Maurice, Benjamin Kriegel-Valrimont

1914 - 2006

Informations générales
  • Né le 14 mai 1914 à Strasbourg (Bas-Rhin - France)
  • Décédé le 2 août 2006 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Meurthe-et-Moselle
Groupe
Communiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Meurthe-et-Moselle
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Meurthe-et-Moselle
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Meurthe-et-Moselle
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Meurthe-et-Moselle
Groupe
Communiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)


Né le 14 mai 1914 à Strasbourg (Bas-Rhin)

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Meurthe-et-Moselle)

Député de Meurthe-et-Moselle de 1946 à 1958

La vie de Kriegel-Valrimont est placée sous le signe du militantisme en faveur de la cause communiste et de la lutte antifasciste.

Maurice Kriegel appartient à une famille juive qui a quitté la double monarchie austrohongroise pour l'Alsace. Ses parents possédaient un magasin à Strasbourg, ville dans laquelle Maurice Kriegel fit de brillantes études de droit. Ses parents auraient souhaité qu'il entre dans un grand cabinet d'avocats d'affaires ou qu'il passe le concours de l'agrégation. Mais, son engagement précoce et actif dans des organisations estudiantines lui fait prendre un autre chemin. En 1936, Maurice Kriegel s'installe à Paris et adhère à la LAURS, la Ligue d'action universitaire républicaine et socialiste, qui est de sensibilité plus socialiste que communiste. C'est par l'intermédiaire de sa première femme, Mala Ehrlischster, une étudiante de Varsovie, qu'il se serait rapproché des communistes. En fait, il les rencontre dans la lutte antifasciste. A Strasbourg, Maurice Kriegel participa au mouvement Amsterdam-Pleyel et au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA). A Paris, il travaille dans une compagnie d'assurances et adhère à la CGT réunifiée. Il participe activement aux grèves de 1936 et est élu, à vingt-trois ans, secrétaire général du syndicat CGT des assurances (Maîtron). A partir de 1938, il se consacre à plein temps à l'activité syndicale.

Lors de la déclaration de guerre contre l'Allemagne, il est mobilisé puis exempté en décembre 1939 pour raison de santé. Il séjourne alors à Paris jusqu'en 1942 puis gagne Toulouse où il retrouve ses parents réfugiés d'Alsace. Début 1942, Raymond Aubrac qui était lié avec son frère David, lui propose de participer aux activités du mouvement Libération-Sud. En mars 1943, il est arrêté à Lyon en même temps qu'Aubrac, Ravanel et Morin-Forestier. Le 24 mai, un commando déguisé en agents de la Gestapo les libère. Kriegel-Valrimont est alors un dirigeant important des Mouvements Unis de la Résistance. Il y est responsable de l'action ouvrière et dirigea son organe Action. Début 1944, il se vit confier la responsabilité militaire du mouvement et c'est à ce titre qu'il joua un rôle très important dans la libération du territoire national. Il fut chef d'état-major des corps francs de la libération et lorsque le Conseil National de la Résistance se dota d'un comité d'action militaire (COMAC) il fut nommé délégué militaire pour la zone sud. Le COMAC commandait les FFI jusqu'au débarquement et Kriegel-Valrimont y représentait les MUR. Le général Chaban-Delmas, comme délégué national, représentait le général de Gaulle. Entre Alger et la métropole, le chef de la France combattante et les différentes organisations issues de la résistance intérieure aux responsabilités enchevêtrées, il devait y avoir quelques frictions. Lorsque l'insurrection parisienne éclata, Kriegel-Valrimont représenta le COMAC à l'état-major de la région parisienne installé par Rol-Tanguy sous la place Denfert-Rochereau. Le 21 août 1944, il contribua avec les responsables communistes à rejeter la trêve qui avait été conclue avec le général von Choltitz. Le 25 août, il assiste à sa reddition à la gare Montparnasse en compagnie du général Leclerc et de Rol-Tanguy. A sa demande, Leclerc accepte que Rol-Tanguy cosigne l'acte. Le général de Gaulle le lui reprochera.

