François, Jean Cantagrel

1810 - 1887

Informations générales
  • Né le 27 juin 1810 à Amboise (Indre-et-Loire - France)
  • Décédé le 27 février 1887 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 13 mai 1849 au 8 février 1850
Département
Loir-et-Cher
Groupe
Extrême gauche
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
Ire législature
Mandat
Du 24 avril 1876 au 25 juin 1877
Département
Seine
Groupe
Extrême-gauche
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
IIe législature
Mandat
Du 14 octobre 1877 au 14 octobre 1881
Département
Seine
Groupe
Extrême-gauche
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 21 août 1881 au 14 octobre 1885
Département
Seine
Groupe
Extrême-gauche
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
IVe législature
Mandat
Du 18 octobre 1885 au 27 février 1887
Département
Seine
Groupe
Extrême-gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Représentant du peuple à l’Assemblée législative de 1849, député de 1876 à 1887, né à Amboise (Indre-et-Loire), le 27 juin 1810, mort à Paris, le 27 février 1887, il étudia le droit, vint à Paris en 1827, et débuta dans la littérature, en donnant à la revue l'Artiste, de 1834 à 1838, des articles de critique.

Architecte, ingénieur, et avocat, il fut vivement impressionné, vers cette époque, par la lecture des ouvrages de Charles Fourier, et se voua dès lors à la propagation de la doctrine « sociétaire. » Rédacteur, puis gérant du journal phalanstérien la Phalange, qui devint, en 1843, la Démocratie pacifique, il publia aussi diverses brochures destinées à vulgariser ses théories, entre autres, le Fou du Palais-royal, satire dialoguée qui fut éditée aux frais de l'école sociétaire, Mettray et Ostwald, étude sur les colonies agricoles, Quinze millions à gagner sur les bords de la Cisse, etc. En même temps, un intéressant travail de lui sur la Réforme des ponts et chaussées (1847) était remarqué.

Ce fut M. Cantagrel qui, le 3 février 1848, reçut aux bureaux de la Démocratie pacifique les étudiants porteurs de pétitions pour le rétablissement des chaires de Michelet, Quinet et Adam Mickiewiez ; il les harangua et les exhorta à « jeter un trait d'union entre 1830 et 1848. » Partisan décidé de la révolution de Février, M. Cantagrel réunit près de 15,000 voix sur la liste démocratique de l'Aveyron pour les élections à la Constituante ; mais la liste conservatrice l'emporta.

Il fut plus heureux, le 13 mai 1849 : élu représentant du peuple à l'Assemblée législative par le département de Loir-et-Cher, avec 24,226 voix sur 54,330 votants et 71,600 inscrits, il prit place à la Montagne et ne siégea d'ailleurs que peu de temps. Les paroles qu'il fit entendre à la tribune pour protester contre la destruction de la république romaine, sa participation au manifeste de la Montagne et à l'appel aux armes le firent décréter d'accusation par l'Assemblée, et traduire devant la Haute-Cour de Versailles : il put quitter la France, ne fut condamné que par contumace « à la déportation à perpétuité » et se réfugia en Belgique, où il publia trois volumes sur la question religieuse : Comment les dogmes commencent (1857) ; Nécessité d'un nouveau symbole (1858); D'où nous venons, où nous allons ; où nous sommes (1858). Le résultat de ses recherches philosophiques semble avoir été une conception nouvelle de la divinité dans laquelle il prétend concilier le joint de vue monothéiste, le point de vue polythéiste et le point de vue panthéiste, et par laquelle il croit satisfaire aux exigences des trois ressorts de l'âme humaine, coeur, sens et intelligence. En 1858 et en 1859, M. Cantagrel dirigea, à Neuchâtel, en Suisse, le journal l'Indépendant, qui prit une part importante aux travaux préparatoires de la constitution neuchâteloise.

