaires, le 20 décembre 1979, et enfin le développement démocratique des activités physiques et sportives, le 30 juin 1980. Ses interventions restent nombreuses jusqu’en décembre 1980, avant la campagne pour l’élection présidentielle de mai 1981.

Ses questions au gouvernement portent sur le respect des droits de l'homme au Chili, à propos du sort des détenus (7 juin 1978), sur la situation au Liban, demandant plus d’impartialité au ministre des affaires étrangères Louis de Guiringaud (18 octobre 1978), sur la crise de la sidérurgie, réclamant une concertation avec les organisations syndicales (13 décembre 1978), sur le conflit social à l'entreprise Alsthom de Belfort, une « grève de dignité » qui ne doit pas se résoudre par l’expulsion des travailleurs (14 novembre 1979), et sur l’indemnité de chômage dans les départements d'outre-mer, pour un décret leur appliquant le droit commun métropolitain du chômage (12 décembre 1979).

Le 19 mai 1978, il pose une question orale, suivie de débat, à propos du salaire minimum interprofessionnel de croissance dont le pouvoir d’achat est limité par le gouvernement. Il juge insuffisante l’augmentation de l'allocation aux personnes âgées et des allocations familiales. Il dénonce la progression du chômage et du nombre des faillites, les promesses du président de la République non suivies d'effet, et l’influence croissante du grand patronat. Il lui paraît urgent de réduire le taux de la TVA sur les produits de première nécessité, de redistribuer les revenus, de relever les bas et les moyens salaires et d’augmenter les capacités d'emprunt des travailleurs, conformément aux propositions du programme commun de la gauche.

Il pose une question orale sans débat sur les événements de Centrafrique, ironisant sur les « relations affectueuses » entre la France et l'empire centrafricain, malgré les « actes de terreur » commis par le dictateur Bokassa. François Mitterrand demande la création d’une commission d'enquête derrière laquelle se profile l’affaire des diamants (5 octobre 1979) et d’une autre sur la situation politique, économique et sociale des territoires et départements d'outre-mer, dénonçant un taux de chômage cinq fois plus élevé qu'en métropole, l’insuffisance de l'équipement économique, le tarif trop élevé des transports, une politique culturelle ne respectant pas l'identité des peuples d'outre-mer et une situation très tendue en Nouvelle-Calédonie (23 novembre 1979).

De même, intervient-il à plusieurs reprises dans les grands débats de la législature. Le 19 avril 1978, il répond à la déclaration de politique générale du Premier ministre Raymond Barre. Commentant les résultats des élections, il s’interroge sur les divisions de la majorité politique et sur la structure du nouveau gouvernement. Il critique les résultats de la politique économique pratiquée, à savoir l'inflation et l'accroissement du chômage et des inégalités. Il évoque par ailleurs la responsabilité des États-Unis dans la crise économique mondiale. Il réclame un débat sur la santé, la technologie, les conditions de vie et de travail, le désarmement, ainsi que des informations sur l'expérimentation par la France de la bombe à neutrons.

Le 8 juin 1978, il répond à la déclaration du gouvernement sur la politique étrangère. Il critique vivement les opérations de guerre menées au Zaïre et au Tchad, même s’il approuve le soutien apporté aux ressortissants français. Il s’interroge sur le mobile réel de l'action française au Zaïre et sur l’assimilation de la Libye à un pays communiste. Il plaide pour l’organisation d’une force interafricaine et d’un plan pour un règlement politique en Afrique.

Le 2 octobre 1978, il défend une motion de censure, visant à dénoncer la politique du gouvernement « devenue insupportable pour la majorité de nos compatriotes », dont il est l’un des signataires. Tout en reconnaissant le rôle de « bouc émissaire » que le président de la République fait jouer au Premier ministre Raymond Barre, il dresse un bilan catastrophique de la politique économique gouvernementale, qui se solde selon lui par une augmentation sensible du nombre des chômeurs, par une hausse des prix de 10 % par an, par un déficit budgétaire de 101 milliards en quatre ans, par l’échec du VIIe Plan, par une hausse de 12 % des tarifs publics, par la « croissance zéro », par une fiscalité injuste qui pénalise des salariés, par une fraude fiscale de 70 milliards de francs. Il critique l’insuffisance des indemnités de chômage et l’absence de négociations sur la réduction de la durée du travail et les conditions d'emploi. Il prône un nouveau système fiscal, l'autonomie des collectivités locales, la nationalisation des grands groupes industriels et du secteur bancaire, une politique à long terme en faveur des industries de pointe et l'établissement d'un plan pour l'informatisation de la société française. Pour finir, il déplore la « politique des coups pour rien » menée par le gouvernement.

Le 13 novembre 1978, il intervient dans la discussion du projet de loi de finances pour 1979, à propos du budget de l’Education nationale. Il déplore la régression des crédits d'investissement et des crédits de fonctionnement des établissements, la diminution du nombre et du taux des bourses, le maintien des déséquilibres de la population scolaire selon les couches sociales, les classes surchargées, l’alignement du redéploiement éducatif sur le redéploiement industriel, le détournement des jeunes hors du tronc commun de formation générale par une politique de sélection sociale. Pour finir, il affirme la volonté du PS de lutter contre la sélection dans l'école et par l'école.

