Pierre, Louis Roederer

1754 - 1835

Informations générales
  • Né le 15 février 1754 à Metz (Moselle - France)
  • Décédé le 17 décembre 1835 à Bois-Roussel (Orne - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 26 octobre 1789 au 30 septembre 1791
Baillage
Metz - Trois-Evêchés (Type : Bailliage)
Groupe
Tiers-Etat

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député en 1789, membre du Sénat conservateur, pair des Cent-Jours et pair de France, né à Metz (Moselle) le 15 février 1754, mort à Bois-Roussel (Orne) le 17 décembre 1835, « fils de Monsieur Pierre-Louis Rœderer, avocat à la cour, conseiller du roi, substitut de M. le procureur général, et de dame Marguerite Gravelotte », il fit ses études à Metz, son droit à Strasbourg, et, malgré son peu de goût pour la procédure, acheta, en 1780, sur l'avis de son père, une charge de conseiller au parlement de Metz. Il était alors fort imbu des idées de Jean-Jacques Rousseau et l'un des membres les plus actifs de l'Académie de Metz.

La convocation des Etats généraux le lança dans la politique ; il se montra partisan des idées nouvelles, et fut élu, le 26 octobre 1789, député du tiers aux Etats généraux par le bailliage de Metz (ville), avec 62 voix (88 votants), en remplacement de M. Poutet dont l'élection avait été annulée. Il prit de suite à l'Assemblée une situation importante, fut nommé commissaire pour examiner les plans d'une banque nationale, et parut souvent à la tribune, où il demanda, non sans éloquence, la réforme de l'ordre judiciaire et l'établissement du jury, la suppression des ordres religieux, des corporations et des jurandes, des distinctions et des titres nobiliaires. Il fut aussi l'un des premiers à réclamer la liberté de la presse et l'égalité des droits politiques pour tous les citoyens, à quelque classe ou culte qu'ils appartinssent. Secrétaire de l'Assemblée, membre du comité de Constitution et du comité des impôts, ce fut surtout dans ce dernier comité qu'il fit preuve de réels talents. Rédacteur et rapporteur des lois sur le timbre, sur les patentes, sur la contribution foncière et mobilière, il eut une part prépondérante à l'organisation des finances et émit des vues très sages sur l'émission des assignats. Il prit aussi la parole à propos de la vente des biens du clergé; il n'est du reste guère de discussions importantes auxquelles il ne se soit mêlé.

Après la session, il fut élu, le 10 novembre 1791, procureur général syndic de Paris, et fut, en cette qualité, mêlé aux mouvements populaires dirigés contre la royauté. Ce fut lui qui rédigea « l'instruction sur la manière de se servir de la guillotine » qui venait d'être adoptée (31 mai 1791).

La première exécution n'eut lieu que le 25 avril 1792, et Rœderer écrivit à cette occasion à La Fayette : « Le nouveau mode d'exécution, Monsieur, du supplice de la tête tranchée, attirera certainement une foule considérable à la Grève, et il est intéressant de prendra des mesures pour qu'il ne se commette aucune dégradation à la machine. »

Jusqu'au 20 juin, Rœderer eut l'appui de la Société des Jacobins, dont il faisait partie; mais ayant alors blâmé l'envahissement des Tuileries, qu'il fut impuissant à empêcher, et ayant demandé, à la barre de l'Assemblée législative, que cette Assemblée refusât les honneurs de la séance aux bandes d'hommes armés qui lui présentaient des pétitions et lui imposaient leur volonté, il fut dénoncé comme contre-révolutionnaire.

Le 10 août, lorsqu'il apprit les dangers qui menaçaient Louis XVI, il se rendit en hâte aux Tuileries et engagea le prince à se réfugier à l'Assemblée ; lui-même voulut conduire et protéger la famille royale. La commune de Paris blâma hautement cette conduite, et, à l'instigation de quelques-uns de ses membres, et sur l'injonction de Marat, elle lança contre lui un mandat d'arrêt ; l'Assemblée ne permit pas sa mise en jugement. Rœderer se consacra alors à une active collaboration au Journal de Paris, dans lequel, le 6 janvier 1793, il refusa à la convention le droit de juger Louis XVI.

Mais la chute des Girondins, les journées des 31 mai et 2 juin 1793 lui imposèrent silence ; il disparut pendant la tourmente révolutionnaire jusqu'à la chute de Robespierre.

