André Boniface Louis Mirabeau

1754 - 1792

Informations générales
  • Né le 30 novembre 1754 à PARIS (Seine - France)
  • Décédé le 15 septembre 1792 à FRIBOURG-EN-BRESGAU (ALLEMAGNE (Bade-Wurtemberg))

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 20 mars 1789 au 30 septembre 1791
Baillage
Limoges (Type : Sénéchaussée)
Groupe
Noblesse

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député en 1789, né à Paris le 30 novembre 1754, mort à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne) le 15 septembre 1792, frère d'Honoré Gabriel Riquetti de Mirabeau (1749-1791), André Boniface Louis Riquetti de Mirabeau eut une jeunesse orageuse et semée de scandales, qui, à la vérité, passèrent presque inaperçus au milieu des désordres de son aîné ; aussi disait-il plus tard : « Dans toute autre famille, je passerais pour un mauvais sujet et pour un homme d'esprit; dans la mienne, on me tient pour un sot et pour un homme rangé. »

Chevalier de l'ordre de Malte dès le berceau, il fut emprisonné à Malte pendant près de trois ans, à la suite d'un esclandre analogue à celui qui avait coûté la vie au chevalier de La Barre. De retour en France (1778), il partit presque aussitôt pour l'Amérique, servit non sans bravoure sous les ordres des amiraux de Guiche et de Grasse, puis dans l'armée de terre comme aide-major général, et se distingua aux combats d'Yorktown, de Saint-Eustache et de Saint-Christophe, où il fut grièvement blessé. Le roi lui donna le commandement du régiment de Touraine (infanterie), à la tête duquel il combattit jusqu'en 1782.

À cette époque, il se rembarqua pour sa patrie, et, jusqu'à la Révolution, s'abandonna sans retenue à son penchant pour la débauche et l'ivrognerie. On lit dans une biographie, à la vérité peu flattée, intitulée : Vie privée du vicomte de Mirabeau, député du Limousin (à Londres, 1790) : « Perdu dans les sentiers fangeux des cours, participant aux crapules clandestines qui souillèrent si longtemps celle du plus modéré et du plus continent des rois, il reportait dans la société ce goût dépravé pour la débauche. Sa passion pour la table et le vin est tellement connue, qu'on ne le distingue plus du comte son frère que par le titre honteux de Mirabeau-Tonneau. »

Élu, le 23 mars 1789, député de la noblesse aux états généraux par la sénéchaussée de Limoges, il se déclara, dès le début, un des plus violents partisans de l'ancien régime, s'opposa à la réunion des trois ordres, jura « de rester dans la Chambre de la noblesse, dût-il s'y trouver seul », et ne céda qu'un des derniers. Quoique décoré de l'ordre républicain de Cincinnatus, il ne cessa de harceler le côté gauche de bruyantes interruptions mêlées de sarcasmes parfois spirituels, mais presque toujours d'une grossière inconvenance. Le biographe cité plus haut dit encore :

« Il s'est fait le paillasse de l'Assemblée nationale. Il est en possession d'y dire, avec une effronterie qu'il ne peut soutenir qu'à la faveur de l'ivresse continuelle dans laquelle il ne rougit pas de s'y présenter, tout ce que la déraison et la rage peuvent enfanter de plus extravagant. En vain l'Assemblée irritée a été jusqu'à le flétrir dans un de ses décrets, son audace n'en est point ralentie ; et tandis que le révérend père Duval d'Esprémenil dispose ses capucinades perfides, tandis que le Cazalès se prépare à nous étaler toute la fierté puante d'un Espagnol, réunie à celle d'un Ecossais et d'un prince allemand, pour nous donner l'idée de la noblesse d'un gentilhomme français ; tandis que le noir abbé Maury attise dans le silence les armes de sa dialectique adroite et les foudres de son éloquence, le vicomte, à l'instar des plus vils farceurs, se répand, au milieu de l'auguste diète, en balourdises de tout genre. »