Le 15 décembre 1978, il répond à la déclaration du gouvernement sur l'élargissement de la Communauté économique européenne à l’Espagne, au Portugal et à la Grèce. S’il rappelle le soutien des socialistes à la construction européenne et au rééquilibrage du marché commun en faveur de la France par l'entrée des pays méditerranéens, il s’inquiète des conséquences pour la Communauté du conflit entre la Grèce et la Turquie et des risques de dénaturation du marché commun en une zone de libre-échange universelle. Il demande au préalable une organisation du marché des produits agricoles méditerranéens, un système de prix minima vérifiés aux frontières dans la monnaie officielle du pays d'importation et la disparition des montants compensatoires. Il estime que l’adhésion de l'Espagne offrira de nouvelles possibilités aux sociétés multinationales, favorisera le progrès industriel de l'Espagne dans les secteurs en difficultés en France, accroîtra les disparités régionales et posera le problème des travailleurs et de leur libre circulation. Enfin, il pose la question des échanges avec les pays tiers comme ceux du Maghreb, du Machrek, Israël et les pays liés par la conférence de Lomé.

Le 14 mars 1979, il défend deux motions de censure déposées par les communistes et par les socialistes. Il déplore que la majorité se soit opposée à la demande de convocation d'une session extraordinaire par les socialistes au mois de janvier. Il s’étonne de l’attitude ambiguë du RPR qui « critique sans condamner » le président de la République. Il souligne la détérioration de l'emploi et du tissu industriel français, notamment de la sidérurgie, qualifiée de « désastre industriel de la Ve République. » Il critique le contrôle de l'exécutif sur l'information audiovisuelle, la privatisation du secteur public pour les PTT, la SNCF, la SFP, le CNRS, l'école publique, et la politique agricole du gouvernement. Il estime que le plan Giscard-Barre est un échec, dû à une fausse analyse de l'inflation et du chômage, ainsi qu’à l’absence de réformes de structures. À cette politique gouvernementale consistant « à sacrifier l'avenir et subir le présent », il oppose la nécessité d'une planification démocratique.

Le 20 novembre 1979, il défend trois motions de censure sur le projet de loi de finances pour 1980, dont deux socialistes et une communiste. Il compare la majorité déchirée à un « bateau ivre » et condamne le recours du Premier ministre à la procédure de l’article 49, alinéa 3 de la Constitution, conjointe à celle du vote bloqué, pour escamoter ses difficultés politiques. Il déplore la diminution de la part de la recherche dans la production nationale, le manque d'investissements pour les énergies nouvelles, l’absence d’une politique familiale, la diminution des moyens de l'éducation sauf pour le privé, le déficit budgétaire sans avantage économique, le rétablissement des profits des grandes entreprises mais la stagnation de l'investissement, le refus du gouvernement d’un impôt sur les grandes fortunes. Il est tout aussi sévère sur la politique extérieure de la France, incapable d’endiguer la crise de la Communauté économique européenne, la prolifération de l'arme nucléaire, le déséquilibre Nord-Sud ou les violations des droits de l'homme en Iran.

Le 6 décembre 1979, il justifie deux autres motions de censure, l’une socialiste et l’autre communiste, sur le projet de loi relatif au financement de la sécurité sociale. Sur la forme, il refuse d'admettre l'usage répété de la procédure de l’article 49-3, qui aboutit selon lui à ce que le gouvernement fasse la loi. Il se réfère aux travaux du comité consultatif constitutionnel de 1958 et aux déclarations de Michel Debré, estimant que l’usage de cette procédure deviendrait dangereux s’il était trop fréquent. Il cite les déclarations de Valéry Giscard d'Estaing se disant favorable au développement des prérogatives du Parlement.

En revanche, le 20 décembre 1979, il s’oppose à une motion de censure communiste, jointe à la demande d'interpellation de Georges Marchais, relative à l'installation de fusées nucléaires américaines en Europe. S’il souligne la nécessité d'éviter que l'Union soviétique ait le sentiment d'être une place assiégée, il refuse de voter un texte qui s'attaque uniquement à l'armement américain et fait de la surenchère sur les positions soviétiques. Cela lui apparaît comme une « médiocre opération de politique intérieure » dirigée par le parti communiste contre le parti socialiste, afin de discréditer ce dernier auprès de l’électorat de gauche. Il affirme, pour conclure, la nécessité de maintenir l'indépendance de la France vis-à-vis des superpuissances.

Le 22 décembre 1979, il s’associe à une nouvelle motion de censure socialiste sur le projet de loi relatif au financement de la sécurité sociale et, le 27 décembre 1979, il s’oppose au projet de loi autorisant le gouvernement à continuer à percevoir en 1980 les impôts et taxes existants. Il y voit une violation de la Constitution, de la loi organique et du règlement de l'Assemblée nationale par le gouvernement, après le rejet de l'article 25 de la loi de finances, et annonce la saisine du Conseil constitutionnel par le groupe socialiste. Les 9 et 11 janvier 1980, il s’associe à des motions de censure socialistes sur le projet de loi de finances. Le 27 février 1980, il défend une motion de censure socialiste sur la politique économique du gouvernement, dénonçant les promesses non tenues du président de la République en matière d'emploi, de hausse des prix, d'équilibre budgétaire, d'indexation de l'épargne, de fiscalité, de déficit du commerce extérieur et de protection sociale. Il réfute l'alibi du pétrole comme cause des difficultés économiques, arguant de la baisse du prix du pétrole en francs constants. Par ailleurs, il critique le choix fait par le PCF de la révolution comme moyen du changement, et appelle à l'union pour la victoire électorale de la gauche.

