Aimé, Fernand, David Césaire

1913 - 2008

Informations générales
  • Né le 25 juin 1913 à Basse-pointe (Martinique - France)
  • Décédé le 17 avril 2008 à Fort-de-france (Martinique - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 6 novembre 1945 au 10 juin 1946
Département
Martinique
Groupe
Communiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 11 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Martinique
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 28 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Martinique
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 5 juillet 1951 au 1 décembre 1955
Département
Martinique
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 19 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Martinique
Groupe
Communiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 9 décembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Martinique
Groupe
Non inscrit
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 6 décembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Martinique
Groupe
Non inscrit
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 3 avril 1967 au 30 mai 1968
Département
Martinique
Groupe
Non inscrit
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 11 juillet 1968 au 1 avril 1973
Département
Martinique
Groupe
Non inscrit
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 2 avril 1973 au 2 avril 1978
Département
Martinique
Groupe
Non inscrit
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 3 avril 1978 au 22 mai 1981
Département
Martinique
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 2 juillet 1981 au 1 avril 1986
Département
Martinique
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 2 avril 1986 au 14 mai 1988
Département
Martinique
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IXe législature
Mandat
Du 6 juin 1988 au 1 avril 1993
Département
Martinique
Groupe
Socialiste

Fonds d'archives

• Archives nationales (sites de Pierrefitte-sur-Seine et de Fontainebleau)

Les Archives nationales conservent de nombreux témoignages tant dans les archives publiques que privées, de l’activité d’Aimé Césaire, en qualité d’homme politique, ancien député et poète.

o Archives publiques

- Premier Ministre

Service photographique
20144696/210 Entretien de François Fillon, Premier ministre, avec Aimé Césaire, poète et homme politique, en Martinique le 5 janvier 2008.
19920408/19 - Calédonie 9/10 - Entretien du P.M. avec Aimé Césaire, Député Maire de Fort-de-France le 12 Octobre 1989

Bureau des interventions
20020406/2 - Aimé Césaire, maire de Fort-de-France (2000)
19920383/4 - Aimé Césaire (1 dossier) (1991-1992)

- Ministère de l’Intérieur

Direction générale de la Police nationale ; Direction centrale de la Police judiciaire ; Sous-direction des affaires criminelles ; Bureau atteintes à la sûreté de l'Etat (1971)
19930666/20 - Répression des atteintes à la sûreté de l'Etat et menées : dossier de M. Aimé Césaire (député-Maire de Fort de France)
Direction générale de la Police nationale ; Direction centrale de la police judiciaire ; Sous-direction des affaires criminelles ; Bureau atteintes à la sûreté de l'Etat (1971) - Répression des atteintes à la sûreté de l'Etat et menées
20050549/2 - Statuts et objectifs du PPM dirigé par M. Aimé Césaire, député - maire de Fort-de-France, (1970-1973) - Fiches de renseignements du ministère de la Défense sur certains faits marquant la situation politique à la Martinique, 1970

- DOM-TOM
Direction des affaires politiques, administratives et financières ; Sous-direction des affaires politiques (1954-1990)
19990198/12-19990198/20 – Dossier sur Aimé Césaire, député.

Cabinet rattaché au Ministre (1997-2000)
20010326/7 Cérémonies et festivités - Hommage à Aimé Césaire à l'UNESCO.

- Cabinet du ministère de la Culture
20010113/12 - Service affaires internationales (1959-1988) ; Département affaires internationales (1989-) (1982-1998) : hommages à Aimé Césaire.
19870502/7 - 1 intervention, dossier 26453 Césaire, Aimé (1980-1986)

- Cabinet du ministère de la Santé
19860540/29 - M. Césaire Aimé, Député de Martinique (1981-1986)

- Présidence Nicolas Sarkozy : archives de Marie de Gandt, conseillère technique (2009-2012)
20150452/51 - Hommage solennel de la Nation à Aimé Césaire, Panthéon (Paris), préparation de discours.

- Académie de Paris. Archives des facultés de droit, de pharmacie, théologie, lettres et sciences, services rectoraux
AJ/16/2887 - ENS - Scolarité, 1935-1936 ENS - Scolarité, 1935-1936 Nomination des élèves, liste (Aimé Césaire, Albert Soboul).

o Archives privées

- Fonds Marceau Pivert
559AP/63 - août-septembre 1956 - "Christianisme social" par Aimé Césaire, André Philip et Edmond Vermeil
- Fonds Michel Rocard
680AP/184 - Discours et interventions (1980-2011) Fort de France (Martinique), hommage à Aimé Césaire
680AP/407 – Albums offerts à Michel Rocard (1988-1991). Entretien avec Aimé Césaire, député et maire de Fort-de-France (Martinique).
680AP/363 - Michel Rocard - Photographies (1956-2002), Michel Rocard et Aimé Césaire, écrivain.

• Archives départementales de la Martinique
Les Archives départementales de la Martinique conservent le fonds d’archives Aimé Césaire, qui comprend quelques pièces manuscrites isolées.
Une partie des documents relatifs à Aimé Césaire a été numérisée et mise en ligne sur le site Patrimoine Martinique. Ainsi le fonds de l’instruction publique comporte le dossier d’enseignant d’Aimé Césaire daté de 1942, conservé sous la cote 1230W6, ainsi que son acte de naissance.

• Archives départementales de Seine-Saint-Denis
Les archives du PCF, auquel Aimé Césaire a adhéré, sont également le reflet des activités politiques menées par l’ancien député. On trouvera, à la cote 261 J 6, les « dossiers » de l’intellectuel Aimé Césaire (1956) relatifs à la cellule « Saint-Germain-des-Prés » (1950-1998) et notamment les désaccords d’intellectuels après 1956 (Aimé Césaire, Tristan Tzara, Roger Vaillant, la cellule « Sorbonne-Lettres », Henri Lefebvre)

• Assemblée nationale
La division des Archives de l’Assemblée nationale conserve essentiellement des éléments relatifs aux hommages rendus à Aimé Césaire.
2016-040/10 - Année des Outre-mer français, hommage à Aimé Césaire : notes, correspondance, projet de discours.

• Bibliothèque de l’ENS ULM
La bibliothèque de l’Ecole normale supérieure d’ULM conserve le manuscrit d’un discours prononcé par Aimé Césaire à l’Assemblée nationale le 29 septembre 1982. Ce document d’archives, coté Ms 128 est issu d’un don effectué en 2013.