A la Libération, Maurice Kriegel-Valrimont est désigné à l'Assemblée Consultative de Paris. Il est nommé membre des commissions de la défense nationale, du travail et des affaires sociales ainsi que de la commission de l'Alsace-Lorraine. Il dépose deux propositions de résolution qui concernent l'armée : l'une vise à y intégrer des cadres issus des FFI, l'autre à procéder à une véritable épuration en son sein. Il invite, ainsi que plusieurs de ses collègues, le gouvernement à organiser le procès Pétain à bref délai. Sur le plan partisan, il n'appartient pas au PCF à proprement parler. Lorsque le MLN réunit son premier congrès national, en janvier 1945, Kriegel-Valrimont, ainsi que Pascal Copeau, Pierre Hervé et Emmanuel d'Astier de la Vigerie, se font les porte-parole de la fusion du mouvement avec le Front National. Après le rejet de cette proposition, ils jettent les bases du Mouvement unifié de la Renaissance française (MURF), association satellite du PCF.

Le 21 octobre 1945, lors des élections à la première Assemblée nationale constituante, Maurice Kriegel-Valrimont se présente dans le département de la Meurthe-et-Moselle. Avec le soutien du Parti communiste, il conduit une liste d'Union républicaine et de la Résistance (URR) qui obtient 38 731 voix sur 231 983 suffrages exprimés. Au Palais Bourbon, Maurice Kriegel-Valrimont est apparenté au groupe communiste au titre des députés progressistes. En revanche, le 2 juin 1946, Maurice Kriegel-Valrimont conduit cette fois une liste communiste et d'union républicaine et résistante. Avec 50 532 voix sur 244 662 suffrages exprimés, il est réélu et s'inscrit au groupe communiste. Par égard pour son action héroïque dans la Résistance, Maurice Thorez le fit élire au Comité central du PCF au congrès de Strasbourg de juin 1947. Il resta à la tête de l'hebdomadaire Action, organe important du Parti communiste et caisse de résonance du Mouvement de la Paix à partir de 1949. Kriegel-Valrimont accepta l'alignement de la ligne éditoriale sur les directives du Kominform et fut nommé responsable du Bureau de presse du PCF, ce qui lui permettait d'assister aux réunions du Bureau politique et du Secrétariat national.

A l'Assemblée Nationale, Maurice Kriegel-Valrimont fut un député communiste discipliné. Il participa aux travaux de la Commission de la défense nationale et fut nommé premier vice-président de la Haute Cour de justice. Il intervient sous la première Constituante en faveur de la diminution des crédits militaires. Le 5 avril 1946, l'une de ses interventions donne lieu à de vifs incidents. A l'occasion de la discussion du budget, il reproche à la « caste militaire » d'avoir refusé des armes à la Résistance. Sous la seconde Assemblée constituante, Maurice Kriegel-Valrimont reste membre de la Commission de la défense nationale et est nommé, en outre, membre de la Commission du Règlement et de la Commission de la justice qu'il présida. Ses interventions en séance publique portent à plusieurs reprises sur le fonctionnement de la Haute cour de justice. Il souhaite que l'épuration de la magistrature soit plus importante.

Le 10 novembre 1946, aux élections à la première Assemblée nationale de la Quatrième République, le score de la liste communiste que Kriegel-Valrimont conduit progresse. Avec 56 837 voix sur 233 709 suffrages exprimés, elle se place en deuxième position, loin derrière la liste de Louis Marin qui emporte trois sièges. Dans le gouvernement que Maurice Thorez a tenté sans succès, le 4 décembre, de soumettre à l'approbation de l'Assemblée, Kriegel-Valrimont s'était vu confier le ministère de la justice. En 1947, il fut élu conseiller municipal de Nancy et le resta jusqu'en 1963. Seul député communiste de la Meurthe-et-Moselle, Maurice Kriegel-Valrimont est, au cours de la législature, nommé membre des commissions de la justice et de la presse. Il appartient, en outre, à la Commission chargée d'enquêter sur les événements survenus en France de 1933 à 1945