Le 17 avril 1980, il répond à la déclaration du gouvernement sur la politique étrangère, critiquant la lenteur de la réaction française à l'intervention soviétique en Afghanistan, la situation de la France au Tchad, les ventes d'armes de la France à l'Irak, la politique française dans le conflit israélo-arabe et la non-garantie des frontières d'Israël, l’occupation française en République centrafricaine, le sort des réfugiés du Vietnam et du Cambodge, la responsabilité de la France dans la crise européenne du mouton et des montants compensatoires. Evoquant la nécessité de la détente et du désarmement, le dossier Nord-Sud, le nouvel ordre monétaire international, la coopération de la France avec le Nicaragua ou encore le président tunisien Bourguiba, François Mitterrand se dresse en opposant résolu au gouvernement en matière de politique étrangère.

Le 11 juin 1980, concernant le projet de loi renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes, dit « sécurité et liberté », présenté par le garde des Sceaux, Alain Peyrefitte, il soutient l'exception d'irrecevabilité déposée par le député socialiste de Charente-Maritime Philippe Marchand. Il dénonce une « loi d'exception », un « projet de répression sociale » appuyé sur une véritable « campagne publicitaire » et masquant l’insuffisance des moyens de la justice. L’indépendance des magistrats lui semble remise en cause, de même que le rôle du juge d’instruction et que les droits de la défense. Il s’agit à ses yeux d’une rupture de l'égalité des citoyens devant la loi.

Le 8 octobre 1980, il répond à la déclaration du gouvernement sur l'attentat antisémite de la rue Copernic, commis le 30 octobre, et faisant suite au mitraillage d’édifices israélites parisiens et à plusieurs attentats à l’étranger. Il y voit une menace pesant sur la démocratie, à l’image du terrorisme en Italie et en Allemagne. Il critique la protection insuffisante de la communauté juive de France : « Les victimes désignées aux coups des meurtriers, dont nous apercevons l'ombre redoutable n'ont pas le sentiment d’être sous votre garde. » Il fait la liste des attentats racistes commis en 1980 et impunis. Il souligne l’importance de l'extrême droite dans la police. Et il termine en évoquant Anne Franck, « cette petite fille » qui « continue d'éclairer notre nuit. Or, monsieur le Premier ministre, on assassine ses frères. »

Enfin, sa dernière intervention parlementaire, le 11 décembre 1980, est un rappel au règlement concernant le Premier ministre Raymond Barre qui, la veille, lui a reproché d'avoir mis en cause, à l'étranger, la politique de la France. François Mitterrand lui « oppose un démenti catégorique » à ce qu’il appelle un « mensonge officiel devenu, semble-t-il, institution d'État. » Il rappelle qu’il a toujours pris le plus grand soin, d'observer « l'obligation de réserve qui incombe à tout Français respectueux des intérêts de son pays. » Interrogé par la presse américaine sur ce « qu'ils appelaient le scandale des diamants », à Washington, il est resté silencieux, comme le confirme les comptes rendus de presse. Mais il conclut par une formule polémique : « Pas plus qu'un opposant ne doit à l'étranger manquer à la mesure dès lors qu'il s'agit de la politique du pays […] pas davantage on ne peut, quand on est président de la République, se commettre à l'étranger avec certains chefs d'État, y compris un empereur de complaisance. » La campagne pour l’élection présidentielle de mai 1981 est lancée.

Avant de conquérir l’électorat, il faut rassembler son camp et emporter l’entier soutien du PS, traversé de nombreux courants. Michel Rocard, cadet de quatorze ans de François Mitterrand, qui s’appuie sur la déception électorale de 1978, et veut incarner une ligne modernisatrice contre « l’archaïsme de la direction », est le favori des sondages mais il ne parvient pas à s’imposer au sein du parti. Lors du congrès du PS à Metz, en avril 1979, François Mitterrand l’emporte en renouant l’alliance avec le courant du CERES, dirigé par Jean-Pierre Chevènement, sur une ligne de gauche, contre le courant rocardien qui n’obtient que 21 % des mandats. Toutefois, le maire de Conflans-Sainte-Honorine est le premier socialiste à se porter candidat, le 19 octobre 1980, mais il commet l’erreur de conditionner le maintien de sa candidature à la décision de François Mitterrand, premier secrétaire du parti. Or ce dernier, le 8 novembre 1980, se déclare à son tour, annonçant qu'il « soumet sa candidature aux votes des membres du parti », obligeant Michel Rocard, qui se présente comme l’homme du « parler vrai », à honorer sa parole.