• Bibliothèque nationale de France (BNF)
Par ailleurs, la Bibliothèque nationale de France conserve, dans le fonds Edouard Glissant coté NAF 28894, quelques documents d’archives manuscrits, faisant état de la correspondance qu’aurait entretenu Aimé Césaire avec Edouard Glissant.

• Fonds sonore du PCF
Les archives audiovisuelles et sonores ne sont pas en reste. On trouvera à la cote 4 AV/926 l’enregistrement de l’intervention d’Aimé Césaire au 13e congrès national du PCF, qui s'est tenue à Ivry du 3 au 7 juin 1954.
Salut collectif adressé par les fédérations communistes d’Outre-Mer au congrès.

• Institut national de l’audiovisuel (INA)
L’Institut national de l’Audiovisuel (INA) conserve également une partie des archives sonores apportant un témoignage de l’activité d’Aimé Césaire. Il s’agit principalement d’interviews et de reportages qui lui sont consacrés.

Biographies


CESAIRE (Aimé)

Né le 25 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique)
Décédé le 17 avril 2008 à Fort-de-France (Martinique)

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale Constituante (Martinique)
Député de la Martinique de 1946 à 1958
Fils de Fernand Césaire, contrôleur des contributions, Aimé Césaire est né à Basse-Pointe (Martinique) le 25 juin 1913. Après ses études secondaires au lycée de Fort-de-France, puis au lycée Louis-le-Grand à Paris, il passe une licence ès-lettres et un diplôme d'études supérieures, et entre à l'Ecole normale supérieure. Le 10 juillet 1937, il épouse Suzanne Roussi qui lui donnera six enfants. A l'issue de ses études supérieures, Aimé Césaire est nommé professeur au lycée de Fort-de-France (1940-1945). Il se consacre aussi à la rédaction de poèmes qui l'ont rendu célèbre comme l'un des représentants de l'Ecole surréaliste.

C'est à l'issue de la Seconde Guerre mondiale que commence la carrière politique proprement dite d'Aimé Césaire. Il est alors candidat du Parti communiste et est élu conseiller municipal et maire de Fort-de-France, mandat qui lui sera renouvelé en 1947 et en 1953, puis Conseiller général de la Martinique (1945-1951 et depuis avril 1958).

Aux élections pour la première Assemblée nationale Constituante, Aimé Césaire, toujours sous l'étiquette communiste, est élu au second tour, le 4 novembre 1945, représentant de la première circonscription de la Martinique par 14 405 voix sur 20 264 votants pour 67 121 inscrits.

A l'Assemblée, il est nommé de manière logique membre de la Commission des territoires d'outre-mer. C'est au nom de celle-ci qu'il présente le 26 février 1946, un rapport sur la proposition de loi déposée le 17 janvier précédent par son collègue martiniquais Léopold Bissol, et tendant à faire classer la Guadeloupe et la Martinique comme départements français. La loi d'assimilation sera votée à l'unanimité le 19 mars 1946.

Aimé Césaire prend en outre largement part aux débats notamment lorsqu'ils sont relatifs à la France d'outre-mer, et est rapporteur de la proposition de loi de MM. Bissol, Monnerville et Vergès tendant au classement de la Guyane comme département. Aimé Césaire vote les nationalisations et le projet de Constitution. Cependant le rejet de ce dernier texte par le référendum du 5 mai entraîne l'élection d'une nouvelle Assemblée nationale Constituante.

Aux élections du 2 juin 1946, pour la seconde Assemblée nationale Constituante, Aimé Césaire est réélu toujours sous l'étiquette communiste, avec 19 704 voix sur 30 937 votants (62 915 inscrits). A l'Assemblée il retrouve la Commission des territoires d'outre-mer et intervient à plusieurs reprises dans les débats constitutionnels. Le 18 septembre il présente des observations sur l'Union française puis vote le projet de Constitution le 28 septembre.

Aux élections pour la première législature de la IVe République, la Martinique ne forme plus qu'une circonscription, mais le nombre des sièges à pourvoir passe de deux à trois. Aimé Césaire conduit la liste présentée par le Parti communiste et, avec 34 659 voix sur 55 007 suffrages exprimés (119 467 électeurs inscrits), est à nouveau réélu : la liste communiste emporte deux sièges sur trois, la S.F.I.O. avec Emmanuel Hermence-Véry, obtenant le troisième. L'élection d'Aimé Césaire sera validée le 22 mai 1947, par la majorité de l'Assemblée malgré le rapport du 5e Bureau tendant à son annulation. La Chambre conclura cependant à la nécessité de réviser les listes électorales de la Martinique.

Aimé Césaire est, à l'Assemblée, nommé membre de plusieurs Commissions parlementaires importantes : affaires étrangères (1946), territoires d'outre-mer (1946, 1948, 1949, 1950, 1951) et enfin, éducation nationale (1948, 1950, 1951). En outre, la Commission des territoires d'outre-mer le désigne en vue de représenter l'Assemblée au sein du Comité de gestion du fonds d'investissement pour le développement économique et social des territoires d'outre-mer (le F.I.D.E.S).

Elu le 3 décembre 1946 secrétaire de l'Assemblée nationale, Aimé Césaire vote le 12 pour la candidature de Léon Blum comme président du gouvernement provisoire de la République. Au cours de la première législature, il déposera un très grand nombre de textes parlementaires. Réélu secrétaire de l'Assemblée nationale le 14 janvier 1947, il vote le 4 mai contre la confiance au gouvernement Paul Ramadier, scrutin à la suite duquel celui-ci se sépare de ses ministres communistes. Au cours de la séance du 22 mai 1947, Aimé Césaire intervient longuement à propos des opérations électorales en Martinique. Il conclut : « il conviendra de ne procéder à de nouvelles élections à la Martinique que lorsque vous aurez obtenu que le pouvoir exécutif y place, conformément (...) à la loi qui a transformé cette vieille colonie en département, une administration démocratique et républicaine qui sera chargée de veiller scrupuleusement à l'application des dispositions législatives (...). A travers ce problème se pose un autre problème (...) plus vaste, plus général (...), le problème de la démocratie outre-mer dans sa dignité, dans son existence et dans son avenir ». Sa proposition de loi du 13 août suivant vise à nationaliser de grandes banques des départements d'outre-mer. Enfin, il s'abstient volontairement lors du scrutin du 27 août 1947 sur le projet de statut de l'Algérie.