Nommé alors professeur d'économie politique aux Ecoles centrales, redevenu collaborateur du Journal de Paris, et appelé à l'Institut en juin 1796, dans la classe des sciences morales et politiques, il fonda au mois d'août suivant le Journal d'économie publique, de morale et de politique, qui paraissait tous les décadis.

Il resta toujours suspect et ne put échapper au 18 fructidor que par l'intervention de Talleyrand. Aussi applaudit-il au 18 brumaire. Ce fut lui qui écrivit l'Adresse aux Parisiens placardée sur les murs de la capitale, le matin du 18, et que son fils avait composée typographiquement dans une imprimerie où l'avait placé Regnault de Saint-Jean-d'Angely.

Appelé alors au Sénat conservateur, il refusa cette place pour prendre celle de conseiller d'Etat, le 4 nivôse an VIII. Quelques jours après, le 13 nivôse, il fut nommé ministre plénipotentiaire, et se rendit en Suisse puis en Hollande.

À son retour (ventôse an X), il eut la direction des théâtres et de l'instruction publique, et élabora un projet pour l'enseignement classique qu'il n'eut pas le temps d'appliquer.

Nommé, le 27 fructidor an X, membre du Sénat conservateur, il répondit, suivant un biographe, au premier consul qui lui disait :
« Eh bien, citoyen Rœderer, nous vous avons placé entre les pères conscrits ».
- Oui, général, vous m'avez envoyé ad patres ».

Membre de la Légion d'honneur (9 vendémiaire an XII), commandeur de l'ordre (25 prairial), il alla, en 1806, au nom du Sénat, féliciter Joseph Bonaparte de son avènement au trône de Naples. Retenu par ce prince, dont il devint, avec l'agrément de l'empereur, le ministre des Finances, il jeta les bases des importantes réformes financières qui furent appliquées sous le règne de Murat

Grand-officier de la Légion d'honneur (6 décembre 1807), créé comte de l'Empire le 2 février 1809, nommé administrateur du grand-duché de Berg le 23 septembre 1810, Rœderer rentra en France en 1813. Deux ans auparavant, l'empereur avait songé à l'appeler au ministère du Commerce mais une note confidentielle qui lui fut remise à cette occasion modifia ses intentions ; elle portait : « Rœderer, de l'esprit, même du talent, mais sec, entêté, cassant, systématique, économiste ; il l'a prouvé sans succès à Naples ; c'est un homme effrayant. »

Rœderer fut nommé préfet de l'Aube le 24 février 1814, resta à peine quatre jours à Troyes, chassé par l'invasion, et, au retour des Bourbons, fut remplacé par M. de Mézi. Il s'en plaignit dans une lettre au roi (5 août 1814) :

« J'éprouve déjà le malheur, écrivait-il, qui s'attache à un nom que l'on a considéré comme exclu (les bontés de V. M., lorsqu'on ne l'a pas vu figurer dans le corps qui succède au Sénat. Ce sentiment est tel que personne n'ose plus prononcer ce nom devant V. M., et le prince de Wagram, mon oncle, qui devrait être près d'Elle mon protecteur, s'est cru lui-même condamné au silence. »

Il n'obtint qu'une somme de 2 000 francs (février 1825) pour l'indemniser des frais de son court passage à Troyes.

Nommé, pendant les Cent-Jours, pair par l'Empereur, le 2 juin 1815, il fut, au retour de Gand, éliminé (avril 1816) de l'Institut et de toutes ses fonctions publiques. Il se retira alors à Bois-Roussel et s'occupa de littérature.

La révolution de 1830 lui rendit sa place à l'Académie des sciences morales et politiques et le rappela à la Chambre des pairs, le 11 octobre 1832.

Quelques années après, en 1835, il publia sa Lettre aux constitutionnels, dans laquelle il attaquait la formule parlementaire : « Le roi règne et ne gouverne pas ».

Il mourut la même année.

Mallet du Pan a caractérisé, un peu trop sévèrement, l'habileté et la souplesse politique de Rœderer en disant : « Il a serpenté avec succès au travers des orages et des partis, se réservant toujours des expédients, quel que fût l'événement. »

On a de lui :
- La députation aux Etats généraux (1788) ;
- Mémoire sur l'administration du département de Paris (1792) ;
- Louis XII (1820) ; François Ier (1825) ;
- Chronique des cinquante jours, du 20 juin au 10 août 1792 (1832) ;
- Mémoire pour servir à l'histoire de la société polie en France (1835) ;
- Comédies historiques (1827-1830), etc.