C’est la troisième fois que François Mitterrand brigue la présidence de la République, la seconde face à Valéry Giscard d’Estaing. A la différence de ses deux tentatives précédentes, il doit affronter la concurrence à gauche d’un candidat du PCF, en la personne de Georges Marchais, désigné le 12 octobre 1980. Ce dernier, auto-proclamé « candidat anti-Giscard », n’épargne pas pour autant François Mitterrand, en déclarant, le 13 septembre 1980, que si le secrétaire du PS était élu, il ferait la même politique de droite que le président sortant. Cela n’empêche pas le député de la Nièvre, officiellement désigné comme candidat du PS, le 24 janvier 1981, lors du congrès de Créteil, de mener une campagne tournée vers le second tour, c'est-à-dire vers un affrontement avec le président sortant. Fort d’un programme de gouvernement en 110 propositions, inspiré par le programme commun de la gauche de 1972, du slogan « Changer la vie » et des affiches électorales, conçues par le publiciste Jacques Séguéla, et intitulées « La force tranquille »,, François Mitterrand mène une campagne « courte et ramassée », démarrée le 7 mars 1981 à Beauvais, et ponctuée par 28 meetings régionaux, minutieusement organisés comme des « shows à l'américaine ». L’un des points forts de la campagne est par ailleurs son interview télévisée, sur la chaîne Antenne 2, le 16 mars, lorsqu’il affirme, s’opposant aux sondages, son intention d'abolir la peine de mort. On en retiendra aussi ses piques cinglantes contre Valéry Giscard d’Estaing, qualifié le 7 avril de président « en fin de course », et dont il résume le bilan en « quatre D » : déclin, décadence, destruction, désarroi.

Arrivé en seconde position derrière le président sortant (28,32 %) à l’issue du premier tour du 26 avril 1981, François Mitterrand obtient 25,85 % des suffrages exprimés, bien loin de son score de 1974, lorsqu’il était le candidat de l’union de la gauche. Valéry Giscard d’Estaing, qui l’avait battu de justesse sept ans plus tôt, perd quatre points par rapport à l’élection précédente, et François Mitterrand peut compter sur l’appoint probable des électeurs communistes au second tour, soit 15,34 % des voix qui se sont portées sur Georges Marchais au premier tour. Très affaibli par la campagne hostile de Jacques Chirac, qui refuse d’appeler ses partisans à se reporter sur lui, Valéry Giscard d’Estaing espère emporter le duel télévisé organisé, le 5 mai 1981, comme il l’avait fait, en 1974, grâce à sa formule sur le « monopole du cœur. » Mais cette fois, c’est François Mitterrand, qualifié par son adversaire « d’homme du passé », qui marque les esprits en rappelant au président sortant qu’il est « l’homme du passif ».

Sa victoire, le 10 mai 1981, avec 51,76 % des suffrages exprimés contre 48,24 % à Valéry Giscard d’Estaing, est un tournant dans l’histoire politique française : le quatrième président de la Ve République est le premier président socialiste élu depuis 1958, mettant fin à 23 années de pouvoir de la droite, la plus longue période de continuité politique en France depuis l'Ancien Régime. Cette dimension historique est soulignée par la grande fête populaire qui a lieu, le soir-même de l’élection, place de la Bastille, haut-lieu de l’histoire révolutionnaire, puis par la cérémonie du 21 mai 1981, organisée par Jack Lang, futur ministre de la Culture, et qui voit François Mitterrand entrer seul au Panthéon pour déposer symboliquement une rose rouge sur les tombeaux de Jean Jaurès, Jean Moulin et Victor Schœlcher.

Le même jour, il nomme Pierre Mauroy, député-maire de Lille, à la tête d’un gouvernement composé de 43 socialistes et de radicaux. En 1979, il avait placé le patron de la puissante fédération socialiste du Nord au poste clef de secrétaire national à la coordination avec les fédérations et, en 1981, il en avait fait son porte-parole pour la campagne présidentielle. Décision est prise de dissoudre l’Assemblée nationale, comme François Mitterrand l’avait annoncé pendant la campagne, afin d’éviter l'expérimentation institutionnelle d'une cohabitation. Dans la foulée de l’élection présidentielle, les élections législatives des 14 et 21 juin 1981 sont marquées par une « vague rose », soit 37,77 % des suffrages et 285 sièges aux socialistes et apparentés, qui détiennent seuls la majorité absolue. Les communistes, désormais marginalisés avec seulement 44 députés, se voient néanmoins offrir quatre portefeuilles ministériels dans le nouveau gouvernement Mauroy, constitué le 22 juin. Le couple exécutif a donc les mains libres pour mettre en œuvre les 110 propositions du candidat François Mitterrand.