Durant cette première législature de la nouvelle République, Maurice Kriegel-Valrimont est un député actif comme l'attestent les propositions de loi nombreuses et les rapports qu'il dépose sur le bureau de l'Assemblée. Ainsi, rédige-t-il une proposition de loi tendant à la nationalisation de la sidérurgie le 12 décembre 1946 et une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à déposer un projet de loi pour amnistier les condamnations prononcées contre les travailleurs lors des grandes grèves de 1948, le 6 avril 1949. Kriegel-Valrimont continua à consacrer beaucoup de temps aux activités de la Haute cour de Justice et défendit en séance publique, le 30 janvier 1948, l'attitude des jurés communistes. La même année, il participa activement à l'élaboration de la loi sur les loyers. En février 1949, il intervient dans le débat sur l'affaire Sainrapt-Brice. Le garde des Sceaux, André Marie, était accusé d'avoir utilisé sa position politique en faveur des accusés inculpés pour faits de collaboration économique. En février 1950, il est l'un des orateurs les plus incisifs pour demander au gouvernement des explications sur l'affaire Revers-Mast, l'affaire dite des généraux. Il était reproché au général Revers d'avoir communiqué à des personnes qui n'avaient pas à en connaître le rapport qu'il avait présenté au gouvernement à son retour d'inspection au Vietnam en 1949. A la surprise de nombreux parlementaires, Kriegel-Valrimont est désigné par la Commission de la justice pour siéger à la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire des généraux. Le commissaire communiste décide de publier chaque matin dans L'Humanité les documents qui ont été communiqués la veille à la commission d'enquête. Le 5 mai 1950, il dépose une motion pour renvoyer devant la Haute cour de justice Henri Queuille et Paul Ramadier. Kriegel-Valrimont leur reprocha, en effet, d'avoir décidé de clore l'affaire par un non-lieu pour éviter un scandale et d'avoir soustrait des pièces originales au dossier. Le 23 novembre 1950, le député communiste demande cette fois-ci le renvoi de Jules Moch.

Le 17 juin 1951, Maurice Kriegel-Valrimont est réélu député. Sa liste a obtenu 48 683 voix sur 239 802 suffrages exprimés. Au cours de cette législature, il appartient aux commissions de la justice des territoires d'outre-mer et des affaires étrangères. Il joue au cours de cette législature un rôle de premier plan au sein du groupe parlementaire communiste. Bon orateur, son autorité y est grande et le Parti communiste lui confie la mission d'intervenir sur les sujets les plus importants notamment ceux qui touchent à la guerre froide et à la guerre d'Indochine. Ainsi, est-il membre de la commission chargée d'enquêter sur le trafic des piastres. Le 27 décembre 1951, il dépose une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à lever immédiatement l'état de siège à Madagascar et une proposition de loi amnistiant les peines prononcées dans ce territoire. Il intervient en séance publique pour lutter contre l'adoption des lois Barangé et Marie et s'oppose au projet d'armée européenne à plusieurs reprises. Au sein du PCF et à l'extérieur au Parlement ou lors de ses nombreux voyages à l'étranger- Kriegel-Valrimont est l'un des principaux propagandistes de la lutte contre « la renaissance du militarisme allemand ». En 1952, le 22 janvier, il dépose une demande d'interpellation sur les responsabilités gouvernementales dans les événements sanglants survenus en Tunisie. Il accuse le gouvernement de soutenir les grands colons responsables des incidents. Ses principales interventions portent sur la construction européenne et la politique coloniale des gouvernements qui se succèdent. Le 17 novembre 1953, notamment, il dénonce avec force « la politique revancharde du chancelier Adenauer et de Krupp ». Il expose que la sécurité de la France est à rechercher dans l'application du pacte franco-soviétique. Au cours de la même année, il intervient à de nombreuses reprises pour réclamer des négociations directes avec le Vietminh pour mettre un terme à la guerre d'Indochine. Le 9 avril 1954, le député communiste prend part à la discussion des interpellations sur la politique du gouvernement dans les territoires d'outre-mer. Il propose l'abandon de la politique d'intégration à l'Europe qui se fait au détriment des territoires d'outre-mer, l'application effective du Code du travail et l'extension des prestations sociales. Le 13 mai 1954, lors du débat qui suit la chute de Dien-Bien-Phu, Kriegel-Valrimont invite le gouvernement à prendre en considération les propositions de paix du gouvernement Ho-Chi-Minh. A l'unisson de ses collègues communistes, il vote l'investiture du gouvernement Pierre Mendès France et approuve les accords de Genève. Hostile à la CED, il l'est tout autant aux accords de Londres et de Paris qui, d'après lui, aggravent la division de l'Allemagne et de l'Europe.

