Jules Joffrin

1846 - 1890

Informations générales
  • Né le 16 mars 1846 à Vendeuvre-sur-barse (Aube - France)
  • Décédé le 15 septembre 1890 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
Ve législature
Mandat
Du 6 octobre 1889 au 15 septembre 1890
Département
Seine

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly)

Né le 16 mars 1846 à Vendeuvresur-Barse (Aube), mort le 15 septembre 1890 à Paris.

Député de la Seine de 1889 à 1890.

Originaire de l'Aube, Jules Joffrin arrive à Paris à 18 ans, en 1864, et gagne sa vie comme ouvrier mécanicien. Socialiste militant, il se jette tout de suite dans les luttes politiques et sociales qui secouent la fin du Second Empire. Il est en 1868 l'un des fondateurs de la Chambre syndicale des mécaniciens ; membre, en 1869, du comité électoral d'Henri Rochefort, il est en 1870 délégué par ce comité au Comité central antiplébiscitaire.

Il sert au 15e bataillon de mobiles pendant la guerre de 1870 et participe à la Commune. Il doit, de ce fait, s'exiler en Angleterre et ne revient en France qu'après l'amnistie de 1881. Il se consacre dès lors au parti ouvrier socialiste naissant et son premier acte politique va être de se présenter aux élections générales législatives du 21 août 1881, dans la 1re circonscription de Saint-Denis : il obtient au premier tour - car il ne se maintient pas au second- 2.305 voix sur 17.536 votants.

Le 18 décembre suivant, une élection partielle a lieu dans la 1re circonscription du XVIIIe arrondissement - Montmartre - Clemenceau ayant opté pour la 2e circonscription. Joffrin, là encore, échoue avec 2.744 voix sur 11.329 votants. Mais la campagne électorale a été rude, si rude même que s'y trouve le début d'une scission du parti socialiste qui va être consommée au congrès de Saint-Etienne l'année suivante. C'est en effet à cette occasion que Brousse et Guesde s'opposent : Brousse reprochant à Guesde son rigorisme excessif et l'origine marxiste de son programme, Guesde fustigeant la position plus nuancée voulant rendre « possibles » les revendications socialistes, jetant comme une injure à la face des broussistes le mot de « possibilisme ». Le mot allait faire la fortune des adversaires de Guesde et désigner après la scission du congrès socialiste de Saint-Etienne de 1882 la doctrine des membres de la «fédération des travailleurs socialistes » désormais séparés du marxisme guesdiste. Non seulement Joffrin est parmi les fondateurs du parti possibiliste, mais c'est sa profession de foi de décembre 1881 qui devient le programme du nouveau parti.

Continuant la lutte, Joffrin enlève le 7 mai 1882 le siège de représentant du quartier des Grandes-Carrières (XVIIIe arrt.) au conseil municipal de Paris. Battu de peu au renouvellement municipal du 4 mai 1884, il retrouve sa place à l'Hôtel de Ville le 31 janvier 1886 puis le 8 mai 1887 mais comme élu du quartier Clignancourt (XVIIIe arrt.) ; l'année suivante, en 1888, il est élu vice-président du conseil municipal.

- Lorsque Jules Grévy, forcé par les événements doit se résoudre à abandonner la Présidence de la République, Joffrin, durant les 48 heures que la Constitution accordait en ce cas pour la campagne présidentielle, se déchaîna contre la candidature de Jules Ferry, couvrant les murs d'incendiaires affiches sang de bœuf, destinées à intimider députés et sénateurs.

Les possibilistes ne se contentaient pas seulement de succès sur le plan municipal : il leur fallait conquérir des sièges de députés. Aussi, présentent-ils au renouvellement législatif du 4 octobre 1885, dans la Seine, une liste possibiliste : Joffrin recueille 33.452 voix sur ... 416.886 votants et à l'élection complémentaire du 13 décembre suivant 31.118 voix sur 347.389 votants.

L'ampleur prise par le mouvement boulangiste -allait jeter les possibilistes dans la bagarre et en faire ' d'irréductibles adversaires. En 188_, Joffrin paie de sa personne pour combattre les candidatures de Boulanger dans le Nord en-avril et en août, sans pouvoir d'ailleurs empêcher l'élection du général. Le 25 mai 1888, Joffrin, Clemenceau et Ranc fondent la Société des droits de l'homme et du citoyen (qui va devenir la Ligue) pour la défense de la République et la lutte contre la réaction et la dictature. Pour le renouvellement du 22 septembre 1889, Joffrin, qui lors d'une réunion électorale tenue dans la salle de l'Elysée-Montmartre, a obtenu du radical Anatole de La Forge qu'il retire sa candidature et lui laisse le champ libre, se présente dans la 2e circonscription du XVIIIe arrondissement contre le général Boulanger, candidat bien que sa condamnation en Haute Cour le rende inéligible. Avec 5.500 suffrages sur 14.973 votants et, bien que le général en ait obtenu 7.811, Joffrin est élu.

Bien entendu, la question de la validation se pose et, bien que le rapporteur ait conclu à cette validation, elle donne lieu à un débat féroce à la Chambre le 9 décembre 1889, au cours duquel boulangistes et antiboulangistes s'entre-déchirent. La validation est enfin obtenue par 293 voix (celles des opportunistes et des radicaux) contre 233.

Joffrin ne devait déchaîner que des orages à la Chambre ; au cours de la seule intervention de sa carrière de député, en effet - le 20 janvier 1890- à propos de l'annulation de crédits votés par le conseil municipal de Paris en faveur des grévistes du Nord et du Rhône, les boulangistes, la droite et l'extrême gauche déclenchèrent un incroyable tumulte pour empêcher Joffrin de parler. Ses adversaires, Millevoye, Déroulède et Laguerre, censurés, durent être expulsés manu militari.

Atteint d'un cancer de la face, Joffrin devait mourir le 15 septembre 1890 à Paris. Il avait 44 ans.

Cette mort prématurée porta un coup au parti possibiliste : la disparition de Joffrin allait, en effet, permettre la scission allemaniste au congrès de Châtellerault d'octobre 1890.