L’essentiel du programme de gouvernement est accompli au cours de la première année. L’importance des réformes économiques et sociales engagées est sans précédent depuis la Libération : nationalisations de 36 banques de dépôts, des grandes banques d’affaires et des plus grands groupes industriels, création d’un impôt sur la fortune, augmentation du SMIC et des allocations familiales, retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés, semaine de 39 heures, lois Auroux sur le droit du travail transforment profondément l’appareil économique français. Par ailleurs, des réformes majeures de la justice sont engagées, notamment l’abolition de la peine de mort (sous l’impulsion du garde des Sceaux Robert Badinter), l’abolition de la Cour de sûreté de l’État et des tribunaux militaires, ou encore la dépénalisation de l’homosexualité. La loi-cadre préparée par Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur, votée en 1982, lance véritablement la décentralisation, avec l’élection des conseils régionaux au suffrage universel. D’autres mesures sont prises visant à la libéralisation de l’audiovisuel, avec la légalisation des radios libres et la création de la Haute autorité pour la communication audiovisuelle. C’est ce que Pierre Mauroy nomme « le socle du changement ». Dans le domaine de la culture, une politique active est menée par Jack Lang, qui fait notamment adopter la loi du 10 août 1981 sur le prix unique du livre. François Mitterrand décide que seront réalisées de grandes opérations d'architecture et d'urbanisme qui changeront le visage de la ville de Paris : le Parc de la Villette et la Cité des sciences et de l’industrie, la Cité de la musique, la Grande Arche de la Défense, le Grand Louvre, l’Institut du monde arabe, l’Opéra Bastille, le ministère de l’Economie et des finances (Bercy), la Bibliothèque nationale de France, le Centre culturel Jean-Marie Tjibaou. Dès septembre 1981 est lancé le chantier de l'agrandissement et de la restauration du Musée du Louvre après la décision de déménager le ministère de l'Economie et des Finances de la rue de Rivoli à Bercy.

François Mitterrand décide par ailleurs de mener une politique étrangère favorable aux pays en voie de développement, selon des principes définis dans son fameux discours dit de Cancún, le 20 octobre 1981. On lui doit par ailleurs la première visite d'un chef d'État français en Israël, marquée par son discours de la Knesset soulignant « l'irréductible droit de vivre » de l’État juif, ainsi qu’au Japon. Il apporte son soutien à la Grande-Bretagne dans la Guerre des Malouines (avril-juin 1982), au sommet des pays industrialisés, à Versailles, en juin 1982 ; il refuse de se rendre, en novembre 1982, aux obsèques de Leonid Brejnev à Moscou, et, plaidant pour l’équilibre des forces en Europe, il prend fermement position dans la crise dite des euromissiles, dans son discours au Bundestag, le 20 janvier 1983, soutenant l’installation de fusées américaines en RFA.

Mais la détérioration de la situation économique (creusement de la dette publique, hausse de l’inflation), conduit le gouvernement à adopter un plan de rigueur afin que la France puisse se maintenir dans le Système monétaire européen (SME), comme le demande depuis plusieurs mois le ministre de l’Economie et des Finances, Jacques Delors. François Mitterrand décide alors de prendre ce que l’on appellera « le tournant de la rigueur », en mars 1983, remettant en cause la politique économique inspirée du programme commun, et qui est en réalité l’aboutissement d’une inflexion commencée dès 1982. Ce changement de cap provoque de fortes tensions à gauche, et notamment la démission de Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Éducation nationale, en mars 1983. De manière plus indirecte, il en résulte le remplacement, en juillet 1984, de Pierre Mauroy par Laurent Fabius, le plus jeune premier ministre de la Ve République, proche de François Mitterrand, et plus à l’aise pour incarner la politique de rigueur. Le changement de Premier ministre est surtout consécutif à la crise dite de « l’école libre », qui a vu les établissements et les parents d’élèves de l’enseignement privé, soutenus par la droite et par les évêques de France, se soulever contre le projet de loi préparé par le ministre de l’Education nationale, Alain Savary, visant à la création d’un « grand service public unifié et laïque de l'éducation nationale », prévu dans les 110 propositions de la candidature de François Mitterrand à la présidence de la République. Prenant acte des turbulences politiques suscitées par le projet de loi, notamment avec la grande manifestation organisée à Versailles, le 4 mars, puis celle de Paris, le 24 juin 1984, et rassemblant plus d’un million d’opposants, François Mitterrand annonce, le 12 juillet 1984, dans une allocution radio-télévisée, que le Parlement sera saisi d’une révision de la Constitution sur l’élargissement du référendum au projet de loi relatif aux libertés publiques. Le Sénat avait, en effet précédemment, adopté une motion tendant à l’organisation d’un référendum, que l’Assemblée nationale avait rejeté le 6 juillet 1984. Au cours de la même allocution, François Mitterrand annonce également le retrait de l’ordre du jour de la session extraordinaire du projet de loi, ce qui provoque la démission d’Alain Savary, puis de Pierre Mauroy, le 17 juillet, et la nomination à Matignon de Laurent Fabius, le soir-même. Le 7 août, après un long débat, le Sénat adopte la question préalable, rejetant ainsi le projet de loi constitutionnelle. Le 23 août, l’Assemblée nationale adopte, en revanche, le projet, après avoir rejeté la question préalable, Michel Debré ayant estimé en la défendant, qu’il convenait de condamner une manœuvre politique transformant la révision de la Constitution en un vote de confiance qu’il ne peut accorder au gouvernement. Le 5 septembre, en deuxième lecture, le Sénat est appelé à examiner à nouveau le projet, afin de vérifier, comme l’indique le garde des Sceaux, Robert Badinter « si le désaccord contre la majorité du Sénat et celle de l’Assemblée nationale est vraiment irréductible ». Il adopte la question préalable, mettant définitivement fin au projet de révision.

