Hippolyte, Charles Ramel

1908 - 2003

Informations générales
  • Né le 15 octobre 1908 à Knutange ( - District de Moselle - Empire allemand)
  • Décédé le 16 février 2003 à Knutange (Moselle - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Moselle
Groupe
Indépendants et paysans d'action sociale

Biographies

Biographie de la IVe République

RAMEL (Hippolyte, Charles)
Né le 15 octobre 1908 à Knutange (District de Moselle, Empire allemand)
Décédé le 16 février 2003 à Knutange (Moselle, France)

Député de la Moselle de 1956 à 1958

Le caractère le plus remarquable de la carrière politique d’Hippolyte Ramel fut probablement d’avoir été le seul député du Centre national des indépendants et paysans (CNIP) d’origine ouvrière de la Quatrième République.
Sa vie se déroule pour l’essentiel à Knutange, petite ville industrielle de Lorraine, entièrement vouée à la sidérurgie, située dans la zone d’extraction du minerai de fer, à l’ouest de Thionville. Sa mère, Marguerite Leclerc, y tient une petite épicerie dont la clientèle est constituée d’ouvriers métallurgistes venus d’Italie, bien souvent célibataires, et qui repartent au moment de la déclaration de guerre en laissant leur « ardoise » impayée, ce qui entraîne la faillite du petit commerce. Son père, Louis, après avoir été ouvrier à la brasserie de Fontoy, est entré à l’usine Saint-Jacques – propriété de la famille de Wendel - où il reste jusqu’à sa retraite. Hippolyte Ramel fréquente l’école primaire de Knutange, de 1915 à 1923. Ses parents n’ayant pas les moyens de lui payer des études secondaires comme à sa sœur aînée, Florentine, envoyée dans un collège en Belgique, il entre aux établissements de Wendel - usine des Ateliers, à Hayange - comme apprenti modeleur, et cela sans difficulté puisque la tradition paternaliste de l’entreprise veut que les fils soient embauchés à la suite des pères. Il y reste jusqu’en décembre 1927. Le mois suivant, il gagne Paris pour parfaire son apprentissage. Il travaille successivement dans trois entreprises : les établissements L. Javel (Paris 10e, pièces pour automobiles), Sutter (Paris 15ème, modeleur mécanicien) et Muller, Roger et Cie (Paris 11e, robinetterie générale). De mai 1929 à septembre 1930, il accomplit son service militaire au 94e régiment d’infanterie, stationné à Commercy dans la Meuse. Il en sort avec le grade de caporal. Il est réemployé par de Wendel en décembre 1930 (usine Saint-Jacques), comme aide tourneur tout d’abord, puis nettoyeur de fosses (récupération des chutes d’acier) et aide classeur. Chef de troupe dès 1930, il est en même temps activement engagé dans le scoutisme. Au début de l’année 1933, il épouse Marie Rudoni, née en 1913. Trois enfants naissent de cette union : Christiane (1933), Louis (1934 ; il décéda quelques mois plus tard) et Alain (1945).
Né dans une famille catholique où la mère est très pratiquante, Hippolyte Ramel est lui-même un catholique sincère et convaincu. Son engagement dans le scoutisme en est un des signes. Il devient aussi un fidèle lecteur de L’Ami du peuple, quotidien de droite populaire lancé par le richissime parfumeur François Coty en 1928, vendu « 2 sous » (10 centimes) et fort proche de la mouvance ligueuse. Il découvre ce journal alors qu’il travaille à Paris et s’en fait apparemment le propagateur zélé puisque ses camarades de travail le surnomment durablement « l’ami du peuple ». Il ne s’engage cependant ni dans un parti, ni dans un syndicat. Au printemps 1936, six ans après son retour en Moselle, il ne participe pas aux grèves qui suivent la victoire électorale du rassemblement populaire.
