François, Vincent Raspail

1794 - 1878

Informations générales
  • Né le 29 janvier 1794 à Carpentras (Vaucluse - France)
  • Décédé le 7 janvier 1878 à Arcueil (Val-de-Marne - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 17 septembre 1848 au 26 mai 1849
Département
Seine
Groupe
Gauche
Régime politique
Second Empire - Corps législatif
Législature
IVe législature
Mandat
Du 23 mai 1869 au 4 septembre 1870
Département
Rhône
Groupe
Gauche
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
Ire législature
Mandat
Du 5 mars 1876 au 25 juin 1877
Département
Bouches-du-Rhône
Groupe
Gauche républicaine
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
IIe législature
Mandat
Du 14 octobre 1877 au 7 janvier 1878
Département
Bouches-du-Rhône
Groupe
Gauche républicaine

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Représentant en 1848, député de 1869 à 1870 et de 1876 à 1878, né à Carpentras (Vaucluse) le 29 janvier 1794, mort à Arcueil (Seine) le 7 janvier 1878, troisième fils de Joseph Raspail, restaurateur à Carpentras, et de Marie Laty, il fit ses premières études chez l'abbé Eysseric, prêtre janséniste et républicain, et, destiné à l'état ecclésiastique, entra au séminaire d'Avignon, y devint répétiteur de philosophie en 1810, et professeur de théologie en 1812 : il eut là pour élèves un grand nombre de futurs évêques et archevêques, entre autres Mgr Sibour.

Prêchant à la cathédrale d'Aix en 1813, le jour anniversaire d'Austerlitz, il dit que la « France devait donner son dernier homme et son dernier écu pour soutenir la révolution représentée par l'empereur. » Mais son ardeur l'ayant entraîné à quelques hardiesses dans l'enseignement de la théologie, il fut blâmé par l'archevêque, refusa une rétractation, entra comme régent au collège du Carpentras, composa des couplets enthousiastes sur le retour de l'île d'Elbe, et fut destitué par la seconde Restauration.

Il vint alors à Paris (1816), donna des leçons pour vivre, collabora à la Minerve, se vit renvoyé du collège Stanislas, ou il professait (1820), pour des articles républicains, suivit les cours de l'Ecole de droit, passa quelques mois dans une étude d'avoué, inventa un microscope qui fit la fortune de l'industriel (M. Deleuil) qui l'exploita, et présenta (1824) à l'Académie des sciences un mémoire Sur la formation de l'embryon dans les graminées. Il donna aussi aux Annales des sciences naturelles des travaux intéressants, sur la fécule, l'orge, l'acarus de la gale, etc. et collabora aux Annales des sciences d'observation, au Répertoire général d'anatomie, et à d'autres recueils scientifiques.

Il était entré comme précepteur dans une famille riche ; mais il ne put y rester, devint professeur libre dans une institution, s'affilia à la Charbonnerie, et, très lié avec Kersausie, se battit sur les barricades de juillet 1830, et fut grièvement blessé à l'attaque de la caserne de la rue de Babylone. Décoré de Juillet, il refusa la place de conservateur général des collections du Muséum, parce que le gouvernement ne voulut pas agréer le plan de réorganisation qu'il présentait, et se livra dès lors à une active propagande républicaine dans les journaux et dans les clubs. Décoré de la Légion d'honneur le 12 mars 1831, il refusa la croix au nom de ses principes égalitaires. Peu après, ayant donné, dans une lettre à la Tribune (1831), les raisons de son refus de reprendre son service d'artilleur dans la garde nationale malgré les ordres de ses supérieurs, il fut condamné à quinze mois de prison, reparut devant le jury pour une apologie des troubles de Saint-Germain l'Auxerrois, fut acquitté de ce chef, mais fut condamné encore à quinze mois de prison et 500 francs d'amende (12 janvier 1832) pour offenses à la cour dans la défense qu'il avait présentée. Il termina à Sainte-Pélagie son Cours d'agriculture. Poursuivi de nouveau (1833) pour des articles provocateurs dans le bulletin de la Société des amis du peuple, dont il était président, il fut acquitté après trois mois de prison préventive. Il fonda, en 1834, le Réformateur, qui disparut l'année suivante sous les condamnations et les amendes, fut compris dans le procès d'avril 1835, et condamné à six mois de prison pour outrages envers le juge d'instruction.