Aimé Césaire est réélu secrétaire de l'Assemblée nationale le 14 janvier 1948, poste dont il démissionne dès le lendemain. Le 12 février suivant, il dépose une demande d'interpellation à propos des incidents survenus à Fort-de-France et, le 23, une autre demande d'interpellation sur la non-application de la loi relative à la Sécurité sociale dans les départements d'outre-mer. Puis, le 23 juin 1948, il revient sur ces problèmes en déposant une proposition de loi visant à assurer l'application effective de la Sécurité sociale dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de la Réunion. Il vote le 9 juillet 1949 contre la constitution du Conseil de l'Europe et le surlendemain, intervient longuement sur le projet de loi relatif au découpage électoral des départements d'outre-mer. Aimé Césaire vote le 7 mai 1951 contre le projet de réforme électorale instituant le scrutin de liste majoritaire départemental à un tour avec apparentements.

Aimé Césaire conduit la liste présentée par le Parti communiste français en Martinique aux élections législatives du 17 juin 1951. Ses engagements électoraux reprennent un programme exposé le 31 mai précédent dans l'hebdomadaire Justice, que dirige alors son collègue Léopold Bissol. Ils insistent sur le mauvais bilan du gouvernement depuis le départ des ministres communistes : hausse des prix pour les consommations de première nécessité, quadruplement du budget militaire, chômage, etc. En Martinique, la liste communiste obtient 41 231 voix sur 65 626 suffrages exprimés et conserve ses deux sièges.

A l'Assemblée, Aimé Césaire est à nouveau nommé membre de la Commission de l'éducation nationale (1951) et de celle des territoires d'outre-mer (1951, 1953, 1954, 1955) et dépose au cours de la deuxième législature six textes parlementaires.

Aimé Césaire vote le 13 décembre 1951 contre la ratification du traité de Paris instituant la C.E.C.A. (pool charbon-acier). Le 24 mars 1951, il dépose une proposition de résolution pour porter secours aux victimes du tremblement de terre que vient d'éprouver la Martinique et intervient longuement le 10 juin 1952 lors du débat sur l'investiture de Georges Bidault comme président du Conseil désigné : « Il est (...) une fâcheuse tradition qui veut que les présidents du Conseil désignés soient d'une singulière discrétion sur les problèmes de l'Union française. Je constate, Monsieur le président du Conseil désigné, que vous avez scrupuleusement respecté cette tradition... » Le 16 février 1954, Aimé Césaire dépose une demande d'interpellation sur la politique économique et sociale dans les départements d'outre-mer, interpellation qu'il développera longuement avec celle déposée le 26 mars suivant sur les revendications des fonctionnaires des territoires d'outre-mer au cours de la séance du 9 avril. Le 17 juin, il vote pour l'investiture de Pierre Mendès-France comme président du Conseil désigné.

Le 30 août 1954, Aimé Césaire vote pour la question préalable opposée par Edouard Herriot et le général Aumeran à la ratification du traité sur la Communauté européenne de défense (vote équivalant au rejet du traité) et le 10 décembre suivant, contre la confiance au gouvernement sur sa politique en Algérie. Il votera également contre la confiance à Pierre Mendès-France lors du scrutin du 4 février 1955 sur la situation en Afrique du Nord, scrutin à la suite duquel le gouvernement est renversé. Puis le 31 mars, il vote contre l'état d'urgence en Algérie. Enfin le 6 octobre 1955, il dépose une proposition de résolution tendant à faire apporter une aide immédiate aux victimes du raz-de-marée qui vient de toucher la Martinique.

Lors des élections du 2 janvier 1956, Aimé Césaire conduit la liste du Parti communiste français en Martinique et insiste dans ses engagements électoraux, sur la « situation (...) dramatique » de la Martinique touchée notamment par la réduction de son contingent du rhum. « Ce que nous proposons, c'est une politique, démocratique dans son inspiration, sociale dans ses buts, et martiniquaise dans ses moyens. » Avec 46 915 voix sur 75 868 suffrages exprimés (et 121668 inscrits), la liste communiste conserve ses deux sièges. A nouveau nommé membre de la Commission des territoires d'outre-mer (1956), Aimé Césaire vote la confiance à Guy Mollet (31 janvier 1956), puis les pouvoirs spéciaux en Algérie (12 mars). Le lendemain il intervient longuement à propos de la situation de l'agriculture dans les départements d'outre-mer, et notamment en Martinique.

Mais l'année 1956 est, surtout marquée par la crise du mouvement communiste : le « rapport Khrouchtchev », présenté secrètement au 20e congrès du Parti communiste d'Union soviétique condamne le système stalinien. Les répercussions en Europe de l'Est sont très importantes, avec notamment la révolte hongroise d'octobre 1956. Aimé Césaire, comme plusieurs autres intellectuels français, tire les leçons de la crise : il donne par une lettre à Maurice Thorez datée du 25 octobre 1956 sa démission de membre du Parti communiste français. Se plaçant d'abord du point de vue de la politique nationale, il condamne l'immobilisme du P.C.F. par rapport à la situation politique française et face au développement du débat idéologique. Puis il en vient à la situation internationale, en relevant les problèmes soulevés par les conclusions du « rapport Khrouchtchev ». Enfin, Aimé Césaire ajoute : « il faut que le marxisme et le système soviétique servent le peuple noir et non l'inverse, il faut plus généralement que les doctrines et les mouvements politiques soient au service de l'homme et non le contraire ».

Aimé Césaire s'inscrit au Parti du regroupement africain et des fédéralistes. Le 6 juillet 1957, il prend la parole dans le débat relatif à la Communauté économique européenne (C.E.E.) et à l'Euratom : « je crois que l'avenir des Antilles est fonction d'une politique cohérente et résolue d'industrialisation (...). Non seulement il est illusoire de croire que les produits de l'Union française conquerront une part du marché allemand, mais encore il (...) y a grand danger que, par le biais du Marché commun, nos produits (...) ne perdent une partie du marché national français... ». Le 9 juillet Aimé Césaire vote contre la ratification des traités instituant la C.E.E. et l'Euratom.

En 1958, Aimé Césaire ne prend pas part au vote du 1er juin sur l'investiture du général de Gaulle ni à celui du 2 juin relatif à la révision constitutionnelle mais le même jour il refuse les pleins pouvoirs au gouvernement.