A la tête d’un gouvernement dans lequel les ministres communistes ont refusé de siéger, le nouveau Premier ministre doit faire face à la dégradation de la situation économique, à la montée du chômage (le cap des 2,5 millions est franchi en 1985), ce qui se traduit notamment par une série de revers électoraux pour le PS, aux élections européennes de 1984, aux cantonales de 1985 et aux régionales de 1986. François Mitterrand se retranche, quant à lui, sur ses missions régaliennes. La politique étrangère est l’un de ses domaines de prédilection : l’image de la main tendue au chancelier ouest-allemand Helmut Kohl, le 22 septembre 1984, lors de la commémoration de la bataille de Verdun constitue un moment historique et une référence, de même que la réception, en octobre 1985, du réformateur soviétique Mikhaïl Gorbatchev à Paris, qui vient de lancer la perestroïka.

En prévision d’élections législatives qui s’annoncent difficiles en mars 1986, le président décide l’instauration du scrutin proportionnel départemental à la plus forte moyenne, avec un seuil de 5 %, comme il l’avait promis dans sa campagne. Cette décision provoque la démission de Michel Rocard, ministre de l’Agriculture du gouvernement Fabius, en avril 1985. En dépit du nouveau mode de scrutin, qui limite l’effet majoritaire, la gauche n’obtient, le 18 mars 1986, que 247 sièges (212 socialistes et 35 communistes) contre 286 à la droite, tandis que le Front national sera représenté par 35 députés et pourra constituer un groupe politique. C’est Jacques Chirac, chef de file de l’union RPR-UDF, qui est chargé par François Mitterrand, qui après avoir pensé un moment à Jacques Chaban-Delmas, de former un nouveau gouvernement, selon la logique parlementaire des institutions de la Ve République. Il s’agit de la première cohabitation entre un président de gauche et un gouvernement de droite. Elle génère des tensions entre les deux têtes de l'exécutif, notamment dans le domaine de la politique intérieure. Dès la formation du gouvernement, François Mitterrand s'oppose à la nomination de certains ministres, parmi lesquels Jean Lecanuet, puis il refuse de signer les projets d’ordonnances proposés par le gouvernement, dont certaines abrogent les nationalisations de 1981 et 1982, sur le découpage électoral ou sur l'aménagement du temps de travail. Ainsi au Conseil des ministres, le 26 mars 1986, il déclare qu'il ne signera les ordonnances qu'« en nombre limité » sur « des sujets précis » et que, dans le domaine social, il n'acceptera que celles présentant « un progrès par rapport aux acquis ». Le 14 juillet il annonce son refus de signer l'ordonnance de privatisation de 65 entreprises car il convient de préserver l'indépendance nationale » et c'est au Parlement de prendre ses responsabilités. En septembre 1987 il critique la privatisation de la chaîne télévisée TF1 au nom de l'équilibre entre les systèmes publics et privé, critique le rôle de la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL), créée par la loi du 30 septembre 1986, et affirme qu’il entend défendre la liberté de l'information et de l'expression relevant des « droits fondamentaux garantis par la Constitution ». Un certain équilibre institutionnel est toutefois trouvé, comme en témoignent les conférences de presse tenues à la suite des sommets internationaux, lors desquelles le président de la République et le Premier ministre répondent à tour de rôle aux questions posées, au risque de donner l’image d’une dyarchie.

Les difficultés économiques rencontrées par le gouvernement Chirac, notamment face au chômage (qui baisse légèrement début 1988) ainsi que les manifestations d’étudiants et de lycéens contre le projet de loi Devaquet, retiré de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, après la mort du jeune Malik Oussekine, début décembre 1986, provoque dans l’opinion une chute de confiance du chef du gouvernement. Par contraste, François Mitterrand apparaît institutionnellement au-dessus de la mêlée et un arbitre dans une période troublée, marquée par le terrorisme iranien et par la révolte canaque en Nouvelle-Calédonie. Il conforte sa popularité, lançant le percement du Tunnel sous la Manche, présidant le premier sommet de la francophonie en 1986 ou les cérémonies du Millénaire capétien en 1987. Aussi est-il en mesure de briguer un nouveau mandat présidentiel, le 22 mars 1988. Sa cote de popularité étant remontée à un tel point que les sondages annoncent une avance de dix points sur son Premier ministre qui déclare sa candidature, le 16 janvier 1988. Pour la première fois, un chef de l’État et son Premier ministre en exercice s’affrontent pour la présidence de la République.

A la différence de la campagne menée en 1981, le président sortant, familièrement surnommé « Tonton » par ses partisans, se présente sous le signe de la continuité, de la stabilité et du rassemblement, son programme étant contenu dans sa « Lettre à tous les Français », publiée le 7 avril, et distribuée à plusieurs millions d’exemplaires. Gêné par la concurrence du candidat de l’UDF, Raymond Barre, Jacques Chirac parvient à distancer ce dernier lors du premier tour du 24 avril 1988, avec 19,95 % des voix contre 16,53 %, mais il est loin derrière François Mitterrand, qui obtient 34,1 % des suffrages exprimés. Dans ces conditions, le débat télévisé qui oppose les deux têtes de l’exécutif, le 28 avril 1988, semble moins crucial que ceux des campagnes de 1974 et 1981, mais il donne néanmoins lieu à plusieurs accrochages entre les deux hommes. En dépit de plusieurs coups d’éclat, du 4 au 6 mai, dont la libération des otages français, prisonniers du Djihad islamique au Liban, et l’assaut des gendarmes contre les preneurs d’otages de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie, Jacques Chirac est largement battu au second tour du 8 mai 1988, avec 45,98 % des suffrages contre 54,02 % à François Mitterrand.