Le 2 janvier 1956, avec 77 036 voix sur 284 325 suffrages exprimés, Maurice Kriegel-Valrimont décroche un deuxième siège pour son colistier Louis Dupont, ouvrier de son état. Il est nommé membre de la Commission des affaires étrangères et de la Commission du suffrage universel. Le 31 janvier 1956, il dépose une proposition de loi tendant à renouveler la représentation métropolitaine à l'Assemblée de l'Union française après chaque renouvellement de l'Assemblée nationale. Le 5 juillet 1956, il intervient longuement en séance publique contre le projet d'Euratom. Le 17 septembre 1957, il dépose une proposition de résolution visant à obtenir l'arrêt des expériences d'armes nucléaires et, le 22 janvier 1958, propose l'ouverture de négociations pour mettre un terme à la guerre froide. Dans le même ordre de préoccupation, il dépose, le 26 février 1958 une résolution visant à refuser toute installation en France de rampes de lancement de fusées américaines. Le 13 mai, dès les événements d'Alger connus, Maurice Kriegel-Valrimont dénonce le danger « fasciste » que font courir les putschistes. Le 23 mai 1958, il observe en séance que la réforme de la Constitution est moins urgente que l'organisation de la résistance au complot contre la République. Opposé au retour au pouvoir du général de Gaulle, Maurice Kriegel-Valrimont regrette, lors de la discussion le 2 juin de la réforme de l'article 90, que l'Assemblée soit mise à l'écart de l'élaboration de la nouvelle Constitution.

L'avènement de la Cinquième République s'accompagne pour Maurice Kriegel-Valrimont d'un arrêt de sa carrière politique parlementaire : en novembre 1958, il n'est pas réélu député. Par ailleurs, l'effritement de sa position à l'intérieur du PCF s'accélère car il prend quelques distances avec la ligne du parti. En 1955 déjà, il avait osé critiquer l'attitude du Parti communiste à l'égard du gouvernement Mendès France. Cela lui avait valu de perdre la direction du bureau de presse. A l'intérieur du PCF, il milite en faveur d'une évolution de la ligne politique sur la base de la mise en cause du stalinisme dans le prolongement du rapport secret présenté par Khrouchtchev devant le XX° congrès du PCUS en 1956. La direction du Parti communiste français décide de priver Kriegel-Valrimont de toute responsabilité politique. En 1961, devant le XVI° congrès réuni à Saint-Denis, il est accusé d'activité fractionnelle avec Servin et Casanova. Georges Marchais, qui faisait alors son entrée au secrétariat du Comité central, et Roland Leroy instruisirent le procès contre le héros de la Résistance. Il fut reproché à Kriegel-Valrimont d'avoir contesté l'analyse thorézienne du gaullisme comme instrument du capitalisme américain. En 1961, Kriegel-Valrimont ne renouvelle pas son adhésion au PCF. Il se tait et de 1964 à 1975, il gagne sa vie comme salarié de la Sécurité sociale. Maurice Kriegel-Valrimont rompt en 1970 le silence qu'il s'était imposé. Le 3 juin, il signe avec Charles Tillon, Roger Garaudy et Jean Pronteau un appel aux militants communistes condamnant l'intervention de l'URSS en Tchécoslovaquie. Dans les années Quatre-vingt, Maurice Kriegel Valrimont regarde avec sympathie la démarche des « rénovateurs ». Le 24 janvier 1998, Robert Hue annonce à la presse la « réhabilitation » de communistes exclus dans le passé. En mars 1999, on apprenait que Maurice Kriegel-Valrimont acceptait de prendre place sur la liste présentée par le parti communiste aux élections européennes de juin.



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