Durant cette période, Aimé Césaire a notamment publié Cahier d' un retour au pays natal, Les armes miraculeuses, Soleil cou coupé, Discours sur le colonialisme.



CESAIRE (Aimé)

Né le 25 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique)
Décédé le 17 avril 2008 à Fort-de-France (Martinique)

Député de la Martinique de 1946 à 1958

Après les événements algérois de mai 1958 qui favorisent le retour au pouvoir du général de Gaulle, Aimé Césaire, même s’il ne prend pas part au vote de confiance du 1er juin 1958 sur le programme et sur la politique de Charles de Gaulle et s’il vote contre le projet de loi du 2 juin 1958 relatif aux pleins pouvoirs, espère que le nouveau chef de gouvernement, par la nouvelle Constitution qu’il prépare dans le cadre du passage à la Ve République, favorisera un modèle fédéral cher à ses yeux. Il refuse d’ailleurs de sanctionner le projet de loi du 2 juin 1958 relatif à la révision constitutionnelle et ne prend pas part au scrutin. Même si le texte achevé en août ne répond pas aux souhaits du Martiniquais, ce dernier appelle quand même les Antillais à répondre « oui » au référendum de septembre 1958, persuadé par André Malraux que le Général de Gaulle accordera plus d’autonomie aux DOM. C’est sous l’étiquette du PPM, Parti progressiste martiniquais, qu’il a créé en mars, qu’Aimé Césaire se présente en novembre 1958 aux législatives, désormais organisées au suffrage majoritaire d’arrondissement à deux tours. Candidat dans la nouvelle deuxième circonscription de la Martinique (Fort-de-France), il s’impose très largement dès le 1er tour avec 80,2 % des suffrages exprimés, devant le communiste Georges Gratiant (13,9 %) et le socialiste Georges Bardol (5,7 %). Au Palais-Bourbon, il siège parmi les non-inscrits (il reste fidèle à ce choix jusqu’en 1973). A partir de juin 1960, il siège dans le comité directeur du Fonds d’investissement des départements d’outre-mer.

Durant cette première législature, Aimé Césaire dénonce fréquemment la situation précaire des travailleurs de la Martinique et de la Guadeloupe. Lors de l’examen des projets annuels de loi de finances (budget DOM-TOM) et du projet de loi de programme pour les DOM (juin 1960), il demande la répercussion en outre-mer de toute augmentation du SMIC métropolitain, critique le décalage en matière de sécurité sociale et de taux d’allocation familiale entre les DOM et l’Hexagone, souhaite une véritable politique de l’emploi dans les Antilles via l’industrialisation de ces territoires (adossée à l’énergie hydraulique pour faire baisser un coût de l’électricité trop élevé) et l’octroi de prêts à moyen terme aux industriels prêts à s’installer dans les DOM. Il défend aussi les petits planteurs de bananes, craint leur disparition à l’image de celle des planteurs de canne et demande pour eux un prix rémunérateur. Il déplore l’intégration des DOM dans le Marché commun européen alors qu’il aurait fallu, selon lui, créer un espace économique partagé avec les autres Antilles et l’Amérique du sud. Il suggère, pour sortir les Antilles du sous-développement, de favoriser une plus grande association des populations aux responsabilités locales. Il déplore les lenteurs de l’administration et le manque de réalisations dans le domaine du tourisme. A l’occasion des discussions sur le projet de loi relatif aux aménagement fiscaux dans les DOM (décembre 1960), il souhaite une profonde réforme fiscale afin de permettre aux capitaux des Antilles de s’investir sur place, demande des exonérations pour les importations de matières premières nécessaires à l’industrialisation, réclame un plan pour le développement de l’artisanat. Lors de l’examen du projet de loi relatif au régime foncier des DOM (juillet 1961), il demande une réforme agraire aux Antilles pour lutter contre la concentration de la propriété foncière et suggère de s’inspirer des expériences tentées à Cuba et à Porto-Rico sans s’arrêter à l’opposition des grands propriétaires. Il intervient de nouveau, lors des discussions du projet de loi portant approbation du IVe Plan, pour regretter que rien n’ait été pensé dans ce programme d’aménagement pour lutter contre les maux antillais (pression démographique, niveau de vie très bas, absence de réforme agraire et d’industrialisation) et que les assemblées locales n’aient pas été sollicitées. Régulièrement, il dénonce la répression exercée contre les partisans de l’autonomie et condamne les violences policières à l’encontre des militants indépendantistes.

Se situant dans l’opposition, Aimé Césaire refuse de voter le soutien au gouvernement gaulliste de Michel Debré. Il n’approuve pas la politique de ce dernier en Algérie comme dans les DOM. Il ne prend pas part au vote de la loi du 4 février 1960 autorisant le gouvernement à prendre, par application de l’article 38 de la Constitution, certaines mesures relatives au maintien de l’ordre, à la sauvegarde de l’Etat, à la pacification et à l’administration de l’Algérie. Lors du IIe congrès des intellectuels et écrivains noirs à Rome au printemps 1959, le poète estime que l’intellectuel doit par ses œuvres et déclarations favoriser la prise de conscience populaire de la nécessité de la décolonisation. A la suite des violences fin 1959 à la Martinique, le député exige des réformes dans les DOM sans obtenir gain de cause. Il réitère sa demande en mars 1961 après la mort de trois ouvriers agricoles. Il critique alors le maintien d’un système d’exploitation colonial combinant répression policière, exil des forces vives antillaises et envoi de cadres métropolitains. Si son engagement en faveur de l’indépendance algérienne lui vaut d’être menacé par l’OAS, il est également pris à partie par les indépendantistes antillais pour son autonomisme jugé trop complaisant par les plus radicaux d’entre eux. Il se heurte aussi aux membres du Parti communiste martiniquais (PCM). Mais Aimé Césaire reste fidèle à sa ligne autonomiste, qu’il réaffirme en décembre 1963 lors d’une déclaration commune réunissant différentes formations politiques antillaises et guyanaises. Le général de Gaulle, en visite à Fort-de-France en mars 1964, ignore ses revendications.