Bien que triomphalement réélu, ce dernier, qui souhaite lors de son investiture un second septennat du « rassemblement dans le respect des valeurs républicaines », doit concéder à l’opinion publique la nomination à Matignon de son rival historique, Michel Rocard, plébiscité dans les sondages et qui affirme vouloir « gouverner autrement ». Comme en 1981, l’Assemblée nationale est dissoute, afin de donner une majorité au président de la République, et les élections législatives des 5 et 12 juin 1988 donnent l’avantage aux socialistes et apparentés, soit 47,8 % et 275 sièges. Mais cette majorité socialiste n’est plus que relative, les droites et le centre ayant même obtenu plus de voix que les gauches au premier tour, et un total de 261 sièges. D’où la nécessité pour François Mitterrand d’autoriser la politique d’ouverture souhaitée depuis des années par Michel Rocard, faisant entrer au gouvernement plusieurs transfuges de l’UDF, tels que Michel Durafour et Jean-Pierre Soisson. Bénéficiant d’une conjoncture économique plutôt favorable, Michel Rocard obtient une amélioration de la croissance et une diminution du chômage. Il crée notamment, le 12 octobre 1988, le Revenu minimum d'insertion (RMI), allocation de secours versée à des adultes valides, et constituant un minimum social, puis en 1990 la Contribution sociale généralisée (CSG), prélèvement obligatoire visant à participer au financement de la protection sociale. Par ailleurs, il a remporté un grand succès politique dès les premières semaines de son arrivée au pouvoir, le 26 juin 1988, avec la signature des accords de Matignon, entérinant les droits de la Nouvelle-Calédonie à l’autodétermination, et mettant fin aux violences sur l’île.

Il revient à François Mitterrand de gérer les crises internationales majeures qui ont éclaté au Moyen-Orient et en Europe centrale. C’est ainsi qu’à partir du mois d’août 1990, la France est associée à l’opération « Tempête du désert », soutenue par l’ONU, et visant à libérer le Koweit envahi par l’armée irakienne. Sur le front européen, et suite à la chute du « Mur » de Berlin, François Mitterrand apporte un soutien prudent à la réunification allemande, officielle le 3 octobre 1990. De même reste-t-il très circonspect face à l’implosion du régime communiste d’Union soviétique, refusant de rencontrer publiquement Boris Eltsine, président élu de Russie, avant que le processus ne soit parvenu à son terme. Cette attitude a pu être interprétée par certains comme le comportement d’un homme du passé, et par d’autres comme celui d’un homme d’État attaché à maintenir les grands équilibres européens.

Peu désireux que Michel Rocard ne lui succède à l’Elysée, François Mitterrand demande à son Premier ministre sa démission, en mai 1991. Pierre Bérégovoy espère alors être appelé à Matignon mais, contre toute attente, le chef de l’État porte son choix sur Edith Cresson, la première (et jusqu’à ce jour la seule) femme à exercer la charge de Premier ministre en France. Mais confrontée à une série de difficultés, elle est remplacée, dix mois plus tard, après une rude défaite aux élections cantonales et régionales, par le ministre de l’Economie Pierre Bérégovoy, celui-ci est chargé de redresser l’opinion dans la perspective des élections législatives de mars 1993. Mais, en dépit de la confiance des milieux économiques, la timide victoire au référendum de Maastricht ne suffit pas à lui donner l’élan nécessaire, d’autant qu’il est contesté dans son propre parti.

La défaite électorale est très lourde pour Pierre Bérégovoy, lui-même, et pour la gauche dans son ensemble, aux élections législatives des 21 et 28 mars 1993, les socialistes et apparentés ne sauvant que 57 sièges (29,8 % des voix), contre 257 au RPR et 215 à l’UDF. Se jugeant responsable de cette déroute et fragilisé par la mise en cause de sa probité dans certains médias, Pierre Bérégovoy se donne la mort le 1er mai 1993, donnant l’occasion à François Mitterrand de s’indigner, aux obsèques de son ancien Premier ministre, à Nevers, le 4 mai 1993, qu’on ait pu « livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie. »

