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Né à Paris en 1872, ancien élève de l'École normale supérieure, Léon Blum en démissionne en 1891 pour collaborer comme critique littéraire et dramatique dans plusieurs journaux et revues, dont la publication d'avant-garde la Revue blanche, tout en réussissant, en même temps, le concours d'entrée au Conseil d'État. Il rencontre les artistes et écrivains de l'époque, parmi lesquels Debussy, Mallarmé, Péguy, Verlaine ou Zola. C'est l'affaire Dreyfus qui le pousse à s'engager et sa rencontre avec Jaurès, auquel il voue une admiration totale, va l'amener au socialisme. Membre de la SFIO, responsable de la rubrique sur la vie littéraire du journal l'Humanité, il ne cesse de se consacrer au Conseil d'État et à l'écriture d'essais. Du mariage, publié en 1907, avance des idées jugées alors scandaleuses sur les rapports entre les sexes.
Non mobilisable à cause de sa myopie, Blum est directeur de cabinet de Marcel Sembat, ministre des Travaux publics et du ravitaillement, d'août 1914 à décembre 1916. Après la guerre, il est élu député de la Seine en 1919. Il démissionne alors du Conseil d'État, sa carrière devient politique.
Choisi comme secrétaire du groupe parlementaire socialiste par les députés, il prend position contre l'adhésion du parti socialiste SFIO à la Troisième Internationale créée par les bolcheviks soucieux d'exporter leur révolution en Europe. Blum a hérité de Jaurès une dimension éthique du socialisme. Il ne remet pas en cause la nécessité d'une révolution sociale qui réalisera la propriété collective des moyens de production et entrainera l'humanité vers une société sans classe. Mais il est opposé au communisme. Pour lui, cette société sans classe viendra d'un combat continu en plusieurs étapes, car la dictature du prolétariat ne peut être que temporaire, socialisme et démocratie allant de pair, ce en quoi il est proche de la pensée de Jaurès.
Après la scission de la SFIO au Congrès de Tours de décembre 1920, Blum, chef de file du socialisme français, est un des artisans de la victoire du Cartel des gauches en 1924 en même temps que celui qui refuse la participation des socialistes au gouvernement du radical Édouard Herriot.
Élu député de Narbonne en 1929, il continue le combat politique encouragé par sa seconde épouse Thérèse, militante socialiste et féministe active dans une période où la France, qui traverse crise économique et crise sociale, doit également faire face aux menaces fascistes intérieures et extérieures. Depuis la révélation de scandales parmi lesquels l’affaire Stavisky, les mouvements antiparlementaires, notamment les ligues, connaissaient un essor spectaculaire qui atteint son comble lors de l'émeute du « 6 février 1934 » place de la Concorde, face au Palais Bourbon, au moment où se prolongeait le débat sur la confiance au Gouvernement Daladier.
A l'approche des élections de 1936, Blum, qui depuis la début de sa carrière politique était l'objet de violentes attaques antisémites, est victime à sa sortie en voiture du Palais Bourbon, le 13 février, d'une terrible agression de la part de militants d'extrême droite qui attendaient le convoi funéraire de l'historien-écrivain monarchiste Jacques Bainville. Fortement affaibli, Blum continue de participer à la vie politique en publiant des articles dans le journal socialiste le Populaire.
Le 21 avril 1936, cinq jours avant le 1er tour des élections, Blum prononce à Narbonne un discours radio diffusé présenté comme le programme d'un futur Gouvernement résolu à maintenir la paix, à défendre la liberté contre le fascisme, à proposer l'abandon de la déflation pour lutter contre la crise.
Le 3 mai 1936, au soir de la confirmation de la victoire du Front populaire avec 376 élus contre 222 à la droite, Blum est le mieux placé pour diriger le Gouvernement issu de cette majorité.
Blum commence alors ses consultations pour constituer le Gouvernement. Malgré leur succès électoral, les communistes affirment qu'ils n'y participeront pas pour ne pas fournir de prétexte aux campagnes "réactionnaires et de panique" menées pas la droite, explique Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français (PCF), mais que le Gouvernement à direction socialiste bénéficiera de son soutien. L'abstention des communistes fait reposer sa composition sur trois formations d'importance inégale, le parti socialiste, le parti radical et l'Union socialiste républicaine. Le ministère apparait comme un ministère classique avec ses dosages entre des partis, des portefeuilles traditionnels et essentiellement composé de parlementaires. Son originalité vient plusieurs innovations. N'ayant pas d'expérience gouvernementale et soucieux de disposer d'un recul suffisant pour s'occuper de la direction générale et de la coordination de l'activité des différents ministères, Blum décide de ne pas cumuler la présidence du Conseil avec la charge d'un ministère. Il crée, sous la direction de Jules Moch, un secrétariat général du Gouvernement. Par ailleurs, il prévoit la présence, aux côtés des ministres socialistes, de sous-secrétaires d'État venant de partis voisins. Autre initiative audacieuse, Blum confie à Léo Lagrange le sous-secrétariat d'Etat à l'Organisation des Loisirs et aux Sports, ministère nouveau à créer de toutes pièces et qui va promouvoir une culture de masse. Enfin, il fait entrer au Gouvernement trois femmes sous-secrétaires d'État alors qu’elles ne sont, à l’époque, ni électrices ni éligibles. Cécile Brunschvicg est nommée sous-secrétaire d'État à l'Éducation nationale, Irène Joliot-Curie, sous-secrétaire d'État à la Recherche scientifique, et Suzanne Lacore, sous-secrétaire d'État à la protection de l'enfance. C’est une première pour un Gouvernement de la Troisième République et un message fort envoyé aux femmes.
Le 1er juin 1936, la Chambre des députés tient sa première réunion de la nouvelle législature.
Le 4 juin, le Gouvernement Albert Sarraut donne sa démission et le Président de la République Albert Lebrun désigne officiellement Léon Blum chef du Gouvernement.