Sur le plan territorial, il est réélu maire de Fort-de-France en avril 1958. Il exerce ses mandats locaux dans une situation difficile marquée par les émeutes, notamment de Fort-de-France, de décembre 1958. Lors des législatives anticipées de l’automne 1962 organisées après la dissolution de l’Assemblée, Aimé Césaire, qui a voté en faveur de la motion de censure du 4 octobre 1962, se représente dans la deuxième circonscription de la Martinique sous l’étiquette PPM. Avec l’aide de son suppléant Camille Darsières, avocat au barreau de Fort-de-France, il arrive largement en tête au premier tour avec 77,8 % des voix face à son rival du PCM Walter Guitteaud (22,1 %) mais la forte abstention (64,5 %) le contraint à un second tour. Celui-ci devient une formalité après le retrait de Walter Guitteaud. Aimé Césaire profite de l’examen annuel du projet de loi de finances pour alerter les parlementaires sur les problèmes spécifiques des Antilles. En janvier 1963, il évoque les difficultés des producteurs de bananes et de cannes à sucre, le déficit de la balance commerciale, le problème du coût des transports maritimes, l’écart en matière d’allocations familiales entre Métropole et DOM avant de suggérer de s’inspirer de l’exemple italien de développement des régions du sud de la Péninsule. En novembre 1963, il évoque la fragilité des économies insulaires, recommande de diversifier les cultures et d’industrialiser les territoires ultra-marins, suggère un octroi plus rapide des primes d’équipement et une mobilisation plus efficace de l’épargne, souhaite enfin le développement local de la formation professionnelle. En octobre-novembre 1966, il décrit la situation catastrophique de la Guadeloupe après le passage des cyclones Edith et Inès, alerte sur les problèmes du rhum et de l’industrie sucrière, souhaite un prix d’intervention pour le sucre et une détaxe de distance, déplore la médiocre qualité du logement insulaire et recommande la constitution locale d’offices publics d’HLM.

Sur le plan territorial, il est réélu, pour un dernier mandat, conseiller général dans le canton de Fort-de-France IV en 1964 et maire de la ville aux municipales de 1965. Il est continument réélu et exerce ce mandat jusqu’en 2001.Les productions littéraires d’Aimé Césaire des années 1960 font écho à ses combats politiques, qu’il s’agisse de poèmes (Ferrements en 1960, Cadastre en 1961) ou de pièces de théâtre (Une saison au Congo en 1966, Une tempête en 1969, adaptation de la pièce de Shakespeare). Il met en garde les responsables des pays récemment décolonisés contre la tentation de reproduire des schémas coloniaux d’oppression politique et d’injustices socio-économiques tout en poursuivant sa réflexion sur le concept de négritude. Si certaines de ses œuvres suscitent la controverse, l’auteur reste une figure intellectuelle majeure du monde noir. En 1966, il assure la vice-présidence du Festival mondial des arts nègres à Dakar.

Au printemps 1967, lors des législatives, Aimé Césaire est candidat PPM dans la deuxième circonscription de la Martinique. Toujours secondé par Camille Darsières, il remporte l’élection dès le premier tour, le 5 mars, avec 54,4 % des suffrages exprimés. Il s’est imposé face au Divers gauche Léon Valère (23,3 %) et pour la première fois face à un candidat gaulliste, Edmond Valcin (21,3 %). Durant cette courte législature, Aimé Césaire se montre peu actif en séance publique. Le 2 novembre 1967, il prend part à la discussion de la deuxième partie du projet de loi de finances pour 1968 lorsqu’il est question des DOM. Il évoque les problèmes des cultures vivrières et de la canne à sucre qui appelleraient selon lui une réforme agraire, suggère de moderniser l’activité touristique, alerte les parlementaires sur les conséquences socio-économiques de l’exode rural, de l’émigration vers la Métropole et d’un chômage important et réclame enfin plus d’autonomie pour les Antillais.

L’aggravation des tensions politiques et socio-économiques aux Antilles place bientôt le poète et dramaturge martiniquais dans une situation délicate. L’outre-mer devient en effet un espace de plus en plus marqué par les violences dans les années 1960, au point que le gouvernement doit parfois y envoyer des compagnies de CRS et sections de gendarmes mobiles en rotations. Les conditions de vie difficiles (inflation liée à l’importation massive de biens en provenance de la Métropole et à la sous-industrialisation, salaires bas et chômage important) comme la montée en puissance de discours indépendantistes alimentés par la guerre d’Algérie et le tiers-mondisme révolutionnaire de l’époque, favorisent l’émergence de mouvements indépendantistes aux Antilles-Guyane et à la Réunion. Des incidents, qui dérapent parfois en émeutes, révèlent une profonde crise locale et la difficulté pour les pouvoirs publics d’y maintenir l’ordre. En décembre 1959, un accident de la route entre un Antillais et des Métropolitains provoque un affrontement meurtrier entre population locale et forces de l’ordre (trois morts par armes à feu). En mai 1967, en Guadeloupe, dans un contexte d’agitation politique orchestrée par les indépendantistes du GONG (Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe), une grève d’ouvriers du bâtiment dégénère et les CRS ouvrent le feu faisant trois morts. Pillages et agressions se multiplient et l’armée doit intervenir. Le bilan officiel, encore contesté aujourd’hui, fait état de huit morts. Aimé Césaire, autonomiste toujours hostile à l’indépendance, est critiqué par les éléments protestataires les plus radicaux et doit se positionner. Le 22 novembre 1967 à l’Assemblée nationale, il exprime sa solidarité avec les nationalistes emprisonnés puis, lors du Xème anniversaire du PPM en mars 1968, affirme l’existence d’une nation martiniquaise.