Dès lors s’ouvre une nouvelle cohabitation, cette fois avec Edouard Balladur comme Premier ministre. D’abord courtoises, dans la manière du nouvel hôte de Matignon, les relations entre les deux hommes se tendent à mesure qu’approche la fin du second septennat de François Mitterrand. Beaucoup d’observateurs évoquent une fin de règne crépusculaire pour raconter cette deuxième cohabitation, marquée par l’aggravation de l’état de santé du président, atteint d’un cancer diagnostiqué dès 1981, dont le chef de l’État avait réussi à juguler les effets pendant une décennie. Très diminué par la maladie qui le contraint à rester souvent allongé pendant les derniers mois, il est aussi très affaibli par les scandales qui touchent le parti socialiste, tel celui du sang contaminé, ainsi que par les révélations sur son passé vichyste et ses liens avec René Bousquet, assassiné en 1993. La presse dévoile par ailleurs l’affaire des écoutes téléphoniques de l’Elysée, puis l’existence de sa fille cachée, Mazarine. En outre, il se retrouve confronté à un Premier ministre qui prend peu à peu en mains toutes les rênes du pouvoir, en prévision de sa propre candidature à la succession. C’est au point que le président sur le départ semble encourager son ancien adversaire, Jacques Chirac, dans la lutte fratricide que ce dernier mène contre Edouard Balladur, son « ami de trente ans », pour la conquête de l’Elysée. En revanche, François Mitterrand réussit, une fois encore, à écarter Michel Rocard de la course, affaibli par le mauvais score de la liste socialiste qu’il conduit aux élections européennes de 1994, et qui devancent de très peu, n’obtenant que 14,49 % des voix, la liste radicale conduite par le protégé de François Mitterrand, Bernard Tapie, qui obtient 12,03 %. Par ailleurs, il entretient des relations difficiles avec Lionel Jospin, le candidat du parti socialiste, coupable à ses yeux de revendiquer « un droit d’inventaire » sur son bilan présidentiel.

Le 31 décembre 1994, François Mitterrand présente ses derniers vœux de Nouvel An aux Français, confirmant qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle de 1995 : « L'an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses vœux. Là où je serai, je l'écouterai le cœur plein de reconnaissance pour le peuple français qui m'aura si longtemps confié son destin et plein d'espoir en vous. Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas ». Il célèbre à Paris le cinquantième anniversaire de la victoire du 8 Mai 1945 en compagnie de Jacques Chirac, élu la veille à la présidence de la République, avec 52,6 % des suffrages exprimés contre 47,3 % à Lionel Jospin. A l’issue de la passation des pouvoirs à l’Elysée, le 17 mai 1995, il prononce son dernier grand discours public au siège du parti socialiste, rue de Solférino. En qualité d'ancien président de la République, il devient membre de droit du Conseil constitutionnel, mais refuse d'y siéger. Il se consacre, dès lors, principalement à la lecture, à l'écriture et effectue de nombreux déplacements familiaux ou politiques, bien qu'étant très affaibli. En octobre 1995, il participe à un colloque d'anciens chefs d'État et de gouvernement organisé par l'ancien président des États-Unis George H. W. Bush à Colorado Springs. Après un dernier Noël passé à Assouan en Égypte, puis un réveillon en famille dans sa propriété de Latché, dans les Landes, il meurt le 8 janvier 1996 dans son appartement de fonction parisien, avenue Frédéric-Le-Play. Le soir même, le président Chirac lui rend un émouvant hommage en direct à la télévision.

François Mitterrand reste dans l’histoire de la Ve République comme l’incontestable figure de proue de la gauche française, un grand orateur parlementaire, et celui qui, ayant été deux fois candidat malheureux à l’élection présidentielle, et, ayant accompli deux septennats, a exercé la plus longue présidence de la République.

Décoré de l’Ordre de la Francisque en 1943, officier de la Légion d'honneur à titre militaire, médaillé de la Résistance avec rosette, Croix de guerre 1939-1945, il est devenu, en sa qualité de Président de la République française, Grand-Croix de la Légion d'honneur, Grand-croix de l'ordre national du Mérite et Grand maître de la Légion d'honneur.

Voir aussi la biographie de la IVe République

Œuvres :
- Les Prisonniers de guerre devant la politique, éd. du Rond-Point, 1945.
- Aux frontières de l'Union française. Indochine-Tunisie, éd. Julliard, 1953.
- Présence française et abandon, éd. Plon, 1957.
- La Chine au défi, éd. Julliard, 1961.
- Le Coup d'État permanent, Les débats de notre temps. Plon, 1964.
- Ma part de vérité, éd. Fayard, 1969.
- Un socialisme du possible, éd. du Seuil, 1971.
- La Rose au poing, éd. Flammarion, 1973.
- L'Homme, les Idées, le Programme, éd. Flammarion, 1974.
- La Paille et le Grain, éd. Flammarion, 1975.
- Politique I, éd. Fayard, 1977.
- L'Abeille et l'Architecte, éd. Flammarion, 1978.
- Ici et maintenant, éd. Fayard, 1980.
- Politique II, éd. Fayard, 1981.
- Réflexions sur la politique extérieure de la France. Introduction à vingt-cinq discours (1981-1985), éd. Fayard, 1986.
- Mémoire à deux voix (avec Elie Wiesel), Éditions Odile Jacob, 1995.
- De l'Allemagne, de la France, Éditions Odile Jacob, 1996.
- Mémoires interrompus (recueil d'entretiens avec Georges-Marc Benamou), Éditions Odile Jacob, 1996.
- Les Forces de l'esprit, messages pour demain, éd. Fayard, 1998.
- Le Bureau de poste de la rue Dupin et autres entretiens, (avec Marguerite Duras), Gallimard, 2006.







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