Mobilisé à la fin du mois d’août 1939, Hippolyte Ramel est affecté au 169e RMI, sur la Ligne Maginot. En février 1940, il est un « affecté spécial » à l’Orfèvrerie Christofle, à Saint-Denis, dans la banlieue parisienne. Devant l’avancée de la Wehrmacht, il participe à l’enfouissement des stocks d’argent de l’usine dans un puits, ainsi qu’à la destruction d’une péniche contenant du matériel stratégique ne devant pas tomber aux mains de l’ennemi. Démobilisé, il revient à l’usine Saint-Jacques et y travaille comme classeur. Le 13 janvier 1943, il est déporté en Allemagne, à Bad-Blanckenburg-Bochum : il a refusé de signer la déclaration d’allégeance au Reich exigée à l’automne 1942 des habitants de l’Alsace-Moselle annexée. Son épouse et sa fille sont aussi déportées, d’abord au camp de travail de Strigau, en Silésie. Elles sont bientôt rapatriées à Bochum, ce qui permet à la famille Ramel d’être réunie. Libérés par les troupes états-uniennes, ils rentrent en France au milieu du mois de mai 1945. Hippolyte Ramel est membre du Groupement amical des familles déportées politiques de la Moselle et obtient, en 1960, la carte de patriote résistant à l’Occupation des départements du Rhin et la Moselle. Il reprend immédiatement son travail à l’usine Saint-Jacques ; il est promu chef d’équipe.
A peine revenu d’Allemagne, il est contacté par le docteur Joseph Peiffert, dans le but de préparer sa succession politique. Médecin du travail aux usines de Wendel, celui-ci est aussi médecin de la famille Ramel. Maire de Knutange de 1931 à 1940, il a été nommé président de la commission municipale par le Comité local de libération. Hippolyte Ramel rassemble autour de lui un certain nombre de personnalités de la commune et forme une liste d’entente communale pour le progrès social. Le 8 octobre 1945, il devient maire de sa ville natale. Il succède donc à Joseph Peiffert, catholique modéré, ce qui garantit ainsi la continuité politique à Knutange, sans être toutefois adhérent du MRP ou du RPF. Il est réélu en 1947 et en 1953.
Dans le cadre de la préparation des élections législatives anticipées du 2 janvier 1956, Raymond Mondon, dirigeant départemental des modérés en Moselle, lui demande de figurer sur la Liste d’Entente et de Progrès, investie par le CNIP. Il finit par accepter, non sans avoir d’abord décliné l’offre. Neuf listes s’affrontent : la liste du PCF (65 523 voix ; Pierre Muller, député sortant, non réélu) ; les trois listes de Front républicain, apparentées : SFIO (15 905 voix), radicaux mendésistes (33 155 voix) et républicains sociaux (17 639 voix ; Alfred Krieger, député sortant gaulliste, non réélu) ; la liste des socialistes indépendants (141 voix) ; les deux listes poujadistes apparentées (32 348 voix au total) ; la liste du MRP (94 197 voix ; 4 élus : Robert Schuman et Joseph Schaff, sortants ; Émile Engel et Jean Seitlinger) ; la liste du CNIP (77 069 voix ; 3 élus : Raymond Mondon et Jules Thiriet, sortants ; Hippolyte Ramel). Aux élections de 1951, le MRP et le CNIP avaient fait une liste commune menée par Robert Schuman, en face du RPF. Aux élections législatives de 1956, la situation a évolué car le gros des forces gaullistes, emmenées par Raymond Mondon et Jules Thiriet, ont rallié le CNIP, après l’entrée d’Antoine Pinay à Matignon en mars 1952. Le renforcement du parti de la droite modérée en Moselle en est la conséquence. Aussi, l’apparentement conclu entre le MRP et le CNIP atteint-il le seuil de la majorité absolue des suffrages exprimés. Les deux listes se répartissent les sept sièges à pourvoir. Hippolyte Ramel, en troisième position sur la liste modérée, incarne une volonté d’ « ouverture » sociale, dans la tradition de l’action ouvrière gaulliste transplantée chez les indépendants, cela pour mieux combattre les forces de gauche. Il représente aussi, à sa manière, l’élargissement sensible de l’audience du CNIP depuis 1952 et sa capacité à intégrer les notables locaux modérés, traditionnellement réticents à s’« encarter », dans une structure partisane adaptée à leur culture.