Lors des législatives de juin 1968 organisées après la dissolution de l’Assemblée nationale par le chef de l’Etat, Aimé Césaire, aidé par son suppléant Camille Darsières, se représente sous l’étiquette PPM dans sa circonscription de Martinique. Dans un contexte politique national pourtant favorable au pouvoir, il s’impose de nouveau, dès le premier tour, avec 52 % des suffrages exprimés, face à son rival gaulliste de l’Union pour la défense de la République (UDR) Emile Maurice, maire et conseiller général de Saint-Joseph, ancien proche d’Aimé Césaire mais dont il s’est éloigné pour défendre le statut départemental et une logique d’assimilation. Au Palais-Bourbon, Aimé Césaire durcit ses critiques contre le gouvernement. En novembre 1968, il conclut à l’échec de la réforme agraire et de l’industrialisation dans les DOM, constate la généralisation du chômage dans les Antilles et la crise du logement, il rappelle le problème de la politique d’émigration vers la Métropole et déplore les retards scolaires dans les îles. En octobre 1971, il revient sur l’insuffisant taux de couverture des importations par les exportations et rappelle que la Martinique importe l’essentiel de ses produits alimentaires. Lors de cette législature, il se plaint en octobre 1970 et en octobre 1972 de la répression politique et des violences policières contre les militants autonomistes ou indépendantistes attachés à la culture antillaise (mouvements de protestation et grèves de la faim). Il veut supprimer la législation d’exception pour les « vieilles colonies » et notamment les enquêtes policières sur les opinions politiques des originaires des DOM.
Lors du référendum d’avril 1969, le PPM et Aimé Césaire appellent à l’abstention. A partir de la fin des années 1960, Aimé Césaire s’engage moins dans la vie politique nationale mais continue de prendre position sur les grands débats de son temps et notamment sur les questions internationales. Il combat l’impérialisme quelles que soient ses formes, critiquant autant la répression soviétique du printemps de Prague que la guerre américaine au Vietnam. Il ne se représente pas au printemps 1970 aux élections cantonales. A l’été 1972, il soutient le Programme commun, cette alliance électorale entre les trois partis de gauche (communiste, socialiste et radical) dans l’optique des législatives de l’année suivante. En février 1973, dans la cour de la mairie de Fort-de-France, il prononce le fameux « discours sur les trois voies et les cinq libertés ». Après avoir écarté les options de la départementalisation intégrale et de l’indépendance, il démontre l’intérêt et la nécessité de l’autonomie avant d’exiger les libertés douanière, commerciale, économique, culturelle et politique. Au Palais-Bourbon, Aimé Césaire vote contre le projet de loi, insuffisant à ses yeux, portant création et organisation des Régions (la loi du 5 juillet 1972).

Les législatives de mars 1973 voient un effritement de ses positions électorales. Si le candidat PPM est réélu député de la deuxième circonscription de la Martinique une fois encore dès le premier tour, avec son fidèle suppléant Camille Darsières (conseiller général du 2ème canton de Fort-de-France et membre du conseil régional de Martinique), il l’emporte avec « seulement » 50,1 % des suffrages exprimés devant l’avocat gaulliste Edmond Valcin (45,9 %) et deux autres petits candidats. Initialement non-inscrit, il s’apparente au groupe du parti socialiste et des radicaux de gauche à partir de juillet 1974 et rejoint la commission de la production et des échanges (il ne siégeait pas en commission depuis 1958).

Le député martiniquais, membre du comité directeur du Fonds d’investissement des DOM, intervient souvent durant cette législature pour déplorer l’aggravation de la situation économique aux Antilles. A ses yeux, la multiplication des mouvements sociaux en Martinique est due au sous-emploi et à l’absence de protection contre le chômage. Il conviendrait, selon lui, de débloquer les crédits de construction pour résoudre la crise du logement et d’élargir aux DOM les allocations de chômage. En octobre 1973, il revient sur l’erreur que constitue l’entrée des Antilles dans le Marché commun, évoque le statut juridique inadapté des DOM et les problèmes spécifiques du sous-développement. L’ensemble révèlerait pour lui « l’anachronisme du pacte colonial ». En novembre 1974, il estime que les Antilles sont viables à condition de les sortir du Marché commun et de supprimer le caractère colonial de l’économie antillaise en nationalisant certaines entreprises comme les usines à sucre. A ses yeux, « la réforme régionale ne réalisera pas la décolonisation nécessaire ». En 1975, il évoque le « génocide par remplacement » que constituerait l’émigration massive de Martiniquais vers la Métropole et l’envoi par Paris de cadres vers les Antilles pour occuper les postes à responsabilité. Il met en garde contre le « stirnisme », néologisme créé à partir du nom d’Olivier Stirn (secrétaire d’Etat aux DOM-TOM de juin 1974 à mai 1978), et qui se traduirait par un « fanatisme de la départementalisation », la valorisation excessive du Marché commun et la minorisation des notions de production et d’emploi. En novembre 1976, il critique les Accords de Lomé, « mauvais coup asséné aux Antilles » et déplore une fois de plus l’intégration dans le Marché commun qui produirait une sorte de « culte du cargo ». Il ne prend pas part, notamment, au vote du projet de loi d’orientation du commerce et de l’artisanat (la loi dite Royer du 27 décembre 1973).

Durant la présidentielle du printemps 1974, il appuie François Mitterrand, fondant de grands espoirs dans les réformes socio-économiques et politico-institutionnelles annoncées par le candidat socialiste qu’il perçoit comme porteur de progrès et d’émancipation pour l’outre-mer. Après avoir défendu prioritairement l’autonomie, Aimé Césaire met progressivement l’accent sur la nécessaire modernisation socio-économique des Antilles. Il continue néanmoins de suivre d’autres sujets à l’image des grandes réformes sociétales du septennat giscardien. Il vote en faveur du projet de loi relatif à l’interruption volontaire de grossesse (la loi dite Simone Veil du 17 janvier 1975) mais ne prend pas part au vote du projet de loi portant réforme du divorce (la loi du 11 juillet 1975). Il vote contre le projet de loi relatif à l’informatique, aux fichiers et aux libertés (la loi du 6 janvier 1978).

Lors des législatives de mars 1978, Aimé Césaire, toujours candidat PPM, s’impose dans la deuxième circonscription de la Martinique dès le premier tour avec 52,6 % des suffrages exprimés face à son rival gaulliste Michel Renard, maire du Marigot et secrétaire départemental du Rassemblement pour la République (RPR). Cette campagne électorale est émaillée de violences. Le 9 mars 1978, lors d'un meeting électoral, une rixe éclate sur la Place de la Savane à Fort-de-France entre les partisans des deux camps et Théolien Jalta, membre du service d'ordre de Michel Renard est tué à coups de rasoir. A l’Assemblée, Aimé Césaire s’apparente au groupe socialiste et siège à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République. Il dépose en novembre 1978 une proposition de loi relative à la retraite des médecins dans les DOM. Lors de l’examen du projet de loi de finances pour 1979, celui qui siège au comité régional de tourisme de la Martinique déplore le « dépérissement économique des Antilles ». Il faudrait à ses yeux rénover l’agriculture locale en luttant contre les privilèges et la spéculation foncière, moderniser l’appareil productif afin que les Antilles « cessent de donner au monde le spectacle des tristes tropiques ». Il souligne le problème de l’identité antillaise aux prises avec le danger de l’acculturation et les insuffisances du système scolaire local. En juin 1980, il s’élève une fois de plus contre les violences policières et demande à ce que l’on respecte le droit des Antillais à disposer d’eux-mêmes. Il réclame enfin un statut politique nouveau. Il vote contre le projet de loi « sécurité et liberté » (la loi dite Peyrefitte du 2 février 1981).