Il dirigeait de préférence ses quolibets contre son frère, qui, d'ailleurs, a-t-on remarqué, le ménageait toujours et le défendait souvent. L'Assemblée ayant infligé au vicomte de Mirabeau un blâme dans ses procès-verbaux, son frère se rendit chez lui, et lui reprocha son peu de sobriété : « De quoi vous plaignez-vous ? répondit le vicomte, de tous les vices de la famille, vous ne m'avez laissé que celui-là. »

Il se battit en duel avec le comte de la Tour-Maubourg, et provoqua aussi le duc de Liancourt : il fut blessé dans la première rencontre, et le bruit de sa mort se répandit. À ce sujet, le billet d'enterrement suivant circula dans Paris : « Vous êtes prié d'assister aux convoi, service, et enterrement de très-haut et très-puissant aristocrate, André-Boniface-Louis de Riquetti, vicomte de Mirabeau, député de la noblesse du Haut-Limousin, colonel du régiment de Touraine, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, chevalier d'honneur de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, membre de la Société de Cincinnatus des Etats-Unis de l'Amérique, qui commencé par monsieur le marquis de la Tour-Maubourg son collègue, a été achevé par très-haut très-puissant et très-illustrissime démagogue, Francois-Alexandre-Frédéric de Liancourt, duc héréditaire, maréchal des camps et armées du roi, grand-maître de sa garde-robe, chevalier de ses ordres, et député de la noblesse de Clermont en Beauvoisis, qui a débarrassé la nation de ce pesant ennemi, au milieu du champ de Mars, le 22 décembre 1789, en présence de MM. de Lautrec de Saint-Simon, de Causans et de La Châtre, et est décédé en son hôtel rue de Seine, faubourg Saint-Germain, le 23, à 11 heures du matin. L'enterrement se fera en l'église Saint-Sulpice sa paroisse, le 25, à cinq heures du soir. M. Robespierre mènera le deuil. M. Salomon fera les honneurs de la cérémonie. Le parlement de Rennes y assistera par députation. La chambre des vacations du parlement de Paris y assistera en corps. Le clergé est invité, et l'on a droit de s'attendre à l'y rencontrer, le défunt a pris trop vivement son parti pour n'avoir pas mérité ce tribut de reconnaissance. La noblesse suivra le deuil sans manteau, parce que cela ressemble trop à son ancien costume, mais en pleureuse, M. Barnave ayant prouvé que cette mode était à la portée de tout le monde... »

Après avoir proposé de mettre le Décalogue en tête de la Constitution, avoir repoussé le système d'un Sénat, parlé contre la vente des biens du clergé, donné un démenti à Robespierre à propos du parlement de Rennes, prêté le serment avec restrictions, appuyé la motion de déclarer nationale la religion catholique, blâmé la municipalité de Bordeaux, etc., il apprit (juin 1790) que le régiment de Touraine, en garnison à Perpignan, venait de s'insurger contre ses officiers. Il y courut, essaya d'armer son régiment contre la garde nationale du pays, et n'ayant pu y réussir, repartit, emportant avec lui les cravates des drapeaux. Une grande rumeur s'ensuivit : arrêté à Castelnaudary, cité à la barre de l'Assemblée pour y rendre compte de sa conduite, il parvint à obtenir le vote de l'ordre du jour ; mais ses excentricités devaient lasser ses collègues.

Un scandale provoqué par lui au balcon du restaurateur Beauvilliers, au Palais-Royal, d'où il insultait les passants, avait déterminé l'Assemblée à sévir contre Mirabeau-Tonneau, lorsqu'il jugea prudent d'émigrer au delà du Rhin. Il leva cette fameuse légion de Mirabeau, connue sous le nom de hussards de la Mort, qui fit aux républicains une guerre active d'escarmouches.

Le vicomte de Mirabeau mourut à Fribourg (Brisgau) le 15 septembre 1792, à la suite d'une attaque d'apoplexie, et fut inhumé à Salzbach. Le sobriquet que le peuple lui avait donné a été consacré dans de plaisantes gravures de l'époque, où le vicomte est représenté tenant d'une main un verre et de l'autre une bouteille ; ses bras sont des cruches, son corps est un tonneau, ses cuisses sont des barils, ses jambes des bouteilles renversées.