Il renonça alors, pour un temps, à la politique militante, publia (1836) sa Chimie organique à laquelle l'Académie des sciences voulut accorder le prix Montyon de 10 000 francs. Mais Guizot s'y opposa : « Je défends, dit-il, de grossir la caisse de l'émeute.» En 1837, parut la Physiologie végétale. En 1840, Raspail fut appelé comme expert à Tulle, dans le procès de Mme Lafarge : il soutint contre Orfila qu'il se faisait fort de trouver de l'arsenic « jusque dans le bois du fauteuil du président des assises », et accusa le doyen de la faculté de médecine de Paris d'avoir inconsciemment fourni, par des expériences mal établies, l'arsenic qu'il prétendait avoir trouvé dans le cadavre de Lafarge. Ce fut en 1843, dans le Médecin des familles, et, depuis 1845, dans le Manuel annuaire de la santé qu'il exposa sa fameuse médication au camphre, employé comme calmant et comme antiseptique contre les parasites internes et externes, causes, selon lui, de la plupart des maladies. Ses consultations gratuites eurent rapidement un tel succès, que la faculté obtint contre lui des poursuites pour exercice illégal de la médecine, et le fit condamner (mai 1846) à quinze francs d'amende.

La révolution de 1848 le rendit aux luttes politiques. À la tête d'une troupe armée, il entra le premier à l'Hôtel de Ville, le 24 février, proclama la République, fonda, le 27, l'Ami du peuple, fit une active propagande démocratique tant dans son journal que dans les clubs, et fut un des organisateurs de l'envahissement de l'Assemblée au 15 mai. Arrêté le jour même, il fut enfermé au fort de Vincennes, où il était encore, lorsqu'il fut élu, le 17 septembre 1848, représentant de la Seine à l'Assemblée constituante, le 3e et dernier, par 66 963 voix (247 242 votants, 406 896 inscrits) : il s'agissait de remplacer trois représentants par suite de démission ou d'option. Empêché de siéger par suite de sa détention, il comparut devant la Haute cour de Bourges, qui le condamna, le 2 avril 1849, à six ans de prison.

Lors de l'élection présidentielle du 10 décembre précédent, il avait obtenu 36 329 voix. Il subit sa peine à Doullens; ayant perdu sa femme en 1853, il vit les deux années de prison qui lui restaient à faire changées en bannissement, et se retira (avril 1855) à Boisfort (Belgique), puis, en 1857, à Stalle-sous-Ucle, près de Bruxelles. L'amnistie générale de 1859 lui rouvrit les portes de la France ; il se fixa alors à Arcueil-Cachan, près Paris.

Le 24 mai 1869, il se présenta à la députation, comme candidat radical, à la fois dans la Seine et dans le Rhône ; il échoua, dans la 5e circonscription de la Seine, avec 14 700 voix contre 19 481 à l'élu, républicain modéré, M. Garnier-Pagès, mais fut élu dans la 1re circonscription du Rhône par 16.585 voix (30 960 votants, 42 137 inscrits), contre 5 991 à M. Jules Favre, 5 948 à M. de Prandière et 2 365 à M. Dumont. Il n'appartint à aucun groupe, déposa (8 décembre 1869), avec M. Henri Rochefort, un projet de loi portant nomination des maires par les conseils municipaux, l'impôt progressif substitué à tous autres impôts, service militaire obligatoire pour tous de 20 à 50 ans, avec exercices régionaux tous les huit jours pendant trois heures, élections des officiers, et nomination des généraux par le Corps législatif. Le 11 janvier 1870, à l'occasion du débat soulevé par le meurtre de Victor Noir à Auteuil, il protesta contre la composition de la Haute cour chargée de juger le prince Pierre Bonaparte. Il resta à Paris pendant le siège et ne prit aucune part aux événements de la Commune.

Candidat à l'Assemblée nationale, le 8 janvier 1871, il échoua dans le Rhône avec 37 343 voix sur 117 523 votants, fut traduit devant le jury de la Seine, le 12 février 1874, pour des passages de son Almanach et calendrier météorologique de 1874, et condamné à deux ans de prison : l'arrêt fut annulé en Cour de cassation, mais la cour de Versailles, devant laquelle l'affaire fut représentée, condamna Raspail à un an de prison, qu'il subit dans la maison de santé de Bellevue.

Elu, le 5 mars 1876, au second tour de scrutin, député de la 2e circonscription de Marseille, par 5.456 voix sur 11 494 votants et 16 868 inscrits, contre 3 464 à M. Amat et 2 544 à M. de Coriolis, il présida la première séance de la nouvelle Chambre comme doyen d'âge, prononça, à cette occasion, un discours très modéré dans lequel il fit appel à la concorde, déposa et défendit (mai) une proposition d'amnistie plénière pour les condamnés de la Commune (rejetée par 442 voix contre 50 et 58 abstentions), et fut des 363.

Réélu, le 14 octobre 1877, par 9 672 voix (14 010 votants, 17 556 inscrits), contre 4 185 à M. de Coriolis, il succomba, moins de trois mois après, à une maladie de poitrine, à 84 ans.

On a de lui de nombreux ouvrages sur des matières scientifiques, politiques, et philologiques.



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