Lors de la présidentielle du printemps 1981, il soutient de nouveau François Mitterrand. Elu, ce dernier dissout l’Assemblée nationale. Des législatives anticipées ont lieu en juin où Aimé Césaire se représente dans la deuxième circonscription de la Martinique. Bien qu’arrivé largement en tête avec 60,4 % au premier tour devant son rival de l’Union pour la démocratie français (UDF) Max Elizé (33,9 %) à la faveur de la dynamique électorale portant la gauche après la présidentielle, il doit participer à un deuxième tour en raison du fort taux d’abstention (57,1 %). Il s’impose finalement à l’issue de ce second tour avec 63,7 % des suffrages exprimés. Il est toujours apparenté au groupe socialiste et rejoint la commission de la défense nationale et des forces armées, qu’il quitte en septembre 1981 pour la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Dans la foulée de sa victoire, le député de la Martinique prononce un discours important dans sa mairie de Fort-de-France. Intitulé « Discours du moratoire », le texte confirme l’infléchissement d’Aimé Césaire vers la priorisation du développement économique. Si l’autonomie reste l’objectif à atteindre, la régionalisation constitue désormais à ses yeux un compromis honorable.

A partir de septembre 1981, l’intellectuel martiniquais se voit chargé d’une mission temporaire auprès d’Henri Emmanuelli, secrétaire d’Etat chargé des DOM-TOM. Administrateur depuis 1982 de l’Agence nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’outre-mer, Aimé Césaire rejoint en 1983 le conseil national de la communication audiovisuelle et, en 1985, le conseil national des langues et cultures régionales. Durant cette législature, il soutient globalement le nouveau pouvoir de gauche même s’il reste critique à l’occasion, ne cachant pas, entre autres, son rejet de « l’absurdité » que représente à ses yeux la création de régions monodépartementales aux Antilles. Il prend une part active à l’examen des projets de loi portant adaptation de la loi du 2 mars 1982 relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions à la Guadeloupe, à la Martinique et à la Réunion (septembre-novembre 1982), portant organisation des régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de La Réunion (décembre 1982), relatif à la commémoration de l’abolition de l’esclavage (décembre 1982), relatif aux compétences des régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de La Réunion (décembre 1983 et juin 1984). En novembre 1985, à l’occasion des discussions sur le projet de loi de finances pour 1986, il rappelle la dégradation de l’économie des plantations traditionnelles (banane et canne à sucre), souligne le besoin de logements aux Antilles en lien avec la situation du bâtiment et des travaux publics, avant de déplorer le caractère toujours colonial de l’économie locale. Il appelle de ses vœux des contrats de plan Etat-Région. Il approuve le projet de loi Badinter portant abolition de la peine de mort (la loi du 9 octobre 1981). Il vote en faveur du projet de loi relatif aux droits et libertés des communes, des départements et des régions (la loi dite Defferre du 2 mars 1982). Il soutient le projet de loi relatif aux prestations de vieillesse, d’invalidité et de veuvage (la loi du 13 juillet 1982).

Lauréat du Grand Prix national de la poésie en 1981, Aimé Césaire publie l’année suivante son dernier recueil poétique, Moi, laminaire... Dans les années 1980, celui qui avait inventé le concept de « négritude » voit une nouvelle génération d’intellectuels antillais développer la notion de « créolité » à l’image de l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau. Tout en se reconnaissant comme les héritiers d’Aimé Césaire, ceux-ci préfèrent mettre en avant, autour de la « créolité », la richesse culturelle et linguistique des Antilles.
Sur le plan politique, la coalition de gauche qui, emmenée par le PPM, contrôle le conseil régional de Martinique de 1982 à 1992 (permettant à Aimé Césaire de présider cette assemblée de février 1983 à juin 1988), est contestée par les éléments radicaux de l’Alliance révolutionnaire Caraïbe (ARC). Pour ces derniers, qui s’en prennent aux symboles de l’Etat français, le PPM aurait, par son légalisme, étouffé la révolte du peuple antillais et ses aspirations à l’indépendance.

Réélu député de la Martinique en 1986 à l’occasion des législatives au suffrage proportionnel départemental de liste et remportées par l’opposition de droite RPR-UDF, Aimé Césaire s’apparente au groupe socialiste et s’inscrit à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Député d’opposition, l’élu martiniquais participe, en novembre 1986, aux débats sur le projet de loi de programme « Pons » relatif au développement des départements d’outre-mer, de Saint-Pierre-et-Miquelon et de Mayotte. Il déplore qu’il n’y ait toujours pas de véritable égalité pour les citoyens d’outre-mer, derrière la mise en œuvre de la parité sociale, et regrette qu’on utilise l’euphémisme de « mobilité » pour évoquer la politique d’émigration vers la Métropole. Il souhaite davantage de moyens pour les contrats de plan pour améliorer les équipements routiers de Martinique et l’aménagement des cours d’eau de la Guadeloupe. Il met en garde contre la défiscalisation « Pons » qu’il juge excessive et ses risques de déstabilisation de l’économie antillaise, de spéculation foncière et de baisse de revenus pour les collectivités locales. Il émet également certaines réserves à l’égard des zones franches. Il vote par ailleurs contre le projet de loi relatif aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France (la loi du 9 septembre 1986).