Comme ses deux colistiers, Hippolyte Ramel s’inscrit au groupe parlementaire des Indépendants et paysans d’action sociale (IPAS), présidé par Antoine Pinay. Il est nommé membre de la commission de la production industrielle et de l’énergie, et de la commission du travail et de la sécurité sociale. Il siège dans ces deux commissions durant toute la législature 1956-1958. Son activité parlementaire est caractérisée par le dépôt de deux propositions de résolution, d’un rapport et d’une proposition de loi. A l’exception de cette dernière, qui tend à rendre obligatoire, en France métropolitaine, l’inscription sur les pièces d’identité du groupe sanguin et du facteur Rhésus (9 juillet 1957), les initiatives parlementaires du député Ramel ont trait à l’aide à apporter aux victimes de la catastrophe d’Audun-le-Tiche, dans le département de la Moselle. Il intervient aussi le 21 juin 1957, au nom du 8ème bureau, sur les opérations électorales du département du Rhône, à l’occasion de l’élection partielle dans le premier secteur du département, provoquée par le décès d’Edouard Herriot.
S’il ne figure pas parmi les députés les plus en pointe du groupe IPAS, il n’en est pas moins fidèle à la direction du Centre national des Indépendants et paysans (CNIP). Le 30 septembre 1957, il vote pour le projet de loi-cadre sur l’Algérie, comme le secrétaire général du CNIP, le sénateur Roger Duchet, le souhaite. S’il semble d’abord suivre la minorité emmenée par Paul Reynaud, refusant de provoquer le renversement du gouvernement de Félix Gaillard en avril 1958, après le bombardement de Sakhiet, il se rallie rapidement aux dirigeants de sa formation politique – Roger Duchet, Antoine Pinay et René Coty –, en n’accordant aucun soutien au gouvernement de Pierre Pflimlin en mai, mais en votant l’investiture de Charles de Gaulle en juin.
Il n’est pas candidat aux élections législatives de novembre 1958, probablement pour des raisons de découpage électoral des circonscriptions, à la suite du retour du scrutin uninominal à deux tours. Le partage des candidatures entre le CNIP et le MRP de Robert Schuman en Moselle ne lui est pas favorable. Il conserve cependant ses fonctions de maire de Knutange, à l’issue des élections municipales de 1959 et de 1965. Après une interruption de deux ans et demi, de janvier 1958 à juin 1960, il retrouve son poste de travail à l’usine Saint-Jacques où il demeure jusqu’à sa retraite comme deuxième, puis comme premier chef d’équipe.
Son action municipale est importante. Il est à l’initiative du nouveau groupe scolaire « Robert Schuman », en 1957. Il favorise la création, par la société métallurgique de Knutange, d’un centre d’apprentissage, devenu plus tard lycée professionnel. Il est aussi partie prenante de la création du centre de secours des sapeurs pompiers. Il pousse ses collègues des municipalités environnantes à coordonner leur action : naissent ainsi, dans les années soixante, le syndicat intercommunal des eaux dont il devient le vice-président et la « Trans-Fensch », société intercommunale de transports en commun qui remplace les vieux tramways d’avant-guerre par des autobus pour desservir les communes de la vallée de la Fensch. En 1959 et 1960, il fait acheter deux « châteaux », situés sur le territoire de la commune, qui ont appartenu à la famille de Wendel : le premier est cédé à la Caisse mutuelle de dépôts et de prêts (CMDP), créée quelques années plus tôt ; le second est transformé en hôtel-restaurant pour les touristes du Benelux en route vers le sud de la France. Il est battu aux élections municipales de 1971 par une liste de gauche à direction communiste. Celle-ci tire apparemment profit de l’échec du maire sortant, pourtant populaire, dans sa tentative de faire construire à Knutange un collège d’enseignement secondaire, finalement ouvert à Fontoy, une commune voisine.
Depuis 1969, Hippolyte Ramel était titulaire de la médaille d’honneur départementale et communale, avec l’échelon « argent ». Il était aussi chevalier de l’Ordre du Mérite social. Jusqu’en 1995, année où sa santé commence à se détériorer, il reste très actif dans la vie associative de Knutange et continue de siéger au conseil de surveillance de la CMDP qu’il avait fondée. Il s’éteignit dans sa quatre-vingt-quinzième année, le 16 février 2003.