Rentré en France après l'amnistie de 1859, il fut employé dans l'administration du gaz parisien; puis il rentra dans la vie politique. Sa candidature d'opposition dans la 1re circonscription de Loir-et-Cher, le 1er juin 1863, réunit 5,138 voix contre 21,420 accordées à M. Clary, candidat officiel, élu. En même temps, 533 suffrages se portaient sur son nom dans la 7e circonscription de la Seine, où M. Darimon fut nommé. Il recommença la lutte aux élections du 24 mai 1869, dans la 7e circonscription de la Seine : M. Savard était le candidat officiel, Jules Favre celui des républicains modérés, et M. Henri Rochefort celui des démocrates radicaux. M. Cantagrel, après avoir obtenu, au premier tour, 7,438 voix, exprima le désir qu'elle fussent reportées, au ballottage, sur M. H. Rochefort.

Peu de temps après la révolution du 4 septembre 1870, un délit de presse lui valut, à Nantes, une condamnation à six mois de prison : cette condamnation contribua, d'ailleurs, à rappeler sur lui l'attention, et ne fut pas inutile à son élection, le 30 juillet 1871, comme conseiller municipal du 18e arrondissement de Paris (quartier de La Chapelle) ; M. Cantagrel siégea, dans le conseil, à côté de son ami M. Vauthier, et s'y occupa activement de questions financières et administratives; il fut réélu conseiller en 1874.

Après les élections générales de février 1876, et l'option de Louis Blanc pour le 5e arrondissement de Paris, M. Cantagrel se présenta à sa place dans le 13e arrondissement, et obtint, le 9 avril, au second tour de scrutin, 5,586 voix sur 8,633 votants et 12,623 inscrits, contre 1,251 voix à M. Perron. Il donna sa démission de conseiller municipal pour se consacrer exclusivement à son mandat législatif, et siégea, à l'extrême gauche de la Chambre des députés. Il vota l'amnistie plénière, déposa une proposition tendant à garantir l'exercice du droit d'association, combattit le gouvernement du Seize-mai, et fut des 363.

Il fut réélu, en conséquence, le 14 octobre 1877, par 8,327 voix (9,831 votants, 12,510 inscrits), contre 872 à M. Ramolini, et continua de voter avec les radicaux de la Chambre : pour l'amnistie plénière, pour le divorce, pour la liberté absolue de la presse, de réunion et d'association.

Il fut réélu, le 21 août 1881, avec 8,417 voix (11,783 votants, 16,276 inscrits), contre 1,699 à M. Georges Martin, 888 à M. Quesnot et 305 à M. Ramolini, et se prononça :

- le 4 mars 1882, pour l'amendement Jules Roche sur l'élection du maire de Paris ;
- le 7 mars, pour la proposition Boysset tendant à l'abrogation du Concordat ;
- le 29 janvier 1883, pour le principe de l'élection de la magistrature;
- le 6 mars, contre l'ordre du jour de confiance au ministère Ferry à propos de la révision.

Il vota, en outre, contre les crédits du Tonkin, contre la loi sur les récidivistes, contre le maintien de l'ambassade auprès du pape, etc.

En dehors des questions politiques, M. Cantagrel s'était énergiquement employé à la propagation et à la défense d'une idée qui lui était chère : celle de « Paris port de mer. » Quand vint le renouvellement général d'octobre 1885, porté à la fois sur la liste de la presse radicale et sur celle du comité central, il fut élu député de la Seine, au second tour de scrutin, le 4e sur 34, par 289,006 voix (416,886 votants, 564,338 inscrits). Dans cette législature, il vota :

- le 8 février 1886, pour la proposition Michelin tendant à rechercher les origines et les causes de l'expédition du Tonkin et à déterminer la responsabilité de ses auteurs ;
- le 10 avril, contre l'ordre du jour pur et simple sur l'interpellation Maillard à propos de la grève de Decazeville ;
- le 27 novembre, contre le maintien de l'ambassade au Vatican.

« On voit, écrivait en 1886 M. F. Ribeyre (La nouvelle Chambre), ce grand vieillard de soixante-quinze ans à la forte barbe blanche, mais d'aspect solide, très assidu aux travaux de la Chambre, et se passionnant encore comme un jeune homme pour les questions politiques. » Il mourut en 1887, des suites d'un cancer aux reins.