Après la réélection de François Mitterrand comme président de la République au printemps 1988 et la dissolution de l’Assemblée nationale qui entraine l’organisation d’élections législatives anticipées en juin 1988, Aimé Césaire se représente, au titre du PPM dans la nouvelle troisième circonscription de la Martinique. Depuis le redécoupage de la carte électorale à l’automne 1986, celle-ci englobe les cantons de Fort-de-France IV, Fort-de-France V, Fort-de-France VI, Fort-de-France VII, Fort-de-France VIII, Le Lamentin I, Le Lamentin II et Le Lamentin III. Il est élu dès le premier tour avec 84,9 % des suffrages exprimés devant son rival RPR, Yan Monplaisir. Apparenté au groupe socialiste, il rejoint au Palais-Bourbon la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Il démissionne de son mandat de conseiller régional conformément à la loi sur le cumul des mandats et choisit de conserver la mairie de Fort-de-France. Lui succède donc à la présidence du conseil régional de Martinique Camille Darsières, premier vice-président de l’assemblée régionale, qui est également son suppléant comme député. Au Palais-Bourbon, Aimé Césaire se montre assez peu actif durant cette législature, n’intervenant plus en séance publique. Il vote notamment en faveur du projet de loi relatif au revenu minimum d’insertion (RMI) (la loi du 1er décembre 1988). Il approuve aussi le projet de loi constitutionnelle du 25 juin 1992, ajoutant à la Constitution un titre : « De l’Union européenne » (traité de Maastricht).

Localement, le député doit compter avec le déclin politique de son parti. En 1992, le PPM perd la présidence du conseil régional, dans une situation difficile, Emile Capgras, communiste, est élu au bénéfice de l’âge. En février 1993, à un mois du premier tour des législatives, Aimé Césaire, qui approche des quatre-vingts ans, annonce qu’il ne briguera pas de nouveau mandat et soutient la candidature de son suppléant l’avocat Camille Darsières, secrétaire général du PPM depuis 1970, et qui est élu. Il se concentre sur ses fonctions de maire de Fort-de-France et siège à l’hôtel de ville jusqu’en 2001, avant de céder la place à Serge Letchimy. Comme maire, il doit faire face à l’augmentation spectaculaire de la population qui double entre l’après-guerre (autour de 50 000 habitants) et le milieu des années 1970 (près de 100 000 habitants), avant de se stabiliser jusqu’aux années 1990 puis de fléchir. Cette croissance démographique, générée notamment par l’exode rural qui vide les campagnes avoisinantes (fermeture des grandes usines sucrières dans les années 1950 et 1960) et envoie vers la grande ville de l’ile une population attirée par les emplois de services, a des conséquences dramatiques sur l’habitat. Se multiplient en périphérie des quartiers d’habitat précaire (comme Texaco au cœur d’un roman de Patrick Chamoiseau). Aimé Césaire s’emploie tout d’abord, via un emprunt, à financer la construction d’un réseau d’égout pour rendre plus salubres ces quartiers de cases sans toit, de masures pourries et d’enfants au pieds nus. Au milieu des années 1970, ces zones décaties (Canal-Alaric, Volga-Plage, Trénelle, Citron, Fond d’Or, Renéville…) représentent toujours un quart des logements et abrite un quart de la population de la ville. Pour améliorer l’habitat, Aimé Césaire fait construire des grands ensembles offrant des logements sociaux, comme les cités Dillon, Floréal, Bon-Air et Calebasse dans les années 1960 et 1970 ou Châteaubœuf dans les années 1980. Il est également à l’origine de quartiers plus résidentiels (Cluny, Bellevue, Des Rochers…) et densifie les quartiers centraux. Sous ses mandats successifs, les pouvoirs publics engagent une politique de résorption de l’habitat insalubre qui passe autant par la « durcification » de la plupart des anciens bidonvilles mieux reliés aux réseaux (eau, électricité…), que par la légalisation de ces installations précaires et construites sans autorisation. Pour fournir des emplois aux nouveaux habitants, il multiplie les emplois municipaux au risque d’être accusé par ses détracteurs d’acheter le vote PPM. Le même maire se lance également dans une ambitieuse politique culturelle visant à démocratiser l’accès à la culture et à valoriser les artistes et écrivains locaux. Dès 1972 sont lancés les festivals annuels de Fort-de-France qui voient la participation de professionnels reconnus comme Jean-Marie Serreau. En 1976 est créé le Service municipal d’action culturel (Sermac) qui, sous la direction d’un des enfants du maire, Jean-Michel Césaire, assure la promotion des arts populaires jusque-là dévalorisés.

Si Aimé Césaire s’éloigne progressivement de la vie politique à partir des années 1990, son œuvre littéraire acquiert une reconnaissance grandissante. Le Festival d’Avignon programme La Tragédie du roi Christophe en 1989, à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française et en 1991 et cette même pièce se voit inscrite au répertoire de la Comédie français. En 1995, Son Discours du colonialisme fait pour la première fois partie du programme du baccalauréat littéraire avec le Cahier d'un retour au pays natal. La Poésie, volume compilant toute l'œuvre poétique de l'auteur, figure au programme de l’Agrégation de lettres modernes de 2009 à 2011. S’il renonce à tout engagement politique actif après son départ de la mairie de Fort-de-France en 2001 et de la présidence du PPM en juin 2005 (Serge Letchimy lui succède), Aimé Césaire continue d’intervenir médiatiquement sur des sujets qui lui tiennent à cœur, comme au début de l’année 2005 lorsqu’il proteste contre la loi du 23 février qui évoque les « aspects positifs » de la colonisation et incite les enseignants à les aborder dans les programmes scolaires. Jusqu’au bout, Aimé Césaire reste une « figure tutélaire » très respectée dans les Antilles et dont les présidents et candidats à la présidence cherchent l’appui. Durant la présidentielle de 2007, il soutient la socialiste Ségolène Royal et l’accompagne à un meeting. La même année, il est fait président d’honneur de la Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme.

Hospitalisé début avril 2008 pour des problèmes cardiaques, Aimé Césaire meurt le 17 avril. Le président Nicolas Sarkozy et l’ancien président sénégalais Abdou Diouf lui rendent hommage. Plusieurs personnalités de gauche comme Ségolène Royal demandent sa panthéonisation. Ses obsèques nationales le 20 avril à Fort-de-France, en présence du chef de l’Etat, rassemblent de très nombreux ministres et anciens ministres de gauche comme de droite. Ce grand intellectuel, figure majeure de la négritude et du combat contre le colonialisme, s’était aussi illustré par une carrière politique particulièrement riche, marquée par deux mandats de longue durée comme maire de Fort-de-France de 1945 à 2001 et député de la Martinique de 1945 à 1993. L’aéroport international de Fort-de-France porte son nom depuis 2007 tout comme un quai parisien du 1er arrondissement sur la rive droite, le long du Jardin des Tuileries, face à la rive gauche et à la Promenade Edouard-Glissant qui célèbre un autre Martiniquais. La promotion 2020-2021 de l’ENA a été baptisée Aimé Césaire en son honneur.